jeudi 11 décembre 2014

Le rapport du Sénat US sur la torture ignore les crimes les plus brutaux de la CIA

par Andrew Emett, 10/12/2014. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
Original: U.S. Senate Torture Report Ignores CIA’s Most Brutal Crimes
 
Selon la Commission, la CIA a menti au Congrès, au  Conseil national de sécurité, au  ministère de la Justice et à l'opinion US sur la gravité des tortures commises et sur la pertinence des informations obtenues par des interrogatoires musclés.


La Commission du renseignement du Sénat a publié un résumé  de 525 pages du rapport d'enquête de six mille pages sur le "Programme  d'arrestations et d'interrogatoires" de la CIA (Image: Common Dreams)

La Commission du renseignement du Sénat a publié un rapport cinglant condamnant certains des abus et tortures par le commis par le programme de Remises, arrestations et interrogatoires (RDI) de la CIA, a omis de dénoncer les plus odieuses violations des droits humains par  la CIA. Selon le rapport, la CIA a menti à la Commission sur les décès de prisonniers, les antécédents des interrogateurs de la CIA, les menaces contre les membres de famille des prisonniers, et l'efficacité de la torture.
Jose Rodriguez Jr.
Le 9 novembre 2005, directeur du Service national clandestin de la CIA Jose Rodriguez Jr., a autorisé la destruction par le feu de 92 bandes vidéo montrant les interrogatoires musclés d'Abou Zoubaïda et Abderrahim Al Nashiri. En réponse à la destruction de ces bandesla Commission du renseignement du Sénat a décidé, par un vote du 5 mars 2009, d'examiner le programme d'arrestations et d'interrogatoires de la CIA. Avec un accès à plus de six millions de pages de documents de la CIA, la Commission a simplement fourni un résumé superficiel sans se soucier d'interviewer des participants ou des victimes du programme RDI.

Après les événements tragiques du 11 Septembre, le ministère de la Justice a fabriqué une série de mémos juridiques autorisant l'utilisation par l'administration Bush de la torture contre des combattants ennemis. En 2002 et 2003, le vice-procureur général adjoint John Yoo a émis des mémos sur la torture, qui ont été signés par le procureur général adjoint Jay Bybee. L'Autorisation de recours à la force militaire, la Loi de 2006 sur les commissions militaires, et le Décret 13440 sont devenus les justifications légales pour l'utilisation de techniques d'interrogatoire "renforcées" et un mépris total pour les Conventions de Genève.


Le Dr Bruce Jessen (à gauche) et le Dr James Mitchell (à droite)
Figurant sous pseudonymes dans le rapport fortement expurgé, deux psychologues à la retraite des Forces aériennes, le Dr Bruce Jessen et le Dr James Mitchell ont obtenu des contrats pour développer les techniques d'interrogatoire "renforcées" de la CIA. Ils ont décidé d'inverser la conception de l'entraînement des forces aériennes aux contre-interrogatoires suivant le manuel "Survie, évasion, résistance" (SERE) en infligeant la torture à la fois physique et psychologique aux détenus. Selon le rapport, ils ont participé personnellement à des séances de waterboarding [simulation de noyade, "baignoire", NdT] et d'interrogatoires de prisonniers.

Blessé par balles et capturé lors d'un raid au Pakistan en 2002, l'un des premiers détenus, Abou Zoubaïda, était soigné dans un hôpital où il a fourni des informations aux agents du FBI au sujet de Khalid Cheikh Mohammed (KSM). Convaincus que Zoubaïda dissimulait des informations, les interrogateurs de la CIA l'ont soumis au waterboarding au moins 83 fois. Bien que Zoubaïda eût livré les informations sur KSM des semaines avant d'être torturé, la CIA a considéré cette violation des droits humains comme un succès et son interrogatoire est devenu un modèle pour de futures atrocités.


waterboard run, par matt mahurin
Capturé au Pakistan en 2003, KSM a été transporté dans un site noir de la CIA en Pologne avant d'être transféré à un autre site noir en Roumanie. Subissant des techniques d'interrogatoire "renforcées", KSM a fourni des fausses informations menant à l'arrestation de personnes innocentes et a fabriqué un complot visant à assassiner l'ancien président Jimmy Carter. KSM a été soumis au waterboarding au moins 183 fois et n'a fourni aucun renseignement opérationnel et aucune information utile à ses interrogateurs.

Selon la Commission, les techniques d'interrogatoire brutales ne sont pas des moyens efficaces d'obtention de renseignements. Sous la contrainte, les prisonniers diront tout ce qu'ils pensent que l'interrogateur veut entendre pour mettre fin au tourment. Bien que la CIA affirme que les informations obtenus par des interrogatoires "renforcés" ont sauvé des vies et conduit à la mort d'Oussama ben Laden, la Commission a découvert que ces allégations sont manifestement fausses.

La plupart des agents de la CIA impliqués dans le programme RDI avaient des antécédents de violence, d'abus et d'agressions sexuelles.
 En plus du supplice de l'eau et des coups, les interrogateurs de la CIA ont également menacé de violer et de tuer des membres des familles des prisonniers, les ont privés de soins médicaux, et ont à plusieurs reprises effectué une réhydratation ou alimentation rectale sans nécessité médicale. Des détenus avec des pieds cassés et des chevilles foulées ont été contraints de rester debout pendant de longues périodes de temps pour les priver de sommeil.

En novembre 2002, les agents de la CIA ont laissé  Gul Rahman, détenu dans un site noir, après l'avoir battu, à moitié nue de la taille aux pieds dans une cellule non chauffée pendant la nuit. Rahman a fini par mourir de froid dans sa cellule. Dans un cas d'erreur d'identité, le citoyen allemand Khalid El Masri a été enlevé par la police macédonienne et remis à la CIA. Après des mois de coups et de suppositoires introduits de force, El Masri a été libéré sans accusations.

Bien que le rapport mentionne Binyam Mohamed, la Commission a négligé d'enquêter sur ses allégations de torture. Arrêté au Pakistan le 10 avril 2002, Mohamed a été transporté dans un site noir de la CIA où il a été battu, brûlé, et a subi des entailles au scalpel sur le torse et le pénis. Les USA ont finalement abandonné toutes les charges contre Mohamed et l'ont remis en liberté.

Le contractuel de la CIA David Passaro (à gauche) et sa victime Abdul Wali (à droite)
Sont aussi omis dans le résumé les meurtres d'Abdul Wali de Manadel Al Jamadi. Entre le 19 et le 20 juin 2003, le contractuel de la CIA David Passaro a battu à mort un suspect afghan nommé Abdul Wali avec une lampe de poche métallique. À la prison d'Abou Ghraïb en 2003, Manadel Al Jamadi est mort dans une salle de douche durant des interrogatoires de la CIA avec les bras attachés dans le dos. La photo de l'ancien spécialiste Charles Graner Jr. posant sur le cadavre d'Al Jamadi a fait le tour du monde ; il a ensuite été accusé d'avoir torturé ses prisonniers. Mark Swanner, l'interrogateur de la CIA, n'a pas été poursuivi pour la mort d'Al Jamadi.

La "remise" et la torture du religieux égyptien Hassan Mustafa Osama Nasr sont également absentes du résumé. Enlevé par des agents de la CIA à Milan le 17 Février 2003, Nasr a perdu l'usage d'une oreille après des mois de coups et de décharges électriques. Le 4 novembre 2009, un juge italien a condamné par contumace 22 agents de la CIA soupçonnés ou connus, un colonel de l'Armée de l'air et deux agents secrets italiens pour l'enlèvement de Nasr.

Michael Hayden
Selon la Commission, la CIA a menti au Congrès, au  Conseil national de sécurité, au  ministère de la Justice et à l'opinion US sur la gravité des tortures commises et sur la pertinence des informations obtenues par des interrogatoires musclés. La Commission a également accusé l'ancien directeur de la CIA Michael Hayden de lui avoir menti sur les décès de prisonniers, les antécédents douteux d'interrogateurs de la CIA, les menaces contre les membres de familles de détenus, et la fiabilité des informations obtenues par la torture.

Bien que la Commission ait rendu publiques près de 500 pages largement expurgées de leur résumé analytique, le rapport complet contenant plus de 6700 pages reste classifié. Après que des agents de la CIA avaient piraté les ordinateurs appartenant à des membres de la Commission et à leur personnel l'an dernier, le directeur de la CIA John Brennan, dans une tentative d'empêcher la publication du rapport, a faussement accusé la commission d'avoir volé des dossiers classifiés. Comme les sénateurs ont appelé à sa démission, Brennan a été forcé de présenter des excuses à la Commission.

Au lieu de devoir rendre des comptes pour avoir mis au point ou utilisé des techniques d'interrogatoire "renforcées", le Dr Mitchell et le Dr Jessen ont reçu $ 81 millions de $ jusqu'à la résiliation de leur contrat en 2009. L'ancien agent de la CIA John Kiriakou a été condamné à 30 mois de prison après avoir révélé le programme de torture lors d'une interview sur ABC News. Kiriakou a été accusé d'avoir violé l'Intelligence Identities Protection Act (Loi de protection de l'identité d'agents du renseignement) de 1982 en donnant la carte de visite de Deuce Martinez au reporter du New York Times Scott Shane. Martinez avait été un interrogateur de la CIA travaillant pour Mitchell Jessen and Associates.

Tout en dénonçant les mensonges de la CIA sur la neutralisation d'attentats terroristes, la localisation d'Oussama ben Laden, et le sauvetage de vies grâce à l'utilisation de la torture, la Commission a omis de citer les pires atrocités commises en notre nom. Agissant en toute impunité, la CIA traîne une histoire sordide de décennies d'enlèvements, de tortures et d'assassinats, dont ne voit pas la fin.

mercredi 6 novembre 2013

Talimambo Number Five طالمامبو نمبر فايف

العربية Español Français English


Vient de paraître – En librairie en Tunisie, France, Belgique et Suisse


Antonio Beltrán Hernández أنطونيو بلتران هيرنانديز
Juan Kalvellido
خوان كالبيليدو
Talimambo Number Five
طالمامبو نمبر فايف
Tragédie musicale Tragedia musical Musical tragedy
تراجيديا موسيقية
Nouvelle graphique Graphic novel Novela gráfica
رواية مصورة
Translated into English (USA) by John Catalinotto
ترجمتها إلى العربية سهام قاسمي
24X32 64 pages 16 € 15 DT
September 2013
ISBN 978-9938-862-06-5
Distribution Tunisie : AFRIQUE CULTURE 71 205 521/523/524
Diffusion France/Belgique/Suisse : L'OISEAU INDIGO http://www.loiseauindigo.fr
Distribution France/Belgique : POLLEN-LITTÉRAL http://www.pollen-diffusion.com
Distribution Suisse : SERVIDIS http://www.servidis.ch

 
Avec ce livre, le quatrième publié par les éditions workshop19, nous faisons un nouveau pas décisif dans la réalisation des nos rêves et projets. Talimambo Number Five est plus qu'une BD, c'est une nouvelle graphique ou, mieux, une nouvelle picturale, car Juan Kalvellido est plus qu'un dessinateur, c'est un peintre, un Goya de l'ère photoshop. Ce livre est un produit réellement mondial, ou, comme on dit, "global", ou plutôt "trans": transculturel, transfrontières, translinguistique, transpolitique.
Par son thème d'abord : la rencontre – pas si improbable – entre Żāhir, taliban afghan évadé du camp US de Guantánamo, et Martín, vieux paysan cubain, compagnon d'armes du Che Guevara lors de la libération de Cuba, au son des mambos de l'immortel Pérez Prado.  "Je suis un homme bien sincère, de là où pousse le palmier" : ce vers de la chanson Guantanamera peut "s'appliquer indistinctement à Martín ou à Żāhir. Si nous les regardons attentivement, nous verrons que ce qui les rapproche est beaucoup plus puissant que ce qui pourrait les séparer. Les cocotiers de la Caraïbe sont bien différents des dattiers du Régistan, mais ce sont tout de même des palmiers." (Talimambo Number Five, p. 34)
Par ses langues : le texte de la nouvelle est en espagnol, français, anglais et arabe, donc accessible à un public mondial très vaste. Et la partie occidentale de ce public aura, pour ouvrir ce livre, à faire le petit effort d'oublier ses réflexes acquis, puisqu'il s'ouvre et se lit de droite à gauche – langue arabe oblige -, et non de gauche à droite. Une manière de se mettre dans la peau des "autres" et de commencer à changer son regard.
Par ses créateurs : la réalisation de Talimambo Number Five a vu travailler ensemble un auteur, Antonio Beltrán Hernández à Paris et Mexico, un illustrateur, Juan Kalvellido à Malaga en Andalousie, un traducteur, John Catalinotto, à New York, des éditeurs, workshop19, une traductrice, Sihem Guesmi, un graphiste, Anouar Labidi et un imprimeur, Finzi, tous à Tunis.
Par son message enfin : ce que Talimambo Number Five nous dit, c'est que l'humanité, au-delà des idéologies et des appareils, a une destinée commune et qu'elle peut trouver une langue commune, autrement dit, qu'un taliban peut apprendre à danser le mambo.
Puisse ce livre trouver son public et ses émules, devenant ainsi le premier d'une série de nouvelles graphiques, picturales, photo-nouvelles traitant de manière créative les grands thèmes de notre siècle.
نحن نخطو شيئا فشيئا نحو تحقيق ما نصبو إليه، نحو جعل أحلامنا و مشاريعنا في دار النشر ورشة 19 حقيقة ملموسة. لقد أصدرنا كتابنا الرابع "طالمامبو نمبر فايف".
هذا الكتاب ليس رسوما مصورة فقط، إنه رسم بياني جديد أو فلنقل
مظهر فريد من نوعه .
خوان كالبيليدو ليس مصمّما فحسب، إنه رسّام بل غويا عصر الفوتوشوب. إن هذا الكتاب منتوج عالمي و شامل بالفعل،وهو بطريقة ما يملك صفة التجاوز،وعابر للثقافات والحدود و اللغات و السياسة أيضا.
أوّلا من خلال الموضوع اللذي يتناوله إذ يحدثنا عن لقاء غير متوقع بين زاهر،رجل من طالبان فارّ من سجن غوانتناموو مارتين ذلك الريفي الكوبي العجوز رفيق لغيفارا في حرب تحرير كوبا على أنغام بيريس برادو.
أنا رجل صادق آت من حيث ينمو النخيل": يمكن للأبيات الأولى من جوانتانميرا أن تتماهى بشكل عشوائي على مارتين و ظاهر. إذا أمعنا النظر في هذين الرجلين تأكدنا أن ما يجمعهما هو أكثر بكثير مما يفرقهما.صحيح أن جوز الهند الكرايبي يختلف عن مثيله في رجستان ولكن على الرغم من ذلك يظلان نخيلا
طالمامبو نمبر فايف، صفحة  34
   ثانيا من خلال التنوع اللغوي :صيغت القصة باللغة الإسبانية، الإنجليزية، الفرنسية و العربية، هي موجهة إذا لجمهور عالمي واسع.
سيكون على القارئ العربي أن يبذل شيئا من الجهد و يتخلّى عما تعلمه واكتسبه فالكتاب يفتح و يقرأ من اليمين إلى اليسار. اللغة العربية تفرض ذلك و ليس العكس. إنها الطريقة المثلى لتلبس جلد الآخرين و تبدأ في تغيير نظرتك.
ثالثا من خلال مبدعيه: طالمبو نمبر فايف هو نتيجة تعاون عدد من الأشخاص حول العالم أنطونيو بلتران إيرنانديس من باريس و المكسيك وخوان كالبيليدو من مالقا في الأندلس. إلى جانب المترجم جون كاتالينوتو في نيويورك، ناشرو ورشة19، المترجمة سهام قاسمي بالإضافة لمصمم الصور أنور العبيدي و مطبعة فينزي في تونس.
أخيرامن خلال رسالته: يخبرنا طالمامبو نمبر فايف أن الإنسانية يمكن أن تتجاوزالإيديولوجيا ت و الأنظمة و أن يكون لها نفس القدر؛ يمكن أيضا أن تجد لغةمشتركة، أو أو بمعنى أخر فإن شخصا من طالبان يمكن أن يرقص المامبو
. سيجد هذا الكتاب جمهوره كما منافسيه ومن الممكن أن يتصدّر سلسلة كاملة من القصص المصوّرة في محاولة لتناول أهم المواضيع الحديثة دون إهمال الجانب الإبداعيطبعا.
ترجمة سهام قاسمي و تحريرريم بن فرج

Con este libro, el cuarto publicado por la editorial workshop19, damos un nuevo paso  decisivo en la realización de nuestros sueños y proyectos. Talimambo Number Five es más que un cómic, es una novela gráfica o, mejor, una novela pictórica, porque Juan Kalvellido es más que un dibujante, es un pintor, un Goya de la era del photoshop. Esta obra es un producto verdaderamente mundial o, como se suele decir, “global”, o más bien “trans”: transcultural, transfronterizo, translingüístico, transpolítico.
Por su temática, en primer lugar: el encuentro –no tan improbable– entre Żāhir, talibán afgano evadido de la base estadounidense de Guantánamo, y Martín, un viejo campesino cubano, compañero de armas del Che Guevara durante la liberación de Cuba, al son de los mambos del inmortal Pérez Prado.

"Yo soy un hombre sincero de donde crece la palma": el primer verso de la Guantanamera puede "aplicarse indiferentemente a Martín o a Żāhir. Ver detenidamente a estos hombres es entender que lo que los acerca es mucho más poderoso que aquello que los podría separar. Los cocos del Caribe son muy diferentes de los dátiles del Registán, pero siguen siendo palmeras"(Talimambo Number Five, p. 34).
Por sus lenguas: el texto de la novela está en español, francés, inglés y árabe, accesible, por tanto, a un público mundial muy amplio. Para abrir este libro, el público occidental tendrá que hacer el pequeño esfuerzo de olvidar los hábitos adquiridos ya que se abre y se lee de derecha a izquierda –como en lengua árabe–, y no de izquierda a derecha. Es una manera de ponerse en la piel de los “otros” y empezar a cambiar nuestra mirada.
Por sus creadores: la realización de Talimambo Number Five ha supuesto el trabajo conjunto de un autor, Antonio Beltrán Hernández en París y en ciudad de México; un ilustrador, Juan Kalvellido en Málaga, Andalucía; un traductor, John Catalinotto en Nueva York; los editores workshop19; una traductora, Sihem Guesmi; un diseñador gráfico, Anouar Labidi y un impresor, Finzi, todos ellos en Túnez.
Por su mensaje, finalmente: Talimambo Number Five nos dice que la humanidad, más allá de ideologías y aparatos, tiene un destino común y puede encontrar una lengua común, en otras palabras, que un talibán puede aprender a bailar el mambo.
Ojalá que esta obra encuentre su público y sus émulos convirtiéndose, así, en la primera de una serie de novelas gráficas, pictóricas, fotorelatos, que traten de manera creativa los grandes temas de nuestro siglo.
Traducción de María José Hernández Guerrero

With this book, the fourth published by workshop19, we take an important new step toward making our dreams and projects a reality. Talimambo Number Five is more than a comic book, it's a graphic novel, or better, a pictorial novel, as Juan Kalvellido is more than a cartoonist, he is a painter, a Goya of the photoshop era. This book is a truly worldwide product, or, as they say, "global," or rather "trans": cross-cultural, cross-border, cross-linguistic, trans-political.
First for its theme: The meeting -- not that unlikely -- between Zahir, an Afghan Taliban escaped from the U.S. camp in Guantánamo , and Martín, old Cuban peasant who was a comrade-in-arms of Che Guevara during the liberation of Cuba, to the sound of mambo music of the immortal Pérez Prado.
"I am a sincere man from the land of the palm trees": this verse of the song Guantanamera may "equally apply to Martin or to Zahir. To see at length these men is to understand that what brings them closer is much more powerful than what could separate them. The Caribbean coconuts are very different from the dates of Registan, but equally are of the palm."
 Talimambo Number Five , p. 34)
By its languages: the text of the novel is in Spanish, French, English and Arabic, and thus accessible to a vast global audience. And the Western part of the public will have to make little effort to forget ingrained reflexes as they open the book, as it opens and reads from right to left -- the Arabic language makes this necessary -- and not left to right. It's one way to get into the skin of the "other" and begin to change your outlook.
By its creators: To complete Talimambo Number Five needed the collaboration of an author, Antonio Beltrán Hernández in Paris and Mexico, an illustrator, Juan Kalvellido in Malaga in Andalusia, a translator, John Catalinotto in New York, and the workshop19 publishers, translator Sihem Guesmi , graphic designer Anwar Labidi and printer Finzi, all in Tunis.
And finally by its message: what Talimambo Number Five tells us is that humanity , beyond ideologies and machineries, has a common destiny and can find a common language, in other words, a Taliban can learn to dance the mambo .
May this book find its audience and inspire others, and become the first in a series of graphic, pictorial, photo-graphic novels treating in new creative ways the major themes of this century.
Translated by John Catalinotto

dimanche 28 juillet 2013

Mos Def, comme à Guantanamo

Yasiin Bey (aka Mos Def) force fed under standard Guantánamo Bay procedure
As Ramadan begins, more than 100 hunger-strikers in Guantánamo Bay continue their protest. More than 40 of them are being force-fed. A leaked document sets out the military instructions, or standard operating procedure, for force-feeding detainees. In this four-minute film made by Human Rights organisation Reprieve and Bafta award-winning director Asif Kapadia, US actor and rapper Yasiin Bey (formerly known as Mos Def), experiences the procedure.
Warning: some viewers may find these images distressing.
Read more about Ramadan force-feeding at Guantánamo Bay HERE

A Guantanamo, une centaine de détenus sont en grève de la faim depuis plusieurs mois. Parmi eux, quarante-cinq prisonniers alimentés de force. Devant l’objectif du réalisateur Asif Kapadia et pour le compte de l’organisation des droits de l’homme Reprieve, le rappeur Mos Def (aka Yasiin Bey) s’est livré à l’expérience. Inspirée d’un manuel d’instruction militaire détaillant l’alimentation forcée des grévistes, l’intervention subie par Mos Def, qui dure moins de cinq minutes, est d’une violence inouïe. A Guantanamo Bay, elle peut durer deux heures. Pour ramadan, les autorités américaines annoncent que les intubations forcées ne se feront qu’une fois la nuit tombée. Joyeux mois sacré…


mercredi 5 juin 2013

L'alimentation forcée de détenus en grève de la faim est un crime d'Etat


  An open letter to my military doctor: allow independent medical access -
Guantánamo Bay prison detainees protest – open letter full text
The signatories protest that the forced feedings administered by military physicians at Guantánamo are 'extremely painful' and 'in violation of the ethics of your ...

Traductions disponibles : Português  Español


Guantanamo force-feeding kit. (Source: Pentagon/Wikimedia)
Les armes de l'alimentation forcée

File:Gurney Used for Enteral Feeding.png
 

Guantanamo: l'alimentation forcée dénoncée

Marc Thibodeau, La Presse, Canada, 25/5/2013

Des manifestants personnifiant des détenus de Guantanamo ont... (Photo Lefteris Pitarakis, Associated Press)
Des manifestants personnifiant des détenus de Guantanamo ont protesté le week-end dernier devant l'ambassade des États-Unis à Londres pour dénoncer le traitement fait aux prisonniers.

Photo Lefteris Pitarakis, Associated Press

L'alimentation forcée de dizaines de détenus de la base militaire de Guantánamo qui ont engagé une longue grève de la faim pour dénoncer leurs conditions de détention soulève un tollé.
Plusieurs organisations de défense des droits de l'homme ont écrit de concert récemment au secrétaire à la Défense américain, Chuck Hagel, pour lui demander de mettre immédiatement un terme à cette pratique.
Ils soulignent que l'alimentation forcée de grévistes de la faim constitue un traitement «cruel, inhumain et dégradant» condamné par les instances médicales mondiales en raison de son caractère «invasif» et «violent».
Les signataires demandent que des professionnels médicaux «indépendants» soient autorisés à superviser les prisonniers concernés d'une manière éthique conforme aux standards internationaux.
«Le consensus international est de respecter l'autonomie des grévistes et de ne pas prendre une attitude de confrontation à leur égard», souligne en entrevue Vincent Iacopino, conseiller médical d'expérience au sein de l'organisation américaine Physicians for Humans Rights.
Selon lui, les prétentions de l'administration américaine, qui dit agir ainsi pour protéger la vie des détenus, ne tiennent pas la route. «Si des prisonniers mouraient, ça attirerait l'attention sur les problèmes qu'ils cherchent à dénoncer», déclare-t-il.
Onze ans sans procès
«Les détenus de Guantánamo utilisent la seule chose qui leur reste, leur corps, pour faire entendre leurs doléances», ajoute M. Iacopino, en rappelant que la plupart des 166 prisonniers de la prison sont retenus depuis 11 ans, sans procès.
Ils ont généralement été torturés et voient le recours à l'alimentation forcée comme un prolongement des abus qu'ils ont déjà subis, relate-t-il. «S'il y a de la résistance, l'expérience peut être très traumatisante», note M. Iacopino.
Polly Rossdale, activiste de l'organisation anglaise Reprieve qui soutient les efforts de réinsertion d'anciens détenus de Guantánamo, a rencontré plusieurs ex-prisonniers soumis à cette pratique. «Ils disent tous que c'est douloureux et profondément humiliant», relate-t-elle.
Un document opératoire révélé par la chaîne Al-Jazira indique que les détenus alimentés de force sont immobilisés sur des chaises de contention avec des sangles. Un tube inséré par le nez permet d'introduire un liquide nutritif sur une période pouvant durer jusqu'à deux heures. S'ils tentent de mordre le tube, un masque est placé sur leur visage. Ils sont replacés sur la chaise s'ils tentent de se faire vomir durant leur passage subséquent dans une salle d'observation.
Selon Mme Rossdale, la décision d'imposer ou non l'alimentation forcée relève non pas du personnel médical, mais du commandant de la base, ce qui augmente les risques d'utilisation des soins médicaux à des fins politiques.
Plusieurs détenus de Guantánamo sont d'avis que la technique utilisée a été durcie de manière à prendre un caractère «punitif», souligne-t-elle. Les tubes sont notamment introduits deux fois par jour plutôt que d'être maintenus en place, ce qui favorise les infections.
«Les prisonniers sont parfois réveillés dans le milieu de la nuit pour être alimentés parce qu'il y a trop de grévistes», ajoute Mme Rossdale.
Reprieve estime que la majeure partie des prisonniers qui restent à Guantánamo participent à la grève de la faim. Une trentaine seraient soumis à des séances d'alimentation forcée.
L'Association médicale américaine a rappelé en avril, dans une lettre également adressée à Chuck Hagel, que tous les patients en mesure de donner un consentement éclairé «ont le droit de refuser des interventions médicales, incluant celles qui permettent de les maintenir en vie».
Le principe a également été souligné par la prestigieuse revue médicale The Lancet dans un récent éditorial au sujet de Guantánamo.
«On ne peut qu'espérer que les travailleurs de la santé responsables des soins des détenus agissent de manière éthique, tant pour le bien des individus concernés que pour les principes d'humanité et de dignité que la profession médicale, et les États-Unis, ont promis de défendre», conclut l'éditorial.

mardi 30 octobre 2012

Sandy, la Cour Suprême et les grandes oreilles

A Washington, la Cour suprême siège malgré l'ouragan Sandy
WASHINGTON - La Cour suprême des Etats-Unis était lundi l'une des rares institutions de Washington à fonctionner normalement malgré l'arrivée prochaine dans la région de l'ouragan Sandy, mais a finalement décidé de reporter ses débats prévus mardi.

La plupart des services publics étaient fermés lundi à Washington, où les transports publics ont également été suspendus, en raison des intempéries dues à l'approche de Sandy, un ouragan qui pourrait être plus dévastateur encore qu'Irene, qui avait frappé la région et fait 47 morts en 2011.

La Cour suprême a décidé de siéger malgré tout mais a annoncé dans la matinée qu'elle repoussait ses audiences programmées mardi, en raison des intempéries. L'édifice devait fermer ses portes à 14H00 (18H00 GMT).

Une audience préliminaire consacrée au soldat Bradley Manning, accusé d'avoir transmis des dizaines de milliers de documents secrets au site WikiLeaks, a également été reportée au 7 novembre sur la base militaire de Fort Meade (Maryland, est).

Lundi, la plus haute instance juridique américaine a examiné un litige portant sur un programme d'écoutes des communications avec l'étranger mis en place après les attentats du 11-Septembre.

Amnesty International ainsi que des journalistes, des avocats et d'autres organisations de défense des droits de l'homme comme l'Union américaine de défense des libertés (ACLU) ont porté devant les tribunaux la loi fédérale sur la surveillance des renseignements à l'étranger (FISA).

Cette loi votée en 1978 a été amendée en 2008 pour permettre à l'Agence de renseignement nationale (NSA) d'étendre ses écoutes téléphoniques et électroniques avec l'étranger, susceptibles de l'aider à contrer d'éventuels complots terroristes après ceux de 2001.

Les plaignants estiment que ces dispositions violent la Constitution et leur imposent de prendre des mesures coûteuses pour assurer la confidentialité de leurs communications avec l'étranger.

Mais le litige devant la haute Cour porte non pas sur la constitutionnalité de ces écoutes mais uniquement sur la légitimité des plaignants à saisir la justice. Le gouvernement fédéral estime que ceux-ci n'ont pas montré avoir personnellement souffert de conséquences de ces écoutes.

Une cour d'appel avait donné raison aux organisations de défense des droits de l'homme estimant que leurs craintes d'être surveillées n'étaient ni paranoïaques ni déraisonnables et que les coûts engendrés par cette loi leur donnaient la légitimité de saisir la justice.

Certains juges de la Cour suprême ont semblé enclins à reconnaître ce droit.

La juge Elena Kagan a ainsi comparé l'affaire à la situation d'agriculteurs qui prendraient des précautions sur la base de risques significatifs de voir leur récolte contaminée.

Le juge Stephen Breyer a quant à lui évoqué l'exemple (bien réel) d'un avocat d'un détenu de Guantanamo prenant des mesures préventives, au même titre que pour un ouragan, pour éviter que ses coups de fil et emails confidentiels ne soient interceptés.

C'est ce qu'affirme devoir faire David Nevin, l'un des plaignants et défenseur du cerveau autoproclamé des attentats du 11-Septembre, Khaled Cheikh Mohammed, incarcéré à Guantanamo.

Pour l'ACLU, Jameel Jaffer a admis que leurs communications n'étaient pas ciblées mais seulement susceptibles d'être surveillées. Il est vrai que nous ne savons pas si nos clients ont été spécifiquement surveillés, nous ne le saurons jamais, a-t-il ajouté.

La Cour rendra sa décision courant 2013.


Source :
AFP / 29 octobre 2012 18h05

dimanche 28 octobre 2012

Les Russes dénoncent la présence d’une prison secrète US au Maroc


Cette fois-ci, ce sont les Russes qui l’affirment. Dans un rapport circonstancié établi par le ministère russe des affaires étrangères et traitant des droits de l’homme dans le pays, zaâma le plus démocratique de la planète, les Etats-Unis, les ex-tovarich (camarades) révèlent que la CIA, l’agence américaine de renseignements, possède une prison secrète au Maroc.

Dans ce document virulent qui accable les Etats-Unis et qui a été présenté au parlement russe (la Douma), il est signalé que cette prison se trouve à 25 kilomètres de Rabat, qu’elle a été « bâtie à l’intérieur d’une colline boisée, non loin du village d’Aïn Aouda« .

Selon des sources qui ont lu ce rapport, il s’agirait « d’un long bâtiment de trois étages ceint d’une quinzaine de maisons cubiques ». C’est là où sont cuisinés les marocains suspectés de terrorisme, ainsi que les hôtes étrangers livrés par la CIA à la DST.
Car, cette prison secrète n’est autre que le siège central de la DST, la police politique marocaine, qui avait ses quartiers à Témara, et qui a été depuis vidée après que des photos par satellite ne révèlent l’emplacement géographique de cet endroit de sinistre mémoire où ont été torturés des centaines, voire des milliers de Marocains et d’étrangers, dont le plus connu est le champion du monde boxe thaïe Zakaria Moumni.
Zakaria Moumni n’est ni un « islamiste » ni un « indépendantiste sahraoui », c’est juste un sportif de haut niveau qui avait exigé à l’entourage de Mohamed VI, le secrétaire particulier du roi, Mohamed Mounir Majidi pour ne pas le citer, le droit, comme le stipule la loi, de bénéficier d’un poste de conseiller au ministère de la jeunesse et des sports. Pour avoir trop exigé, on l’a envoyé au goulag de la DST à Témara.
Mais, selon le ministère russe des affaires étrangères, il n’y a pas que Aïn Aouda qui sert de prison secrète aux Américains. La très imposante base militaire de Beni Guerir, qu’on peut facilement voir à gauche, 70 kilomètres avant d’arriver à Marrakech venant de Casablanca, sert aussi de lieu de torture pour nos hôtes étrangers. La plupart de ces invités gardent une rancune tenace envers le Maroc, un pays qu’ils ne connaissaient même pas avant d’être torturés par des agents marocains pour le compte de l’Oncle Sam.
On comprend mieux maintenant pourquoi à chaque fois qu’elle vient au Maroc, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton trouve que nous sommes un pays formidable.
Mais formidable pour qui, dear Ms ?

Guantanamo, la grande absente du débat usaméricain

Par CHARLIE DUPIOT, Libération, 26/10/2012

Décryptage- De nouveaux documents révélés par Wikileaks pointent le traitement des détenus dans la prison de Guantanamo. Ni Obama ni Romney n’a évoqué le sort du camp controversé, toujours ouvert malgré les promesses.

Derrière les barreaux de Guantanamo, vivent aujourd'hui 166 détenus. Quand Obama est arrivé au pouvoir, le centre de détention en comptait 242.
Derrière les barreaux de Guantanamo, vivent aujourd'hui 166 détenus. Quand Obama est arrivé au pouvoir, le centre de détention en comptait 242. (Photo Reuters.)
Guantanamo semble résister à toutes les tempêtes. Après que l’ouragan Isaac, menaçant de s’abattre sur Cuba en août, a fait reporter les audiences des cinq accusés du 11-Septembre, c’est Sandy, un second ouragan, qui a fait annuler jeudi 25 octobre l’audience du détenu accusé d’un attentat contre un navire américain. Guantanamo n’en était pourtant pas à sa première tempête, lui qui devait être fermé en 2009 par Barack Obama et a longtemps été pointé comme un symbole des dérives de la guerre contre le terrorisme. Trois ans et demi après cette promesse, le camp est toujours là, comptant 166 détenus, dont plus aucun d’origine occidentale.
Et les pratiques sur ses prisonniers sont toujours contestées : dernièrement, le Saoudien Abd-al-Rahim Nachiri, auteur présumé de l’attentat contre le navire américain USS Cole en 2000 au Yémen, qui avait fait 17 morts, a dénoncé devant le juge ce mercredi - avant que son audience de jeudi soit ajournée - les «chaînes», les «agressions» et les «attaques» qu’il doit selon lui subir dans la prison de Guantanamo. A une semaine de l’élection présidentielle, les documents secrets révélés par Wikileaks (à lire ici) – dont le fondateur Julian Assange est toujours réfugié à l’ambassade de l’Equateur à Londres – peuvent-ils peser sur la campagne ? Obama et Romney n’ont en tout cas abordé le sujet Guantanamo à aucun moment de leur débat sur la politique étrangère. Retour sur un dossier qui a été exclu de cette campagne présidentielle.

Obama n'a pas réussi à tenir ses engagements

C’était l’une de ses promesses de campagne: deux jours après son arrivée au pouvoir, le 22 janvier 2009, Barack Obama signe un décret prévoyant la fermeture de Guantanamo. Guantanamo compte alors 242 détenus selon Human Rights Watch. Mais très vite, il doit se heurter à l’opposition du Congrès, qui craint qu’un transfert de détenus du camp de Guantanamo ne menace la sécurité sur le sol américain. Obama a beau défendre devant les parlementaires, à majorité démocrates, le fait que personne ne se soit jamais échappé des prisons fédérales de haute sécurité, rien n’y fait: en mai 2009, 90 sénateurs contre 6 refusent de voter le financement du plan de fermeture de Guantanamo.
Il est de toute façon impossible à l’administration Obama de fermer si rapidement le camp, pour une raison simple, relève André Kaspi, directeur du Centre de recherches d’histoire nord-américaine (CRHNA): «Il faut savoir ce qu’on fait des détenus : certains ont été accueillis pour purger leur peine dans des pays alliés, comme la France (ce qui a permis de réduire le nombre de détenus dans le centre), mais d’autres n’ont pas pu trouver de pays d’accueil. Parmi les pays récalcitrants, il y a les Etats-Unis qui ne tiennent pas à recevoir des détenus de Guantanamo, vus comme des dangers pour leur sécurité.» 
Pour la politologue franco-américaine Nicole Bacharan, si Obama n’a pas fermé Guantanamo, c’est «parce qu’il n’a pas réussi, car c’est une espèce de monstruosité ingérable, une situation inextricable créée par Bush». Et puis, raconte la spécialiste, auteur avec Dominique Simonnet d’un «Guide des élections anti-américaines», il y a aussi «ces détenus dont on sait pertinemment, grâce à des preuves, qu’ils sont coupables, mais dont les aveux ont été obtenus avec torture.» Si ceux-là se retrouvent devant un tribunal américain et que la torture menée au cours de leurs interrogatoires est attestée, le juge devra prononcer un non-lieu. Ce qui voudrait donc dire pas de procès.
C'est l'une des raisons pour lesquelles, sur Guantanamo, le président a dû renoncer à son autre engagement : celui de faire juger les détenus par des tribunaux ordinaires, et non plus par des commissions militaires. Le 31 décembre 2011, il se voit contraint de promulguer une loi sur le budget de la Défense, votée par le Congrès, qui interdit le transfert de détenus depuis la base cubaine vers les Etats-Unis, autorise les détentions illimitées, sans procès, et impose à nouveau le recours aux tribunaux militaires pour juger les suspects de terrorisme. Les mêmes tribunaux que Barack Obama dénonçait du temps de Bush.
Sous l’ère Obama, néanmoins, les conditions de vie des détenus se sont améliorées: de nouveaux bâtiments en dur ont été construits, permettant aux prisonniers de vivre en communauté (et non plus, comme on se souvient, dans des cages grillagées), certains sont autorisés à communiquer par Skype avec leurs familles, et Human Rights Watch relevait en 2011 qu’il y avait certainement «moins de mauvais traitements», depuis que Barack Obama y a interdit la torture. Pendant cette nouvelle campagne, le démocrate a promis de soumettre à nouveau le projet de fermeture au vote du Congrès s’il est réélu. En attendant, comme son administration l'a reconnu en 2011, il reste à Guantanamo une cinquantaine de prisonniers qui ne peuvent pas être jugés, faute de preuves et de charges suffisantes, ni libérés, car considérés comme trop dangereux.

Ni Obama ni Romney «n'ont intérêt à en parler»

En publiant une centaine de documents du ministère américain de la Défense, regroupés sous le titre «Politiques sur les détenus» et qui révèlent «les règles et procédures concernant les détenus dans les prisons militaires américaines», dont celle de Guantanamo, Wikileaks entend rouvrir le débat sur ce qui est devenu, «le symbole d’un système occidental de violation des droits de l’Homme», selon les mots de son fondateur Julian Assange. Wikileaks avait déjà créé le scandale en publiant en 2011 des documents attestant que des innocents avaient été détenus à Guantanamo.
Les documents publiés ce jeudi sont «nécessaires», estime Suzanne Nossel, directrice d’Amnesty International USA, qui tire l’alarme: «En dépit de certaines réformes et des discours de l’administration Obama, les droits de l’Homme continuent d'être violés au nom de la sécurité nationale - y compris les détentions sans inculpation, les audiences devant d’injustes tribunaux militaires d’exception et l’impunité face à la torture.» Auprès de Libération, la responsable pointe la responsabilité de la Maison Blanche, «qui n'a pas donné à cette question la priorité qu'elle nécessitait».
Si Barack Obama s’est engagé à faire voter un nouveau projet de fermeture au Congrès s’il était élu, la question Guantanamo semble bien absente des discours des deux candidats. Pour André Kaspi, historien des Etats-Unis, le sujet était nettement plus présent en 2008, «car il s’agissait de dénoncer les excès ou les prétendus excès de Bush, dont Guantanamo, les Américains étant traditionnellement très soucieux des questions ayant trait à la liberté». Selon l’historien, «si on en parle moins aujourd’hui, c’est aussi parce que d’autres sujets sont au premier plan».
Pour Nicole Bacharan, politologue, «ce n’est dans l’intérêt de ni l’un ni l’autre d'en parler»: pendant la campagne  des primaires pour les élections de 2008, Mitt Romney, déjà candidat, avait affirmé qu’il «doublerait Guantanamo», sans expliciter ce que cela signifiait: «Bref, ce n’est pas un terrain sur lequel Romney peut aller», conclut l’experte. D'autant qu'il ne veut pas «donner l'impression d'être un héritier de George Bush», relève Amy Greene, auteur de «L'Amérique après Obama».
De toute façon, les rares enquêtes d’opinion sur le sujet montrent que les citoyens américains sont moins sensibles sur le sujet: «On ne voit plus d’images scandaleuses de ces prisonniers en orange, menottés dans des cages», explique Nicole Bacharan, ajoutant: «pour les Américains, ça a beau être une tache sur la démocratie américaine, ce n’est plus le premier sujet.» D'autant qu'aux Etats-Unis, note Amy Greene, «on est de plus en plus conditionnés à considérer ces détenus comme le pire du pire.»
Le procès des cinq cerveaux des attentats du 11-Septembre, passibles de la peine de mort, vient de commencer, devant un tribunal militaire de Guantanamo. Et étant donné les perturbations qu’ont connues les premières audiences, il pourrait durer plusieurs mois, voire plusieurs années. De quoi éloigner un peu plus la perspective d’une fin de ce centre, devenu symbole des années Bush.

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