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jeudi 16 février 2017

Ils étaient de l'autre côté du grillage à Guantanamo

Le colonel Wilkerson, ex-bras droit de Colin Powel, Janis Karpinski, ancienne générale de brigade de la Military Police à la prison d’Abou Ghraib et Mark Fallon, ancien enquêteur dans la section américaine antiterroriste, étaient à Paris, nous avons pu dialoguer.
Encore aujourd’hui en 2017 beaucoup de gens pensent que «les mauvais traitements» subis par les prisonniers à Guantánamo ont été le fruit «d’accidents», de dérives d’individus isolés ou de manquements aux ordres de certains soldats. La réalité est bien différente : ce qui s’est passé dans le camp situé dans le sud-est de l’île de Cuba, puis à Abou Ghraib, en Irak, était un véritable système. Un système destiné à pousser les détenus à leurs limites mentales et physiques, avec l’aide de psychologues et de médecins. La seule consigne donnée au personnel chargé de mener les interrogatoires était : «No blood no fool.» Tant qu’il n’y a pas de sang…
Andreas Schuller, avocat en droit international, inscrit au barreau de Berlin, travaille au sein de l'European Center for constitutional and human rights (ECCHR), un centre dans lequel se retrouvent des juristes spécialistes pour la plupart en droit pénal international et très sensibilisés à la question du respect des droits de l’homme. Il y a deux ans, il m’a invité dans leurs locaux en Allemagne. Ce jour-là, il m’a présenté le fondateur de l’ECCHR, Wolfgang Kaleck, qui m’a expliqué comment depuis plusieurs années ils nous soutenaient, mes avocats, William Bourdon et Apolline Cagnat, et moi, dans notre combat judiciaire pour faire la lumière sur le traitement qui nous avait été réservé à Guantánamo. Depuis 2004, l’ECCHR a par exemple engagé des procédures pénales contre des militaires américains, notamment contre l’ancien secrétaire à la Défense américain Donald Rumsfeld.

Photo prise le 18 janvier 2002, au camp X-Ray de la prison de Guantànamo de détenus accusés d’être membre d’Al-Qaida. Photo : Shane T. McCOY / US NAVY / AFP
Il y a quelques jours, j’ai reçu ce mail d’Andreas qui m’a ravi : «Salut Mourad, j’espère tu vas bien. Nous aimerions t’inviter à Paris le jeudi 26 janvier 2017. Avec William et Apolline, l’ECCHR organise une conférence publique sur la torture à Guantánamo, mais aussi les développements aux Etats-Unis après les élections. On a invité d’autres experts des Etats-Unis pour témoigner contre la torture.»
«Des experts des Etats-Unis», me disait-il. En fait, il s’agissait de hauts responsables américains. L’occasion pour moi, pour la première fois de ma vie, de me confronter aux responsables de ce piège dans lequel je suis tombé (lire portrait dans Libération), de comprendre leur point de vue, de saisir ce qui les a menés à mettre en place cette justice d’exception, cette machine infernale des «techniques d’interrogatoires musclées», cet arbitraire qui consistait à nous décrire comme les ennemis de l’Amérique «les pires des pires» ou «les terroristes qui occupaient hier l’Afghanistan, [et] croupissent aujourd’hui à Guantánamo», disaient dès janvier 2002 l’ancien président des Etats-Unis George Bush. Je suis impatient de les entendre et curieux de savoir ce qu’ils pensent aujourd’hui. Bref l’occasion de comprendre cette grande histoire dans laquelle la nôtre, beaucoup plus petite, s’est noyée.
C’est donc à Paris, le 26 janvier dans la soirée, dans la grande salle de l’Eléphant Paname, dans le IIe arrondissement, que nous nous sommes retrouvés. La conférence sur «l’expérience américaine, l’outrepassement de la loi dans la lutte antiterroriste» organisée par la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), la Ligue des droits de l’homme (LDH), le ECCHR et le CCR (Center of Constitutionnal Rights) allait permettre de nous confronter à quatre «officiels» venus des Etats-Unis et appartenant au monde politique et militaire. Il y avait du beau monde. Costards-cravates et tenues chics, côte à côte, ils nous font face. Je m’assois au premier rang pour les écouter. Je ne veux pas en perdre une miette, rassuré de voir que leurs propos seront traduits en simultané. Le casque sur les oreilles, je me plonge dans les coulisses du tournage de ce film dont j’étais l’un des personnages et dont les scénaristes, assis en face de moi aujourd’hui, étaient les seuls maîtres de mon destin.
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mercredi 14 avril 2010

George W. Bush "savait que les prisonniers de Guantánamo étaient innocents "

par Tim REID, The Times, 9/4/2010. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Donald Rumsfeld speaks at a visit to Guantánamo
Donald Rumsfeld au temps de sa gloire. Photo Kevin Lamarque/REUTERS
George W. Bush, Dick Cheney et Donald Rumsfeld ont couvert l’envoi de centaines d'hommes innocents au camp de prisonniers de Guantánamo Bay, car ils craignaient que leur remise en liberté affaiblirait leur pousser à la guerre en Irak et la guerre plus large contre le terrorisme, selon un nouveau document obtenu par The Times.

Ces  accusations ont été faites par Lawrence Wilkerson, un proche collaborateur de Colin Powell, ancien secrétaire d'État républicain, dans une déclaration signée à l'appui d'une plainte déposée par un détenu de Guantánamo. C'est la première fois que ces allégations ont été faites par un membre éminent de l'administration Bush.
Le colonel Wilkerson, qui a été chef de cabinet du général Powell quand celui-ci dirigeait le Département d'État, fait porter sa critique principalement sur M. Cheney et M. Rumsfeld. Il a affirmé que les anciens vice-Président et secrétaire à la Défense savaient que la majorité des 742 premiers détenus envoyés à Guantánamo en 2002 étaient innocents, mais a estimaient qu'il était "politiquement impossible de les libérer".
On croit savoir que le Général Powell, qui a quitté l'administration Bush en 2005, en colère contre la désinformation qu'il avait fourni au monde sans le vouloir, quand il a plaidé pour l'invasion de l'Irak à l'ONU, a soutenu la déclaration du colonel Wilkerson.


Le colonel Wilkerson, un critique de longue date de l'approche de l'administration Bush pour lutter contre le terrorisme et la guerre en Irak, a affirmé que la majorité des détenus - des enfants de 12 ans et jusqu’à des hommes de 93 ans, dit-il - n'avait jamais vu un soldat US quand ils ont été capturés. Il a dit que beaucoup ont été livrés par des Afghans et  des Pakistanais pour des récompenses allant jusqu’à 5000 $. Peu ou pas de preuves n'ont été produites pour expliquer pourquoi ils avaient été capturés.
Il a également affirmé que l'une des raisons pour lesquelles M. Cheney et M. Rumsfeld n'ont pas voulu faire libérer es détenus innocents était que "l’opération de mise en détention serait apparue comme qu’elle était : une opération incroyablement confuse ". Cela n'était «pas acceptable pour l'administration et aurait été fortement préjudiciable à la direction au département de la Défense [Donald Rumsfeld, ministre] de la Défense".
Se référant à M. Cheney, le colonel Wilkerson, qui a servi 31 ans dans l'armée US, a affirmé: "Il n'avait absolument rien à faire de ce que la grande majorité des détenus de Guantánamo étaient innocents ... S’il fallait que des centaines de personnes innocentes souffrent pour pouvoir arrêter une poignée de terroristes endurcis, qu'il en fût ainsi. "
Il a allégué que, pour M. Cheney et M. Rumsfeld " laisser croupir des innocents à Guantanamo pendant des années se justifiait par plus de la guerre tous azimuts contre le terrorisme et le petit nombre de terroristes responsables des attentats du 11 Septembre ".
Il a ajouté: "J'ai discuté de la question des détenus de Guantánamo avec le secrétaire Powell. J'ai appris qu'il était d'avis que ce n'est pas seulement le vice-Président Cheney et le secrétaire Rumsfeld, mais aussi le président Bush, qui avait participé à toutes els prises de décision concernant Guantánamo. "
M. Cheney et Rumsfeld, selon le colonel Wilkerson, considéraient l'incarcération d’hommes innocents acceptable si cela permettait la capture de certains militants authentiques, fournissant ainsi  une meilleure image de renseignement de l'Irak à un moment où l'administration Bush était désespérée de trouver un lien entre Saddam Hussein et le 11/ 9, « justifiant ainsi les plans de l'administration de faire la guerre à  ce pays. »
Il a signé sa déclaration en soutien à Adel Hassan Hamad, un Soudanais qui a été détenu à Guantánamo Carlos LatuffBay de mars 2003 à décembre 2007. M. Hamad affirme qu'il a été torturé par des agents US durant sa détention et a engagé hier une action au civil de demande de réparation contre une liste des responsables US.
Des défenseurs de Guantánamo ont déclaré que des détenus ont commencé à être libérés dès septembre 2002, neuf mois après que les premiers prisonniers avaient été envoyés dans la prison de la base navale US à Cuba. Au moment où M. Bush a quitté ses fonctions, plus de 530 détenus avaient été libérés.
Un porte-parole de M. Bush a déclaré à propos des allégations du colonel Wilkerson: "Nous n'allons pas faire de commentaire à ce sujet." Un ancien associé de M. Rumsfeld a déclaré que les affirmations de M. Wilkerson étaient complètement fausses.
L'associé a déclaré que l'ancien secrétaire à la Défense avait travaillé plus dur que quiconque pour obtenir des libérations de détenus, et avait travaillé assidument pour  maintenir la population carcérale aussi basse que possible. le bureau de M. Cheney n'a pas répondu.
Il reste actuellement environ 180 détenus dans l'établissement.


  
Adil Hassan Hamad, avant et après Guantánamo


Source : Times Online George W. Bush 'knew Guantánamo prisoners were innocent'

Article original publié le 9/4/2010

Sur l’auteur

Fausto Giudice est membre de Tlaxcala, le réseau international  de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=10312&lg=fr


 

jeudi 22 mai 2008

Robert Gates : "Nous smmes coincés"

Les États-Unis sont «coincés» avec le centre de détention controversé de Guantánamo, à Cuba, a reconnu hier le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates. L'ancien patron de la CIA voudrait bien fermer le site, mais il avoue ne pas savoir comment le faire.
Interrogé en commission parlementaire sur ses intentions de fermer la prison ouverte après les attentats du 11 septembre 2001 pour regrouper des détenus internationaux soupçonnés de menacer la sécurité des États-Unis, M. Gates a lancé que «la réponse la plus franche et la plus brutale est que nous sommes coincés, et coincés de plusieurs manières».
M. Gates a expliqué que l'incertitude entourant le sort des terroristes présumés qui seraient libérés en cas de fermeture rendait le processus fort complexe. Quelque 800 terroristes présumés sont passés par le camp de Guantánamo et 270 y sont toujours incarcérés. Le Pentagone affirme que 36 anciens détenus sont «suspectés d'avoir repris leurs activités terroristes».
«Nous avons environ 70 détenus que nous sommes prêts à renvoyer chez eux», a laissé entendre Robert Gates. Mais il y a un problème, a-t-il ajouté. «Nous craignons que le gouvernement de leur pays ne les accepte pas ou ne les laisse filer», a dit M. Gates, en rappelant qu'un ancien détenu koweïtien de Guantánamo avait récemment commis un attentat suicide dans la ville irakienne de Mossoul.
«Le deuxième problème, c'est que nous avons du mal à savoir ce que nous devons faire de ces 70 ou 80 [détenus] qu'on ne peut pas libérer mais qui ne seront pas jugés et qui ne seront pas renvoyés chez eux», a-t-il poursuivi. «Je ne connais personne qui souhaite que ces terroristes soient placés dans une prison de son État», a-t-il dit. «Ces problèmes nous entraînent à ne rien faire pour résoudre le problème», bien que Washington ait répété à plusieurs reprises son intention de fermer cette prison, a aussi lancé M. Gates. Ce dernier avait indiqué qu'il voulait fermer le site lorsqu'il a pris la relève de Donald Rumsfeld au Pentagone à la fin de 2006.
Source : Le Devoir, 21 mai 2008

lundi 19 mai 2008

Sourde bataille politique et judiciaire autour des premiers procès de Guantanamo

par Corine Lesnes, Le Monde, 17 mai 2008


Le nom officiel de l'endroit est Complexe judiciaire expéditionnaire, mais les militaires l'appellent "Camp Justice". C'est là que l'administration américaine espère commencer – avant l'élection présidentielle de novembre – les procès des suspects qu'elle détient à Guantanamo depuis six ans, afin de "montrer qu'elle ne s'est pas trompée", comme le dit un responsable européen qui s'est rendu récemment sur la base américaine de l'île de Cuba.
Sous Donald Rumsfeld, le Pentagone avait prévu la construction d'une cité judiciaire digne des ambitions du ministre. L'actuel secrétaire à la défense, Robert Gates, a considérablement réduit le projet. Il a fait remplacer les bâtiments en dur par des préfabriqués et des tentes, signe qu'il n'est pas tout à fait convaincu lui-même de l'entreprise, mais, a-t-il expliqué devant le Congrès, "je n'ai pas réussi à parvenir à un accord au sein de l'exécutif sur la manière de procéder" pour fermer la prison.
En quelques mois, des unités de la Garde nationale ont construit le siège de la justice militaire. Situé sur l'ancien aéroport de la base navale, entouré de barbelés, le camp est prévu pour héberger 500 personnes en quasi-autarcie pendant la durée des procès : magistrats, avocats, greffiers, journalistes et gardes de sécurité. La salle d'audience est un bâtiment sans fenêtres, de haute sécurité. Une vitre de Plexiglass sépare l'audience des spectateurs. Le juge pourra couper le son dans la galerie lorsque seront examinés des documents classés.
Si tout est prêt, du côté des installations, pour le premier procès, le 2 juin, qui devrait être celui de Salim Ahmed Hamdan, l'ancien chauffeur d'Oussama Ben Laden, il n'en va pas de même des procédures légales. Un an et demi après la loi d'octobre 2006 créant les "commissions militaires", la défense et l'accusation continuent d'argumenter sur la marche à suivre, alors que les ONG et les avocats civils contestent le principe même de cette juridiction d'exception qui admet les éléments à charge obtenus sous la contrainte pour autant que les interrogatoires aient eu lieu avant décembre 2006.
Une épreuve de force s'est engagée autour du calendrier. Le général Thomas Hartmann, du bureau des commissions militaires, a préparé une liste de 14 noms : 8 détenus, dont Salim Hamdan et le Canadien Omar Khadr, sont accusés de soutien matériel à des faits de terrorisme ; 6 autres le sont spécifiquement pour les attentats du 11 septembre 2001, dont Khaled Cheikh Mohammed. Le Pentagone a confirmé ses accusations contre ce dernier, mardi 13 mai, mais il a en revanche retiré sans explication ses accusations contre un autre membre présumé du complot, Mohammed Al-Qahtani, qui aurait dû être le 20e kamikaze.
Si aucune date n'a été fixée pour le "procès du 11-Septembre", les militaires ont déjà prévu que quelques proches de victimes pourraient assister aux audiences à Guantanamo même, et que les autres familles auraient accès à des retransmissions privées dans des bases militaires aux Etats-Unis.
Les défenseurs des droits de l'homme accusent le bureau des commissions militaires de chercher à presser le mouvement pour des raisons politiques : soit pour créer un contexte favorable au candidat républicain John McCain, en ramenant le terrorisme au coeur de la campagne électorale à l'automne, soit pour obtenir la condamnation des détenus avant qu'une nouvelle administration se mette en place, sachant que tous les candidats sont favorables à la fermeture de la prison. Décidés à ralentir le mouvement, les avocats multiplient les objections. Plus de 30 motions ont été déposées concernant le seul Salim Hamdan. La justice militaire est au centre de ce bras de fer. Les avocats de la défense, dirigés par le colonel Steven David, se plaignent qu'ils n'ont pas assez de moyens pour préparer sérieusement les procès.
Au sein même du bureau des commissions militaires, chargé de préparer les dossiers, la bagarre a pris la forme d'une mutinerie depuis que le procureur en chef, le colonel d'aviation Morris Davis, a démissionné en octobre 2007 en se plaignant de pressions pour accélérer les poursuites contre les suspects des attentats de 2001. Le 28 avril, le colonel est venu à Guantanamo même, à la demande des avocats de Salim Hamdan, pour témoigner contre certains de ses anciens supérieurs. Il s'est assis à 10 m du siège qu'il occupait quand il était procureur – il n'est pas opposé au principe des commissions militaires – et il a expliqué qu'il n'avait pas voulu considérer les preuves recueillies après des interrogatoires comportant des séances de "waterboarding" (simulation de noyade), quand bien même le général Hartmann avait souligné "la valeur politique stratégique" d'un procès avant novembre 2008.
Dans une décision sans précédent, divulguée le 9 mai, le juge militaire, le capitaine Keith Allred, a prescrit que le général Hartmann soit déchargé de toute responsabilité concernant les commissions militaires, à cause de l'influence qu'il a tenté d'exercer sur les procureurs. Cette décision risque de retarder encore les procédures. Pour l'avocate Jennifer Daskal, qui a suivi les audiences, fin avril, à Guantanamo, il est "très improbable" que les procès puissent se tenir selon le calendrier souhaité par l'administration : "Chaque petit détail finit par être l'objet de contestations parce qu'il n'y a pas de précédent", conclut-elle.

vendredi 26 octobre 2007

Une plainte pour torture déposée en France contre Rumsfeld

Lors de son séjour à Paris, une plainte pour torture et mauvais traitements à Guantanamo et Abou Ghraïb a été déposée contre l'ancien Secrétaire d'Etat américain à la Défense


Paris, le 26 octobre 2007 – La Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH), le Center for Constitutional Rights (CCR), l'European Center for Constitutional and Human Rights (ECCHR) et la Ligue française des droits de l'Homme (LDH) viennent de déposer une plainte auprès du Procureur du Tribunal de Grande Instance de Paris, contre l'ancien secrétaire d'Etat à la Défense, Donald Rumsfeld, pour avoir ordonné et autorisé la torture. Rumsfeld se trouve à Paris à l'occasion d'un débat organisé par la revue Foreign Policy.

“Le dépôt de cette plainte en France est une nouvelle indication que nous n’arrêterons que lorsque les autorités américaines impliquées dans le programme de torture seront traduites en justice. Donald Rumsfeld doit comprendre qu'il n'a nulle part où se cacher. Un tortionnaire est un ennemi de l'humanité”, a déclaré Michael Ratner, président du CCR.

“La France se trouve dans l'obligation d'enquêter et de poursuivre Rumsfeld pour sa responsabilité dans les crimes de torture commis à Guantanamo et en Irak. La France n'a d'autre choix que d'ouvrir une enquête lorsqu'une personne présumée avoir commis des crimes de torture se trouve sur son territoire. J'espère que la lutte contre l'impunité ne sera pas sacrifiée au nom de la raison d'Etat. Nous appelons la France à refuser de se transformer en paradis pour criminels”, a déclaré Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH.


“Nous luttons contre l’impunité et demandons l’ouverture d’une enquête et des poursuites pénales dans tous les pays compétents pour connaître des crimes de torture dénoncés” a déclaré le Secrétaire général de l'ECCHR Wolfgang Kaleck.

«L'impunité d'un gouvernant criminel est toujours intolérable. Parce que les Etats-Unis sont l'hyper-puissance de ce début de siècle et surtout parce qu'ils sont une démocratie, l'impunité de Donald Rumsfeld est plus insupportable encore que celle d'un Hissène Habré ou d'un Radovan Karadzic», a déclaré Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue française des droits de l'Homme. La présente plainte se fonde sur la défaillance des autorités judiciaires américaines et irakiennes pour connaître des crimes dénoncés à l’encontre de Donald Rumsfled et d’autres hauts responsables américains devant un tribunal indépendant et ce, malgré une documentation très détaillée et l’existence de mémorandums engageant directement leur responsabilité dans les crimes de torture. Les Etats-Unis ayant refusé de ratifier le Statut de la Cour pénale internationale, il ressort des obligations des Etats tels que la France de connaître de ces cas. La plainte se base sur la Convention contre la torture de 1984, ratifiée par les Etats-Unis et par la France et utilisée à de nombreuses reprises par le passé en France pour connaître de crimes de torture commis à l’étranger.
La France a par conséquent une compétence établie pour connaître de la responsabilité pénale individuelle pour crimes de torture s’ils sont présents sur le territoire.(1)

C’est la première fois qu’une plainte est déposée, alors que Rumsfeld est présent dans le pays ce qui renforce l’obligation de la France en vertu du droit international d’enquêter et de poursuivre.

La présence de Rumsfeld sur le territoire français donne compétence aux tribunaux français pour le poursuivre en ce qu’il a ordonné et autorisé la torture et autres traitements inhumains et dégradants sur des détenus de Guantanamo, d’Abu Ghraib et d’ailleurs. De plus, ayant démissionné de son poste de Secrétaire américain à la défense il y a de ça un an, Rumsfeld ne saurait faire valoir son immunité en tant qu’ancien Secrétaire d’Etat ou fonctionnaire du gouvernement. En outre le droit international ne reconnaît aucune immunité quelque soit le rang officiel dans les cas de crimes internationaux, y compris de crimes de torture.Janis Karpinski, ancien Brigadier Général de l'armée américaine en charge du Centre de détention d'Abu Ghraib ainsi que d'autres prisons sous autorité américaine en Irak, a soumis son témoignage écrit au Procureur de Paris en soutien à la mise en cause de la responsabilité de Rumsfeld dans les crimes perpétrés contre des détenus. Dessin de Marilyse, 28 octobre 2007

Contexte : Il s'agit de la cinquième plainte déposée contre Rumsfeld pour son implication dans des actes de torture dans le contexte du programme de torture élaboré après le 11 septembre 2001 par l'administration Bush. Deux plaintes pénales avaient été déposées en Allemagne en application du principe de compétence universelle, permettant à l'Allemagne de poursuivre les responsables de crimes internationaux graves, indépendamment du lieu de la commission des crimes et de la nationalité des responsables ou des victimes.
Une plainte avait été introduite en automne 2004 par le CCR, la FIDH et l'avocat berlinois Wolfgang Kaleck; cette affaire a été définitivement rejetée en février 2005, suite à des pressions officielles venant des Etats-Unis, en particulier du Pentagone. La deuxième plainte avait été déposée en automne 2006 par les mêmes groupes, ainsi que des dizaines d'organisations nationales et internationales des droits de l'Homme, des Prix Nobel et l'ancien Rapporteur spécial des Nations unies sur la torture. La plainte de 2006 était introduite au nom de 12 citoyens irakiens qui avaient été détenus et torturés à la prison d'Abu Ghraib en Irak et un citoyen d'Arabie saoudite toujours en détention à Guantanamo. Cette plainte a été rejetée en avril 2007, décision qui fera l'objet d'un appel la semaine prochaine.

Deux autres plaintes contre Rumsfeld ont été introduites en Argentine en 2005 et en Suède en 2007.
La plainte ainsi que les documents à l'appui sont disponibles sur le site internet de la FIDH
http://www.fidh.org/spip.php?article4829


Contacts presse :

FIDH: Karine Appy/Gaël Grilhot +33 1 43 55 25 18 / + 33 1 43 55 14 12 / + 33 1 43 55 90 19/ + 33 6 68 42 93 47

CCR : Jen Nessel, portable 917.442.0112, fixe 212.614.6449, jnessel@ccr-ny.org


(1) Voir articles 689, 689-1 et 689-2 du Code de procédure pénale:

- Article 689 Les auteurs ou complices d'infractions commises hors du territoire de la République peuvent être poursuivis et jugés par les juridictions françaises soit lorsque, conformément aux dispositions du livre Ier du code pénal ou d'un autre texte législatif, la loi française est applicable, soit lorsqu'une convention internationale donne compétence aux juridictions françaises pour connaître de l'infraction.

- Article 689-1 En application des conventions internationales visées aux articles suivants, peut être poursuivie et jugée par les juridictions françaises, si elle se trouve en France, toute personne qui s'est rendue coupable hors du territoire de la République de l'une des infractions énumérées par ces articles. Les dispositions du présent article sont applicables à la tentative de ces infractions, chaque fois que celle-ci est punissable.

- Article 689-2 Pour l'application de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, adoptée à New York le 10 décembre 1984, peut être poursuivie et jugée dans les conditions prévues à l'article 689-1 toute personne coupable de tortures au sens de l'article 1er de la convention.

lundi 20 août 2007

À Abou Ghraib, les mauvais traitements étaient « codifiés », estime une experte

Le procès du lieutenant-colonel Steven Jordan s'ouvre aujourd'hui à Fort Meade
Le procès du lieutenant-colonel Steven Jordan, le seul officier américain poursuivi après le scandale des sévices infligés à des prisonniers à la prison d’Abou Ghraib en Irak, doit s’ouvrir aujourd’hui devant une cour martiale à Fort Meade (Maryland, Est).
Plus de trois ans après la publication des photos montrant des prisonniers irakiens humiliés par leurs gardiens américains, seulement une poignée de soldats ont été jugés (et condamnés à des peines allant de quelques heures de travaux d’intérêt général à 10 ans de prison), et aucun des hauts responsables civils et militaires de la défense n’a été poursuivi. Mais parmi les gradés de haut rang, seule la commandante des prisons américaines en Irak à l’époque, l’ex-général Janis Karpinski, a été sanctionnée par une rétrogradation, sans passer devant la justice militaire.
Retournée à la vie civile, elle a expliqué dans un livre paru fin 2005 que les sévices « étaient le résultat d’ordres contradictoires et de règles confuses venant des commandants militaires en Irak jusqu’au sommet du pouvoir civil à Washington ».
Selon les différents rapports d’enquête de l’armée sur le scandale, le lieutenant-colonel Jordan, 51 ans, a participé à cette confusion. Officiellement responsable du centre des interrogatoires, il s’est consacré uniquement à l’amélioration des conditions de vie des soldats affectés à la prison. Cet officier de réserve spécialisé dans l’analyse du renseignement, et non dans sa collecte, n’a pas cherché à superviser les interrogatoires, livrant à eux-mêmes des soldats en sous-effectifs, mal formés, et soumis à une forte pression de la hiérarchie pour obtenir des résultats.
Devant la justice militaire, il est accusé d’avoir, au cours d’une nuit, forcé des prisonniers à se dénuder et de les avoir menacés avec des chiens d’attaque, un incident qui n’a pas été photographié, et d’avoir ensuite menti aux enquêteurs en affirmant qu’il n’avait pas été témoin de sévices ni vu de prisonniers nus.
Certains abus ont toutefois été photographiés. Les clichés qui ont été publiés, sur lesquels on voit, entre autres, des détenus nus, empilés sur le carrelage de la prison devant des gardiennes américaines, ont définitivement coupé l’élan de sympathie internationale envers les États-Unis suscité par les attentats du 11-Septembre.
Le ministre de la Défense d’alors, le controversé Donald Rumsfeld, a assuré avoir présenté sa démission à deux reprises au plus fort du scandale, tout en maintenant que les sévices n’étaient le fait que de « quelques pommes pourries » au sein d’une armée de centaines de milliers de soldats.
Toutefois, selon Tara McKelvey*, chercheuse à l’Université de New York interrogée par l’AFP, les excès d’Abou Ghraib étaient « codifiés », et non pas le fait de quelques soldats mal encadrés. D’où la nécessité, pour elle, de voir les conseillers juridiques du gouvernement Bush répondre de leurs actes.
Q : Qui est responsable de ce qui s’est passé à Abou Ghraib ?
« C’est la question à un million de dollars. Les gens accusent (le président George W.) Bush, ils accusent (le vice-président Dick) Cheney, ils accusent (l’ancien ministre de la Défense Donald) Rumsfeld. S’il y a quelqu’un qui a quelque chose à se reprocher, je pencherais pour John Yoo (un ancien conseiller juridique du ministère de la Justice). Il a reconnu être l’un des auteurs du document d’août 2002 qui a redéfini la torture et autorisé toutes sortes de techniques d’interrogatoire abusives. Les gens disent souvent qu’il y a eu de la torture et des excès dans toutes les guerres. C’est vrai, mais la différence c’est qu’aujourd’hui ces choses sont codifiées. »
Q : Que peut-on attendre du procès du colonel Steven Jordan ?
« Des réponses sur ce qui s’est passé à Abou Ghraib. Ces procès devant des cours martiales ont été très utiles parce qu’ils ont permis aux gens de poser des questions. C’est l’une des rares occasions où cela se passe au grand jour. Le colonel Jordan n’est pas poursuivi pour les faits qui ont été photographiés, mais il peut donner un aperçu de ce qui se passait là-bas. C’est vrai que l’on peut dire que le scandale existe parce qu’il y a eu des photos, mais ce que vous avez vu sur les photos ne représente qu’une fraction de ce qui s’est passé. Et certainement pas le pire. »
Q : Le scandale ne représente-t-il alors que la partie émergée de l’iceberg ?
« Je ne doute pas une seconde que les exactions étaient bien plus répandues que ce que l’armée a reconnu à l’époque où les photos sont apparues. En décembre 2003, il y avait environ 12 000 prisonniers en Irak, sans compter les milliers de détenus qui n’ont pas été enregistrés parce qu’ils sont restés moins de 15 jours dans des prisons provisoires. Un poste de police à Samarra, un gymnase scolaire ou un préfabriqué près de l’aéroport de Bagdad... Certains des pires sévices ont eu lieu dans ces prisons provisoires. Aujourd’hui, les sondages montrent qu’un nombre important de soldats disent que la torture est justifiée dans certains cas et qu’ils ne dénonceront pas les éventuels excès. Et je pense que la triste réalité est que ces excès continuent mais que la différence entre maintenant et avril-mai 2004, c’est que les gens ne prennent pas de photos. »
*Tara McKelvey est l’auteur de Monstering: Inside America's Policy of Secret Interrogations and Torture in the Terror War (Au cœur de la politique américaine d’interrogatoires secrets et de torture dans la guerre contre le terrorisme), sorti en juin aux États-Unis.
Source : http://www.lorient-lejour.com.lb/page.aspx?page=article&id=350038

Six Questions for Tara McKelvey on Detainee Abuse
Ken Silverstein, Washington Babylon, Harpers’S magazine, May 9, 2007

Tara McKelvey is the author of the new book Monstering: Inside America’s Policy of Secret Interrogations and Torture in the Terror War, which tells the story of the Abu Ghraib scandal and, more broadly, examines the pattern of detainee abuse in Iraq. McKelvey, a senior editor at The American Prospect and a research fellow at the NYU School of Law’s Center on Law and Security, lives in Washington, D.C. I recently asked her six questions about what she learned while researching her book.
1. The general story of the abuses at Abu Ghraib has by now been well covered. What has the media missed?
The media only focused on the photographs. They missed the fact that the abuse was systematic and that the worst things were not even shown in the pictures. That’s what my book is about: what happened beyond the frame of the Abu Ghraib photos. Thousands of detainees have gone through U.S.-run facilities in Iraq, but thousands more—anyone held for less than fourteen days—were never registered or tracked. Human-rights reports and interviews I conducted show that some of the worst abuses took place at short-term facilities—a police station in Samarra, a school gymnasium, a trailer, and places like that, where individuals were held for up to two weeks. It’s also important to remember that reports from the International Committee of the Red Cross, as well as numerous military documents, show that 70 to 90 percent of the detainees had no information that would have been useful to the troops.
2. Who is ultimately responsible for the abuses?
If there’s a smoking gun, it’s in the hands of John C. Yoo. He worked at the Justice Department’s Office of Legal Counsel, and he’s the guy behind the August 1, 2002, memo that said interrogators could do what they wanted as long as the intensity of pain inflicted was less than “that which accompany serious physical injury such as death or organ failure.” It created conditions that allowed for almost any sort of physical abuse. So guys like Yoo and Timothy Flanagan, who was deputy White House counsel under Alberto R. Gonzales, discussed techniques like stress positions and sleep deprivation that were approved for high-level Al Qaeda suspects—and those techniques were used on Iraqi civilians. I had a heartfelt conversation with Flanagan and told him what I had heard from Iraqis: that these techniques had been used on men, women and children in Iraq. He feels bad about it; I know he does. But the fact is that he and Yoo and some of these other people from the best law schools and universities in this country were the ones who came up with the legal definitions that allowed for the abuse to happen.
“When [Lynndie England] told me she’d quit her job over the conditions at the plant, I was surprised. She had stood up to what she thought was wrong.”
3. What was Donald Rumsfeld’s role?
Rumsfeld has had a very lackadaisical attitude towards the Geneva Conventions. On February 8, 2002, he said, “The reality is that the set of facts that exist today with respect to Al Qaeda and Taliban were not necessarily the kinds of facts that were considered when the Geneva Conventions were fashioned.” On May 4 of 2004, after the pictures from Abu Ghraib were published, he told a journalist that the Geneva Conventions “did not precisely apply” in Iraq. There has also been testimony from people who say Rumsfeld got nightly briefings about what was gathered during interrogations.
4. Have those guilty of detainee abuse been held accountable?
More than 260 soldiers have faced punishment for detainee-related incidents since October 2001. Of those, nine individuals, all except one below the rank of captain, have been sentenced to time behind bars. Keep in mind, that’s just the military; meanwhile, there are about 100,000 contractors in Iraq, almost as many as there are troops. But only one contractor has been punished for a detainee-related crime, and that was in Afghanistan. Not a single contractor in Iraq has been punished. I doubt all those contractors are angels; we know, for instance, that several were implicated in the Abu Ghraib scandal—but those cases never went anywhere. This is not just a prison scandal. It’s a huge blow to America’s image and it’s something we’ll be dealing with for generations.
5. What do you think of former CIA director George Tenet’s recent comments in which he defended the use of tough tactics against detainees?
Tenet has said in interviews that we didn’t employ torture, that everything was authorized, and that the attorney general told us the techniques did not amount to torture. This goes back to John Yoo, who along with others broadened the definition of what was allowable. Some of the stuff, like “stress positions,” seems benign. But it covers a lot of ground. It means you can be kept crouching and not allowed to move for 45 minutes, but then they can move you into another stress position. There’s one stress position, called a “Palestinian Hanging,” which was apparently pretty common at Abu Ghraib. Your arms are pulled behind your back, and you’re hung from your arms. I interviewed a ghost detainee who was put in that position and he said it was incredibly painful. One detainee, al-Jamadi, died after being put in that position. We don’t know if these techniques are still allowed. Officially they say “no,” but we have no idea.
“This is not just a prison scandal. It’s a huge blow to America’s image and it’s something we’ll be dealing with for generations.”
6. You got an exclusive print interview with Lynndie England. What was your impression of her?
Part of her defense was that she was a compliant personality but in fact, as I discovered, she’d been a whistleblower. She had worked at a chicken processing plant in Moorefield, West Virginia, and had walked off the job to protest lousy assembly line practices. Less than a year later, a PETA investigator went into the plant undercover and filmed incredibly horrific acts of animal abuse. It made it into the national media, which called it a “mini Abu Ghraib.” When she told me she’d quit her job over the conditions at the plant, I was surprised. She had stood up to what she thought was wrong. Lynndie England—and all of the people at Abu Ghraib—had the option to say “no” to the abuse. There was a combination of events that allowed the detainee abuses to happen, it wasn’t just administration policy or Lynndie’s psychopathic boyfriend, or any one thing. I was so shocked about the abuse when I first heard about it from Iraqis, and I wondered how such horrible things could happen. But by the time I’d finished the book and saw how everything had come together, the abuse seemed almost inevitable.

Any Means Necessary
By JONATHAN MAHLER, The New York Times, July 29, 2007
Ugly things happen during wartime. This is self-evident, but worth repeating in the context of any discussion of the Abu Ghraib scandal. There is a simple reason military commanders from Sun Tzu to George Washington to Colin Powell have recognized the need for placing limits on battlefield behavior: otherwise, all hell will break loose.

MONSTERING Inside America’s Policy of Secret Interrogations and Torture in the Terror War. By Tara McKelvey. 300 pp. Carroll & Graf Publishers. $25.95.

In “Monstering: Inside America’s Policy of Secret Interrogations and Torture in the Terror War,” Tara McKelvey sets out to describe, in fresh and unremitting detail, exactly what can, and did, happen in the absence of those limitations. McKelvey, a senior editor at The American Prospect, had her work cut out for her. The images of Abu Ghraib — Hooded Man, Leashed Man, the Naked Human Pyramid, to name a few of the most notorious — have long since been seared into the world’s consciousness. Since the scandal broke in the spring of 2004, the question of United States policy on torture has been widely debated, and Abu Ghraib itself has already been the subject of several books, including “Chain of Command,” by Seymour M. Hersh of The New Yorker, the first journalist to get his hands on the Taguba report, the military’s initial probe into American conduct at the prison. There have also been countless newsmagazine articles and at least two documentary films.
McKelvey worked hard to break new ground, interviewing, among many others, Samuel Provance, one of the scandal’s key whistle-blowers; the infamous Lynndie England (“the lady with a leash,” as
Mick Jagger refers to her in the song “Dangerous Beauty”); and more than 20 Iraqis who say they were abused. The sweep of her reporting is impressive, and she would have been better off letting it speak for itself rather than hyping it with prose that feels out of place in a serious work of nonfiction: “Much has been reported on the criminal behavior of soldiers at Abu Ghraib. But until now few — if any — detailed, documented accounts of sexual relations among soldiers and between soldiers and female prisoners have appeared in the press.”
The administration began by dismissing the misconduct at Abu Ghraib as the work of what President Bush called “a few American troops.” The bad-apple defense quickly crumbled, though, with the leak of government memorandums authorizing the use of “enhanced interrogation techniques.” These new methods were specifically sanctioned for members of the
Taliban and Al Qaeda being held at Guantánamo Bay, who the administration determined were not entitled to Geneva Conventions protections. But it is not difficult to draw a line from Camp Delta to Abu Ghraib. In August 2003, Maj. Gen. Geoffrey Miller, the commander of the joint task force at Guantánamo, was dispatched to the Iraqi prison — formerly Saddam Hussein’s favorite torture chamber — to make it a more effective laboratory for producing intelligence that might help defeat the insurgency. In Iraq, the use of harsh interrogation techniques required the signature of a superior officer, though that was apparently not much of a deterrent. “I never saw a sheet that wasn’t signed,” McKelvey quotes one interrogator as saying.
The book is constructed not as a narrative of the scandal, but as a series of dispatches centered on her meetings with various firsthand participants, including a compelling, if ultimately unsatisfying, jailhouse interview with England. (“Why she committed the crimes is still not clear — even to her,” the author concedes.) McKelvey opts not to examine the motivations of her characters, though she does mine her notebook for every last morsel from her various reporting trips — the song playing on the radio in her rental car after she pulls into England’s hometown (“Dust in the Wind”), a quotation from an elderly woman who thinks she remembers England’s “pretty smile,” the fact that a human rights lawyer working on behalf of some of the detainees enjoys Arabic-style lamb chops. Sometimes these details enrich her story. Often they feel indiscriminate and irrelevant.
“Monstering” is a book of reportage. This is not to say that McKelvey makes an effort to conceal her own outrage at what went on at Abu Ghraib, but rather that she is less interested in exploring how this great moral and institutional failure came to pass — the toxic mix of fatally misguided policy and undisciplined soldiers and interrogators — than in depicting what, precisely, went on behind the prison’s cinder-block walls. In describing such scenes, she uses her rigorous reporting to fine effect, drawing on her interviews with detainees to reconstruct their haunting accounts in straightforward, lucid prose. McKelvey also manages to advance her well-covered story by illuminating the deranged culture that obtained among the soldiers posted to the prison, some of whom evidently battled the stress and boredom by “Robotripping” — chasing tablets of Vivarin with eight-ounce bottles of Robitussin for a cheap high.
As McKelvey points out, only a handful of soldiers have been punished for their behavior in Iraq, and there have still been no independent investigations of the Abu Ghraib scandal. This is, in other words, a story with a conspicuous lack of heroes. The most intriguing character in “Monstering” is the whistle-blower, Provance. A former Bible college student who has since left the military and is now apparently dabbling in Satanism, he nevertheless had a clearer understanding of the meaning of American values than many of the architects of American policy in the global war on terror. If the United States still has a chance of winning the battle for the hearts and minds of the Muslim world, then we have people like Provance to thank.
Jonathan Mahler, a contributing writer for The Times Magazine, is the author of “Ladies and Gentlemen, the Bronx Is Burning.” He is at work on a book about Hamdan v. Rumsfeld, a Supreme Court case involving presidential power and the war on terror.
Source : http://www.nytimes.com/2007/07/29/books/review/Mahler-t.html?ex=1343361600&en=56f9647b765a1ac6&ei=5088&partner=rssnyt&emc=rss


dimanche 4 mars 2007

Début des procès des détenus de Guantanamo cet été

Les premiers procès des "combattants ennemis" détenus sur la base américaine de Guantanamo auront lieu comme prévu cet été malgré l'annulation du projet de construction d'un vaste ensemble de tribunaux, annonce le Pentagone.
L'ancien secrétaire à la Défense Ronald Rumsfeld avait prévu de faire construire des tribunaux sur la base américaine en vue de la tenue des procès militaires mais ce projet, d'un montant de 100 millions de dollars, a été annulé par son successeur, Robert Gates.
Ce dernier a jugé le projet "ridicule" et trop coûteux et a décidé que les procès se tiendraient dans des bâtiments préfabriqués. Le centre de détention, situé sur l'île de Cuba, ne possède qu'une salle de tribunal dans un vieux bâtiment.
Malgré ce contre-temps, le Pentagone a indiqué que le calendrier ne serait pas modifié et que les commissions militaires mises en place par l'administration Bush pour juger les étrangers soupçonnés de crimes de guerre pourraient commencer leurs auditions en juillet.
"Nous ne prévoyons aucun changement de calendrier pour l'instant", a déclaré à la presse Bryan Whitman, porte-parole du Pentagone.
Cinq ans après l'ouverture du camp de Guantanamo, où l'armée américaine détient des combattants soupçonnés d'être proches d'Al Qaïda et des taliban afghans, aucun des 395 prisonniers qui s'y trouvent n'a encore été jugé.
Selon des responsables, entre 60 et 80 détenus devraient être inculpés de crimes de guerre et être jugés par des commissions militaires.
Prié de dire si les prisonniers qui n'auront pas été inculpés de crimes de guerre seront libérés ou gardés en détention sans charges retenues à leur encontre, Gates a répondu "l'avenir le dira".
Il a précisé que les Etats-Unis s'efforçaient de renvoyer dans leurs pays d'origine certains suspects pour qu'ils y soient jugés ou ceux qui pouvaient être libérés.
Selon le Pentagone, environ 390 prisonniers sont toujours détenus à Guantanamo et 385 autres ont été transférés dans leur pays d'origine depuis 2002.
Source : Reuters, 28 février 2007

mercredi 3 janvier 2007

Un rapport du FBI détaille des cas de mauvais traitements sur des détenus de Guantanamo

Le FBI a rendu public mardi un rapport détaillant près d'une trentaine de cas de possibles mauvais traitements infligés à des détenus lors d'interrogatoires à la prison spéciale américaine de Guantanamo (Cuba).
Selon ce rapport, un prisonnier a ainsi vu sa tête recouverte de ruban adhésif pour avoir déclamé des versets du Coran, un autre s'est littéralement arraché les cheveux après plusieurs heures passées dans une pièce à la chaleur étouffante.
D'autres détenus affirment encore qu'une garde a saisi leurs parties génitales et leur a projeté du sang provenant de ses règles au visage.
Ces archives relatent également les propos d'un interrogateur qui s'est vanté auprès d'un agent du FBI de s'être déguisé en prêtre catholique et d'avoir "baptisé" un détenu.
Le rapport contient également les témoignages de responsables militaires et d'employés sous contrat avec l'armée affirmant que les méthodes d'interrogatoires décrites ont été approuvées au plus haut niveau du Pentagone, y compris par l'ancien secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld.
Il a été rendu public suite à une requête de l'American Civil Liberties Union (ACLU), qui a porté plainte contre Donald Rumsfeld et d'autres responsables américains au nom d'anciens prisonniers qui affirment avoir été victimes de mauvais traitements.
Plusieurs des incidents relatés ont déjà été révélés et sont détaillés dans la plainte de l'ACLU.
Le commandant Joe Carpenter, porte-parole du Pentagone, a souligné mardi que ces éléments étaient déjà connus du public. Plus d'une dizaine d'enquêtes commandées sur les conditions d'interrogatoires à Guantanamo ont révélé que ces pratiques n'avaient jamais été approuvées en haut lieu, a-t-il ajouté."La ligne du département à la Défense est claire", a affirmé Joe Carpenter. "Nous traitons les détenus de manière humaine. Les Etats-Unis conduisent des opérations de détention sûres, humaines et professionnelles sur des combattants ennemis qui fournissent des renseignements précieux dans la guerre contre la terreur".
Les incidents relatés ont été archivés dans le cadre d'une étude interne du FBI en 2004. Les agents du Bureau fédéral d'investigation ont demandé à 493 employés s'ils avaient été témoins de traitements agressifs qui ne respectaient pas les méthodes du FBI.
Ils ont reçu 26 réponses positives."J'ai effectivement observé des traitements qui n'étaient pas seulement agressifs, mais également très dérangeants", déclare l'une des personnes interrogées, affirmant avoir vu un homme laissé toute une nuit dans une pièce sans ventilation où la chaleur était d'environ 100 degrés Celsius. "Le détenu était pratiquement inconscient sur le sol avec une pile de cheveux à côté de lui.
Il s'était apparemment littéralement arraché les cheveux pendant la nuit".
Le rapport du FBI ne laisse pas entendre qu'une enquête criminelle ait été ouverte. Le porte-parole du FBI Richard Kolko a indiqué que tous les éléments qu'il contient ont été transmis à l'inspecteur général du Pentagone.
Source : AP, 2 janvier 2007