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lundi 2 juin 2008

La CIA et le Maroc

Par Larbi Bouhamida, Libération (Maroc), 2 juin 2008

L'information est d'une acuité certaine. Non contente de se livrer à ses basses besognes en violation des principes les plus élémentaires des droits de l'Homme, la CIA a voulu que celles-ci éclaboussent des pays autrement plus respectueux des valeurs, des principes qui fondent la liberté et la démocratie. Selon le quotidien madrilène El Pais daté du mercredi 28 mai, les Etats- Unis continueraient à utiliser l'Espagne comme base de transit des vols secrets vers Guantánamo.
Le Portugal n'a pas échappé non plus à cette « contagion » induite par la « guerre contre le terrorisme » que l'Oncle Sam a déclarée au reste du monde après les attentats du 11 septembre 2001.Idem pour le Maroc. D'après El Pais, le Royaume aurait accueilli lui aussi plusieurs escales des avions en provenance ou se dirigeant vers le tristement célèbre camp de Guantanamo, et ce depuis 2003.
Deux avions de la CIA, un 737 et un GLF5 auraient décollé de l'aéroport de Rabat- Salé vers Guantanamo respectivement le 9 septembre 2003 et le 11 mars 2004. Pour ce qui est du nombre des vols en provenance de Guantanamo vers le Maroc, il s'élève également à deux. Il s'agit des arrivées des avions GLF 4 et B743 qui ont eu lieu respectivement le 28 mars 2004 et le 19 février 2007.
De fait, les Etats-Unis qui se sont habitués depuis les années 1950 à opérer impunément des « dirty tricks » rocambolesques persévèrent dans la même voie et avec la même impunité. La différence aujourd'hui, c'est qu'ils en font sous- traiter quelques- uns des dommages collatéraux par des pays tiers. Y compris en Europe et au Maghreb. Saura-t- on un jour la part qui en est revenue au Maroc ?

dimanche 10 février 2008

Les parlementaires portugais ne veulent rien savoir

3 députés portugais...

Le parlement portugais a rejeté la demande de création d'une commission d'enquête sur le rôle des autorités portugaises dans le transfert présumé de prisonniers, accusés de terrorisme, vers le camp de Guantanamo.
Cette proposition avait été soumise au parlement par le Parti communiste et le Bloc de gauche (BE, extrême gauche), après la publication fin janvier du rapport de l'ONG britannique «Reprieve» accusant le Portugal d'avoir contribué au transfert de plus de 700 prisonniers vers Guantanamo.Les principales formations parlementaires de gauche comme de droite ont voté contre la mise en place de cette commission, jugée «inopportune et inutile» par le ministre des Affaires parlementaires Augusto Santos e Silva.L'exécutif a toujours communiqué au parlement «toutes les informations» dont il disposait sur ce dossier, a affirmé le ministre.Le gouvernement portugais a répété à plusieurs reprises avoir enquêté sur l'utilisation de son espace aérien par des avions de la CIA mais n'avoir trouvé aucun preuve d'illégalité.En février 2007, la justice portugaise a ouvert à son tour une enquête sur l'éventuel survol du territoire portugais par des appareils transportant secrètement des prisonniers pour le compte de la CIA.Selon Reprieve, 94 vols, à destination ou en provenance de Guantanamo, ont emprunté l'espace aérien portugais entre 2002 et 2006.

Source : AFP, 8 février 2008

jeudi 7 février 2008

Les voyages d'Air-CIA : la justice espagnole enquête

Les aéroports espagnols ont-ils servi de base de transit aux avions nord-américains qui transportaient des prisonniers d’Afghanistan vers Guantánamo, le camp de torture installé par les Américains en territoire cubain ? C’est ce que la justice espagnole cherche à établir.
LE 25 janvier dernier, le procureur Vicente Gonzalez Mota a demandé au juge Ismael Moreno, deuxième juge d’instruction à la Audiencia nacional, d’ouvrir une information afin de déterminer si les aéroports de Morón de la Frontera, à Séville, de Rota à Cadix et de Torrejón de Ardoz, à Madrid, ont servi à l’aviation américaine dans des escales entre l’Afghanistan et la base de Guantánamo. Le juge devra entendre, en qualité de témoins, tous les officiers de vols, les officiers d’aéroport et les contrôleurs civils et militaires de ces bases, ainsi que les fonctionnaires du Ministère de la Défense et des Affaires étrangères et les personnels de l’AENA (Aéroports espagnols et Navigation aérienne) en poste entre janvier 2002 et décembre 2006.Ce front ouvert par la Justice espagnole est un effort pour réintroduire le droit contre des agissements qui, sous couvert de lutte anti-terrorisme, font régner la terreur dans un total mépris du droit des personnes, comme c’est le cas au camp de Guantánamo.
Les témoignages ci-après montrent que l’irruption de la justice espagnole a pu mettre un terme à des procédures d’arbitraires.

Convention militaire modifiée
La demande d’information du procureur va également chercher à déterminer quels étaient les fonctionnaires des ministères de la Défense et des Affaires étrangères qui, entre les dates évoquées, ont siégé dans le Comité permanent hispano-étatsunien, créé en application d’une Convention de coopération militaire signée en 1989 entre l’Espagne et les Etats-Unis. Cette Convention définit les circonstances et les normes selon lesquelles les avions affrétés par ou pour les forces US peuvent survoler, pénétrer ou sortir de l’espace aérien espagnol ou en utiliser les bases. En 2002, quelques mois après le 11/9 et après l’invasion de l’Afghanistan, les gouvernements de José Maria Aznar et de son allié Georges Bush ont modifié cette convention bilatérale de Défense, pour en assouplir les autorisations d’escale des avions états-uniens sur les bases de Rota y Morón.
La Justice espagnole veut savoir si ces “assouplissements” ont servi à faire transiter les 23 premiers prisonniers envoyés de Kandahar (Afghanistan) à la base de Cuba, dans un avion C-17 Globemaster des Forces aériennes des EE-UU. En janvier 2002, selon l’agence de presse AP, ces prisonniers ont changé d’avion pour un C-141 Starlifter « dans un pays européen », disait la dépêche.Cette information est corroborée par une autre, émanant des registres du contrôle aérien des Açores (Portugal) qui certifient que cet avion C-141 a décollé le 11 janvier 2002 de la base de Morón à destination de Guantánamo.

Recherche de témoins
C’est sur cette base que le cabinet d’avocat londonien Reprieve dirigé par Clive Stafford Smith, qui représente une trentaine de prisonniers de Guantánamo, évoque aussi le rôle de l’Espagne dans ce transfert. Le cabinet londonien soutient que l’escale du 11 janvier eut lieu à la base de Morón de la Frontera, près de Séville et que 24 autres prisonniers, également identifiés, ont voyagé à bord d’un C-17 qui, toujours d’après le registre du Portugal, fit le vol de la base de Rota à celle de Guantánamo le 28 octobre 2002. Quelqu’un a-t-il vu ces prisonniers lors de leur passage en Espagne ? Ce sont ces témoignages que recherche la justice espagnole, indiquant que « si quelqu’un a vu dans ces aéroports le transfert de prisonniers d’un avion à un autre, cela peut représenter un changement substantiel ».
Entre 2002 et 2007, l’AENA a enregistré dans les aéroports espagnols 47 vols secrets, en provenance ou à destination de la base US de Guantánamo. Le gouvernement espagnol nie que ces vols aient servi à transférer des prisonniers vers le camp de Guantánamo. Mais selon la note du procureur guidant les investigations vers les ministères de la Défense et des Affaires étrangères, il y aurait eu sur ce nombre une douzaine de vols avec escale, dont on peut présumer qu’ils ont transporté des dizaines de prisonniers. Parmi eux, les deux avions qui, selon le cabinet londonien, avaient pour passagers 23 et 24 prisonniers de nationalités différentes, tous identifiés et dirigés vers Cuba.
D’après un article de José Maria Irujo paru le 4 février 2008

« J’ai voyagé ligoté, avec le canon de ses armes sur ma tête »
« J’ai voyagé de nuit, couché sur le plancher d’un avion militaire. On m’avait couvert la tête d’une cagoule et ligoté au sol par les mains et les pieds. De temps en temps, des soldats plaquaient le canon de leurs armes contre ma tête. Ce fut un long voyage et ils ne savaient pas bien où ils m’emmenaient ».C’est par ces mots que le prisonnier marocain Lahcen Ikassrien, 40 ans, se souvient de son transfert d’Espagne à Guantánamo, base navale états-unienne en territoire cubain, où il est resté enfermé pendant presque 4 ans.
Ikassrien a été jugé et acquitté, parce que les interrogatoires auxquels l’ont soumis les policiers espagnols à Guantánamo et qui furent utilisés comme preuve contre lui, ont été annulés par le tribunal.
« Je suis arrivé à la base de Torrejón de Ardoz le 18 juillet 2005 et on m’a transféré directement à la Audiencia nationale. Je pesais 55 kilos et j’ai été interrogé par le juge Fernando Grande-Marlaska. De Madrid, on m’a envoyé à une prison de Palencia » relate Ikassrien qui, après son jugement, a été remis en liberté. Le Maroc lui refuse désormais un passeport.
Une autre personne, du nom de Hamed Abderraman, le dénommé “Taliban de Ceuta”, a subi un transfert semblable à celui de Lahcen. Il fut aussi acquitté par la Haute Cour espagnole sur le même argument.

Source : Témoignages, 7 février 2008