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dimanche 9 août 2009

Sami El Haj fonde le Guantánamo Justice Centre



Nous avons eu le privilège de rencontrer, le 29 juillet 2009, Sami al-Haj (1), ce journaliste et cameraman d’Al Jazeera emprisonné durant plus de 6 ans à Guantánamo, qui était de passage à Genève. Il a annoncé, à cette occasion, la création de l’Organisation humanitaire « Centre Guantánamo pour la justice », (Guantánamo Justice Centre) qu’il préside, et dont le siège sera basé à Londres, comme il le dira dans la conférence de presse qu’il tiendra le 30 juillet dans cette capitale. Cette ONG sera dirigée par l’ancien détenu britannique Moazzam Begg en qualité de Secrétaire général et aura une représentation à Genève et à Paris.

Pourquoi cette nouvelle ONG ?

Le « Centre Guantánamo pour la justice », a pour objectif d’obtenir la fermeture de Guantánamo, la libération de tous les prisonniers qui y sont encore détenus, et la reconnaissance de leur innocence et des abus que l’administration des États-Unis leur a fait subir. Elle a également pour objectif d’obtenir réparation pour les dommages financiers et moraux subis par les anciens détenus et de leur apporter un soutien psychologique.

Parallèlement, cette ONG se prépare à lancer, avec d’anciens détenus de Guantánamo,, une « action légale conjointe » (joint legal action) contre l’ancien président George W. Bush et d’autres membres de son administration pour les détentions illégales et les tortures subies.

À ce sujet, Sami El Haj [1] précise : « Le but de notre organisation est d’ouvrir une action en justice contre l’administration Bush. Nous sommes en train de collecter des informations, notamment des attestations médicales, auprès de tous ceux qui en détiennent. Cela prend du temps. »

Mais dans l’immédiat, il y a selon Sami El Haj la nécessité d’apporter une aide matérielle et un soutien moral à toutes ces victimes laissées sans solutions, qui ont cru en janvier aux promesses d’Obama et ont pensé que leur sort s’améliorerait :

« Obama avait promis de supprimer les commissions militaires, mais il a battu en retraite en disant que les commissions militaires seraient maintenus avec quelques changements. Il avait promis de rendre publiques les photos des sévices exercés sur les prisonniers des deux guerres en cours, en Irak et en Afghanistan, mais il s’est ravisé en disant que cela porterait préjudice à l’image des États-Unis. Il avait dit qu’il traduirait en justice ceux qui s’étaient rendus coupables de tortures, mais là aussi il a reculé.

Et nous avons maintenant la preuve [
2] que les tortures n’ont jamais cessé à Guantánamo (projections contre des murs privations de sommeil et de nourriture, waterboarding et autres techniques dites « d’interrogatoire poussé », nda).

Obama n’a pas tenu ses promesses. Nous aurions besoin qu’il tienne au moins celle de fermer Guantanamo. Nous croyons qu’il le fera. Mais la question n’est pas seulement celle de la fermeture. Le problème le plus difficile est devant nous.

Il y avait environ 256 prisonniers à Guantánamo quand Obama est arrivé au pouvoir. Aujourd’hui, plus de six mois après sa promesse de fermer cette prison dans un délai d’une année, elle héberge encore 229 détenus. C’est-à-dire qu’en six mois, seuls 27 détenus ont été libérés. Ce faible nombre de détenus libérés nous effraie.

L’administration US va-t-elle libérer les 229 détenus qui se trouvent encore à Guantánamo ? J’en doute. Parce que nous avons des informations fiables, de gens qui vivent sur place, selon lesquelles les États-Unis sont en train de construire un camp de prisonniers à Bagram, en Afghanistan. Et ce camp serait destiné à y enfermer des prisonniers transférés de Guantánamo.

Cela indique que le problème ne sera pas résolu par la simple fermeture de Guantánamo ; il ne sera résolu que quand les détenus libérés auront recouvré leur entière liberté. Et c’est dans ce but, pour aider ces détenus, que notre organisation dénommée « Centre Guantánamo pour la justice », (Guantánamo Justice Centre) va travailler.

L’administration Obama affirme : "personne ne coopère avec nous, personne ne nous aide à fermer Guantánamo". Je ne pense pas que cela corresponde aux faits. Cela dit, la libération des prisonniers implique qu’ils puissent obtenir une aide à leur sortie. Par exemple, sur les 229 détenus encore à Guantánamo, beaucoup sont Yéménites, et jusqu’ici le Yémen n’a pas réglé les choses avec les États-Unis pour accueillir ses ressortissants.

Pour les quelque 500 détenus qui ont déjà été libérés, leurs souffrances ne sont de loin pas terminées une fois de retour chez eux. Ils se heurtent à des difficultés d’insertion du fait qu’ils sont étiquetés comme "terroristes", laissés sans aucun soin, alors qu’ils ont des traumatismes et ont besoin de soutien psychologique.

C’est pour toutes les raisons indiquées que nous avons créé cette organisation humanitaire, pour rappeler au monde que ces prisonniers de Guantánamo sont innocents et qu’il faut les aider, que Guantánamo était une erreur des États-Unis et qu’il leur revient de résoudre ce grave problème.
»

[1] Voir : « Sami El Haj, journaliste d’Al-Jazira, témoigne », par Silvia Cattori, Réseau Voltaire, 18 juillet 2008. En présence de Sami El Haj, on a peine à croire que des êtres aussi exquis aient pu être associés au « terrorisme », enfermés dans des cages, soumis à des sévices inimaginables, sous prétexte qu’ils menaçaient nos sociétés.
[2] Sami El Haj a pu recueillir le témoignage d’un détenu avec lequel il a pu communiquer récemment par téléphone à Guantanamo.

vendredi 17 avril 2009

AL JAZEERA RECUEILLE LA PREMIÈRE INTERVIEW D'UN DÉTENU


Un détenu de Guantanamo a pu téléphoner à la chaîne Al-Jazeera et témoigner des mauvais traitements qui lui ont été infligés. Il s'agit de la première interview d'un détenu de la prison de haute sécurité. Les Etats-Unis n'avaient en effet jamais autorisé un seul média à s'entretenir avec un prisonnier.
Il s'agit vraisemblablement d'une interview réalisée durant les appels téléphoniques normalement réservés aux familles. Mohammed el-Gharani, un Tchadien de 21 ans détenu à Guantanamo, a témoigné à la chaîne Al-Jazeera des mauvais traitements infligés par l'armée américaine. Lors d'un appel téléphonique à la chaîne arabophone, il a décrit un incident précis : alors qu'il refusait de quitter sa cellule parce qu'il n'avait plus le droit de parler avec d'autres détenus et qu'on lui refusait une "alimentation normale", six soldats (accompagnés d'un soldat filmant la scène) l'ont sorti de force de sa cellule. Ils l'auraient alors battu à coups de matraque et vidé deux conteneurs entiers de gaz lacrymogène sur lui.
"Je pouvais à peine voir ou respirer. Puis, ils m'ont battu encore au sol, l'un d'entre eux tenait ma tête et la frappait contre le sol. J'ai commencé à crier à son supérieur "vous voyez ce qu'il fait? vous voyez ce qu'il fait" [mais] son supérieur s'est mis à rire et m'a dit "il fait son boulot". "

Devant ces accusations, Al-Jazeera envoie les détails de cette conversation au Pentagone et au Justice Department : elle est alors contactée par le vice-amiral Brook DeWalt, porte-parole de Guantanamo, qui déclare simplement qu'il ne dispose d'aucune preuve corroborant ces propos.
Rappelons qu'un juge américain avait ordonné la libération de el-Gharani le 14 janvier dernier devant le peu de preuves le liant à Al-Qaida. Il est actuellement toujours détenu dans l'enclave cubaine où il attend sa libération.
FLOU AUTOUR DE LA DATE
Un certain flou règne autour de la date de cet incident et les versions diffèrent au fur et à mesure que l'information circule.
Sur l'article original d'Al-Jazeera traduit en anglais par la chaîne, Al-Gharani déclare que les mauvais traitements ont commencé "environ 20 jours avant que Barack Obama devienne président (...) et continuent presque tous les jours depuis." Il ajoute que "depuis qu'Obama a pris ses fonctions, il ne nous a pas montré que quoi que ce soit allait changer".
Ces phrases deviennent dans la dépêche originale de l'agence américaine Associated Press (écrite en anglais et traduite par @SI) : "El-Gharani n'a pas donné la date des violences présumées mais a dit que cela s'était passé après l'élection de Barack Obama qui a ordonné la fermeture de Guantanamo d'ici la fin de l'année."
On note au passage la suppression de la citation accusant Obama de ne pas montrer de signe de changement depuis son investiture.
Dernier rebondissement : AP France n'est pas d'accord avec AP USA. Dans la version traduite en français de cette dépêche que l'on trouve sur le site du Figaro, la phrase devient : "El-Gahrani n'a pas donné (de date : ndlr) pour ces violences présumées mais a toutefois précisé qu'elles s'étaient produites avant l'élection du président américain Barack Obama le 4 novembre dernier. Depuis, Obama a ordonné la fermeture du centre de détention de Guatanamo d'ici la fin de l'année."

L'INTERVIEWEUR EST UN ANCIEN DÉTENU
Une autre information intéressante que l'on ne retrouve pas dans les dépêches AP est l'identité de l'intervieweur de el-Gharani. Sami Al-Hajj, journaliste à Al-Jazeera est lui même un ancien détenu de Guantanamo libéré en mai 2008 en raison, encore une fois, d'absence de preuves le liant à des réseaux terroristes.
Interviewé sur la version anglophone de Al-Jazeera, il se montre très critique envers la gestion de Guantanamo sous la présidence Obama :
"C'est vrai qu'il y a un nouveau président des Etats-Unis mais il n'y a eu aucun changement dans l'administration de Guantanamo. Ce sont les gens qui étaient déjà là durant les années Bush et donc ils utilisent les mêmes méthodes qu'avant."

mardi 5 août 2008

«Nous n’avions aucun droit et n’avons pas été traités comme des êtres humains»

Interview de Sami Elhaj, ancien détenu à Guantánamo, menée par Alfred de Zayas, professeur à l’Ecole de hautes études internationales

Alfred de Zayas: Monsieur Elhaj, vous avez été libéré en mai 2008, après six ans à Guantánamo. Vous êtes maintenant à Genève, où vous allez rencontrer des représentants des Nations Unies et du Comité international de la Croix-Rouge. En décembre 2001, vous avez été arrêté à la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan, bien que vous n’ayez rien eu à faire avec le terrorisme, n’ayez pas été un «combattant ennemi» et n’ayez jamais fait l’objet d’une plainte pénale. Comment vous expliquez-vous votre arrestation?
Sami Elhaj: Les militaires des Etats-Unis m’ont reproché à tort de servir de courrier à une organisation musulmane militante. Je suis journaliste d’Al-Jazira et ai été probablement arrêté parce que les Etats-Unis sont hostiles à ce média et que les médias émettent des commentaires sur les violations des droits de l’homme en Afghanistan.

jeudi 10 juillet 2008

«Nous n'avions aucun droit, pas même celui de faire la grève de la faim!»

GUANTANAMO. Sami Mohieldin El Haj, journaliste à Al-Jazira, a passé six ans et demi dans les geôles américaines sur l'île de Cuba. Libéré début mai, il est venu à Genève témoigner de son calvaire devant les Nations unies.

Par Caroline Stevan, Le Temps, 27 juin 2008


Sami Mohieldin El Haj, 39 ans: Les geôliers américains «nous empêchaient de dormir, laissaient la lumière tout le temps allumée, nous mettaient dans des cellules glacées. (...) Ils piétinaient le saint Coran, nous dénudaient ou encore nous humiliaient sexuellement». (photo: Keystone)




Costume-cravate impeccable par 30 degrés, lunettes cerclées d'or, canne à pommeau. Sami Mohieldin El Haj a l'air d'un gentilhomme. Il y a deux mois encore, il figurait pourtant parmi «les pires des pires», les détenus de Guantanamo en pyjama orange. Le Soudanais a été arrêté fin 2001 alors qu'il effectuait un reportage à la frontière afghano-pakistanaise pour la chaîne de télévision qatariote Al-Jazira.

Détenu durant six ans et demi sans aucun motif d'inculpation, le journaliste est de passage à Genève afin de plaider sa cause auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les droits de l'homme. Une procédure y est en cours, grâce à la fondation Alkarama, pour faire reconnaître le caractère arbitraire de son emprisonnement, prémices à une action pénale.

Le Temps: Parlez-nous des circonstances de votre arrestation en 2001; était-ce lié à votre travail de journaliste?

Sami Mohieldin El Haj: J'ai quitté Doha – où je travaillais pour Al-Jazira depuis deux années – en octobre 2001 afin de couvrir la guerre américano-afghane et la chute des talibans. J'ai été arrêté le 15 décembre 2001 à la frontière pakistanaise, alors que tous mes papiers étaient en règle. Les interrogateurs eux-mêmes m'ont dit que ça devait être une erreur, que je serais libéré très vite. En réalité, j'ai été arrêté et emprisonné aussi longtemps parce que je travaillais pour Al-Jazira et que les Américains n'apprécient pas la façon dont cette chaîne couvre les événements.

– N'avez-vous pas rencontré, dans le cadre de votre enquête, des talibans ou des membres d'Al-Qaida?

– Si, j'ai interviewé Abu Hafs, considéré comme le numéro trois d'Al-Qaida, mais je suis sûr que ma capture n'a aucun rapport. J'ai rencontré en Afghanistan des gens de toutes opinions, c'est mon travail. Et si j'avais pu parler à Ben Laden, je l'aurais fait! Durant ces six ans et demi de prison, j'ai été interrogé plus de 200 fois: 95% des questions tournaient autour d'Al-Jazira. On m'a même proposé de travailler comme espion pour les services secrets américains au sein de ma télévision.

– Vous avez été transféré à Guantanamo en juin 2002. Quelles ont été vos conditions de détention?

– Nous étions isolés, maltraités et sans aucun droit, pas même celui de faire la grève de la faim! J'en ai fait plusieurs – la dernière a duré de janvier 2007 à mai 2008, date de ma libération – mais on m'enfilait des tuyaux dans le nez pour me forcer à ingurgiter des quantités énormes de nourriture qui provoquaient vomissements et diarrhées. Et pendant ce traitement, j'étais attaché sur une chaise, dans l'impossibilité de bouger. Sinon, ils nous empêchaient de dormir, laissaient la lumière tout le temps allumée, nous mettaient dans des cellules glacées, nous enveloppaient de drapeaux américains et israéliens, piétinaient le saint Coran, nous dénudaient ou encore nous humiliaient sexuellement.

– Vous marchez avec une canne. Est-ce dû à un mauvais traitement?

– On m'a fait sauter dans l'avion durant un transfert à la prison de Bagram. Je me suis déchiré les ligaments du genou. Les punitions – comme se tenir accroupi des heures durant – ont fait ensuite que je n'ai jamais pu guérir.

– Qu'est-ce qui vous a permis de tenir durant ces six années et demie?

– Les journalistes doivent comprendre qu'ils ont une mission. Quand je suis parti en octobre 2001 pour couvrir cette guerre, j'ai laissé mon fils d'un an et ma femme en sachant que je pouvais recevoir une balle. J'étais conscient du danger. Ensuite, en détention, je me suis dit que j'étais là comme témoin, que je devais me souvenir de tout pour ensuite pouvoir le raconter.

– Avez-vous eu des contacts avec votre famille, avec un avocat durant la détention?

– J'ai eu accès à un avocat à la mi-2005, un Britannique qui se bat énormément pour les prisonniers de Guantanamo. Quant à ma famille, j'ai eu quelques contacts grâce au CICR (Comité international de la Croix-Rouge), mais les lettres arrivaient de façon irrégulière, souvent avec six mois de retard, parfois deux ans.

– Comment expliquez-vous votre libération?

– Il y a eu une immense mobilisation d'ONG et de journalistes, une procédure en cours devant l'ONU. Cela a dû mettre la pression sur les Etats-Unis.

– Comment vivez-vous aujourd'hui?

– J'ai repris le travail à Al-Jazira. Nous avons créé un département droits humains que je dirige. Je vais aussi travailler sur un livre ou un documentaire consacré à ce que j'ai subi. Je ne pourrai oublier Guantanamo que le jour où il sera fermé. Il reste 269 personnes enfermées là-bas. Certaines sont devenues folles.

samedi 24 mai 2008

Reporters sans frontières interviewe l’avocat Clive Stafford-Smith après la libération de son client Sami Al-Haj, ex-détenu à Guantanamo

L’avocat Clive Stafford-Smith a accordé un entretien, le 19 mai 2008, à Lucie Morillon, la représentante de Reporters sans frontières aux États-Unis, concernant son client Sami Al-Haj, cameraman soudanais d’Al-Jazira, détenu pendant six ans sur la base militaire américaine de Guantanamo, à Cuba. Clive Stafford-Smith, qui s’est rendu aux États-Unis pour témoigner devant le Congrès, à Washington, a profité de l’occasion pour parler de la santé et de l’avenir professionnel de son client.
Voir la video (1ère partie)

Sami Al-Haj a été soupçonné d’animer un site Internet lié à l’islamisme radical, et d’être à la solde d’Al-Qaïda pour avoir essayé d’interviewer Oussama Ben Laden. Malgré ces accusations, aucune inculpation formelle n’a jamais été prononcée contre le journaliste.
“[L’armée américaine] accusait Sami Al-Haj d’être un présumé terroriste pour avoir reçu une formation d’Al-Jazira. Les termes exacts étaient : ‘Le détenu a avoué avoir été formé à l’utilisation d’une caméra par Al-Jazira’, ce que les militaires considéraient comme du terrorisme”, a affirmé Clive Stafford-Smith. “Il n’existe pas de fondement légal. Ils inventaient de nouvelles accusations et nous prouvions chaque fois que c’étaient des conneries.”
Voir la video (2ème partie)

Clive Stafford-Smith assure qu’aucune explication n’a été donnée à la libération tardive de Sami Al-Haj. En fait, les autorités américaines le considèrent toujours comme un terroriste. Tout au long de son séjour à Guantanamo, les interrogateurs ont voulu obliger le cameraman soudanais à témoigner contre sa chaîne, Al-Jazira, accusée d’être financée par Al-Qaïda.
“Je crois qu’il s’agit d’une agression contre Al-Jazira. En tant que citoyen américain, je trouve ça très triste, parce que nous sommes censés soutenir la liberté d’expression. C’est précisément Al-Jazira qui mène le combat pour la liberté d’expression au Moyen-Orient”, a expliqué Clive Stafford-Smith.
L’avocat a également commenté l’état de santé de Sami Al-Haj, qui a dû être hospitalisé à Karthoum en raison de son état d’extrême faiblesse, après un voyage difficile en avion. L’usage des toilettes lui a été interdit pendant vingt heures et Sami Al-Haj a continué sa grève de la faim au cours du trajet. Par ailleurs, il était menotté et cagoulé.
“Les médecins au Soudan étaient inquiets pour sa vie, a affirmé Clive Stafford-Smith. “Néanmoins, il s’est assez bien remis dans les deux ou trois jours suivants”.
En plus des séquelles des tortures subies durant sa captivité à Guantanamo, des médecins avaient informé Sami Al-Haj qu’il était atteint d’un cancer, mais qu’il ne pouvait pas consulter un spécialiste. Les médecins soudanais qui l’ont examiné n’ont pourtant trouvé aucune trace de cancer.
Au plan professionnel, l’avocat a confié que son client n’avait pour l’instant pas l’intention de se déplacer dans des zones de guerre ou de conflit. Il a également signalé que le gouvernement des États-Unis avait fait pression sur le gouvernement soudanais pour que celui-ci interdise à Sami Al-Haj de voyager ou de reprendre son travail à Al-Jazira.
“Il préférait rester encore dix ans à Guantanamo plutôt que de signer un document de ce genre, a fait savoir Clive Stafford-Smith. Au moment de la libération, un amiral est venu le voir et a essayé de lui faire signer un document, mais il a répondu que son avocat lui avait conseillé de ne rien signer.”
Quant aux accusations de torture, réfutées par le gouvernement américain, Clive Stafford-Smith a affirmé que son client avait été interrogé cent trente fois. A cent vingt reprises, les geôliers avaient essayé d’obliger Sami Al-Haj à reconnaître qu’Al-Jazira était une organisation terroriste. L’avocat a également décrit les méthodes d’alimentation forcée utilisées contre les détenus en grève de la faim - les gardes introduisaient un tube étroit dans le nez des prisonniers. “Ca me semble inhumain”, a souligné Clive Stafford-Smith. Sami Al-Haj a passé un total de 478 jours en grève de la faim. “Rappelez-vous les grèves de la faim des militants de l’IRA dans les années 80 - elles dépassaient rarement les soixante-dix jours”.
Clive Stafford-Smith a lui-même été accusé par le gouvernement américain d’avoir incité trois détenus au suicide. “Je crois qu’il est assez répugnant de suggérer que j’ai incité mes propres clients à se suicider.”
Questionné sur le sort des autres prisonniers à Guantanamo, l’avocat a affirmé qu’actuellement, les risques planétaires sont plus importants qu’avant le 11 septembre 2001. “Personne de sensé ne peut te regarder dans les yeux et te dire que la prison de Guantanamo a contribué à faire du monde un endroit plus sûr.”
D’après Clive Stafford-Smith, “la prison de Guantanamo sera bientôt fermée”. Mais pour lui, le vrai problème est que les États-Unis détiennent encore 27 000 prisonniers dans des prisons secrètes et dans des conditions encore pires qu’à Guantanamo.
Clive Stafford-Smith a tenu à remercier Al-Jazira, les gouvernements du Qatar et du Soudan, ainsi que des organisations comme Reporters sans frontières pour avoir plaidé inlassablement en faveur de la remise en liberté de Sami Al-Haj.

dimanche 11 mai 2008

Sami Al Haj libéré, RSF pérore sans vergogne

Analyse d’un communiqué de RSF du 1er mai 2008. (Extraits. Le texte complet est sur son site)
par Maxime Vivas, 5 mai 2008

« Reporters sans frontières a exprimé son immense soulagement après la libération de Sami Al-Haj, le 1er mai 2008. Le cameraman d’Al-Jazira était détenu depuis juin 2002 sur la base américaine de Guantanamo » […]
« Sami Al-Haj n’aurait jamais dû être détenu aussi longtemps. » […]
« Régulièrement torturé, soumis à près de 200 interrogatoires par ses geôliers… » […]
« Selon un mémorandum remis au gouvernement soudanais par l’administration américaine, les contreparties exigées à une remise en liberté de Sami Al-Haj seraient l’interdiction de reprendre ses activités de journaliste, et celle de sortir du territoire soudanais. »
Questions :
1 -Pourquoi écrire que Sami Al Haj n’aurait pas dû être détenu « aussi longtemps » puisqu’il était innocent ? Le communiqué de RSF dit que « les autorités américaines » (les tortionnaires) n’ont jamais rien prouvé contre Sami Al Haj et qu’aucune « inculpation n’a jamais été prononcée contre le journaliste ». RSF considère-t-elle qu’un journaliste innocent peut être torturé quelque temps si le bourreau se réclame de Bush ? Qu’est-ce qui empêche RSF d’écrire : « Le journaliste n’aurait JAMAIS dû être enlevé, encellulé, supplicié » ?
2- Quand RSF a-t-elle brandi un drapeau, sorti des banderoles, escaladé Notre-Dame ou l’Empire State Buiding contre les tortures régulières par l’armée US d’un journaliste innocent ? Quand va-t-elle porter plainte en son nom grâce à son « réseau Damoclès » conçu à cet effet ?
3- Quand RSF va-t-elle brandir un drapeau, suspendre des banderoles sous le Golden Gate Bridge de San Francisco, escalader la Tour Eiffel, vendre des tee-shirts où les bandes rouges de la bannière étoilée seraient remplacées par des fils de fer barbelés, ameuter l’opinion mondiale, appeler à boycotter les compétitions sportives présentes et futures avec les USA contre cette interdiction de travailler faite depuis Washington à un journaliste soudanais (et ne parlons pas de ceux que l’armée US à fait taire en les expédiant six pieds sous terre) ?
Où, dans le communiqué de RSF, lit-on l’amorce du début d’un commencement de réprobation de ce musellement d’un journaliste ?
Mais pourquoi le journaliste Sami Al Haj a-t-il été si longtemps l’otage des Etats-uniens ? Lisons The Guardian du 26 septembre 2005 :
« Sami Al-Haj aurait reçu des autorités américaines la promesse d'une libération et l'octroi d'un passeport américain s'il consentait à espionner sa propre chaîne pour le compte de Washington […] Il se plaint d’avoir été interrogé plus de 100 fois, mais pas à propos des accusations. M.Haj dit que lors d’un interrogatoire, la nationalité américaine lui a même été proposée, s’il acceptait de devenir espion. » Ils ont dit : si tu travailles pour nous, nous t’apprendrons le journalisme, nous te donnerons un visa pour vivre où tu veux, nous te donnerons même la nationalité américaine, nous te protégerons et te donnerons de l’argent. Nous t’aiderons à écrire un livre et nous le publierons. Cela aidera à ce que les gens d’Al Qaida te contactent et travaillent avec toi. M. Haj a également déclaré que les américains ont menacé de s’en prendre à sa famille s’il refusait d’espionner une fois libéré. »
Ô, militants de RSF ! ici vous était dit pourquoi Sami Al-Haj a été si longtemps encagé. Ici vous était dit qu’un gouvernement manipule la presse, chose que vous ne tolérez pas dans les pays du tiers-monde et vous le faites assez bien savoir. Ici vous était dit que le prisonnier n’a pas failli, même pour protéger les siens. Ici vous était dit que cet homme, qui fit honneur à sa profession dans les pires des conditions, méritait mieux que votre soutien à éclipses.

Dans mon livre « La face cachée de Reporters sans frontières. De la CIA aux faucons du pentagone » (Editions Aden), je consacre tout un chapitre à démontrer l’inaction de RSF (aussi longtemps qu’elle a été possible) contre le scandale de l’incarcération de Sami Al Haj. J’en fais l’analyse au fil des années. En voici un passage qui prouve que RSF a escamoté le malheureux et, dénoncée de toute part, a dû faire un pitoyable mea culpa tardif qu’elle gomme aujourd’hui :

« Le 12 septembre 2006, dans une longue lettre ouverte publiée en droit de réponse par le réseau Voltaire, Reporters sans frontières ambitionne de prouver la mauvaise foi de ses détracteurs et cite son action pour Sami Al-Haj.
Il lui faut d’abord expliquer son mutisme prolongé. RSF le qualifie d’erreur » et d’« oubli » tout en le justifiant : elle ne savait pas si Sami Al Haj avait bien « été arrêté en raison de sa qualité de journaliste » et «faute d’information » elle a « attendu ». Pourquoi ne s’être pas renseigné, il y a presque cinq ans, auprès de l’avocat du malheureux, avocat que RSF se vante d’avoir contacté… en 2006 ? Et depuis quand RSF mène-t-elle d’aussi longues enquêtes sur les journalistes qu’elle va défendre ? A Cuba, il suffit qu’un ignare cupide installe dans sa cuisine un télécopieur pour que RSF lui accorde symboliquement le prix Albert Londres dans l’heure qui suit. »

Aujourd’hui, RSF veut faire croire qu’elle a été efficace. Elle « remercie » ceux qui ont aidé à la libération du journaliste. Mais de quel droit, ô mouche du coche sans vergogne ?

RSF ajoute sobrement que « La base doit fermer au plus vite » (elle veut dire : le camp de concentration). Cette revendication avait été émise en janvier 2006 par Amnesty international, en février 2006 par l’ONU, en mai 2006 par l’Union Européenne. Le silence de RSF devenant alors intenable, l’organisation ménardienne a dû la reprendre au détour d’une phrase noyée dans un de ses textes émis en juin 2006.

RSF qui, dans un discret murmure, a été la dernière à demander la fermeture d’un bagne où des journalistes furent torturés, RSF nous ferait bien croire maintenant qu’elle seule soutient cette revendication, alors même qu’elle n’engage aucune action d’aucune sorte, aucune démarche, aucun rassemblement, aucune campagne de presse pour y parvenir, pas plus qu’elle ne le fit pendant qu’un journaliste innocent y était en danger de mort permanent.

La dernière question est : puisque des officines écrans de la CIA subventionnent RSF depuis 2002 à coup de dizaines de milliers de dollars annuels, puisque le contrat passé avec l’une d’elle, la NED, lui interdit d’entreprendre toute action susceptible d’influer sur la politique des USA, RSF a-t-elle des indignations sélectives que seuls le mensonge et la dissimulation peuvent cacher?
Que ceux qui répondent par l’affirmative le fassent savoir à tous les clients potentiels des produits de l’épicerie compassionnelle RSF dont l’arrière-boutique est interdite au public et dont l’exploration par les indiscrets est déconseillée sans des pincettes sur le nez.

Sami Al Haj de retour au Soudan

Sami Al Haj, le caméraman d'Al Jazeera, été rapatrié avec deux autres détenus soudanais à Khartoum le 2 mai. Voici le compte-rendu d'Al Jazeera sur sa libération :
Sami al-Hajj, le caméraman d'Al Jazeera, critique avec virulence le traitement infligé aux détenus de la prison militaire de Guantanamo Bay, prison dans laquelle il a été emprisonné pendant près de 6 ans et demi.
Sami al-Hajj raconte que « les rats sont traités avec plus d'humanité » que les prisonniers dont « la dignité humaine est violée ». Sami Al-Hajj, arrivé au Soudan tôt vendredi 2 mai, est sorti du jet des Forces de l'Air américain sur un brancard et a été envoyé immédiatement à l'hôpital.
Son frère, Asim al-Hajj, dit qu'il ne reconnaissait pas le caméraman qui avait l'air d'avoir 80 ans. Mais dit Sami, « J'ai eu de la chance car Dieu a permis que je sois libéré ». Ses préoccupations se sont bientôt revenues vers les 275 prisonniers laissés derrière lui dans la prison militaire de Guantanamo.
Dignité violée
« Je suis très heureux d'être au Soudan mais je suis très triste à cause de la situation de nos frères restés à Guantanamo. Les conditions y sont très très mauvaises et elles empirent chaque jour » raconte-t-il de son lit d'hôpital. « Notre condition humaine, notre dignité humaine ont été violées et l'administration américaine a perdu toutes les valeurs humaines, toutes les valeurs morales, toutes les valeurs religieuses ».
« Les rats sont mieux traités que nous à Guantanamo. Il ya des gens de plus de 50 pays qui sont totalement privés de leurs droits et privilèges. Ils ne leur donnent même pas les droits qu'ils donnent aux animaux » dit-il. Al-Hajj s'est plaint que durant plus de sept ans, les prisonniers n'ont même pas été amenés devant un tribunal civil afin de défendre leur cause. Un homme libre L'ambassade des Etats-Unis à Khartoum a délivré une brève déclaration confirmant qu'un « transfert de prisonnier » au Soudan avait eu lieu et ajoutant que la coopération du Soudan avait été appréciée.
Un haut responsable de la défense américaine à Washington parlant sous condition d'anonymat a dit à Reuters qu'al-Hajj « n'était pas libéré mais simplement transféré au gouvernement soudanais ».
Mais le ministre de la justice du Soudan a dit à Al Jazeera qu'al-Hajj était un homme libre et qu'il ne serait ni arrêté ni mis en accusation.
Deux autres détenus soudanais de Guantanamo, Amir Yacoub al-Amir et Walid Ali, ont été libérés en même temps que Sami al-Hajj. Ils racontent qu'ils ont eu les yeux bandés, qu'ils étaient menottés et enchaînés à leurs fauteuils pendant leur vol de retour.
L'organisation Reprieve qui représente certains prisonniers de Guantanamo, rappore que le prisonnier marocain Said Boujaadia avait également été libéré et qu'il a pris le même vol que les trois soudanais. Sami al-Hajj était le seul journaliste appartenant à une grande organisation d'information internationale détenu à Guantanamo et beaucoup de personnes qui le soutenaient voyaient dans sa détention une forme de punition par rapport aux contenus des émissions diffusées.
Capturé en 2001
Il a été capturé par des officiers de renseignement pakistanais alors qu'il voyageait près de la frontière afghane en décembre 2001. Malgré le fait qu'il détenait un visa légal pour travailler pour la chaîne en arabe d'Al Jazeera en Afghanistan, il a été remis à l'armée américaine en janvier 2002 et envoyé à Guantanamo Bay. Al-Hajj qui est soudanais a été détenu en tant que « combattant ennemi » et ce, sans jamais avoir été mis en accusation ni été passé en jugement. Al-Hajj n'a jamais été poursuivi à Guantanamo ce qui fait que les Etats-Unis n'ont pas rendu publique toutes les allégations contre lui.
Audition qui a déterminé qu'il était bien un combattant ennemi, des officiels américains ont prétendu que dans les années 90, al-Hajj avait été cadre supérieur d'une compagnie de boissons basée au Qatar qui apportait un soutien aux combattants musulmans en Bosnie et en Tchétchénie.
Les Etats-Unis prétendaient aussi qu'il était allé au moins huit fois en Azerbaïdjan pour apporter de l'argent de la part de ses employés à la Fondation Islamique al-Haramain, une organisation aujourd'hui disparue qui selon les Etats-Unis finançaient des groupes armés.
Les Etats-Unis ont également prétendu qu'il avait rencontré Mamdouh Mahmud Salim, un prétendu lieutenant supérieur d'Osama Ben Laden qui avait été arrêté en Allemagne en 1998 puis extradé aux Etats-Unis. Les avocats de Sami al-Hajj ont toujours nié ces allégations.
Un élément de racisme
Sami al-Hajj était en grève de la faim depuis le 7 janvier 2007. David Remes, un avocat pour 17 prisonniers de Guantanamo Bay, a raconté à Al Jazeera que le traitement appliqué à Sami al-Hajj « était plus terrible que pour la plupart des autres et qu'il y avait un élément de racisme dans la façon avec laquelle il avait été traité. Il dit qu'il avait été en contact avec l'avocat d'al-Hajj et qu'il semblait que le caméraman a été « détérioré psychologiquement ». « Les Européens n'auraient jamais été traités de la sorte » dit Remes.
Environ 275 prisonniers sont encore à Guantanamo et l'avocat dit que les prisonniers européens étaient tous retournés dans leurs pays, laissant derrière eux des détenus d'autres nationalités comme les Yéménites qui constituent un tiers de la population des prisonniers. Remes raconte qu'al-Hajj avait été libéré parce que l'administration Bush « veut vider autant d'hommes que possible hors de Guantanamo aussi rapidement que possible...étant donné que Guantanamo est devenu un tel symbole international de honte ». « Quand la Cour Suprême a dit que les hommes pouvaient avoir des avocats, la pression sur les Etats-Unis a augmenté et la condamnation a isolé l'administration américaine. Guantanamo a été un désastre pour les relations publiques » dit-il. « Malheureusement, les Américains sont sensibles aux violations des droits mais n'ont aucune sympathie pour les hommes détenus à Guantanamo étant donné que l'administration Bush a réussi à les dépeindre comme étant les pires des pires personnes malfaisantes ».
« J'ai rencontré beaucoup de prisonniers et ai été amené à reconnaitre leurs souffrances...nous les reconnaissons en tant qu'êtres humains, pas les pires des pires et nous avons rencontré leurs familles. J'ai été à Guantanamo et la dimension humaine de Guantanamo est une histoire qui reste encore à être racontée » dit Remes.
Inquiétudes et sollicitude d'Al Jazeera
Al Jazeera a fait campagne pour la libération de Sami al-Hajj et ce, depuis sa capture il y a près de six ans et demi. Wadah Khanfar, le directeur-général de la chaîne qui était à Khartoum pour souhaiter la bienvenue à Sami, a dit : « nous sommes fou de joie ». Mais il a critiqué l'armée américaine qui fait pression sur al-Hajj afin qu'il espionne ses employés. « La façon avec laquelle les Américains ont traité Sami al-Hajj nous préoccupe ainsi que la façon avec laquelle ils pourraient aussi traiter tous les autres » dit-il. « Sami continuera avec Al Jazeera, il continuera comme un professionnel qui a fait de formidables boulots durant son travail à Al Jazeera. Nous félicitons sa famille et tous ceux qui connaissaient et aimaient Sami et qui ont travaillé pour ce grand moment ».
Source : http://english.aljazeera.net/English, 2 mai 2008
Traduction de l'anglais : Ana Cléja

vendredi 9 mai 2008

Sami Al Haj commence à parler

par Nicolas Bourcier et Mouna Naïm (à Beyrouth), Le Monde, 8 Mai 2008

Le cameraman soudanais de la chaîne qatarie Al-Jazira, Sami Al-Haj, libéré la semaine dernière après six années d'incarcération sur la base américaine de Guantanamo, a dénoncé, lundi 5 mai, dans une de ses premières déclarations publiques depuis son arrivée à Khartoum, des conditions de détention particulièrement difficiles. L'homme, visiblement affaibli, s'est exprimé en direct à la télévision soudanaise à l'occasion d'une fête officielle et populaire organisée en son honneur.
Sami Al-Haj a déclaré avoir subi 130 séances d'interrogatoire, dont 95 consacrées à son travail et à la chaîne qatarie Al-Jazira. Certains geôliers lui auraient demandé de trahir son employeur et de devenir un espion. Mais, dit-il, "j'ai compté sur Dieu" dans la résistance aux pressions.
Le journaliste a poursuivi en indiquant avoir été soumis à la torture physique et morale. Il a affirmé avoir vu de ses propres yeux comment des soldats ont déchiré le Coran, l'ont souillé, l'ont foulé aux pieds avant de s'asseoir dessus. Il a souligné les avoir observés lorsqu'ils frappaient des prisonniers en des points sensibles du corps.
Vendredi, quelques heures après son arrivée dans la capitale soudanaise, Sami Al-Haj avait affirmé depuis sa chambre d'hôpital que les prisonniers de Guantanamo "étaient privés de prière et qu'il y avait des insultes délibérées contre le livre saint". Il précisait que "la situation était très mauvaise et qu'elle empirait chaque jour un peu plus".
AUCUNE INCULPATION
Arrêté en décembre 2001 à la frontière de l'Afghanistan et du Pakistan par les forces de sécurité pakistanaises, Sami Al-Haj avait été livré un mois plus tard à l'armée américaine, avant d'être transféré sur la base de Guantanamo le 13 juin 2002. D'après Reprieve, une association de défense des droits de l'homme britannique qui représente une trentaine de détenus de Guantanamo, les autorités militaires américaines l'ont accusé d'avoir réalisé une interview d'Oussama Ben Laden. Dans un communiqué, l'organisation a indiqué que cette charge était sans fondement.
Aucune inculpation n'a été prononcée contre Sami Al-Haj à Guantanamo. Lors d'une audition qui devait le qualifier d'"ennemi combattant", des responsables américains ont prétendu qu'il avait travaillé, dans les années 1990, dans une entreprise alimentaire basée au Qatar qui soutenait des combattants musulmans en Bosnie et en Tchétchénie. Ils l'ont également accusé d'avoir rencontré Mamdouh Mahmud Salim, un proche lieutenant de Ben Laden arrêté en Allemagne en 1998 et extradé aux Etats-Unis.
Interrogé par l'Agence France-Presse, le frère du cameraman s'est dit préoccupé par son état de santé. "Nous ne pouvons pas croire que c'est la même personne. Il a la trentaine et il en paraît quatre-vingt-dix", a souligné Issam Al-Haj. Selon Clive Stafford Smith, un des avocats de Sami Al-Haj et responsable de Reprieve, son client, qui avait entamé une grève de la faim le 7 janvier 2007 pour protester contre sa détention, a perdu 18 kilos, souffre de graves problèmes intestinaux et est sujet à des crises de paranoïa.
A Washington, un porte-parole du Pentagone, le commandant Jeffrey Gordon, avait justifié vendredi l'incarcération du cameraman en indiquant que "la décision de le détenir était étayée par des renseignements aussi bien classifiés que publics".
"Le transfert est une démonstration de la volonté des Etats-Unis de ne pas retenir des détenus plus longtemps que nécessaire", a ajouté le Pentagone dans un communiqué, qui précise que 65 autres détenus de Guantanamo sont "éligibles" pour un transfert ou une libération.
Depuis 2002, plus de 500 détenus de Guantanamo ont été transférés vers leur pays d'origine. Quelque 275 y sont toujours incarcérés.

mercredi 19 mars 2008

Croquis de mon cauchemar

"Croquis de mon cauchemar" : C'est ainsi que Sami Al Haj, le caméraman soudanais d'Al Jazeera enfermé à guantánamo depuis six ans, a intitulé les quatre dessins qu'il a faits pour représenter la torture qu'il subit à guantánamo, où il est en grève de la faim depuis le 7 janvier 2007 et nourri de force. Comme ses dessins ont été censurés par les autortés du camp, qui ont interdit à son avocate de les sortir, l'organisation Reprieve, qui défend Sami et d'autres otages de guantánamo, a demandé au dessinateur Lewis Peake de refaire ces dessins à partir des descriptions qu'en a faites Sami (ces decriptions n'ont, elles pas été censurées).



http://www.reprieve.org.uk/Press_Sami_Al_Haj_Protest_Sketches_18.03.2008.htm


http://www.reprieve.org.uk/Press_Second_Sami_Al_Haj_Sketch.htm



http://www.reprieve.org.uk/Press_Sami_Al_Haj_Third_Scetch_26.03.08.htm



http://www.reprieve.org.uk/Press_Sami_Al_Haj_Fourth_Sketch_2008.03.28.htm

mardi 18 mars 2008

Squelette vivant


Sami Al Haj, le caméraman soudanais d'Al Jazeera embastillé à guantánamo depuis six ans est entré lundi 17 mars dans son 431ème jour de grève de la faim. Comment peut-il encore être en vie, vous demandez-vous. C'est simple : il est nourri de force sur une chaise de contention, par des tubes d'un mètre de long enfoncés dans son estomac par les narines. Une véritable torture, qualifiée sans rire de "traitement sûr et humain" par le Pentagone.

Essayez d'imaginer dans quel état vous seriez à ce régime, après avoir été nourris de force pendant 37 millions 238 mille 400 secondes.

L'avocat de Sami, Clive Stafford Smith, vient d'annoncer que les autorités du camp viennent de censurer un dessin de Sami où il se représentait lui-même en squelette nourri de force. Une grave atteinte à la sécurité nationale des États-Unis d'Amérique [In GO(l)d we trust].
Six autres dangereux terroristes connaissent le même sort que Sami : eux aussi en grève de la faim illimitée, ils sont entubés matin, midi et soir.

lundi 21 janvier 2008

Une lettre de Guantánamo de Sami Al Haj

Nourri de force depuis le 7 janvier 2007
par Andy WORTHINGTON, 17 janvier 2008. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Aujourd'hui, Associated Press fait état d’une lettre de Guantánamo écrite par Sami Al Haj, le caméraman d'Al Jazeera. La lettre est datée du 27 décembre 2007 et vient juste d’être déclassifiée par les censeurs du Pentagone. Elle a été traduite de l'arabe par ses avocats de l’ONG Reprieve à Londres, qui représentent des douzaines de détenus de Guantánamo.

M. Al Haj a été capturé par les forces pakistanaises, agissant pour le compte des USA, en décembre 2001, alors qu’il se préparait, avec le reste de son équipe, à reprendre la couverture de l’Afghanistan pour la chaîne arabe de télévision. Comme Clive Stafford Smith, le directeur juridique de Reprieve, l’a expliqué après lui avoir rendu visite à Guantánamo en septembre dernier, il a été pris « parce que les USA pensaient qu'il avait filmé la fameuse interview d’ Oussama Ben Laden par Al Jazeera. Comme cela a souvent été le cas ces derniers temps, les USA se trompaient (mais citez-moi le nom d’un seul journaliste qui refuserait un scoop sur Ben Laden). »

À Guantánamo, M. Al Haj a été soumis à une panoplie extraordinaire d'allégations vagues pour lesquelles l'administration n'a fourni aucune preuve. Lors de l’examen administratif de son cas en septembre 2006, il a été allégué qu'il avait transporté 220.000 $ en Azerbaïdjan "pour ce qu’on lui avait dit être une mission humanitaire mais qui étaient en fait destinés aux rebelles tchétchènes," et que, quand il a travaillé pour une société appelée Union Beverage Company, il a « interagi avec l'individu responsable de la distribution de jus de fruit en Azerbaïdjan, » qui « faisait l’objet d’une enquête pour des liens possibles avec le terrorisme. »

En référence à sa première mission pour Al Jazeera en Afghanistan, les autorités ont également décidé que des interviews prétendument conduites par M. Al Haj et un collègue avec « le ministre du Trésor des Taliban, le ministre de l'Électricité, et le ministre des Affaires étrangères » et avec « un homme qui s'est identifié lui-même comme membre d'Al Qaïda (sic) » constituaient une connexion ou une association avec le terrorisme. Au cours de sa détention, d’autres affirmations - dont une allégation qui il aurait « arrangé le transport d'un système anti-aérien Stinger d'Afghanistan en Tchétchénie » - ont été écartées des « preuves » retenues contre lui.

Confirmant que ces allégations ne sont rien d’autre qu'un écran de fumée, les autorités de Guantánamo se sont concentrées presque exclusivement sur l’association de M. Al Haj avec Al Jazeera. Dans une interview avec Democracy Now (l’émission d’Amy Goodman aux USA, NdT) le 15 janvier, son plus jeune frère Asim a parlé à Amy Goodman de Khartoum et expliqué que son frère est « victime d'une opération politique contre Al Jazeera, que Washington n'approuve pas. » Il a ajouté que les 130 interrogatoires auxquels il a été soumis à Guantánamo, « étaient tous au sujet d'Al Jazeera et des relations alléguées entre Al Jazeera et Al Qaïda. Ils ont essayé de l’amener à travailler comme espion pour les renseignements US en échange de la citoyenneté US pour lui et pour sa famille et ont promis de l'aider même à écrire un livre, à condition qu'il espionne ses collègues d’Al Jazeera. Si par exemple vous regardez l'allégation qu'il a été impliqué dans des ventes de fusées ou de missiles à l'Afghanistan, je veux dire, comment un journaliste ou une personne de médias voyageant vers un pays où il n’a jamais été auparavant pouvait-il transporter ça ? Il les aurait transportés dans ses bagage ou quoi? »

À Guantánamo, M. Al Haj a été un militant inlassable pour la justice. Il a été en avant dans les campagnes exigeant que les détenus soient libérés ou soumis à procès équitable, et a fourni des informations détaillées (déclassifiées par le Pentagone) au sujet de ses compagnons de détention, et au sujet des diverses grèves de faim qui ont donné du fil à retordre à l'administration.

En raison de sa fermeté sur les principes, M. Al Haj a fait l’objet d’une suspicion particulière des autorités, et a été soumis à un traitement effroyable au fil des années. Désespéré par le traitement auquel non seulement lui-même mais tous les autres détenus étaient soumis, il a déclenché une grève de faim le 7 janvier 2007, et refuse donc de s’alimenter depuis 374 jours. La réponse des autorités aux grèves de faim a été brutale, comme Clive Stafford Smith l’a expliqué en octobre. « L'éthique médicale prescrit qu’on ne peut pas nourrir de force un gréviste de la faim doté de toutes ses facultés mentales, car il a le droit de se plaindre au sujet des mauvais traitements subis, même jusqu’à la mort, » a écrit Stafford Smith dans le Los Angeles Times. « Mais le Pentagone sait qu'un prisonnier se laissant mourir de faim serait une publicité catastrophique, donc ils nourrissent Sami de force. Comme si ce n'étaient pas assez, quand le général. Bantz J. Craddock dirigeait le Commandement Sud US, il a annoncé que les soldats avaient commencé à rendre les grèves de faim moins 'commodes.' Plutôt que de laisser un tube d'alimentation en place, ils l'insèrent et le retirent deux fois par jour. Avez-vous jamais poussé un tube de 110 cm à travers votre narine vers votre gorge ? Ce soir, Sami av endurer cela pour la 479ème fois. »

Stafford Smith a également noté un déclin sérieux dans la santé mentale et physique de son client, et s’est inquiété qu'il puisse mourir à Guantánamo. « Sami paraît très maigre, » écrivait-il en octobre. « Sa mémoire se désagrège, et je m'inquiète qu'il ne survive pas s'il continue comme ça. Il a déjà écrit un message pour son fils de 7 ans Mohamed, au cas où il mourrait ici. » Sur Democracy Now, son frère a ajouté : « Si Sami meurt, qui sera responsable de cela ? Et contre qui devrions-nous porter plainte, contre qui ? La chose la plus difficile pour un être humain est d'être soumis à une injustice contre laquelle vous ne pouvez rien faire, pour vous-même ou pour à en soutien à d'autres. »

Dans l'espoir de fournir un petit geste pour maintenir l’attention du public sur la détresse de Sami Al Haj, je reproduis ci-dessous le texte intégral de sa lettre.


Lettre de Guantánamo de Sami Al Haj, 27 décembre 2007

C’est avec un grand plaisir que je transmets mes salutations les plus cordiales et ma gratitude pour tous vos efforts au sujet des prisonniers de Guantánamo. Je voudrais aussi vous transmettre nos voeux de Nouvel An et demander à Dieu qu’il soit réussi et prospère.

Quant à nos nouvelles, nous sommes ici depuis plus de six ans, et nous cherchons toujours à proclamer la vérité, la liberté et la paix mondiale.

Tout ceci a lieu dans un monde qui sait ce qui se passe mais reste silencieux et font à peine plus qu'observer ce théâtre désolé.

Désormais tout le monde sait sûrement cette vérité. Les USA étaient le pays qui s'est enorgueilli d’apporter la paix ; maintenant, c’est triste à dire, au lieu de cela il ne pleut que violence et discorde. Guantánamo en est l'exemple le plus évident.

Nous prisonniers sommes entrés à Guantánamo vivants, beaucoup l'ont quitté vivants, et certains d'entre nous y restent dans lui, apparemment vivants. Mais ceux qui restent meurent chaque seconde de chaque jour que nous sommes ici. Chacun de nous souffre de nouvelles douleurs physique, et nos coeurs blessés souffrent d'une douleur psychologique qui ne peut pas être décrite.

Toute ceci se produit et le monde reste silencieux. Et, comme cela a été écrit, voici notre vérité :

Je suis vivant et écouterai si vous appelez
Mais il n'y aura bientôt aucune vie pour nous que vous appelez ;
Et si vous souffliez sur les braises maintenant elles brilleraient
Mais attendez et vous constaterez que vous souffliez sur des cendres

Sami Al Haj













jeudi 17 janvier 2008

Les Démocrates, les Républicains, et même RSF pour la fermeture de Guantanamo

par Maxime Vivas, 10 Janvier 2008

En janvier 2006 Amnesty International écrivait : « Il n’y a pas de mesure intermédiaire en ce qui concerne Guantanamo. Le centre de détention doit être fermé et une enquête doit être immédiatement menée sur les nombreuses informations faisant état d’actes de torture et de mauvais traitements depuis 2002 ».
En février 2006, cette proposition est reprise par l’ONU.
Le 31 mai 2006, tombait cette dépêche de l’agence Associated press : « L'Union européenne appelle les autorités américaines à fermer Guantanamo. Ursula Plassnik, présidente en exercice du conseil des ministres de l’UE a exhorté mercredi 31 mai les USA à fermer dès que possible le centre de détention sur la base de Guantanamo, à Cuba, où sont incarcérés des hommes suspectés de terrorisme. »
Il faudra attendre le 12 juin 2006 pour que, dans une phrase noyée dans un article, RSF murmure que Guantanamo doit être fermé.
Guantanamo ou croupit un journaliste soudanais, Sami Al Haj depuis 2002.
Qu’attendent de cet homme les dirigeants Etats-uniens ?
Le 26 septembre 2005, le journal britannique The Guardian, nous l’avait appris par la plume de Vikram Dodd : « Sami Al-Haj se plaint d’avoir été interrogé plus de 100 fois, mais pas à propos des accusations. M.Haj dit que lors d’un interrogatoire, la nationalité américaine lui a même été proposée, s’il acceptait de devenir espion. » Ils ont dit : si tu travailles pour nous, nous t’apprendrons le journalisme, nous te donnerons un visa pour vivre où tu veux, nous te donnerons même la nationalité américaine, nous te protégerons et te donnerons de l’argent. Nous t’aiderons à écrire un livre et nous le publierons. Cela aidera à ce que les gens d’Al Qaida te contactent et travaillent avec toi. »
« M. Haj a également déclaré que les américains ont menacé de s’en prendre à sa famille s’il refusait d’espionner une fois libéré. »[1]
Pendant deux ans Sami Al Haj a été escamoté de la liste de RSF recensant tous les journalistes emprisonnés à travers le monde. Disparu, rayé, inexistant ! Entre 2002 et 2007, RSF a parcimonieusement émis des communiqués laconiques et non suivis d’actions en faveur du journaliste enlevé, encagé, torturé pour la seule raison de refuser de trahir la chaîne qui l’employait et de devenir un agent des USA.
Le 12 septembre 2006, croulant sous les critiques, RSF publie une longue lettre ouverte en droit de réponse au réseau Voltaire. RSF ambitionne de prouver la mauvaise foi de ses détracteurs. Mais elle est contrainte aussi d’expliquer son mutisme prolongé. Elle le qualifie d’erreur » et d’« oubli » tout en le justifiant : elle ne savait pas si Sami Al Haj avait bien « été arrêté en raison de sa qualité de journaliste » et « faute d’information » elle a « attendu ». Près de 5 ans !
Or, dès qu’un journaliste est emprisonné dans n’importe quel pays, pour peu que ce pays soit ennemi des USA, RSF réagit dans l’heure. Elle ne mène pas d’enquête, elle hurle aussitôt et sans discontinuer contre les « prédateurs » (elle le fait même contre les ennemis des USA où aucun journaliste n’est en prison ou tué. Exemple : le Venezuela).
Mais le fond n’est pas encore touché. En effet, après avoir, à retardement et dans un souffle contraint, demandé la fermeture de Guantanamo, RSF s’avise que cette idée est devenue une revendication forte aux USA.
Le 30 juin 2006, la Cour suprême US a déclaré anticonstitutionnels les tribunaux militaires d'exception.
Barack Obama, candidat à l'investiture démocrate pour la présidentielle américaine 2008, s'est prononcé haut et fort pour la fermeture.
L'administration républicaine déclare ouvertement y réfléchir actuellement. Bush dit que la fermeture est une priorité.
Du coup, les cordes vocales de RSF retrouvent leur élasticité bien connue de la presse pauvre des pays pauvres.
« Le scandale juridique et humanitaire incarné par Guantanamo dure depuis maintenant six ans. » tonitrue-t-elle dans un communiqué » du 10 janvier 2008.
« Le vainqueur du scrutin présidentiel du 7 novembre prochain devra mettre fin à une situation humainement intolérable et juridiquement intenable ». RSF appelle « tous les candidats en lice pour les primaires à s'engager à fermer Guantanamo ».
Quelle tristesse de voir les journalistes qui reçoivent ce genre de pitreries les répercuter sans objecter que :
- Puisque le scandale dure depuis 6 ans, RSF aurait pu se joindre plus tôt aux autres ONG et organisations internationales qui l’ont dénoncé.
- Attendre que les Démocrates et les Républicains aient publiquement exprimé leur volonté de fermer Guantanamo pour leur demander d’exprimer cette volonté c’est vraiment prendre les lecteurs pour des abrutis de première.
« L’argent est un bon serviteur, mais un mauvais maître ». Surtout quand il est versé en dollars, via des officines écrans de la CIA.

[1] Une partie des informations de cet article est tirée de mon livre « La face cachée de RSF. De la CIA aux Faucons du Pentagone ». Editions Aden.

lundi 17 septembre 2007

Sami Al Haj est sur le point de mourir à Guantánamo

Le syndrome du Darfour
par Robert Verkaik, The Independent, 13 septembre 2007
Traduit par Fausto Giudice,
Tlaxcala


Un journaliste d'Al Jazeera capturé en Afghanistan il y a six ans et envoyé à Guantánamo est sur le point de devenir le cinquième détenu à la base navale US à se suicider, selon un rapport médical rédigé par une équipe de psychiatres britanniques et usaméricains.
Sami Al Haj, un ressortissant soudanais, est dans son 250e jour de grève de la faim qu'il a entamé en protestation contre sa détention sans inculpation ni procès en Janvier 2002. Mais des médecins britanniques et usaméricains, qui ont pu avoir un accès exclusif à des procès-verbaux d’interrogatoire, disent qu'il y a de très forts indices qu'il a abandonné son combat pour la vie, subissant ce que les médecins qualifient de «suicide passif », un état éprouvé par des femmes victimes du Darfour.
Le Dr. Dan Creson, un psychiatre usaméricain qui a travaillé avec les Nations Unies au Darfour, dit que M. Al Haj souffre d'une dépression sévère et que la détérioration de son état rend sa mort imminente.Il dit que l'état du détenu était similaire à celui des femmes darfouries au Soudan dont l’état mental subit soudain un déclin irréversible après qu’elles ont enduré des mois de famine et d'abus. Il dit : « Entre viol, famine rampante et humiliations abjectes, elles faisaient ce qu'elles pouvaient pour survivre et sauver leurs enfants ; puis, soudain, quelque chose se passait dans leur psychisme, et, sans signes annonciateurs, elles allaient s’asseoir avec leurs petits enfants dans le premier coin d'ombre disponible pour attendre la mort sans émotion apparente ».
En juin de cette année, un Saoudien a été le quatrième prisonnier à se suicider à Guantánamo. Les gardiens l’ont retrouvé mort dans sa cellule. Deux prisonniers saoudiens et un prisonnier yéménite ont été retrouvés pendus dans ce qui apparaissait comme un suicide au mois de juin de l'année dernière à Guantánamo. Un responsable militaire US avait à l'époque provoqué l'indignation en décrivant le suicide des trois hommes comme un acte de guerre unilatéral et opération de relations publiques de la part des suspects de terrorisme.
M. Al Hajj, 38 ans, a été envoyé en mission par la chaine de télévision Al Jazeera pour couvrir la guerre en Afghanistan en octobre 2001. Le mois suivant, après la chute de Kaboul, M. Al Haj a quitté l'Afghanistan pour le Pakistan avec le reste de son équipe.
Début décembre, des visas ont été attribués à l'équipe pour retourner en Afghanistan. Mais quand M. Al Haj a essayé de rentrer en Afghanistan avec ses collègues, il a été arrêté par les autorités pakistanaises - apparemment à la demande de l'administration militaire US.Il a été emprisonné et remis aux autorités US en janvier 2002, emmené au camp militaire US à Bagram en Afghanistan, puis à Kandahar et finalement à Guantánamo en juin 2002.
Son avocat, Clive Stafford Smith de l'organisation humanitaire Reprieve , dit que son client a été brutalement nourri de force pendent des mois et a perdu presque le cinquième de son poids durant sa grève de faim.
M. Stafford Smith dit : « L'administration militaire US craint à juste titre qu'un cinquième prisonnier meure sous sa garde. Mais ils réagissent incorrectement en traitant les prisonniers encore plus mal. Les couvertures et les habits sont enlevés pour éviter qu'ils soient utilisés pour commettre un suicide. Les méthodes les plus brutales d'alimentation forcée sont employées - Sami a souffert, à plusieurs reprises, de l’introduction par erreur du tube d'alimentation forcée dans ses poumons».
L'alerte sur l'état de M. Al Haj coïncide avec la publication de transcriptions de documents de Guantánamo qui décrivent l'hostilité entre les gardiens et leurs prisonniers. Les transcriptions contiennent des détails sur des gardiens interrompant les prisonniers pendant la prière, des détenus lançant leurs excréments sur les gardiens, des interrogateurs suspendant la distribution de médicaments.
Le Dr. Hugh Rickards, un psychiatre britannique, a alerté dans son rapport que l’état de souffrance mentale de M. Al Haj « apparaît si aigu qu'il est de mon devoir de praticien de le signaler par écrit pour garantir une évaluation et un traitement appropriés ».
Le Dr. Mamoun Mobayed, un psychiatre britannique basé en Irlande du Nord, et troisième membre de l'équipe à qui on a donné l'accès à des procès-verbaux d’interrogatoires récents du prisonnier, dit qu'il y régnait aussi une inquiétude à propos de la santé mentale de la femme de M. Al Haj et de son fils âgé de sept ans, qui n’avait qu’un an quand son père a été envoyé en mission en Afghanistan.

mercredi 22 août 2007

Grève de la faim : conspiration du silence

C'est une véritable conspiration du silence qui règne sur la lutte désespérée des détenus de Guantánamo. Un porte-parole du camp, le commandant Rick Haupt, a reconnu mardi que 22 d'entre eux étaient en grève de la faim, et que 20 d'entre eux étaient nourris de force, ajoutant sans rire, qu'aucun d'entre eux n'était en danger immédiat, "grâce aux efforts héroïques du personnel médcal pour préserver leur vie et leur santé" (thanks to the heroic efforts of the medical staff who strive to preserve the life and health of detainees). Le commandant Haupt a faits sa déclaration pour démentir l'information donnée par Maître Clive Safford Smith, l'aviocat du caméraman soudanais Sami Al Haj, selon lequel son client est dans une situation très grave : il a perdu 18 kilos, il a eu un orteil brisé par un gardien lors d'un déplacement "escorté" et il est en train de perdre l'esprit. Selon l'avocat, qui l'a rencontré depuis juillet, Sami a de plus en plus de mal à se concentrer et à parler anglais. Il a aussi raconté que les méthodes pour nourrir de force les grévistes de la faim étaient particulièrement brutales : il arrive notamment que les tubes introduits de force par le nez atteignent le s poumons au lieu de l'estomac et ne soient pas lubrifiés, ce qui provoque des lésions internes. D'autre part, les grévistes d e la faim, outre le fait qu'ils sont nourris de force sur des chaises de contention qui sont une véritable torture, sont en guise de punition dépouillés de tous les objets personnels autres que leurs vêtements, leurs matelas leurs sont retirés et remplacés par un matelas mousse très fin.
Les grèves de la faim à Guantánamo se succèdent depuis le mois d'août 2005. les détenus actuellement en grève le sont depuis le mois de mai. Est considéré comme gréviste de la faim tout détenu qui refuse 9 plateaux de suite.
Enfin, à propos des informations parues dans un journal soudanais, selon lesquelles Sami Al Haj serait libéré prochainement, Clive Stafford Smith a annoncé qu'il ne s'agissait que de rumeurs, infirmées, d'après la famille du caméraman, par le gouvernement de Khartoum.
Source : AP, 22 août 2007

mardi 21 août 2007

5000 Soudanais réclament la libération de leurs 9 compatriotes détenus à Guantánamo

Les familles de quatre Soudanais détenus dans la prison américaine de Guantanamo ont marché dimanche devant l’ambassade des Etats-Unis à Khartoum, pour réclamer la libération de ces derniers, a constaté APA.
Des groupes de familles ont marché devant l’ambassade des Etats-Unis à Khartoum pour exprimer leur solidarité avec les familles des neuf détenus.
La manifestation fait suite à des informations ayant circulé dans la capitale soudanaise, selon lesquelles l’administration américaine envisageait la "libération prochaine" de l’un des Soudanais de Guantanamo.
Sur Al Jazeera, frère du détenu Sami al-Hajj, avait affirmé la semaine dernière, à Khartoum, que Washington pourrait faire bénéficier, Hajj d’une "mise en liberté sous condition s’il acceptait de ne pas quitter le Soudan".
Les membres des familles des détenus ont affirmé que la possibilité pour Hajj de recouvrer la liberté constituait "une bonne nouvelle", mais qu’au dela de ce dernier, ce sont tous les détenus soudanais, qui "doivent être libérés."
« Nous sommes ici pour réclamer la libération et le retour au pays de nos frères, de nos fils et de nos pères détenus à la prison de Guantanamo », a déclaré le frère de Hajj.
« Cette souffrance doit cesser, car cela fait maintenant plus de 6 ans que nous l’endurons sans que les détenus ne soient ni entendus devant une cour, ni accusés », a-t-il ajouté, marchant aux côtés des autres familles.
Les neuf Soudanais, soupçonnés d’activités terroristes, avaient été détenus par Washington au Pakistan et en Afghanistan, avant d’être transférés à la prison de Guantanamo, à Cuba, ont révélé les familles lors de la marche de protestation.
Un des protestataires a remis à une autorité de l’ambassade des Etats-Unis, Joel Maybury, une pétition comprenant 5. 000 signatures de citoyens soudanais, réclamant la relaxe pure et simple de leurs concitoyens.
Maybury a, quant à lui, affirmé que l’ambassade ferait part à Washington du message, s’abstenant toutefois, de tout commentaire quant aux chances de libération des autres prisonniers.
Source : Agence de Presse Africaine, 19-08-2007
Une précédente manifestation à Khartoum en février 2007

jeudi 2 août 2007

Voyage au bout de l'enfer

Depuis plus de six ans, le journaliste soudanais Sami Al Haj est illégalement détenu dans le camp de concentration de Guantanamo. Aucune charge précise n'est retenue contre lui. Cette situation digne des plus troublants romans de Kafka pourrait laisser songeur, si elle ne témoignait pas, plus simplement, d'une honteuse et intolérable injustice. Ni la première dame de France, ni Reporters Sans Frontières ne s'en émeuvent pourtant (si quand même, un tout petit peu, NDLR chronique de guantánamo)
Quand les États-Unis mènent leur guerre aveugle contre le terrorisme, la liberté de la presse et les droits de l'Homme trinquent. Rappel des faits : en octobre 2001, la chaîne Al Jazeera envoie son cameraman, Sami Al Haj , avec une équipe de journalistes en Afghanistan pour couvrir la guerre de Bush. Après un transit obligatoire au Pakistan, l'équipe obtient enfin un visa d'entrée, mais elle juge utile de prolonger son séjour à Quetta, en raison de la violence du conflit. Sami Al Haj paie aujourd'hui le prix fort de cette précaution qui, pourtant, relève du sens commun. Mais on peut se demander si, dans cette affaire, le bon sens est vraiment la chose au monde la mieux partagée. Quand les forces nordistes, avec l'appui des Américains, l'emportent, l'équipe de journalistes tente de retourner à Kandahar. Elle a, au préalable, prorogé son visa d'entrée. C'est donc au moment de passer la frontière, à la mi-décembre 2001, que les forces armées pakistanaises sur ordre des américains arrêtent Sami Al Haj . Le cauchemar commence. Dénudé, dépouillé de ses effets personnels, la tête couverte, les pieds et les mains enchaînés, le journaliste est jeté dans un avion, en direction de la prison américaine de Bagram en Afghanistan. Ensuite, il sera transféré vers la base de Guantanamo, zone de non-droit toujours active, où il reste à ce jour incarcéré, sans le moindre chef d'inculpation.
Son avocat, Clive Stafford Smith, a déclaré il y a un an que son client avait enduré des tortures et des abus sexuels. Contraint de suivre un traitement pour un cancer de la gorge, les autorités américaines refusent de lui administrer. En revanche, un comité d'experts, nommé le Behavorial Science Consultation Team, emploie toute son intelligence à détruire un homme affaibli, de surcroît innocent. Sami Al Haj rapporte ces châtiments corporels : outre les privations de sommeil et les tortures psychologiques, les détenus subissent des sévices sexuels et des humiliations qui les obligent à uriner ou déféquer sur eux-mêmes. Aspergés de sang menstruel, soumis à des températures extrêmes, ces hommes doivent assister, voire participer, à la profanation de leur livre sacré. Mais Sami-Al-Hajj, qui a non seulement l'outrecuidance d'être musulman, s'avère également être un Noir. Son temps de récréation est, par conséquent, inférieur à celui des détenus blancs.
Selon Stafford-Smith, cette incarcération, dénuée de tout fondement légal et rationnel, répond à une volonté politique : « les Américains ont voulu, sous la menace, faire de lui un informateur censé confirmer des liens de toutes pièces fabriqués entre la chaîne de télévision arabe Al-Jazeera et le groupe Al-Qaïda. » Alternant la carotte (promesse d'accession à la nationalité américaine) et le bâton (menace pesant sur son épouse et sur leur jeune fils), ceux qui interrogent le journaliste se sont heurtés à un refus. « A titre strictement personnel, je ressens de l'admiration pour le courage dont fait preuve Sami Al Haj » observe son avocat. « Il est tout à fait innocent. Aussi terroriste que mon grand-père. La seule raison qui explique un tel traitement, c'est son appartenance à la chaîne d'information Al-Jazeera. »
Vivement critiquée par l'Arabie Saoudite, comme par les États-Unis, celle-ci semble oeuvrer, de quelque façon, en faveur du rapprochement des riches par delà les divergences culturelles. Mais c'est une vertu que nul hélas ne lui reconnaît. On l'accuse de rendre publics les messages des ennemis de la liberté. Mais si la télévision occidentale elle-même répondait à cette injonction extrême, elle serait privée d'information et tout à fait silencieuse. Les dépêches regorgent de crimes inesthétiques ou immoraux dont il faut toutefois rendre compte. La guerre contre le terrorisme seule explique cette volonté de museler une certaine presse, en persécutant des journalistes qui ne font que leur travail. Stafford Smith déplore que les associations et les médias occidentaux soient si peu sensibles à la souffrance de Sami Al Haj qui découle du mépris pour les droits de l'Homme et pour la liberté de l'information. Pourtant, il est à noter qu'une pétition circule sur internet, à l'initiative d'Amnesty International (Groupe 54 d'Ottignies-Louvain-La-Neuve). Ce ne sera sans doute pas assez pour que s'achève ce long périple au bout de l'enfer de la cellule 345 qui est aussi, pour tout citoyen soucieux du respect des droits de l'Homme, un voyage au bout de la honte.

Source : najzoug@yahoo.fr

jeudi 21 juin 2007

Des poèmes de détenus de Guantánamo publiés aux USA

Un recueil de poèmes, qui sera publié en août 2007 aux États-Unis, donne la parole aux détenus de Guantanamo qui ont transmis à leurs avocats leurs textes parfois écrits avec de la pâte à dentifrice ou gravés sur des couvercles de tasses en plastique.

"Poems from Guantanamo. The Detainees Speak" (Poèmes de Guantanamo. Les détenus parlent) rassemble sur 84 pages 22 textes écrits par 17 prisonniers. Quatre ou cinq ont été libérés depuis, mais les autres font encore partie des 375 détenus du camp de Guantanamo ouvert sur une base navale américaine à Cuba dans les mois qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001. La plupart sont retenus depuis plus de cinq ans sans inculpation ni jugement.

Le recueil, édité par les presses universitaires d'Iowa (centre), a pu voir le jour grâce à un avocat, Marc Falkoff et tous les textes, écrits en arabe et traduits par des traducteurs accrédités auprès du ministère américain de la Défense, ont été "déclassifiés" par le Pentagone.C'est en commençant à recevoir des poèmes de ses clients que M. Falkoff, qui défend des détenus yéménites à Guantanamo, a eu l'idée de les publier. Il s'est rendu compte que d'autres avocats également recevaient de tels poèmes.

Tous les textes sortant de la base sont a priori considérés comme des menaces potentielles à la sécurité et doivent être analysés par les services du Pentagone qui choisissent de les retenir ou de les "déclassifiés" en les remettant aux avocats.Durant la première année de détention, lorsque les prisonniers n'étaient pas autorisés à avoir de papier ni de crayon, certains de ces poèmes ont été écrits avec de la pâte à dentifrice ou gravés sur des couvercles de tasses en plastique à l'aide de cailloux, a raconté Marc Falkoff à l'AFP.

Les auteurs, qui pour la plupart n'ont jamais écrit de poésie avant, sont Saoudiens, Yéménites, Britanniques, Pakistanais."Aucun de ces textes n'a été écrit dans le but d'être publié dans ce volume. La plupart des détenus s'interrogent sur leur situation, sur la justice, confient leur désillusion de l'Amérique, parfois leur colère et surtout la nostalgie qu'ils ressentent", explique l'avocat qui s'est rendu une dizaine de fois à Guantanamo.

"Amérique, tu caracoles sur le dos d'orphelins/ Et tu les terrorises chaque jour./ Bush, fais attention./ Le monde reconnaît en toi le menteur arrogant", écrit Sami al-Haj, un ancien caméraman de la chaîne d'information arabe, Al-Jazira, encore détenu.

"Prenez mon sang, prenez mon suaire et ma dépouille, prenez des photos de mon corps dans sa tombe, esseulé,/Envoyez-les au monde, aux juges, aux hommes de conscience, aux hommes de principe et aux justes,/Et laissez-les porter, aux yeux du monde, le fardeau coupable d'une âme innocente", écrit de son côté Jumah al Dossari, 33 ans, détenu à Guantanamo depuis cinq ans, qui a tenté de se suicider en prison douze fois.

"Il y a deux moyens de faire entendre ce qui se passe à Guantanamo", résume Marc Falkoff. "Avoir un procès public, ce qui jusqu'ici a été refusé à mes clients. Ou publier ces textes, afin que le public puisse entendre la voix des détenus", ajoute-t-il.
Le recueil de poèmes a été tiré à 5.000 exemplaires. "Nous avons pensé que c'était un livre très important à publier", a indiqué Allison Thomas, porte-parole de University of Iowa Press."Nous sommes exactement dans le rôle de toutes presses universitaires, qui est de soutenir des idées engagées et de contribuer à porter à la connaissance du public l'information dont dépend la démocratie", a-t-elle ajouté.Les profits du livre iront à un centre de défense des droits des détenus, le Center for Constitutional Rights, a précisé l'avocat.
Source : AFP, 20 juin 2007

mercredi 13 juin 2007

Le caméraman soudanais Sami Al Haj entame sa sixième année de détention à Guantánamo

Le 13 juin 2007, le caméraman soudanais d’Al Jazira, Sami Al Haj, aura passé cinq ans de détention, sans charges ni procès, sur la base militaire américaine de Guantanamo (Cuba). Reporters sans frontières, qui a rencontré la famille du journaliste au Soudan, le 19 mars dernier (cf. communiqué du 28 mars 2007 incluant une vidéo de l’entretien), rappelle que cette détention est inconstitutionnelle et contraire au droit international. L’organisation plaide une nouvelle fois pour la fermeture du camp de Guantanamo, qui représente l’un des plus grands scandales juridiques et humanitaires de ces dernières années.
“Comment le gouvernement des États-Unis ose-t-il faire la leçon à d’autres pays sur les droits de l’homme quand lui-même ne les respecte pas et bafoue ses propres principes constitutionnels ? Par deux fois, la Cour suprême a déclaré inconstitutionnelle la détention des présumés ‘ennemis combattants’ à Guantanamo. Le 7 juin dernier, le Comité judiciaire du Sénat s’est prononcé en faveur d’une ‘restauration’ de l’Habeas Corpus, applicable à ces prisonniers et impliquant leur comparution devant des juridictions civiles et non pas militaires. Enfin, le 11 juin, une cour d’appel fédérale, statuant sur le cas d’un individu détenu en Caroline du Sud, a rappelé que le Président n’avait pas le pouvoir d’ordonner à l’armée de l’arrêter et de le détenir indéfiniment. Les textes et la jurisprudence imposent la libération de Sami Al Haj”, a déclaré Reporters sans frontières.
Assistant caméraman de la chaîne qatarie Al Jazira, père d’un petit garçon, Sami Al Haj a été arrêté à la frontière de l’Afghanistan et du Pakistan par les forces de sécurité pakistanaises en décembre 2001. Accusé sans la moindre preuve d’être à la solde d’Al Qaïda alors qu’il effectuait son travail, le journaliste a été livré le 7 juin 2002 à l’armée américaine, qui l’a transféré le 13 juin suivant à Guantanamo. Il n’a jamais fait l’objet de la moindre inculpation depuis.
Mauvais traitements, sévices et privation de contact avec sa famille ont été le lot quotidien de Sami Al Haj pendant cinq ans. Selon les dernières nouvelles rapportées par son avocat, Clive Stafford Smith - lui-même menacé à une époque par les autorités du camp -, le journaliste a tenté de faire valoir ses droits et entamé une grève de la faim en janvier dernier (cf. communiqué du 6 mars 2007). En représailles, ses geôliers l’ont nourri de force.
La Cour suprême, saisie par les avocats des 380 prisonniers du camp, a déjà établi à deux reprises le caractère inconstitutionnel de leur détention, ainsi que celui des tribunaux militaires chargés de les juger. Un projet de loi garantissant l’application des droits constitutionnels aux présumés “ennemis combattants” de Guantanamo, avalisé le 7 juin 2007 par le Comité judiciaire du Sénat, doit à présent être débattu et voté au Congrès. Malgré ces avancées, le gouvernement fédéral continue de prétendre que les lois des États-Unis ne concernent pas des personnes emprisonnées hors du sol américain, dont la base de Guantanamo fait partie.
Il y a plus de 16 ans, Reporters sans frontières mettait en place le " parrainage " et appelait les médias internationaux à soutenir un journaliste emprisonné. Plus de 200 rédactions dans le monde soutiennent ainsi un confrère en demandant régulièrement sa libération aux autorités concernées et en médiatisant sa situation pour que son cas ne tombe pas dans l’oubli.
Sami Al Haj est ainsi soutenu par des médias espagnols, La Sexta, IPS-Comunica, La Voz del Occidente, Colexio de Xornalistas de Galicia, et canadiens, Corriere Canadese, Atlas media, Magazine de Saint-Lambert, Mouton Noir, CIBL, Radio Canada Sudbury.
Source : http://www.rsf.org/article.php3?id_article=22515

vendredi 30 mars 2007

RSF rencontre la famille de Sami Al Haj à Khartoum

Cuba semble être devenu par les hasards de l'histoire une terre de non droit. Le gouvernement cubain emprisonne opposants et journalistes après un simulacre de procès. Le gouvernement américain utilise la base de Guantanamo (louée à Cuba depuis 1903 avec un bail qui ne peut être résilié sans l'accord des deux parties) pour en faire un zone américaine de non droit, où sont détenus des prisonniers sans jugement.
Le secrétaire général de Reporters sans frontières, Robert Ménard, a rencontré, le 19 mars 2007 à Khartoum, capitale du Soudan, le frère, la soeur et la cousine de Sami Al-Haj, assistant cameraman de la chaîne privée qatarie Al-Jazira.
Arrêté par les forces armées pakistanaises à la frontière afghane en décembre 2001, il est détenu depuis le 13 juin 2002 par l'armée américaine à la base de Guantanamo (Cuba). Ses proches ont discuté pendant une trentaine de minutes avec une délégation de Reporters sans frontières au siège du Khartoum Center for Human rights and Environmental development (KCHRE), une organisation locale de défense des droits de l'homme.
Robert Ménard a fait part de la solidarité de l'organisation avec la famille du journaliste incarcéré. Il a par ailleurs assuré ses proches que Reporters sans frontières continuerait à mener une campagne active pour obtenir sa remise en liberté. Il leur a enfin demandé s'ils avaient des nouvelles, et s'est engagé à relayer l'appel qu'ils souhaitaient lancer pour réclamer sa libération.
Les trois membres de sa famille, après avoir remercié les organisations nationales et internationales de défense de la liberté de la presse pour leur mobilisation, ont notamment fait part de leur inquiétude concernant l'état de santé de Sami Al-Haj, après que le journaliste a entamé une grève de la faim, le 7 janvier 2007. Il a désormais du mal à se tenir debout. Les contacts du journaliste avec ses proches sont toujours extrêmement rares et les nouvelles de Guantanamo sont "très inquiétantes", selon son frère. Au total, la famille du journaliste n'a reçu que six lettres par l'intermédiaire de la Croix-Rouge, l'une d'elles leur étant parvenue près de deux ans après sa rédaction.
Ses proches ont lancé un appel à l'ONU, et notamment au Conseil des droits de l'homme, pour permettre à Sami Al-Haj de recouvrer la liberté. La soeur du journaliste a indiqué que l'émir du Qatar leur avait promis d'intervenir en sa faveur. Elle a également appelé les autorités américaines à reconnaître que "Sami Al-Haj est innocent, qu'il était présent en Afghanistan en sa qualité de journaliste". Elle a indiqué que sa famille dépendait financièrement de lui et que son fils unique "le réclamait beaucoup". Son frère, pour sa part, a déclaré, à l'intention des autorités américaines : "Si vous n'avez rien de sérieux à reprocher à mon frère, pourquoi maintenir le poids écrasant du secret sur son cas ?"
Source : RSF, 29 mars 2007

lundi 19 mars 2007

Le jour de la publication des aveux de Khaled Cheikh Mohamed, Shaker Aamer en était à sa 100ème et Sami Al Haj à sa 67ème journée de grève de la faim

Par Reprieve, 15 mars 2007

Aujourd’hui, le jeudi 15 mars 2007, est le centième jour de grève de la faim de Shaker Aamer, un étranger résident en Grande-Bretagne détenu à Guantanamo. Deux fois par jour, Shaker Aamer est attaché à une chaise de torture pendant dix heures et nourri de force par un tube introduit dans son nez.Shaker vient de passer la cinquième année de sa détention à Guantanamo. Pour avoir défendu les droits d’autres prisonniers, il a été maintenu à l’isolement total au Camp Echo depuis le 24 septembre 2005.Le centième jour de son calvaire coïncide avec la publication des transcriptions de l’interrogatoire de Khalid Cheikh Mohamed, qui fournissent de nouvelles informations sur les conditions à Guantanamo. Dans ces transcriptions, celui-ci dit
- qu’il a été torturé ;
- que sous la torture il a accusé faussement d’autres détenus de crimes
- qu’il y a beaucoup d’hommes à Guantanamo qui n’ont rien à voir avec un quelconque complot terroriste.
Pour illustrer la détresse des détenus de Guantanamo, Reprieve, -une association qui oeuvre en faveur de la justice pour les personnes détenues sans inculpation ni procès – et en tain de reconstituer la torture à Guantanamo avec un acteur sur une réplique de la chaise d’alimentation forcée. Notre association est aussi en train de préparer un nouveau rapport sur ce centre de détention off shore, comprenant une information actualisée sur les résidents étrangers de Grande-Bretagne détenus et le journal de Sami Al Haj, le journaliste d’Al Jazeera qui en est à son 67ème jour de grève de la faim.

Shaker Aamer

Sami Al Haj

Clive Stafford Smith, fondateur de Reprieve, a dit: « Les révélations d’aujourd’hui apportent une nouvelle preuve accablante de la nature injuste, inhumaine et illégale de Guantanamo. Nous vivons actuellement une situation dans laquelle un résident de Grande-Bretagne est torturé 20 heures par jour – et notre gouvernement ne veut toujours pas intervenir sur des bases humanitaires. Au centième jour de son calvaire, ils doivent maintenant se réveiller et combattre pour les droits humains de Shaker. La transcription de l’audition de Khalid Cheikh Mohamed confirme que les preuves qu’il a fourni volontairement de sa culpabilité – y compris par le biais d’une interview à Al Jazeera – infirment toute justification des commissions militaires. Il y a suffisamment de preuves des crimes commis par Mohamed pour qu’il soit jugé par un tribunal ordinaire US. C’est une tragédie que la torture de Mohamed ait sérieusement compromis les possibilités pour un quelconque tribunal de le juger. »
Dans l’audition du Tribunal d’examen du statut de combattant, Khalid Cheikh Mohamed déclare également : « Je vous demande à nouveau d’être corrects avec les nombreux détenus qui ne sont pas des combattants ennemis. Parce que beaucoup d’entre eux ont été arrêtés injustement. Beaucoup et pas juste deux ou trois. » Mohamed en nomme un et en suggère d ‘autres.
En attendant, 380 détenus (dont beaucoup sont innocents, selon Mohamed) continuent à être détenus sans procès à Guantanamo, souffrant d’un abus terrible.
Original : Reprieve
Traduit de l’anglais par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.