jeudi 16 février 2017
Khalid Cheikh Mohamed: les USA devraient revendiquer l'attentat du 11 Septembre
Khalid Sheik Mohammed's letter to Obama
Alleged mastermind tells Obama 9/11 was America’s fault
By Carol Rosenberg, Miami Herald, Feb. 8, 2017
Khalid Sheik Mohammed, accused Sept. 11 attacks mastermind
Read more here: http://www.miamiherald.com/news/nation-world/world/americas/guantanamo/article131466294.html#storylink=cpy
mercredi 24 juin 2009
Pourquoi Obama refuse la publication des photos
par Yvonne RIDLEY. Traduit par Fausto Giudice, TlaxcalaOriginal : Why Obama refuses to put us in the picture
Ils savaient très bien que ces images étaient trop choquantes pour être révélées aux yeux du monde extérieur et la triste vérité est qu’elles resteront choquantes pendant les 50 années à venir.
Je le savais aussi bien mais je ne l’ai pleinement réalisé qu’il y a quelques semaines au cours d’une rencontre destinée à éveiller la conscience publique sur le legs de la Guerre contre terrorisme de George W Bush.
Jusque-là j’avais cru naïvement que l’administration Obama remplirait sa promesse d’être l’administration la plus ouverte dans l’histoire de l’Usamérique.
Chaque fois que j’avais des doutes sur les promesses courageuses d’Obama la réponse à la question : « Pouvez-vous vraiment ? » était un sonore : « Oui, nous le pouvons ».
Comme je l’ai dit, les doutes m’ont assailli lors d’une rencontre à Bradford, dans le Nord de l’Angleterre, durant un discours à réveiller les morts, tenu par Anas Al Tikriti, de la Fondation Cordoba, sur les injustices de la Guerre contre le terrorisme auxquelles nous continuons à être confrontés.
Pour illustrer son discours, des images parlantes de la prison d’Abou Ghraïb étaient projetées sur des écrans géants tout autour de la salle…J’ai constaté avec surprise que j’avais de fait oublié à quel point elles étaient horribles. Nous nous souvenons tous de l’image, devenue icône, de Satar Jabar encagoulé, debout sur une caisse et tenant deux fils électriques dans ses mains, avec un autre fil attaché à son pénis, persuadé qu’il est sur le point d ‘être électrocuté.
Mais les autres photos, quand elles ont été projetées, ont coupé le souffle et le sifflet au public, qui s’est mis à s’agiter sur ses chaises, mal à l’aise. Il semble que le temps avait émoussé nos souvenirs et que certains d’entre nous avaient oublié les hommes nus, empilés en pyramides humaines, les chiens montrant les dents et haletant au-dessus de prisonniers terrorisés, lorgnés par des militaires US ricaneurs.
Je me suis penchée vers mon voisin de gauche et lui ai confié : « Je ne peux pas croire que j’avais oublié l’horreur qu’était Abou Ghraïb. »
Il m’a chuchoté en retour : « Ce n’est rien. Rappelle-toi que les photos sont sorties longtemps après l’ouverture de Guantanamo et plus de trois ans après que des gens avaient déjà été torturés et assassinés à Bagram. Si tu penses que ces photos sont horribles, attends que les autres soient publiées. »
Et à ce moment-là, j’ai réalisé que justement, ça ne va pas avoir lieu.
Mon voisin n’était autre que Moazzam Begg, sans doute le plus connu ex-pensionnaire de Guantanamo Bay, un homme qui a témoigné des brutalités et des atrocités, y compris le meurtre et la torture, commises de façon routinière par les interrogateurs et les soldats US à Bagram, en Afghanistan.

Avant son kidnapping
Nous étions venus tous deux à Bradford pour parler de l’odyssée du Dr. Aafiya Siddiqui, une mère de trois enfants qui a été kidnappée, torture et détenue plusieurs années à Bagram avant d’être blessée par balle par des soldats US et d’être soumise à un transfert extraordinaire vers New York.
À cette époque, les USA démentaient que le Dr. Siddiqui eût jamais été détenue à Bagram – bien que j’en eusse des preuves irréfutables, dont une identification positive par d’anciens détenus.
Et il m’est apparu que dans ces immondes archives cachées de photos et de vidéos révélant toute l’étendue des tortures US, il devait certainement y avoir des photos du Dr. Aafiya Siddiqui.
Comme les USA continuent à démentir avoir jamais détenu le Dr Siddiqui, il est hors de question qu’ils publient l’intégralité des archives de photos et de vidéos car celles-ci sont trop accusatrices et ouvriraient les vannes à un flot de toutes sortes d’actions en justice, d’annulations de procès et sans doute de compensations.
Bien sûr, l’autre raison pour laquelle le président Obama ne veut pas que ces images soient rendues publiques, c’est que cela enflammerait à la fois les amis et les ennemis et à long terme, sans doute, cela mettrait en danger la vie de tout citoyen US voyageant dans le monde musulman, pour ne pas parler des militaires.
Obama a lui-même dit qu’il avait décidé d’empêcher la publication des images de détenus torturés par les interrogateurs US pour la raison que “la conséquence la plus directe d’une publication, je crois, serait d’enflammer encore plus l’opinion anti-US et de mettre nos troupes encore plus en danger ». L’animateur de télé Jon Stewart a noté avec une ironie désabusée dans son show Comedy Central que la déclaration d’Obama « résume le dilemme dans lequel nous nous trouvons dans cette affaire de torture et d’abus. Torturer des détenus est censé être l’unique moyen d’obtenir certaines informations qui nous donneront une plus grande sécurité. Mais publier des photos de nous le faisant, ça, ça nous mettrait en danger. »
Bien sûr, si les interrogateurs n’avaient rien fait de fâcheux, il n’y aurait rien eu à cacher. Mais il est clair qu’il ya quelque chose à cacher, non ? Et si ce que Moazzam dit est vrai, ce dont nous parlons, c’est le viol, les abus sadiques et les brutalités pas seulement d ‘hommes et de femmes, mais aussi d’enfants.
Si certains culs-terreux républicains se contenteraient sans doute de rigoler au spectacle d’hommes au teint basané que l’on brutalise, je ne suis pas sûre qu’ils se contenteraient de hausser les épaules devant les photos de tortures de femmes et de jeunes enfants.

Le Dr. Aafia Siddiqui, photographiée en détention en Afghanistan en juillet 2008
Deux des enfants du Dr. Aafiya Siddiqui sont encore portés disparus – l’un d’eux n’était qu’un bébé de quelques mois lorsqu’il a été arraché des bras de sa mère par un agent féminin US qui avait pris part à l’arrestation. L’autre enfant, une petite fille, avait juste commencé à marcher.
Cette information, soit dit en passant, m’a été donnée gratuitement par un des policiers de Karachi qui avait participé à l’opération conjointe [pakistano-US, NdT] d’arrestation du Dr. Siddiqui en mars 2003. Et pourtant les autorités US continuent à mentir, malgré l’accumulation de preuves.
Alors, croyez-vous que les Usaméricains ont torture le bébé ou la petite fille ? Est-ce de cela que les interrogateurs de la CIA et du FBI, et leurs sous-traitants free lance, sont capables ? Est-ce pour cela qu’Obama ne peut pas, ne veut pas que les photos et vidéos soient rendues publiques ?
Croyez-vous que les interrogateurs de la CIA ont procédé à des simulacres de noyade avec les enfants du Dr. Siddiqui ? Peut-être les ont-ils même soumis à des abus sexuels comme ils l’ont fait avec des hommes et des femmes détenus à Abou Ghraïb.
Aha, j’entends déjà certains d’entre vous hurler au ciel, objectant bruyamment à mes commentaires et folles spéculations. Vous pourriez m’accuser d’être irresponsable et de nourrir les flammes de la haine du monde musulman envers chaque soldat US et chaque détenteur d’un passeport US. Et vous pourriez avoir raison, mais ne vous en prenez pas à moi, prenez-vous en à votre président.
Car c’est lui qui AVAIT promis de rendre publiques ces affreuses archives et c’est lui qui A dit une fois que “la lumière du jour est le meilleur désinfectant”.
Mais après avoir visionné ce matériel obscène, il a choisi d’adopter la position de l’autruche, dans la croyance idiote que ça ca va passer et être bientôt oublié
Mais ça ne sera pas le cas, et jusqu’à ce que ces archives soient rendues publiques, les folles spéculations continueront à grossir, nourries par la haine et la colère devant le fait qu’à nouveau un président US a été élu sur des fausse promesses et des mensonges.
Albert Einstein a dit un jour: « Le monde est un endroit dangereux où vivre, non pas à cause des gens qui sont mauvais, mais à cause de ceux qui ne font rien par rapport à ça. » Obama peut-il faire quelque chose pour que ces photos et vidéos soient rendues publiques. OUI, IL LE PEUT !
vendredi 19 juin 2009
La Chambre des représentants dit NO au transfert de détenus de Guantánamo vers le territoire US
Le projet de budget, qui devra être approuvé par la Chambre dans son ensemble, prévoit également la mise à disposition du ministère de 130 milliards de dollars pour les opérations en Irak et en Afghanistan, ou tout autre théâtre d'opération étranger éventuel.
Mais le texte ne contient pas de fonds visant à financer des transferts de détenus de Guantánamo vers les États-Unis pour l'exercice 2010 qui commence le 1er octobre 2009.
«Il est interdit de transférer les détenus sans que le président [Barack Obama] ait présenté un plan sur les dangers potentiels pour les États-Unis, leurs territoires et possessions, sur la façon dont le président envisage d'atténuer ces risques et sur le sort de chaque détenu», lit-on dans le résumé du projet approuvé par la commission.
Début juin, les membres d'une sous-commission du Congrès chargée de la répartition de fonds publics avaient approuvé le budget 2010 du ministère de la Justice de 64,4 milliards de dollars, sans y inclure les fonds demandés par l'administration pour fermer Guantánamo.
Cette commission avait également interdit le transfert de détenus sur le sol américain.
Par ailleurs, le projet de budget supplémentaire pour financer les troupes américaines jusqu'au 30 septembre 2009, adopté par la Chambre mardi soir, ne fournit pas non plus de fonds pour la fermeture du camp. En revanche, dans ce cadre, un accord permet à l'administration de transférer des détenus sur le sol américain en vue de leur procès.
Le ministre de la Justice, Eric Holder, s'est dit convaincu hier que les États-Unis parviendraient «à trouver un pays d'accueil» pour la cinquantaine de détenus de Guantánamo considérés comme libérables.
mardi 9 juin 2009
Ahmed Ghailani transféré de Guantánamo à New York
WASHINGTON - Ahmed Khalfan Ghailani, militant présumé d'Al Qaïda accusé d'implication dans les attentats de 1998 contre les ambassades US au Kenya et en Tanzanie, a été transféré mardi de la prison de Guantanamo à New York, où il comparaîtra devant un tribunal, annonce le département de la Justice.Ghailani est le premier détenu de Guantanamo à être traduit devant la justice civile. Il sera présenté dans la journée à un tribunal fédéral de Manhattan, a précisé le ministère.
Cette comparution découle de la décision du président Barack Obama de fermer d'ici un an le centre de détention créé par l'administration Bush sur la base navale US située à la pointe est de Cuba.
Ghailani est arrivé à New York escorté par des "Marshals", un corps de police fédérale.
De nationalité tanzanienne, il fait partie d'un groupe de 14 "détenus de grande valeur" transférés à Guantanamo en septembre 2006 à partir de prisons secrètes de la CIA.
Le prévenu devra répondre de 286 chefs d'accusation, dont celui de conspiration avec Oussama ben Laden et d'autres membres d'Al Qaïda en vue de tuer des Usaméricains.
Il est également accusé du meurtre de chacun des 224 personnes tuées lors des attentats contre les ambassades des Etats-Unis à Nairobi et Dar es Salaam le 7 août 1998.
L'attentat de Tanzanie avait fait 11 morts, celui du Kenya 213 morts. On accuse notamment Ghailani d'avoir participé à l'achat et au chargement des réservoirs de produits chimiques et des caisses d'explosifs utilisés à Dar es Salaam.
Selon les minutes d'une audience en 2007 à Guantanamo, il avait reconnu avoir livré ces produits et présenté ses excuses, assurant ne pas avoir su qu'ils serviraient à un attentat.
L'éventuelle présence sur le sol US d'ex-détenus de Guantanamo a suscité des critiques du camp républicain, pour qui ils constitueraient une menace pour la sécurité nationale.
Dans un communiqué, le ministre de la Justice Eric Holder a souligné que son département avait une longue expérience de gestion de la détention et des procédures judiciaires en matière de terrorisme qu'il mettrait à profit pour obtenir la justice dans ce dossier.
lundi 1 juin 2009
Kaboul veut rapatrier Mohammad Jawad, emprisonné à Guantanamo depuis l'âge de 12 ans
Alors âgé de 12 ans, Mohammad Jawad avait été arrêté par la police afghane en décembre 2002 pour avoir lancé une grenade qui avait blessé deux soldats américains. Il avait ensuite été livré à l'armée américaine et transféré début 2003 à Guantanamo où il est toujours.
«Il n'y a aucun doute que Jawad a été torturé pendant qu'il était aux mains du gouvernement américain pendant les sept dernières années», a lancé son avocat, Eric Montalvo, un commandant du corps des Marines américains désigné par le département américain de la Défense.
«Nous avons envoyé une lettre officielle à l'ambassade américaine (à Kaboul, ndlr) demandant le rapatriement le plus rapide possible de Mohammad Jawad», a déclaré le procureur de l'Etat afghan Sayed Sharif Sharif, au cours de la même conférence de presse.
«Nous attendons du gouvernement américain qu'il laisse rentrer Jawad sans délai», a ajouté M. Sharif, pour qui la détention du jeune homme est «totalement illégale».
Une fois rentré, Mohammad Jawad sera interrogé par les autorités afghanes, selon la même source. «Il est probablement innocent et il sera libéré», a dit M. Sharif.
Par ailleurs, l'Association du barreau d'Afghanistan, qui a appelé lundi les présidents afghan Hamid Karzaï et américain Barack Obama à libérer le jeune homme, a elle aussi accusé l'armée américaine de tortures.
Source : AFP, 1/6/2009
Mohammad Jawad, un Afghan envoyé début 2003 à la prison de Guantanamo à l'âge de 12 ans sous l'accusation d'avoir lancé une grenade qui a blessé des soldats américains à Kaboul, s'y trouve toujours, a annoncé mardi à l'AFP son avocat américain, qui demande son retour au pays.
"Nous allons faire tout ce que nous pouvons pour le libérer de sa cage (...) et le faire revenir en Afghanistan, ce qui aurait dû être fait depuis longtemps", a expliqué à Kaboul le commandant du corps des Marines américains Eric Montalvo, désigné comme son avocat par le département américain de la Défense.
Aujourd'hui âgé de 19 ans, le jeune homme "est dans un mauvais état mental", souligne l'officier, qui le rencontre chaque mois.
"Cela fait presque sept années qu'il est incarcéré. Il a tenté de se suicider en 2003. C'est une situation très difficile, mais il garde espoir et c'est ce qui le fait tenir", ajoute l'avocat.
L'avocat dénonce notamment "les mauvais traitements et la torture infligés à un jeune homme qui a passé son adolescence en prison".
Les deux défenseurs américains de Mohamed Jawad, M. Montalvo et le capitaine Christopher Kannady, ont présenté lundi une requête devant la Cour suprême afghane lui demandant de reconnaître l'illégalité de l'extradition vers Guantanamo "d'un enfant afghan accusé à tort", indique un communiqué qu'ils ont publié avec la Commission afghane indépendante des droits de l'Homme.
"Nous le pensons innocent. Nous allons démontrer cela avec le procureur général afghan" au cours de la procédure, a précisé M. Montalvo, qui dit avoir "le soutien total" du ministre afghan de la Défense, le général Abdul Rahim Wardak.
Selon le communiqué, Mohammad Jawad a été arrêté en décembre 2002, accusé d'avoir lancé une grenade sur une patrouille américaine qui a blessé deux soldats et leur interprète afghan.
Après un séjour dans les prisons afghanes fait de "mauvais traitements et torture" alors qu'il était âgé d'"environ 12 ans à l'époque", il avait été remis à l'armée américaine qui "l'avait transféré unilatéralement en février 2003 de la base de Bagram (la plus grande base américaine en Afghanistan, ndlr) à Guantanamo, où il se trouve depuis", poursuit le document.
"M. Jawad a été continuellement privé des conditions de détention appropriées à son âge ou de toute opportunité de réhabilitation", comme l'exige la Convention des droits de l'Enfant "dont les Etats-Unis et l'Afghanistan sont signataires", dénonce le communiqué.
"La Commission afghane indépendante des droits de l'Homme mène elle-même une enquête" et a réclamé le soutien du gouvernement afghan, ajoute le document.
L'armée américaine a longtemps détenu à Guantanamo des prisonniers sans jugement pour une durée illimitée au nom de la "guerre contre le terrorisme".
Une fois sortis, des prisonniers ont raconté avoir subi de multiples mauvais traitements, voire de la torture mentale ou physique.
Depuis juin 2008, les détenus de Guantanamo peuvent contester leur emprisonnement devant la justice de droit commun, et le président américain Barack Obama, élu en novembre dernier, s'est engagé à libérer les prisonniers que la justice aurait déclaré illégalement détenus.
En juillet 2002, un Canadien de 15 ans, Omar Khadr, avait été arrêté en Afghanistan, soupçonné d'avoir lancé une grenade qui a tué un soldat américain, puis transféré en octobre 2002 à Guantanamo, où il se trouve depuis.
La justice canadienne a ordonné son rapatriement en avril mais le gouvernement canadien a fait appel de cette décision.
vendredi 28 novembre 2008
« Le plan de Barack Obama pour fermer Guantánamo » … en juillet 2010
par Michel PORCHERON, 28/11/2008
« Le 20 juillet 2010 », si tout va bien
La question de la fermeture du centre de détention de Guantánamo Bay est désormais dépassée. Le centre de sinistre réputation, ouvert fin 2001, sera bien fermé, mais l’affaire est loin d’être simple en raison d’un ensemble complexe d’obstacles, de difficultés, de problèmes juridiques ou encore d’incertitudes à partir d’interrogations posées, qui n’ont actuellement pas de réponses, ni à court ou moyen terme. Cette affaire fait partie « des plus lourds fardeaux légués par le gouvernement Bush » (Dan Ephron, Newsweek). « Le centre de détention à partir duquel s’est développé un système compliqué spécifique de justice d’exception, pose une infinité (un sinfín) de problèmes » (Mónica C.Belaza, Washington pour El Pais, 22 novembre 2008).
Quelque 255 détenus sur les 778 qui y sont passés sont toujours emprisonnés, pour certains depuis plus de six ans et sans avoir été jugés. Les autres ont été relâchés sans avoir été jugés ou rapatriés, et ce depuis mai 2002. Seulement trois détenus ont fait l'objet d'une procédure judiciaire jusqu'à présent et vingt-trois autres sont inculpés pour « crimes de guerre ».
Le président élu des USA, Barack Obama a confirmé dimanche 16 novembre sur la chaîne CBS sa volonté de fermer la prison de Guantánamo , ce qui devrait être une
réalité prioritaire au lendemain (mais quand ?) de son investiture le 20 janvier prochain. Barack Obama pourrait faire de la fin de Guantánamo l’amorce d’une refonte de toute la politique pénale antiterroriste. «J'ai dit plusieurs fois que je voulais fermer Guantánamo , et je vais m'y tenir», a-t-il déclaré lors de son premier entretien télévisé depuis son élection le 4 novembre. Il a promis à plusieurs reprises pendant sa campagne de fermer le centre de détention, symbole des excès de «la guerre contre le terrorisme» menée par George W. Bush et critiqué par la communauté internationale. Par ailleurs, Obama a également confirmé qu'il entendait donner un coup d'arrêt à la torture comme méthode d'interrogation par l'armée usaméricaine: «J'ai dit plusieurs fois que l'Amérique ne torture pas. Et je vais m'assurer que nous ne torturons pas.» La fermeture de Guantánamo et l'arrêt de la torture, a ajouté Obama, «font partie d'un effort pour permettre à l'Amérique de retrouver son rang sur le plan moral».
Contre tous les principes de la justice usaméricaine, des hommes sont détenus pour une durée illimitée sans aucun chef d'inculpation. Simplement déclarés «combattants ennemis» par un tribunal militaire, ils ne disposent que depuis juin d'une possibilité réelle de recours devant un tribunal fédéral. Fermer la prison de Guantánamo , selon l’AFP, s'annonce une tâche des plus délicates pour le nouveau président, qui devra trouver une solution pour ces détenus qualifiés de «pires terroristes» par l'administration sortante et que personne, ni aux USA ni à l'étranger, ne s'empresse d'accueillir.
Avant d’aborder la question de cette fermeture, les récentes informations (quatre) sur Gitmo et ses premiers procès donnent un aperçu des obstacles qui attendent la future administration démocrate.
- L’ancien chauffeur d’Oussama ben Laden, Salim Ahmed Hamdan, détenu depuis 7 ans et premier condamné par un tribunal militaire d’exception, est « attendu au Yémen dans la semaine », a annoncé le gouvernement de ce pays. De « complexes » négociations ont permis le transfert de cet homme qui doit encore purger un mois de prison. Il avait été condamné en août à cinq ans et demi de prison pour « soutien matériel au terrorisme ».
- Un juge a ordonné la libération de cinq Algériens. Pour la deuxième fois depuis la décision de la Cour suprême fin juin rétablissant l'habeas corpus pour les prisonniers de Guantánamo , un juge civil a ordonné, jeudi 20 novembre, la libération de détenus. Le juge fédéral Richard Leon était saisi du cas de six Algériens, Lakhdar Boumediene, 42 ans, Mustafa Aït Idir, 38 ans, Mohamed Nechla, 40 ans, Hadji Boudella, 43 ans, Saber Lahmar, 39 ans, et Belkacem Bensayah, 46 ans. Ils avaient été kidnappés en Bosnie en 2001 et transférés à Guantánamo début 2002. Le magistrat a ordonné la libération des cinq premiers. Il a estimé que le gouvernement n'avait pas réussi à prouver la qualification d'« ennemis combattants » qu’il leur appliquait. Concernant Belkacem Bensayah, il a en revanche estimé qu'il était « probable » qu'il ait prévu de se rendre en Afghanistan pour y prendre les armes contre les forces usaméricaines, apportant un « soutien direct » à Al Qaida.
Le juge a rendu sa décision à l'issue d'un procès qui a duré sept jours, dont six à huis clos. Le verdict a été rendu en public au tribunal de Washington. Les détenus algériens ont pu l'entendre en direct depuis Guantánamo .
C'est la première fois qu'un juge se prononce sur la validité de la qualification d'ennemi combattant. Le 7 octobre, un autre juge, Ricardo Urbina, avait déjà ordonné la mise en liberté de 17 Ouïgours, mais ceux-ci n'étaient plus considérés comme des ennemis combattants par le Pentagone. Les 17 Ouïgours sont toujours en détention, le gouvernement ayant fait appel. Il est vraisemblable que le sort des Algériens ne changera pas davantage. Les juges sont en droit d'ordonner la libération des prisonniers, mais il revient à l'armée d'organiser leur libération. A moins de deux mois de la fin de son mandat, le président George Bush n'a pas l'intention de prendre la responsabilité de libérer des hommes que l'armée juge susceptibles de retourner au combat et de tuer des soldats usaméricains.

Ammer, Wiener Zeitung, Autriche
Quelque 150 dossiers sont encore sur les bureaux de la quinzaine de juges de la cour fédérale de Washington autorisés à examiner les plaintes des détenus de Guantánamo par la dernière décision de la Cour suprême. Celle-ci a étendu les garanties constitutionnelles américaines à la base de Guantánamo , contredisant l'opinion de l'administration Bush, pour qui il s'agit d'une zone de flou juridique (source Le quotidien Le Monde).
- C’est le 27 janvier prochain que les six Français ex-détenus à Guantánamo connaitront le jugement de la Cour d’appel de Paris. Cinq d’entre eux avaient été condamnés en première instance fin 2007 à 5 ans de prison – dont quatre avec sursis - pour leurs activités au sein de la mouvance ben Laden. Khaled Ben Mustapha, l’un des prévenus, en a profité pour déposer une nouvelle plainte contre X pour « enlèvement et séquestration arbitraires ».
- Ali Hamza Ahmad Al Bahlul, un Yéménite accusé d'être le propagandiste d'Oussama Ben Laden, a été condamné à la prison à vie par un tribunal militaire d'exception, composé de neuf officiers usaméricains, sur la base de Guantánamo , après avoir été reconnu coupable de « complot avec Oussama Ben Laden, et d'autres, pour assassiner des personnes protégées, attaquer des civils et commettre d'autres crimes » de terrorisme, a indiqué, lundi 3 novembre, un porte-parole du Pentagone. L'accusé, âgé de 39 ans, a également été reconnu coupable d'« incitation à des actes de terrorisme [et de] soutien matériel au terrorisme ». Ali Hamza Ahmad Al Bahlul a été l'un des premiers à arriver à Guantánamo , début 2002, et à être inculpé. Il s'agit du deuxième procès (le premier étant celui du chauffeur Hamdan) d'un détenu de Guantánamo devant une commission militaire, une procédure jamais vue depuis la seconde guerre mondiale. Celle-ci a fait l'objet de multiples critiques de la part des avocats de la défense, tant militaires que civils, mais aussi des associations de défense des droits de l'homme. L’accusé et son avocat militaire usaméricain sont restés silencieux pendant tout le procès, en signe de protestation. Les interrogateurs ont témoigné que l’inculpé avait rédigé le script des testaments filmés de deux pirates de l’air du 11 septembre, Mohamed Atta et Ziad Al Jarrah, qui étaient ses colocataires à Kandahar, en Afghanistan (source : agences).
Ken Gude, le « Monsieur Guantánamo » de Barack Obama
Le quotidien français Libération a publié le mercredi 26 novembre 2008 une double page intitulée « Le plan d’Obama pour fermer Guantánamo » qui est un entretien avec Ken Gude, présenté comme étant l’expert qui a « élaboré pour le président élu le dispositif qui conduirait à la fermeture du centre de détention en juillet 2010 ». Ken Gude est membre d’un think tank (centre de réflexion) démocrate, le Center For American Progress (CFAP), l’un des plus importants de Washington, créé en 2003 et dirigé par John Podesta, ex-chef de cabinet de Bill Clinton, actuellement coprésident de l’équipe de transition de Barack Obama. Les propos de Ken Gude ont été recueillis par Philippe Grangereau, correspondant à Washington.
Barack Obama a chargé Ken Gude, spécialiste des questions de sécurité au CFAP, qui sert de vivier à la future administration démocrate, d’élaborer un plan détaillé pour fermer le centre de détention de Guantánamo en dix-huit mois.
« Ken Gude a toutes les chances d’être entendu », affirme Libération. Selon Gude, le dispositif mis au point conduirait à la fermeture de la prison de Guantánamo en juillet 2010, le 20 juillet 2010 pour être précis. « La première phase du plan débutera avec l’annonce d’une date de fermeture définitive en dix-huit mois - c’est-à-dire le 20 juillet 2010, si Obama fait cette annonce le 20 janvier 2009 même, le jour de son entrée en fonctions ».
Principaux extraits sur Guantánamo de l’entretien accordé par ce proche de Barack Obama, Ken Gude à Philippe Grangereau.
Comment fermer Guantánamo ? D’ici à juillet 2010, « il faudra transformer l’univers secret de Guantánamo en modèle de transparence, en y invitant des représentants de gouvernements et d’organisations internationales ». Le premier mois, il faudra établir trois catégories de prisonniers : « ceux qui seront inculpés d’activités criminelles, ceux qui doivent être libérés et ceux qui n’entrent pas dans ces deux catégories ».Que faire des tribunaux militaires spéciaux mis en place par George W. Bush ?- Le président Obama devra les suspendre. Ce système a été conçu pour condamner et non pas pour rendre un jugement équitable.
Pendant cet examen des cas, les déclarations d’hier obtenues sous la torture seront-elles retenues ?- (...) Je considère que les informations obtenues sous la torture ne sont pas fiables, que cet a priori doit prévaloir et que donc, au final, il convient de les ignorer presque totalement. Dans les cas où un procès devant une cour fédérale est recommandé, il faudra que les preuves soient recevables et la manière dont le prisonnier a été traité sera un facteur à prendre en considération.
Où se dérouleront les procès ?- Les détenus seront traduits, selon les cas, devant un tribunal fédéral civil à New York ou à Washington s’ils sont accusés d’actes terroristes, ou bien devant une cour militaire régulière s’ils sont accusés d’actes visant l’armée américaine (...) Il s’agit de montrer qu’il est possible, contrairement à ce que dit l’administration Bush, de juger des détenus de Guantánamo devant une cour fédérale civile.
Kiro, Le Canard EnchaînéQuels seront les problèmes les plus importants posés par la fermeture de Guantánamo ?- Le plus difficile sera de trouver une terre d’accueil pour ceux qui seront libérés. C’est pourquoi il faudra mettre en place un programme de réhabilitation et de réintégration, qui visera à convaincre des pays d’accueil de les prendre.
Les 17 Ouïghours seront-ils réimplantés aux Etats-Unis ?- Oui, je pense que l’administration Obama prendra cette décision. Ils ne sont plus considérés comme des «ennemis combattants illégaux». Leur libération a été ordonnée par un juge américain et la communauté ouïghoure américaine est prête à les accueillir et faciliter leur intégration. L’administration Bush a fait appel de la décision de ce juge en arguant qu’il n’a pas l’autorité de décider s’ils doivent être libérés sur le territoire américain. Mais il n’y a pas d’autre solution, car il est pratiquement impossible de leur trouver un autre pays d’accueil.
Cela ne va-t-il pas créer un précédent ?- C’est justement ce que cherche à éviter à tout prix l’administration Bush. L’administration Obama ne veut pas non plus créer de précédent judiciaire et c’est pourquoi elle va sans doute ordonner d’autorité leur libération, sans passer par un juge.
Combien y a-t-il maintenant de détenus à Guantánamo et quel est leur statut ? – Environ 250, et le dernier à être arrivé est, semble-t-il, un Kenyan capturé l’an dernier. L’administration Bush estime qu’environ 70 d’entre eux sont libérables, mais n’est pas parvenue à leur trouver un pays d’accueil. Une centaine de détenus sont yéménites et seuls quelques-uns sont accusés d’activités criminelles. Les autres pourraient tous être renvoyés au Yémen, si tant est qu’il existe un programme de réhabilitation ou une prison sûre.
Comment fonctionnerait un programme de réhabilitation ? - Le modèle est le programme de dé-radicalisation et de réintégration (...) Il s’agit essentiellement de se servir de religieux musulmans pour convaincre les détenus de rejeter la violence et l’islam radical. Un tel programme pourrait être réalisé à Guantánamo. Il ferait partie intégrante du processus de fermeture (...) L’administration Bush avait une définition incroyablement large (de la notion d’ « ennemis combattants ») l’administration Obama aura une définition plus étroite de ce statut. L’administration Obama établirait un mécanisme permettant de déterminer, aux termes de l’article 5 des Conventions de Genève, si ces personnes sont des «prisonniers de guerre» ou des «ennemis combattants illégaux».
Où seraient détenus ces derniers prisonniers de Guantánamo ?- En Afghanistan, où le gouvernement américain finance la construction d’une nouvelle prison. Cette prison serait placée sous l’autorité non pas des Etats-Unis, mais de l’Otan. Le choix de l’Afghanistan est logique, puisque c’est là que ces «ennemis combattants» ont été appréhendés. (c’est nous qui soulignons)
Où et comment seront détenus les suspects appréhendés à l’avenir ?- Le fait est qu’aujourd’hui, nous continuons de détenir des personnes liées au conflit en Afghanistan et au Pakistan. L’administration Obama va se trouver confrontée à cette question (...) Elle va devoir élaborer une définition précise de qui peut être légalement détenu.
Qui va prendre cette décision, les militaires sur le terrain ?- Non. Il faudra passer par un processus de détermination, aux termes de l’article 5 des Conventions de Genève, qui n’existe pas à l’heure actuelle.
Y aura-t-il une limite de temps à la détention d’un suspect ? - Les procédures seront certainement accélérées par rapport à ce qui se passe maintenant. Il ne faudra pas qu’il y ait, comme c’est le cas actuellement dans la prison de Bagram (Afghanistan), des gens détenus pendant des mois sans audience.
Quelle sera la décision la plus dure à prendre durant le processus de fermeture de Guantánamo ? C’est la question de savoir ce qu’on va faire des prisonniers qui ne peuvent pas être inculpés, qui n’entrent pas dans la définition d’«ennemis combattants», mais qu’on pense être dangereux. Certains ont suggéré de les emprisonner aux Etats-Unis, mais je ne pense pas que l’administration Obama adoptera cette solution, qui est à l’opposé de ses convictions. Il va donc falloir se résoudre à les relâcher, tout en sachant qu’il y a un risque. L’administration Bush dit qu’il y en a des dizaines, voire une centaine qui ont ce profil. En réalité, il y en aurait 10 ou 15.
Source : http://www.liberation.fr:80/monde/0101268839-le-plan-d-obama-pour-fermer-guant-namo
Arcadio, La Prensa, Panamá
En finir avec Gitmo, plus facile à dire qu’à faire
Bush lui-même et la plupart de ses ministres s’étaient déclarés favorables à une fermeture du centre de détention. Ces bonnes intentions sont restées au stade du vocabulaire. Un vœu pieux. Or Guantánamo était devenu synonyme de tous les maux dont sont porteurs les USA, avec ces temps derniers quelques améliorations matérielles dans la vie des détenus, c’est le moins que pouvait faire la Joint Task Force. Le tristement célèbre camp X-Ray, où des hommes enchaînés, les yeux bandés, étaient détenus dans des cages en grillage métallique sous le seul abri d'un toit plat, est à l'abandon, comme l’a écrit The Economist de Londres en novembre 2007, précisant alors que quelque 80 détenus pourraient être jugés pour crimes de guerre.
Le premier détenu condamné fut un Australien, David Hicks, qui écopa en mars 2006 de sept ans de prison pour terrorisme (il a plaidé coupable et purge aujourd'hui la fin de sa peine en Australie). Fin 2007, soit plus de six ans après la mise en place des commissions militaires, un seul autre détenu, le Canadien Omar Khadr, fut officiellement inculpé, début novembre. Le vrai tournant dans l’affaire de Guantánamo a été la décision de la Cour suprême d’accepter la requête en habeas corpus d'un prisonnier [procédure permettant à un détenu de contester la légalité de sa détention].
Une bataille au long cours
« Si les prisonniers sont autorisés à contester leur détention pour une durée indéterminée devant des tribunaux civils américains, alors le centre de détention de Guantánamo perdrait sa raison d'être, écrivait The Economist dans l’article déjà cité. C'est précisément parce que l'on pensait que cette parcelle de territoire cubain louée aux autorités de La Havane était hors d'atteinte du droit américain et international qu'elle avait été choisie pour abriter « les ennemis combattants ».
Si techniquement, l'affaire n'est pas simple, « quel que soit le prix de la surveillance à l'extérieur (des anciens de Guantánamo , plus radicalisés que jamais, jusqu’à être des kamikazes de demain), une démocratie digne de ce nom doit cesser de détenir des prisonniers sur une base juridique contraire au droit », a commenté pour le quotidien français Le Monde, Caroline Fourest (21 novembre 2008). Elle précise que des universitaires usaméricains ont proposé « une commission vérité. Le minimum serait que les responsables politiques d'une telle aberration, juridique et morale, rendent des comptes »
Pour Caroline Fourest, « le vocabulaire employé après le 11-Septembre est à l'image de la stratégie choisie. L'administration Bush s'est crue au Far West face à des Indiens (...) En choisissant d'envahir l'Irak au mépris des conventions internationales, en ouvrant Guantánamo et en pratiquant la torture, elle est passée du statut de victime à celui du bourreau. Elle a cogné à bras raccourcis sur le symptôme (le terrorisme) sans pouvoir le faire disparaître, tout en nourrissant la propagande de sa matrice (l'idéologie intégriste) »
« C'est ce cercle infernal que l'élection de Barack Obama et son softpower donnent l'espoir de pouvoir inverser ». « L'état de grâce d'Obama ne durera pas éternellement. Après huit ans de passion (...) il est urgent de passer au sang froid et à l'efficacité »
Dans Newsweek de la seconde quinzaine de novembre 2008, Dan Ephron insiste pour dire qu’il « va falloir du temps et de l'imagination pour assainir ce bourbier carcéral créé par Bush et qui, en sept ans, a pris de l'ampleur ».
Pour Ephron -- dans son article, antérieur aux déclarations de Ken Gude-- quatre raisons majeures « laissent penser que le centre de détention sera probablement encore en activité dans un an », avançant des arguments que l’on retrouve dans l’analyse de Gude.
LE « FACTEUR YÉMÉNITE ». En effet, comme on l’a vu plus haut, la fermeture de Guantánamo implique le rapatriement de la majorité des quelque 255 prisonniers toujours détenus. « Avant de les renvoyer chez eux, il faudra négocier avec leur pays d'origine »Comme les Yéménites forment le groupe de prisonniers le plus important, « il faudra discuter avec Sanaa », souligne Ephron qui ajoute : « Or le Yémen a été l'interlocuteur le plus inflexible dans ce dossier », contrairement à l'Arabie Saoudite qui a gardé en prison certains « anciens » de Gitmo, restreint les déplacements d'autres et obligé ceux qu'elle pensait pouvoir réintégrer à suivre un programme de "déradicalisation ».
« Le Yemen ne veut pas donner l'impression d'accéder à quelque demande que ce soit des USA", explique un ancien haut fonctionnaire cité par Ephron pour qui si le gouvernement de Barck Obama « consent à libérer certains prisonniers sans rien exiger de leur pays d'origine, cela se fera au détriment de la sécurité des USA».
LE « SYNDROME NIMBY » (Not in my backyard) [littéralement "pas dans mon jardin"]. Les USA, selon Newsweek, vont garder sous les verrous quelques dizaines de suspects qu'ils veulent juger ou qu'ils considèrent comme trop dangereux pour être libérés. La question est de savoir où. Selon un ancien membre du Pentagone une étude secrète réalisée en 2006 indique quelques possibilités sur le sol usaméricain, dont la prison militaire de Fort Leavenworth, au Kansas, et celle de Charleston, en Caroline du Sud. Mais les représentants de ces États ou d'autres régions dotées de centres de détention militaires ont déjà averti qu'ils s'opposeraient à tout projet en ce sens. « On a là un problème », explique Charles Stimson, qui était jusqu'à l'année dernière sous-secrétaire à la Défense chargé des détenus.
« MIRANDA » [règle de notification des droits aux détenus] est la troisième raison majeure avancée par Ephron : une fois transférés, les prisonniers déjà inculpés puis jugés soit par un tribunal pénal fédéral, soit par un tribunal militaire, pourraient faire valoir leurs droits de détenus, jusqu’à « compromettre la possibilité d’une condamnation », selon Morris Davis, ancien procureur général à Gitmo. « Rien, dit le journaliste usaméricain, ne garantit que les procès seraient gagnés, même contre des membres importants d’Al Qaida, comme le cerveau présumé des attentats du 11 septembre, Khaled Cheikh Mohammed ».
Dan Ephron cite certains experts, comme Neal Katyal, professeur de droit à l'université de Georgetown, qui ont proposé de créer de nouvelles « cours de sécurité nationale » où les inculpés auraient davantage de droits que dans les commissions militaires, mais sans bénéficier de toutes les protections accordées habituellement. « L'idée a suscité une controverse dans le monde judiciaire, mais ce pourrait être la seule solution viable pour remplacer les commissions militaires de Guantánamo, complètement discréditées ».
Dernier argument : « BAGRAM », sur le sort qui sera réservé aux nouveaux prisonniers dans le futur. « Des travaux d'agrandissement sont actuellement en cours dans le centre de détention situé sur la base aérienne de Bagram, en Afghanistan. Mais Bagram a la même réputation de sévices, de secret et de détention sans procès que Guantánamo ».
On sait que les organisations de défense des droits de l'homme considèrent le centre de détention de Bagram comme un second Guantánamo .
« Pour véritablement changer les choses, souligne Ephron, le nouveau gouvernement va devoir instaurer de nouvelles règles qui garantissent aux terroristes présumés un procès rapide et juste ». Les USA ont besoin d’un cadre « solide » pour traiter leur cas. Mais, conclut Ephron pour Newsweek, «ce ne sont pas les idées qui manquent. Mais en choisir une et bâtir une nouvelle structure autour d'elle demandera de l'autorité et du temps ».
La fermeture de Guantánamo devrait être concomitante du retrait des troupes US d’Irak, mais aussi de l’augmentation de celles engagées en Afghanistan, autre priorité annoncée par le président élu, s’appuyant sur deux hommes qui ont fait leurs preuves sous Bush, le général Petraeus, patron du CentCom US et Robert Gates, maintenu au Pentagone. A son actif sur les théâtres militaires, le réseau de « forces spéciales » et la contre-insurrection. Tout cela dans un nouveau contexte, de multilatéralisme et d’appui réel européen. Ce sont les souhaits, entre autres, du président élu.

Marino Degano
Bonus-malus :
Tradition de fin de mandat, le président sortant George W. Bush a gracié une quinzaine de condamnés anonymes, usant de son pouvoir discrétionnaire. Pas mal, non ? Très bien pour les susdits condamnés qui bénéficient d’une grâce bien frappée au coin Bush, puisque on ne trouve parmi eux que de petits poissons, tombés pour fraude fiscale, détournement de fonds, usage de pesticides contre une espèce protégée ou trafic de drogue. Bien connu pour avoir été prodigue de mesures y compris illégales pour mettre au pas la justice de son pays y compris la violer, Bush restera aussi comme le président US le plus avare de grâces et commutations de peines. Avec, jusqu’ici, un score de 171 purges de casiers judiciaires sur plus de 2000 demandes et 10 peines commuées sur 7000 requêtes (source : Le Figaro). Moitié moins que Clinton, moitié moins que ...Reagan.
Bush dans le même temps a été vraiment « sympa » avec quelques-uns de ses amis qui ont eu des démêlés avec la justice, comme Lewis «Scooter » Libby, ancien chef de cabinet du vice-président Cheney, condamné en 2007 pour « parjure et obstruction à la justice ». Deux affaires sont à suivre : celle d’un ancien représentant républicain de Californie, Randy Cunningham et celle de l’ex-gouverneur de Louisiane Edwin Edwards. « Mais la question qui plane sur les intentions de Bush, selon le correspondant à Washington du Figaro, Philippe Gélie, dépasse les cas individuels, mais concerne l'hypothèse d'une immunité générale qu'il pourrait accorder, sous forme de grâce préventive, à tous les acteurs de la lutte antiterroriste. En 2002, John Yoo, conseiller au département de la Justice, avait rédigé un mémo autorisant le supplice de l'eau (waterboarding), qui provoque une sensation de noyade et d'autres techniques violentes contre les suspects de terrorisme. La CIA a reconnu avoir fait usage de ces méthodes contre au moins trois détenus de Guantánamo. Certains élus démocrates souhaitent ouvrir des enquêtes après l'accession d'Obama au pouvoir ».
Présentation de l’éditeur : Depuis le 11 septembre 2001, la torture est devenue, aux Etats-Unis, une pratique d’Etat politiquement et juridiquement justifiée par la « guerre globale contre la terreur ». Mais on sait moins, en Europe, qu’elle y a également fait l’objet d’une légitimation morale : pour d’éminents penseurs américains, la torture serait un mal nécessaire, voire un bien, dans certaines situations de menace extrême. Comment comprendre cette dramatique régression de la « première démocratie » ? La réponse à cette question est moins évidente qu’il n’y paraît. D’où l’importance de cet essai, dans lequel Michel Terestchenko l’affronte dans toutes ses dimensions. Historique d’abord, car les techniques d’« interrogatoire coercitif » sont le fruit de recherches scientifiques entreprises par l’US Army dès les années 1950. Juridique ensuite, avec les justifications légalisées par le Congrès américain, qui a permis la création d’un véritable archipel mondial de la torture. Philosophique et morale, enfin et surtout, avec une réfutation serrée de l’« idéologie libérale de la torture ». L’auteur explique notamment pourquoi son argument central, l’hypothèse de la « bombe à retardement » justifiant la torture de l’individu qui l’a posée, n’est en réalité qu’une fable perverse, popularisée notamment par la série télévisée « 24 heures ». Ainsi légitimée, démontre l’auteur, la torture devient le venin de la démocratie : en acceptant de briser les corps des hommes et des femmes « ennemis », elle mine inévitablement les principes mêmes de l’Etat de droit, corrompant la société tout entière. Michel Terestchenko est Maître de conférences de philosophie à l’Université de Reims. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages de philosophie morale et politique, dont Un si fragile vernis d’humanité. Banalité du mal, banalité du bien (La Découverte/Poches, 2007), salué comme l’un des essais les plus importants de l’année 2005. Il est également l’auteur du blog michel-terestchenko.blogspot.com |
mardi 18 novembre 2008
Obama face au casse-tête juridique de la fermeture de Guantánamo
"Pendant trop longtemps, les pratiques interrogatoires abusives à Guantanamo ont entaché la réputation de notre pays, qui se veut la patrie des droits de l'homme, écrit le San Francisco Chronicle. De même, l'absence de procédures judiciaires a entaché (...) le principe d'une protection égale pour tous." L'objectif de l'incarcération à Guantanamo, selon le Time, n'a jamais été de mener des procès mais de collecter des renseignements. Toutefois, si la fermeture de ce centre est urgente pour restaurer la crédibilité des Etats-Unis, elle pose un problème logistique inédit : qui libérer, qui maintenir en détention et où placer les prisonniers ?
NÉGOCIATIONS DIPLOMATIQUES
Interrogé par Foreign Policy, Matthew Waxman, ex-secrétaire adjoint à la défense chargé des questions relatives aux détenus – qui a quitté ses fonctions en 2005 après avoir échoué à faire appliquer les conventions de Genève aux incarcérés de Guantanamo –, s'attend à une longue procédure. Au premier rang des obstacles, "les difficiles tractations diplomatiques pour transférer certains détenus vers leur pays d'origine", explique le juriste. Ces dernières années, des accords avec l'Arabie saoudite et l'Afghanistan ont permis d'y renvoyer de nombreux prisonniers, note le Houston Chronicle. Ils ont alors été soit incarcérés, soit libérés. Mais le Yémen, dont est originaire une centaine de détenus, est réticent à passer de tels accords et n'accepte pas les conditions posées par Washington.
Par ailleurs, une soixantaine de prisonniers seraient passibles d'être jugés aux Etats-Unis, selon la CIA, mais sur quelle base juridique ? Matthew Waxman envisage trois options : un procès devant les tribunaux américains – cours fédérales ou cours martiales ; leur détention en tant que "combattants ennemis" ; ou bien une détention préventive, pour laquelle la Maison Blanche devrait chercher une nouvelle légitimité juridique.
JEU D'ÉQUILIBRISTE
Autre problème de taille : de nombreux aveux ont été obtenus "sous contrainte", rendant nuls les actes d'accusation pouvant servir de base à d'éventuels procès. Or, les Américains ne sont pas tous prêts à voir des terroristes présumés libérés pour vice de procédure. Ainsi, le chef du service étranger de Sky News, Tim Marshall, souligne sur son blog que la fermeture de Guantanamo pourrait conduire à remettre en liberté Khaled Sheikh Mohammed, cerveau présumé des attentats du 11-Septembre. "Allons-nous réellement libérer ces hommes alors que nous savons [en gras dans le texte] qu'ils sont coupables de crimes ?" Toute la difficulté pour Barack Obama, selon le Christian Science Monitor, sera de rassurer les Américains en trouvant un équilibre entre respect des libertés civiles et garanties sur la sécurité nationale du pays. D'autant plus, souligne le Time, que "des terroristes présumés vont continuer à tomber dans les mains de la CIA, du FBI et de l'armée américaine" et qu'il faudra aussi convenir de leur sort. C'est pourquoi, pour le Middle-East Times, la fermeture du centre de Guantanamo Bay n'est qu'un "premier pas" vers la mise en œuvre d'une nouvelle stratégie de lutte contre le terrorisme, qui mette définitivement fin aux atteintes aux droits de l'homme commises sous Bush Jr. Guantanamo n'est, en effet, pas le seul centre de détention américain sur le sol étranger, rappelle Al-Jazira, soulignant que Barack Obama devra aussi se pencher sur le sort des détenus en Irak, en Ethiopie ou encore à Diego Garcia (territoire britannique de l'océan Indien).
Mathilde Gérard, Le Monde, 18/11/2008
jeudi 2 octobre 2008
L'Europe doit protéger les détenus blanchis
Les deux candidats à la Maison-Blanche, John McCain et Barack Obama, se sont en effet engagés à fermer ce centre de détention.La Commission des questions juridiques et des droits de l'homme s'inquiète du sort d'une cinquantaine de personnes suspectées de terrorisme détenues sur la base américaine de Guantanamo, à Cuba, «qui ont été lavées de tout soupçon d'activité terroriste, mais ne peuvent retourner dans leur pays d'origine où elles risquent la persécution».
«L'empressement des pays européens à leur proposer une assistance humanitaire serait un signe fort apprécié de coopération en direction du futur président des Etats-Unis», indique cette commission de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.
Elle exhorte les gouvernements européens, qui ont demandé aux Etats-Unis de fermer Guantanamo, «à traduire leurs paroles dans les faits et à offrir une protection humanitaire aux détenus qui ne peuvent retourner dans leur pays d'origine».
«Les deux candidats à la Maison Blanche ont exprimé leur intention de fermer le centre de Guantanamo et ils auront certainement besoin de la coopération des partenaires européens pour cela», conclut la déclaration.
John McCain et Barack Obama se sont tous deux engagés à fermer Guantanamo, mais ils divergent sur la question de savoir qui doit être jugé et devant quels types de tribunaux.
M. McCain est favorable au maintien des tribunaux militaires d'exception, malgré les critiques de juristes qui estiment qu'ils ne préservent pas les droits de la défense.
M. Obama voudrait traduire les accusés devant des juges civils, ou des tribunaux militaires ordinaires.


