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samedi 24 mai 2008

Reporters sans frontières interviewe l’avocat Clive Stafford-Smith après la libération de son client Sami Al-Haj, ex-détenu à Guantanamo

L’avocat Clive Stafford-Smith a accordé un entretien, le 19 mai 2008, à Lucie Morillon, la représentante de Reporters sans frontières aux États-Unis, concernant son client Sami Al-Haj, cameraman soudanais d’Al-Jazira, détenu pendant six ans sur la base militaire américaine de Guantanamo, à Cuba. Clive Stafford-Smith, qui s’est rendu aux États-Unis pour témoigner devant le Congrès, à Washington, a profité de l’occasion pour parler de la santé et de l’avenir professionnel de son client.
Voir la video (1ère partie)

Sami Al-Haj a été soupçonné d’animer un site Internet lié à l’islamisme radical, et d’être à la solde d’Al-Qaïda pour avoir essayé d’interviewer Oussama Ben Laden. Malgré ces accusations, aucune inculpation formelle n’a jamais été prononcée contre le journaliste.
“[L’armée américaine] accusait Sami Al-Haj d’être un présumé terroriste pour avoir reçu une formation d’Al-Jazira. Les termes exacts étaient : ‘Le détenu a avoué avoir été formé à l’utilisation d’une caméra par Al-Jazira’, ce que les militaires considéraient comme du terrorisme”, a affirmé Clive Stafford-Smith. “Il n’existe pas de fondement légal. Ils inventaient de nouvelles accusations et nous prouvions chaque fois que c’étaient des conneries.”
Voir la video (2ème partie)

Clive Stafford-Smith assure qu’aucune explication n’a été donnée à la libération tardive de Sami Al-Haj. En fait, les autorités américaines le considèrent toujours comme un terroriste. Tout au long de son séjour à Guantanamo, les interrogateurs ont voulu obliger le cameraman soudanais à témoigner contre sa chaîne, Al-Jazira, accusée d’être financée par Al-Qaïda.
“Je crois qu’il s’agit d’une agression contre Al-Jazira. En tant que citoyen américain, je trouve ça très triste, parce que nous sommes censés soutenir la liberté d’expression. C’est précisément Al-Jazira qui mène le combat pour la liberté d’expression au Moyen-Orient”, a expliqué Clive Stafford-Smith.
L’avocat a également commenté l’état de santé de Sami Al-Haj, qui a dû être hospitalisé à Karthoum en raison de son état d’extrême faiblesse, après un voyage difficile en avion. L’usage des toilettes lui a été interdit pendant vingt heures et Sami Al-Haj a continué sa grève de la faim au cours du trajet. Par ailleurs, il était menotté et cagoulé.
“Les médecins au Soudan étaient inquiets pour sa vie, a affirmé Clive Stafford-Smith. “Néanmoins, il s’est assez bien remis dans les deux ou trois jours suivants”.
En plus des séquelles des tortures subies durant sa captivité à Guantanamo, des médecins avaient informé Sami Al-Haj qu’il était atteint d’un cancer, mais qu’il ne pouvait pas consulter un spécialiste. Les médecins soudanais qui l’ont examiné n’ont pourtant trouvé aucune trace de cancer.
Au plan professionnel, l’avocat a confié que son client n’avait pour l’instant pas l’intention de se déplacer dans des zones de guerre ou de conflit. Il a également signalé que le gouvernement des États-Unis avait fait pression sur le gouvernement soudanais pour que celui-ci interdise à Sami Al-Haj de voyager ou de reprendre son travail à Al-Jazira.
“Il préférait rester encore dix ans à Guantanamo plutôt que de signer un document de ce genre, a fait savoir Clive Stafford-Smith. Au moment de la libération, un amiral est venu le voir et a essayé de lui faire signer un document, mais il a répondu que son avocat lui avait conseillé de ne rien signer.”
Quant aux accusations de torture, réfutées par le gouvernement américain, Clive Stafford-Smith a affirmé que son client avait été interrogé cent trente fois. A cent vingt reprises, les geôliers avaient essayé d’obliger Sami Al-Haj à reconnaître qu’Al-Jazira était une organisation terroriste. L’avocat a également décrit les méthodes d’alimentation forcée utilisées contre les détenus en grève de la faim - les gardes introduisaient un tube étroit dans le nez des prisonniers. “Ca me semble inhumain”, a souligné Clive Stafford-Smith. Sami Al-Haj a passé un total de 478 jours en grève de la faim. “Rappelez-vous les grèves de la faim des militants de l’IRA dans les années 80 - elles dépassaient rarement les soixante-dix jours”.
Clive Stafford-Smith a lui-même été accusé par le gouvernement américain d’avoir incité trois détenus au suicide. “Je crois qu’il est assez répugnant de suggérer que j’ai incité mes propres clients à se suicider.”
Questionné sur le sort des autres prisonniers à Guantanamo, l’avocat a affirmé qu’actuellement, les risques planétaires sont plus importants qu’avant le 11 septembre 2001. “Personne de sensé ne peut te regarder dans les yeux et te dire que la prison de Guantanamo a contribué à faire du monde un endroit plus sûr.”
D’après Clive Stafford-Smith, “la prison de Guantanamo sera bientôt fermée”. Mais pour lui, le vrai problème est que les États-Unis détiennent encore 27 000 prisonniers dans des prisons secrètes et dans des conditions encore pires qu’à Guantanamo.
Clive Stafford-Smith a tenu à remercier Al-Jazira, les gouvernements du Qatar et du Soudan, ainsi que des organisations comme Reporters sans frontières pour avoir plaidé inlassablement en faveur de la remise en liberté de Sami Al-Haj.

dimanche 11 mai 2008

Sami Al Haj libéré, RSF pérore sans vergogne

Analyse d’un communiqué de RSF du 1er mai 2008. (Extraits. Le texte complet est sur son site)
par Maxime Vivas, 5 mai 2008

« Reporters sans frontières a exprimé son immense soulagement après la libération de Sami Al-Haj, le 1er mai 2008. Le cameraman d’Al-Jazira était détenu depuis juin 2002 sur la base américaine de Guantanamo » […]
« Sami Al-Haj n’aurait jamais dû être détenu aussi longtemps. » […]
« Régulièrement torturé, soumis à près de 200 interrogatoires par ses geôliers… » […]
« Selon un mémorandum remis au gouvernement soudanais par l’administration américaine, les contreparties exigées à une remise en liberté de Sami Al-Haj seraient l’interdiction de reprendre ses activités de journaliste, et celle de sortir du territoire soudanais. »
Questions :
1 -Pourquoi écrire que Sami Al Haj n’aurait pas dû être détenu « aussi longtemps » puisqu’il était innocent ? Le communiqué de RSF dit que « les autorités américaines » (les tortionnaires) n’ont jamais rien prouvé contre Sami Al Haj et qu’aucune « inculpation n’a jamais été prononcée contre le journaliste ». RSF considère-t-elle qu’un journaliste innocent peut être torturé quelque temps si le bourreau se réclame de Bush ? Qu’est-ce qui empêche RSF d’écrire : « Le journaliste n’aurait JAMAIS dû être enlevé, encellulé, supplicié » ?
2- Quand RSF a-t-elle brandi un drapeau, sorti des banderoles, escaladé Notre-Dame ou l’Empire State Buiding contre les tortures régulières par l’armée US d’un journaliste innocent ? Quand va-t-elle porter plainte en son nom grâce à son « réseau Damoclès » conçu à cet effet ?
3- Quand RSF va-t-elle brandir un drapeau, suspendre des banderoles sous le Golden Gate Bridge de San Francisco, escalader la Tour Eiffel, vendre des tee-shirts où les bandes rouges de la bannière étoilée seraient remplacées par des fils de fer barbelés, ameuter l’opinion mondiale, appeler à boycotter les compétitions sportives présentes et futures avec les USA contre cette interdiction de travailler faite depuis Washington à un journaliste soudanais (et ne parlons pas de ceux que l’armée US à fait taire en les expédiant six pieds sous terre) ?
Où, dans le communiqué de RSF, lit-on l’amorce du début d’un commencement de réprobation de ce musellement d’un journaliste ?
Mais pourquoi le journaliste Sami Al Haj a-t-il été si longtemps l’otage des Etats-uniens ? Lisons The Guardian du 26 septembre 2005 :
« Sami Al-Haj aurait reçu des autorités américaines la promesse d'une libération et l'octroi d'un passeport américain s'il consentait à espionner sa propre chaîne pour le compte de Washington […] Il se plaint d’avoir été interrogé plus de 100 fois, mais pas à propos des accusations. M.Haj dit que lors d’un interrogatoire, la nationalité américaine lui a même été proposée, s’il acceptait de devenir espion. » Ils ont dit : si tu travailles pour nous, nous t’apprendrons le journalisme, nous te donnerons un visa pour vivre où tu veux, nous te donnerons même la nationalité américaine, nous te protégerons et te donnerons de l’argent. Nous t’aiderons à écrire un livre et nous le publierons. Cela aidera à ce que les gens d’Al Qaida te contactent et travaillent avec toi. M. Haj a également déclaré que les américains ont menacé de s’en prendre à sa famille s’il refusait d’espionner une fois libéré. »
Ô, militants de RSF ! ici vous était dit pourquoi Sami Al-Haj a été si longtemps encagé. Ici vous était dit qu’un gouvernement manipule la presse, chose que vous ne tolérez pas dans les pays du tiers-monde et vous le faites assez bien savoir. Ici vous était dit que le prisonnier n’a pas failli, même pour protéger les siens. Ici vous était dit que cet homme, qui fit honneur à sa profession dans les pires des conditions, méritait mieux que votre soutien à éclipses.

Dans mon livre « La face cachée de Reporters sans frontières. De la CIA aux faucons du pentagone » (Editions Aden), je consacre tout un chapitre à démontrer l’inaction de RSF (aussi longtemps qu’elle a été possible) contre le scandale de l’incarcération de Sami Al Haj. J’en fais l’analyse au fil des années. En voici un passage qui prouve que RSF a escamoté le malheureux et, dénoncée de toute part, a dû faire un pitoyable mea culpa tardif qu’elle gomme aujourd’hui :

« Le 12 septembre 2006, dans une longue lettre ouverte publiée en droit de réponse par le réseau Voltaire, Reporters sans frontières ambitionne de prouver la mauvaise foi de ses détracteurs et cite son action pour Sami Al-Haj.
Il lui faut d’abord expliquer son mutisme prolongé. RSF le qualifie d’erreur » et d’« oubli » tout en le justifiant : elle ne savait pas si Sami Al Haj avait bien « été arrêté en raison de sa qualité de journaliste » et «faute d’information » elle a « attendu ». Pourquoi ne s’être pas renseigné, il y a presque cinq ans, auprès de l’avocat du malheureux, avocat que RSF se vante d’avoir contacté… en 2006 ? Et depuis quand RSF mène-t-elle d’aussi longues enquêtes sur les journalistes qu’elle va défendre ? A Cuba, il suffit qu’un ignare cupide installe dans sa cuisine un télécopieur pour que RSF lui accorde symboliquement le prix Albert Londres dans l’heure qui suit. »

Aujourd’hui, RSF veut faire croire qu’elle a été efficace. Elle « remercie » ceux qui ont aidé à la libération du journaliste. Mais de quel droit, ô mouche du coche sans vergogne ?

RSF ajoute sobrement que « La base doit fermer au plus vite » (elle veut dire : le camp de concentration). Cette revendication avait été émise en janvier 2006 par Amnesty international, en février 2006 par l’ONU, en mai 2006 par l’Union Européenne. Le silence de RSF devenant alors intenable, l’organisation ménardienne a dû la reprendre au détour d’une phrase noyée dans un de ses textes émis en juin 2006.

RSF qui, dans un discret murmure, a été la dernière à demander la fermeture d’un bagne où des journalistes furent torturés, RSF nous ferait bien croire maintenant qu’elle seule soutient cette revendication, alors même qu’elle n’engage aucune action d’aucune sorte, aucune démarche, aucun rassemblement, aucune campagne de presse pour y parvenir, pas plus qu’elle ne le fit pendant qu’un journaliste innocent y était en danger de mort permanent.

La dernière question est : puisque des officines écrans de la CIA subventionnent RSF depuis 2002 à coup de dizaines de milliers de dollars annuels, puisque le contrat passé avec l’une d’elle, la NED, lui interdit d’entreprendre toute action susceptible d’influer sur la politique des USA, RSF a-t-elle des indignations sélectives que seuls le mensonge et la dissimulation peuvent cacher?
Que ceux qui répondent par l’affirmative le fassent savoir à tous les clients potentiels des produits de l’épicerie compassionnelle RSF dont l’arrière-boutique est interdite au public et dont l’exploration par les indiscrets est déconseillée sans des pincettes sur le nez.

jeudi 17 janvier 2008

Les Démocrates, les Républicains, et même RSF pour la fermeture de Guantanamo

par Maxime Vivas, 10 Janvier 2008

En janvier 2006 Amnesty International écrivait : « Il n’y a pas de mesure intermédiaire en ce qui concerne Guantanamo. Le centre de détention doit être fermé et une enquête doit être immédiatement menée sur les nombreuses informations faisant état d’actes de torture et de mauvais traitements depuis 2002 ».
En février 2006, cette proposition est reprise par l’ONU.
Le 31 mai 2006, tombait cette dépêche de l’agence Associated press : « L'Union européenne appelle les autorités américaines à fermer Guantanamo. Ursula Plassnik, présidente en exercice du conseil des ministres de l’UE a exhorté mercredi 31 mai les USA à fermer dès que possible le centre de détention sur la base de Guantanamo, à Cuba, où sont incarcérés des hommes suspectés de terrorisme. »
Il faudra attendre le 12 juin 2006 pour que, dans une phrase noyée dans un article, RSF murmure que Guantanamo doit être fermé.
Guantanamo ou croupit un journaliste soudanais, Sami Al Haj depuis 2002.
Qu’attendent de cet homme les dirigeants Etats-uniens ?
Le 26 septembre 2005, le journal britannique The Guardian, nous l’avait appris par la plume de Vikram Dodd : « Sami Al-Haj se plaint d’avoir été interrogé plus de 100 fois, mais pas à propos des accusations. M.Haj dit que lors d’un interrogatoire, la nationalité américaine lui a même été proposée, s’il acceptait de devenir espion. » Ils ont dit : si tu travailles pour nous, nous t’apprendrons le journalisme, nous te donnerons un visa pour vivre où tu veux, nous te donnerons même la nationalité américaine, nous te protégerons et te donnerons de l’argent. Nous t’aiderons à écrire un livre et nous le publierons. Cela aidera à ce que les gens d’Al Qaida te contactent et travaillent avec toi. »
« M. Haj a également déclaré que les américains ont menacé de s’en prendre à sa famille s’il refusait d’espionner une fois libéré. »[1]
Pendant deux ans Sami Al Haj a été escamoté de la liste de RSF recensant tous les journalistes emprisonnés à travers le monde. Disparu, rayé, inexistant ! Entre 2002 et 2007, RSF a parcimonieusement émis des communiqués laconiques et non suivis d’actions en faveur du journaliste enlevé, encagé, torturé pour la seule raison de refuser de trahir la chaîne qui l’employait et de devenir un agent des USA.
Le 12 septembre 2006, croulant sous les critiques, RSF publie une longue lettre ouverte en droit de réponse au réseau Voltaire. RSF ambitionne de prouver la mauvaise foi de ses détracteurs. Mais elle est contrainte aussi d’expliquer son mutisme prolongé. Elle le qualifie d’erreur » et d’« oubli » tout en le justifiant : elle ne savait pas si Sami Al Haj avait bien « été arrêté en raison de sa qualité de journaliste » et « faute d’information » elle a « attendu ». Près de 5 ans !
Or, dès qu’un journaliste est emprisonné dans n’importe quel pays, pour peu que ce pays soit ennemi des USA, RSF réagit dans l’heure. Elle ne mène pas d’enquête, elle hurle aussitôt et sans discontinuer contre les « prédateurs » (elle le fait même contre les ennemis des USA où aucun journaliste n’est en prison ou tué. Exemple : le Venezuela).
Mais le fond n’est pas encore touché. En effet, après avoir, à retardement et dans un souffle contraint, demandé la fermeture de Guantanamo, RSF s’avise que cette idée est devenue une revendication forte aux USA.
Le 30 juin 2006, la Cour suprême US a déclaré anticonstitutionnels les tribunaux militaires d'exception.
Barack Obama, candidat à l'investiture démocrate pour la présidentielle américaine 2008, s'est prononcé haut et fort pour la fermeture.
L'administration républicaine déclare ouvertement y réfléchir actuellement. Bush dit que la fermeture est une priorité.
Du coup, les cordes vocales de RSF retrouvent leur élasticité bien connue de la presse pauvre des pays pauvres.
« Le scandale juridique et humanitaire incarné par Guantanamo dure depuis maintenant six ans. » tonitrue-t-elle dans un communiqué » du 10 janvier 2008.
« Le vainqueur du scrutin présidentiel du 7 novembre prochain devra mettre fin à une situation humainement intolérable et juridiquement intenable ». RSF appelle « tous les candidats en lice pour les primaires à s'engager à fermer Guantanamo ».
Quelle tristesse de voir les journalistes qui reçoivent ce genre de pitreries les répercuter sans objecter que :
- Puisque le scandale dure depuis 6 ans, RSF aurait pu se joindre plus tôt aux autres ONG et organisations internationales qui l’ont dénoncé.
- Attendre que les Démocrates et les Républicains aient publiquement exprimé leur volonté de fermer Guantanamo pour leur demander d’exprimer cette volonté c’est vraiment prendre les lecteurs pour des abrutis de première.
« L’argent est un bon serviteur, mais un mauvais maître ». Surtout quand il est versé en dollars, via des officines écrans de la CIA.

[1] Une partie des informations de cet article est tirée de mon livre « La face cachée de RSF. De la CIA aux Faucons du Pentagone ». Editions Aden.

mercredi 13 juin 2007

Le caméraman soudanais Sami Al Haj entame sa sixième année de détention à Guantánamo

Le 13 juin 2007, le caméraman soudanais d’Al Jazira, Sami Al Haj, aura passé cinq ans de détention, sans charges ni procès, sur la base militaire américaine de Guantanamo (Cuba). Reporters sans frontières, qui a rencontré la famille du journaliste au Soudan, le 19 mars dernier (cf. communiqué du 28 mars 2007 incluant une vidéo de l’entretien), rappelle que cette détention est inconstitutionnelle et contraire au droit international. L’organisation plaide une nouvelle fois pour la fermeture du camp de Guantanamo, qui représente l’un des plus grands scandales juridiques et humanitaires de ces dernières années.
“Comment le gouvernement des États-Unis ose-t-il faire la leçon à d’autres pays sur les droits de l’homme quand lui-même ne les respecte pas et bafoue ses propres principes constitutionnels ? Par deux fois, la Cour suprême a déclaré inconstitutionnelle la détention des présumés ‘ennemis combattants’ à Guantanamo. Le 7 juin dernier, le Comité judiciaire du Sénat s’est prononcé en faveur d’une ‘restauration’ de l’Habeas Corpus, applicable à ces prisonniers et impliquant leur comparution devant des juridictions civiles et non pas militaires. Enfin, le 11 juin, une cour d’appel fédérale, statuant sur le cas d’un individu détenu en Caroline du Sud, a rappelé que le Président n’avait pas le pouvoir d’ordonner à l’armée de l’arrêter et de le détenir indéfiniment. Les textes et la jurisprudence imposent la libération de Sami Al Haj”, a déclaré Reporters sans frontières.
Assistant caméraman de la chaîne qatarie Al Jazira, père d’un petit garçon, Sami Al Haj a été arrêté à la frontière de l’Afghanistan et du Pakistan par les forces de sécurité pakistanaises en décembre 2001. Accusé sans la moindre preuve d’être à la solde d’Al Qaïda alors qu’il effectuait son travail, le journaliste a été livré le 7 juin 2002 à l’armée américaine, qui l’a transféré le 13 juin suivant à Guantanamo. Il n’a jamais fait l’objet de la moindre inculpation depuis.
Mauvais traitements, sévices et privation de contact avec sa famille ont été le lot quotidien de Sami Al Haj pendant cinq ans. Selon les dernières nouvelles rapportées par son avocat, Clive Stafford Smith - lui-même menacé à une époque par les autorités du camp -, le journaliste a tenté de faire valoir ses droits et entamé une grève de la faim en janvier dernier (cf. communiqué du 6 mars 2007). En représailles, ses geôliers l’ont nourri de force.
La Cour suprême, saisie par les avocats des 380 prisonniers du camp, a déjà établi à deux reprises le caractère inconstitutionnel de leur détention, ainsi que celui des tribunaux militaires chargés de les juger. Un projet de loi garantissant l’application des droits constitutionnels aux présumés “ennemis combattants” de Guantanamo, avalisé le 7 juin 2007 par le Comité judiciaire du Sénat, doit à présent être débattu et voté au Congrès. Malgré ces avancées, le gouvernement fédéral continue de prétendre que les lois des États-Unis ne concernent pas des personnes emprisonnées hors du sol américain, dont la base de Guantanamo fait partie.
Il y a plus de 16 ans, Reporters sans frontières mettait en place le " parrainage " et appelait les médias internationaux à soutenir un journaliste emprisonné. Plus de 200 rédactions dans le monde soutiennent ainsi un confrère en demandant régulièrement sa libération aux autorités concernées et en médiatisant sa situation pour que son cas ne tombe pas dans l’oubli.
Sami Al Haj est ainsi soutenu par des médias espagnols, La Sexta, IPS-Comunica, La Voz del Occidente, Colexio de Xornalistas de Galicia, et canadiens, Corriere Canadese, Atlas media, Magazine de Saint-Lambert, Mouton Noir, CIBL, Radio Canada Sudbury.
Source : http://www.rsf.org/article.php3?id_article=22515