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dimanche 8 juillet 2007

Les ramifications de l’Archipel de guantánamo en Afrique : Bizerte (Tunisie), Oualata (Mauritanie), Addis Abeba (Éthiopie)

Des installations de la CIA en Tunisie ?
Par
Sami Ben Gharbia, Global Voices, 26 juin 2007. Traduit par Claire Ulrich
Depuis sa cellule de prison à Bizerte (65km au nord de Tunis), le détenu tunisien Ramzi Bettibi
a réussi à faire sortir une lettre très inquiétante qui est parvenue jusqu’à Internet (traduite en français). Ramzi purge une peine de quatre ans de prison à Bizerte pour avoir copié sur un forum Internet qu’il modérait le communiqué d’un groupe menaçant le pays d’attentats terroristes si l’ex-Premier Ministre israélien Ariel Sharon assistait au Sommet Mondial de l’Information qui s’est tenu en Tunisie en 2005. Ramzi Bettibi a été arrêté le 15 Mars 2005 dans le café Internet où il travaillait. En prison, il est fréquemment soumis à la torture, moyen par lequel les autorités tentent de le faire collaborer avec les services de sécurité de l’état. “Bettibi devrait être libéré car le gouvernement n’a jamais prouvé qu’il avait des intentions criminelles ou qu’il incitait à la violence” a dit Sara Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Human Rights Watch dans un communiqué publié l’an dernier. “Dans ces conditions, couper et coller un texte sur Internet ne devrait pas être considéré comme un délit” a-t-elle ajouté.
Dans sa lettre, Ramzi décrit une prison secrète près de la ville de Bizerte, où il a été interrogé par la CIA et des agents parlant français sur ses liens supposés avec des groupes irakiens djihadistes et sur
ses activités sur internet. Selon la lettre, les prisonniers sont interrogés et détenus dans des containeurs dans un lieu secret, à quinze minutes en voiture de Bizerte.
Depuis la fermeture des prisons secrètes de la CIA en Pologne et Roumanie, suite aux révélations du
Washington Post et d’autres médias, des rumeurs ont circulé selon lesquelles les prisonniers auraient été transférés dans d’autres prisons de la CIA quelque part en Afrique du Nord. Mais cette lettre d’un témoin oculaire (même si personne ne peut confirmer ou infirmer que Ramzi Bettibi est l’auteur de cette lettre), semble offrir la première “preuve” concrète de l’existence de ces installations en Tunisie. Elle décrit aussi la localisation possible de la prison et les identités de certains prisonniers qui sont interrogés et détenus clandestinement. De façon surprenante, la lettre a été écrite le 9 juin 2007, seulement un jour après la publication du second rapport sur les “détentions secrètes et transferts illégaux de détenus impliquant des membres du conseil de l’Europe”, adopté par le comité du Conseil de l’Europe sur les affaires juridiques et les droits de l’Homme.
هذا بلاغ من داخل السجن المدني ببنزرت ودعوة لانقاذي من خطر يهدد سلامتي. لقد نقلت في نهاية شهر أفريل الماضي إلى معتقل يوجد على بعد ربع ساعة تقريبا عن السجن المدني ببنزرت. كانت المفاجأة مذهلة إذ وجدت نفسي في معتقل سري للمخابرات الأمريكية يسجن فيه أشخاص داخل حاويات
Ceci est un message envoyé depuis la prison civile de Bizerte et un SOS face au péril qui menace mon intégrité. A la fin du mois d’avril, j’ai été conduit dans une prison qui se trouve à un quart d’heure environ de la prison civile de Bizerte. J’ai été terriblement surpris de me retrouver dans une prison secrète relevant du renseignement américain où des personnes se trouvaient enfermées dans des containeurs.
وقد حقق معي هناك شخص يستعمل اللغة الفرنسية عن علاقتي بالجماعات الجهادية في العراقية عبر الانترنت وقد ذكرت له ان معلوماته غالطة وانا سجين رأي تحدثت عني منظمات عالمية منها هيومن رايتس ووتش والعفو الدولية. وقد تفاجأ الأمريكي بذلك وصاح في الاعوان التونسيين. وقد اعتدوا علي بالعنف وهددوني بتلفيق محاولة فرار لي من السجن أو نقلي إلى السجن السري في صورة ابلاغ عائلتي بما رأيت.
Une personne parlant le français a mené une investigation sur mes rapports avec les groupes jihadistes en Irak, par le biais du net. Je lui ai fait remarquer que ses informations étaient erronées, que j’étais un prisonnier d’opinion, que des organisations internationales comme Human Rights Watch ou Amnesty International avaient parlé de moi. L’Américain a été surpris et a interpellé les agents tunisiens. Ceux-ci m’ont violemment agressé et m’ont menacé de monter une affaire de tentative d’évasion de la prison ou de me transférer dans la prison secrète si j’informais ma famille de ce que j’avais vu.

ولم يتوقف الأمر عند ذلك فقد عادوا إليّ بعد أسبوعين من ذلك داخل زنزانتي بعد ان قيدني اعوان من امن الدولة وسألني ضابط أمريكي كان معهم عن دوري في مؤسسة “سحاب” الذراع الاعلامي لتنظيم القاعدة كما سألني عن موقع شبكة الاخلاص ومنتدى الانصار. وقد خيروني بين وثيقتين واحدة تتضمن شهادة وفاتي وواحدة شهادة سراح. كما هددوني بإيذاء شقيقي .
L’affaire ne s’est pas arrêtée là. Deux semaines plus tard, ils sont revenus me voir dans mon cachot et après que des agents de la Sûreté de l’Etat m’aient attaché, j’ai été interrogé par un officier américain qui les accompagnait sur mon rôle dans (…) la cellule de l’information de l’organisation Al-Qaida. Il m’a aussi questionné sur le site du réseau des Akhlas et sur le forum d’Al Ansar. Ils m’ont laissé le choix entre deux documents, mon certificat de décès et mon papier de libération.
أنا لم أعد احتمل ما يحصل لي مرة يعتدي علي اعوان امن الدولة وهذه المرة وصل الامر إلى أعوان المخابرات الأمريكية والسجون السرية

اللهم اشهد انّ مصيري في خطر انقذوا المعتقلين في ذلك السجن الامريكي لقد سمعت أن منهم السعودي سعيد الغامدي والتونسي ابو عمر التونسي…

ابحثوا عن هذا السجن إنه لايبعد كثيرا عن بنزرت وربما هو في ثكنة عسكرية حسب ما فهمت من المكان.
Je ne puis plus longtemps supporter ce qui m’arrive. Après les agents [tunisiens] de la sûreté d’Etat, c’est le tour des agents de la CIA et des détentions secrètes.
Oh Dieu, soit témoin que ma vie est en grand danger. Sauve les autre détenus dans cette prison américaine. J’ai entendu parler d’un détenu saoudien nommé Saïd Al-ghamdi, et d’un autre détenu tunisien appelé Abou Omar Al-tunisi.
Cherchez cette prison. Elle n’est pas loin de Bizerte. J’ai compris qu’elle est peut-être située dans des baraquements (casernes) militaires.
Selon un rapport précédent, publié par le
International Association for the Support of Political Prisoners (AISPP), Ramzi Bettibi a entamé une nouvelle grève de la faim le 18 janvier 2007 pour protester contre les mauvais traitements et abus subis en prison. Dans un communiqué publié sur Internet le 12 mars 2007, le Conseil National pour les Libertés en Tunisie (CNLT) a décrit la façon dont il a été torturé.
Le 23 février 2007,
Ramzi Bettibi, le prisonnier du net, a été soumis à la violence extrême de 3 officiers en civil dans la prison de Bizerte, qui se sont présentés comme la brigade de la Sûreté de l’Etat. Ils lui ont attaché les bras et les jambes à une chaise et ont voulu lui faire ingurgiter du lait de force pour qu’il cesse sa grève de la faim commencée en protestation contre des violences perpétrées à son encontre antérieurement. Une des ses dents a été cassée.
C’est la cinquième fois en l’espace de quelques mois que Ramzi Bettibi subit des séances de torture en prison visant à le faire collaborer avec les services de la Sûreté de l’Etat.
Source :
http://fr.globalvoicesonline.org/2007/06/26/189/

La Mauritanie dément l'existence sur son sol d'un "Guantanamo Oualata"
L'information fait grand bruit en Mauritanie, pays musulman allié des États-Unis : les Américains auraient implanté en 2005 dans ce pays saharien un centre de détention secret utilisé dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. L'information a été publiée le 25 juin en quelques lignes à la fin d'un long article du magazine The New Yorker où le général américain Antonio Taguba, chargé de l'enquête sur les sévices infligés à la prison irakienne d'Abou Ghraib, met en cause les méthodes utilisées par l'administration Bush contre le terrorisme.
"J'ai été informé par (un) ancien haut responsable du renseignement et un consultant du gouvernement, écrit le journaliste Seymour Hersh, célèbre pour avoir révélé le scandale de la prison d'Abou Ghraib, qu'après la révélation de l'existence des prisons secrètes de la CIA en Europe, par le Washington Post à la fin de 2005, l'administration a répliqué en ouvrant un nouveau centre de détention en Mauritanie." L'article précise qu'à cette époque, après l'avènement en Mauritanie d'un "nouveau gouvernement ami des États-Unis" consécutif au coup d'Etat pacifique d'août 2005, " il était beaucoup plus facile pour les services de renseignement de cacher des vols secrets à cet endroit".
A Nouakchott, l'Union des forces de progrès, parti d'opposition, a interpellé le gouvernement en réclamant l'ouverture d'une enquête sur "les prisons secrètes américaines en Mauritanie". L'hebdomadaire Le Calame affirme que le centre de détention de Oualata regroupe 39 présumés terroristes et que les soldats américains entrent en Mauritanie sans visa.
"UN PAYS DE DROIT"
Sous le titre "Guantanamo Oualata", le journal affirme que les informations du New Yorker viennent "corroborer les informations (...) selon lesquelles, depuis fin 2005, un mouvement de troupes était visible dans la zone de Oualata et de son fort (...) strictement gardé à près d'un kilomètre à la ronde". Situé à 800 km à l'est de Nouakchott, le fort de Oualata, édifié par les Français à l'époque coloniale, est tristement célèbre en Mauritanie pour avoir abrité à la fin des années 1980 une prison-mouroir pour les Négro-Africains opposants au régime d'alors, dominé par les Maures.
Cette succession de "révélations" a conduit les autorités mauritaniennes à publier un communiqué de total démenti. " La Mauritanie est un pays de droit qui respecte les conventions internationales et ne pourra jamais accepter l'existence d'un tel centre sur son sol", a affirmé le porte-parole du gouvernement de Nouakchott. "Il n'y a pas de centre de détention américain sur le territoire mauritanien, a répété le ministère des affaires étrangères. La Mauritanie (...) n'est pas liée aux États-Unis par une convention de cette nature".
Source : Philippe Bernard, Le Monde, 5 juillet 2007

Un forum kényan des droits de l'homme dénonce la déportation de Somaliens
Une association musulmane kényane de défense des droits de l'homme a accusé vendredi le Kenya d'avoir arrêté puis déporté illégalement vers la Somalie et l'Éthiopie 152 personnes ayant fui les combats en Somalie et soupçonnées de liens avec les tribunaux islamiques somaliens.
Quelque 152 personnes de 18 nationalités, y compris britannique, américaine, canadienne et suédoise, ont fini emprisonnées en Éthiopie et l'une d'elles, Abdul Malik, a été transférée sur la base navale américaine de Guantanamo à Cuba, selon le Forum musulman des droits de l'homme (MHRF).
Selon l'association, ces personnes ont été arrêtées entre janvier et février, après la traversée de la frontière somalo-kényane, peu après la mise en déroute, par les troupes éthiopiennes et gouvernementales somaliennes, des islamistes qui contrôlaient la majeure partie du sud et du centre de la Somalie.
Ces derniers, accusés par Washington d'abriter des agents d'Al-Qaïda, s'étaient réfugiés dans l'extrême sud du pays, non loin de la frontière kényane.
"Il y a une chappe de plomb sur ce dossier. Nous voulons que ce commerce sordide soit révélé", a déclaré le président du MHRF Ali-Amin Kimathi, lors d'une conférence de presse.
Dans son rapport intitulé "La corne de l'horreur", l'organisation se dit "préoccupée par des informations sur des cas de tortures lors des interrogatoires, sur le manque d'accès à des avocats, des représentants consulaires ou des observateurs internationaux".
Le gouvernement kényan n'a jamais confirmé ces déportations mais des sources officielles ayant requis l'anonymat confirment que des groupes de suspects ont été transférés de nuit par avion à Mogadiscio.
Le MHRF accuse également le FBI et les services secrets éthiopiens d'avoir torturé certains de ces suspects sur des bases secrètes en territoire éthiopien.
Fin mars, l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW) avait dénoncé en des termes similaires l'existence d'un programme international de détentions au secret de Somaliens, soupçonnés de liens avec les islamistes radicaux.
"Le Kenya, l'Éthiopie, les États-Unis et le gouvernement de transition somalien ont coopéré dans ce programme", affirmait HRW.
HRW faisait également état de l'arrestation d'au moins 150 personnes de 18 nationalités différentes au Kenya dont au moins 85 auraient été renvoyées en Éthiopie.
Source : AFP, 6 juillet 2007
Commentaire de Chronique de Guantánamo : l’Agence France-Presse n’est pas très bien informée. Cette affaire est archi-connue et a été documentée par les rapports de Reprieve et cageprisoners, dont le dernier a été traduit par nos soins (Pris dans la nasse)

vendredi 8 juin 2007

Le Pentagone ouvre un nouveau marché d’approvisionnement pour guantánamo et crée un nouveau sigle à cette occasion : EAAQ

Un membre important d'Al-Qaïda a été capturé en Afrique de l'Est et transféré à Guantanamo (Cuba), a annoncé mercredi le Pentagone. Abdullahi Sudi Arale est "soupçonné d'être un membre du réseau terroriste Al-Qaïda en Afrique de l'Est et d'avoir servi d'intermédiaire entre Al-Qaïda en Afrique de l'Est (EAAQ) et Al-Qaïda au Pakistan", a affirmé le ministère américain de la Défense dans un communiqué, sans préciser la date de la capture ni celle du transfert."Depuis son retour du Pakistan en Somalie en septembre 2006, il a occupé un rôle dirigeant au sein des tribunaux islamiques somaliens affiliés à l'EAAQ", a a ajouté le Pentagone.
D'après le ministère, les informations dont il dispose indiquent que Arale "a aidé divers extrémistes affiliés à l'EAAQ à acquérir des armes et des explosifs et il a facilité les voyages de terroristes en fournissant de faux documents" à des gens et des combattants liés à Al-Qaïda et à sa branche en Afrique de l'Est."Arale a joué un rôle important dans la résurgence des tribunaux islamiques à Mogadiscio", a ajouté le Pentagone.
Fin décembre 2006, les tribunaux islamiques somaliens avaient été défaits lors d'une vaste offensive de l'armée éthiopienne alliée aux troupes somaliennes.
L'armée américaine a renforcé son activité en Afrique de l'Est cette année. Un navire américain a pilonné dans la nuit de vendredi à samedi plusieurs cibles d'Al-Qaïda dans une zone côtière du nord-est de la Somalie, selon des responsables somaliens.
En janvier, l'aviation américaine avait mené au moins deux raids dans le sud de la Somalie contre des membres présumés d'Al-Qaïda, faisant au moins cent morts selon des chefs coutumiers.
En février, le New York Times, citant des responsables américains sous couvert d'anonymat, a affirmé que des commandos américains avaient mené des opérations au sol dans le sud de la Somalie, depuis des bases secrètes en Éthiopie et au Kenya voisins.
Source : AFP, 6 juin 2007

jeudi 24 mai 2007

L’Éthiopie a libéré 3 détenus de Suède

Le ministère suédois des Affaires étrangères a annoncé que 3 détenus avait été libérés pr l’Éthiopie et avaient pu regagner la Suède. Il s’agit de deux ressortissants suédois et d’un résident étranger en Suède, qui avait été capturés par l’armée kényane en janvier dernier et avaient été transférés en Somalie puis en Éthiopie, avec plusieurs dizaines d’autres étrangers, qui restent toujours détenus en Éthiopie.

mardi 8 mai 2007

Pris dans la nasse

Prisonniers de la guerre contre le terrorisme dans la Corne de l’Afrique Mai 2007
Cageprisoners, PO Box 45798, London, SW16 4XS
Tel: 0044-7973264197 – Courriel :
contact@cageprisoners.com
Site:
www.cageprisoners.com
Traduit de l’anglais par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique et président du Collectif guantánamo France.
Sites : http://
www.tlaxcala.es http://chroniquedeguantanamo.blogspot.com . Courriel : tlaxcala@tlaxcala.escollectifguantanamo@yahoo.fr

Le journal tenu par Safia Benaouda sur du papier hygiénique durant son incarcération en Éthiopie

SOMMAIRE

INTRODUCTION
CONTEXTE
Détentions au Kenya
Transferts en Somalie
Détentions en Somalie
Transferts en Éthiopie
Détentions en Éthiopie
Internement de réfugiés somaliens
VALIDITÉ D’APPLICATION DES CONVENTIONS DE GENEVE
DÉTENUS EN ÉTHIOPIE
Ressortissants suédois et résidents en Suède
Ressortissants kényans
Ressortissants comoriens
Ressortissant canadien
Ressortissant US
Ressortissant rwandais
NOTES
REMERCIEMENTS

INTRODUCTION
Le conflit fratricide qui déchire la Corne de l’Afrique continue de faire rage entre l’Union des tribunaux islamiques et ses opposants : l’opposition somalienne, l’armée éthiopienne et, fait inquiétant, le gouvernement US. Les hostilités son entrées dans une nouvelle phase inquiétante dans cette partie la plus accablée et appauvrie du monde : la « Guerre contre le terrorisme », les transferts extraordinaires et les détentions arbitraires.
Cageprisoners a été alarmée par l’apparition de prisons du type Guantánamo, utilisées dans la Corne de l’Afrique, après avoir recueilli des documents sur une série d’enlèvements d’hommes, de femmes et même d’enfants, détenus illégalement. La capture de civils, l’utilisation de navires porte-containers convertis en prisons et le recours à des procédures judiciaires pour inculper les personnes remises à l’Éthiopie comme « combattants illégaux » rappellent de manière sinistre les « procès » pratiqués à Guantánamo.
Après la libération de plusieurs citoyens européens, dont quatre Britanniques et une Suédoise, des preuves d’une implication étrangère des les interrogatoires ont rapidement fait surface. Des allégations récurrentes et répétées de violations grossières des droits humains, dont des tortures, ont été faites par ceux qui sont rentrés, ainsi que par des témoins interviewés à proximité de la zone de conflit.
La Corne de l’Afrique, déjà accablée par des décennies de guerre, de famine, d’exodes, de sécheresse et d’une pauvreté inimaginable est sans aucun doute susceptible d’être exploitée par des nations puissantes.
La guerre contre le terrorisme dirigée par les USA a déjà montré comment, dans des pays en développement comme le Pakistan et l’Afghanistan, des gens peuvent être attirés par les promesses de récompenses pour la remise de suspects de terrorisme
Il est d’une importance capitale que Ia communauté internationale reconnaisse ce danger et agisse maintenant avant que nous nous trouvions face à de nouveaux Bagram et de nouveaux Guantánamo dans la Corne de l’Afrique.
[Moazzam Begg – porte-parole, Cageprisoners]


Cageprisoners
Cageprisoners a été créé en octobre 2003 comme organisation des droits humains avec le seul but d’éveiller les consciences sur le sort des prisonniers de Guantánamo Bay et d’autres détenus dans le cadre de la « Guerre contre le terrorisme ».
L’organisation tente par son travail de fournir des ressources informatives complètes sur Guantánamo Bay et d’autres détenus au public et aux professionnels, afin que leur sort soit constamment mis en lumière et ne soit pas oublié. Nous voulons ainsi être la voix des sans-voix.En collectant des informations provenant de tous les médias du monde, nous mettons en permanence à la disposition de juristes, de militants et de parents de détenus des ressources, accessibles sur notre site web, sur tous les aspects de la « guerre contre le terrorisme ».


CONTEXTE
Détentions au Kenya
Durant la période principale de détentions, l’organisation de base kényane Muslim Human Rights Forum est parvenue à accéder à beaucoup de ceux qui étaient détenus sous l’accusation de terrorisme et de soutien à l’Union des tribunaux islamiques en Somalie. L’armée et l’ ATPU (Advanced Tactical Power Unit) ont utilisé 16 lieux de détention pour y interroger 148 détenus :
Jama Kenyatta International Airport Prison, Inland Container Depot Police Station,
Langata Police Station, Kasarani Police Station, Kilimani Police Station, Shaurimoyo
Police Station, Kileleshwa Police Station, CID Headquarters, Karen Prison, Hardy Police Station, Rongai Police Station, Gigiri Police Station, Spring Valley Police Station, Ruai Police Station, Garissa Police Station et Hulugo Police Station.
Les conditions au Kenya étaient loin d’être acceptables : de nombreux détenus l’étaient dans des conditions inhumaines. Les ravisseurs faisaient preuve de peu de miséricorde et ne faisaient rien pour venir en aide aux enfants détenus. Safia Benaouda a été témoin du traitement subi par des enfants américains détenus sans leurs parents et sans le soutien de l’ambassade US. « Rahma, quatre ans, avait le ventre distendu Son regard était distant. Elle semblait être dans un autre monde. Elle était là avec sa petite soeur Sumayyah, un bébé. Comme nous dormions à même le ciment, nous avions froid. Nous, nous étions adultes. Mais les enfants avaient un aspect horrible le matin. Ils avaient si froid, leurs nez coulaient et ils éternuaient. Nous avions peur qu’ils attrapent une pneumonie. Le bébé avait des rougeurs aux fesses. Elle avait de grosses cloques saignantes. Ils avaient tous la diarrhée. Nous avons supplié les interrogateurs pour qu’on leur donne des soins médicaux. Ils s’en fichaient éperdument. C’était horrible. Un jour Sumayyah n’arrêtait pas d epleurer par ce qu’elle avait si mal. » [1]
Les enfants américains n’étaient pas les seuls à être détenus par les Kényans. Cageprisoners a parlé avec la mère de Hafsa Swaleh Ali, quatre ans, sur la manière dont on a traité sa fille et les séquelles qu’elle en garde :
“Depuis notre libération, Hafsa développé une toux dont elle ne semble pas pouvoir se débarrasser. Elle a un sommeil perturbé et elle se lève la nuit, parce qu’elle a peur. Quand elle voit des Africains en uniforme dans la rue, elle court se cacher derrière moi car ils lui font peur. Ils l’ont interrogée et elle se le rappelle – ils lui ont même demandé si elle savait où se trouvait son père. » [2] Les citoyens britanniques détenus au Kenya ont été victimes d e mauvais traitements dès leur arrestation par les militaires qui les ont battus lorsqu’ils les ont faits monter dans des camions.
Ils menaçaient en permanence les hommes, en particulier Reza Afsharzadagen, qui s’entendit dire deux fois qu’on l’amènerait dans le désert pour l’abattre.
Interrogatoires pas des agences US :
Safia Benaouda et le groupe dans lequel elle se trouvait ont été interrogés par du personnel militaire US qui accompagnait un contingent de soldats kényans. Mais les militaires US n’étaient pas les seuls à se trouver au Kenya. Mohammed Ezzouek raconte comment il a été détenu dans une prison avec le citoyen US Daniel Maldonado jusqu’au 29 Janvier 2007, quand le FBI est venu pour emmener Daniel– les agents l’appelaient ‘B-Town’, peut-être parce qu’il était originaire de Boston. Mohammed Ezzouek a ensuite été envoyé dans une autre prison, située dans une zone plus riche du Kenya, où il a rencontré le citoyen US Amir Mohammed Meshal, qui avait été amené là par le FBI.
Transferts en Somalie
Le 20 Janvier 2007, les autorités kényanes ont transféré en Somalie 33 individus, dont beaucoup de ressortissants kényans, sans leur permettre un accès à des avocats. Ce vol de transfert étai le premier d’une série de vols qui ont résulté dans le transport de 63 individus, qui ont été remis comme combattants au gouvernement fédéral de transition somalien.Cageprisoners a publié le 22 mars 2007 un rapport [3] contenant le manifeste de vol fourni par le Muslim Human Rights Forum, d’où il ressortait que des ressortissants d’au moins 16 pays avaient été transférés.
Détentions en Somalie
En mentant à beaucoup de ceux qu’ils ont transportés en Somalie, les Kényans ont réussi à les faire monter dans les avions, leur expliquant que toute le monde était transféré à Mombasa pour comparaître devant un tribunal – quant aux femmes, on ne leur a rien dit sur leur destination.Les détenus ne se sont rendus compte de la vérité qu’en voyant des signes ou en entendant dire qu’ils étaient arrivés à Baidoa ou Mogadiscio. Mohammed Ezzouek, l’un des quatre hommes britanniques envoyés en Somalie, dit qu’il ne s’est rendu compte de l’endroit où il se trouvait qu’en voyant un panneau signalant Baidoa. Il décrit des conditions de détention horribles. « Nous avons tous été mis dans un cellule souterraine. Il y faisait noir comme dans un four. Il y avait des bouteilles pour pisser. Le sol était poussiéreux e sale .Il y avait des rats et des cafards. Ça puait. Là ou se trouvaient les bouteilles, ça puait comme des toilettes sales. » [4]
Les Britanniques on trouvé que le temps passé en Somalie s’est relativement bien passé en comparaison avec ce qu’on enduré les autres détenus, du fait que le consulat britannique a envoyé un fonctionnaire pour les rapatrier. Aucun des autres détenus n’a eu l’occasion de rencontrer des fonctionnaires consulaires pour être rapatrié dans son pays d’origine. D’autres détenus envoyés du Kenya ont été conduits à un lieu de détention à Mogadiscio. Dans un entretien avec Cageprisoners, Kamilya Tuweil décrit son épreuve lorsqu’elle s’est rendue compte qu’elle était sur le point d’être transférée en Somalie, un pays où elle n’avait jamais mis les pieds. « Quand nous sommes arrivés après le vol en avion, ils m’ont faite descendre de l’avion et ils m’ont enlevé le bandeau que j’avais sur les yeux. J’ai vu qu’il y avait des femmes e des enfants d’un côté et des hommes de l’autre côté de l’avion. Ils disaient : “Ils nous amènent à Mogadiscio”. Les Kényans qui m’avaient ramenée étaient encore là. Je pleurais et je criais, leur disant de me laisser partir puisque j’avais mon passeport et que j’étais de Dubaï. L’un des hommes a essayé de m calmer en me disant :“Vous venez avec nous.”… En tout, on était 22 femmes et enfants. À part moi et une autre dame, toutes les autres étaient enceintes de 3 à 8 mois. » [5]
Safia Benaouda était dans le même groupe que Kamilya et a pu confirmer les conditions de la prison. « Nous avons été détenus dans un hangar près de l’aéroport .Quand nous sommes descendus de l’avion, j’ai vu un tas de soldats éthiopiens. On s’est alors rendus compte qu’on était à Mogadiscio. Les Kényans avaient dit aux hommes, avant que nous arrivions à Mogadiscio, que nous allions à Mombasa au tribunal, mais ce n’était pas le cas. Ils ont bandé les yeux des hommes mais aux femmes, ils ont seulement attaché les mains dans le dos…Ils nous ont dit de regarder ailleurs. Nous n’avions pas le droit de voir où ils allaient et nous avons pensé à ce momen- là qu’ils allaient être exécutés. Ils nous ont enfermées dans un petit trou sous terre et c’était notre cellule. IL faisait sombre, il n’y avait pas de fenêtres. Nous dormions sur des cartons à même le ciment. » [6]
La période de détention en Somalie n’a pas été exempte d’incidents, lorsque des interrogatoires ont eu lieu pour certaines détenues, en particulier Halima Badroudine, Safia Benaouda, deux femmes éthiopiennes et une Soudanaise. Toutes ces femmes étaient à différentes étapes de leur grossesse et ont eu à endurer des interrogatoires et des mauvais traitements malgré leur état. Safia : « J’étais au début d e ma grossesse et j’avais des nausées. Dans la nourriture, il y avait des bestioles, des pierres et du sable .» [7]
Transfert en Éthiopie « Comme c’était la guerre entre la Somalie et l’Éthiopie, on pouvait entendre des bombes et des coups de feu. Au bout de 10 jours, des gens du gouvernement éthiopien nous ont emmenées ailleurs en nous disant qu’ils nous amenaient à un endroit où nous pourrions « avoir nos droits ». Pendant ces 10 jours, ils nous ont interrogées. Les interrogateurs étaient éthiopiens et somaliens. C’était tous des hommes .»[8]
Le matin du 5 février 2007, tous ceux qui étaient détenus en Somalie par le gouvernement de transition et les forces éthiopiennes ont été mis dans un avion pour être conduits à un endroit où ils pourraient « avoir leurs droits », ils ont été transportés à Addis Abeba.

Détentions en Éthiopie
Dès l’atterrissage en Éthiopie, il apparut clairement aux détenus que les gardiens éthiopiens étaient agités par la présence d’étrangers sous leur garde et la possibilité que leur détention fasse l’objet d’une surveillance internationale. Mais le traitement humain n’a pas duré longtemps, selon ce qu’a déclaré Safia :
« Une des femmes a entendu durant la nuit les Éthiopiens nous insulter : ils étaient tracassés d’être les méchants aux yeux des médias. Je suppose que c’est pour cela qu’ils craignaient de nous traiter trop mal. Avec le temps ils se devenus de plus en durs. L es gens ont commencé à nous oublier et à ne plus se soucier de nous .» [9]
Kamilya Tuweil a décrit les cellules dans lesquelles les hommes et les femmes étaient détenus : elles faisaient 2m50 X 2m50 et contenaient chacune au moins quatre femmes avec leurs enfants. Parmi elles une dame enceinte au huitième mois et qui a été amenée de toute urgence à l’hôpital lorsqu’elle a commencé à ressentir les premières douleurs.
Torture en Éthiopie:
Après un certain temps, les femmes ont été déplacées dans un bâtiment pendant qu’on construisait 8 solides cages métalliques. C’est dans ces cages que les hommes ont été enfermés, ce qui rappelait furieusement les cages du Camp X-Ray à Guantánamo Bay. Le traitement des détenus était bien en dessous des normes acceptables : l’accès à une aide médicale était refusé, on se contentait de leur donner parfois des calmants. Munir Awad avait des diarrhées avec des saignements d’estomac; bien qu’on lui ait refusé toute assistance médicale, il a pu transmettre cela à sa femme Safia durant les vingt minutes d’entretien qui leur ont été accordés avant qu’elle soit libérée.
Les Éthiopiens qui les détenaient soupçonnaient les détenus d’avoir été mêlés à des opérations d’Al Qaïda dans la Corne de l’Afrique et aussi d’être engagés aux côtés de l’Union des tribunaux islamiques en Somalie. Mais Munir a clairement dit à Safia que les tortures qu’ils enduraient n’était pas le fait des Éthiopiens mais des interrogateurs étrangers, en particulier les interrogateurs US, qui avaient un accès illimité aux détenus. Au moment où Safia a pu voir Munir, il était clair que les hommes étaient dans des conditions beaucoup plus dures que les femmes : « J’ai vu des marques au cou de mon mari, qui m’a dit qu’ils l’avaient étranglé et torturé. Il m’a dit qu’on ne leur donnait pas à manger et qu’il était forcé de rester debout toute la journée. Ils n’arrêtaient pas de lui demander “Es-ce que tu es un terroriste?” et le frappaient. J’ai pu voir les cicatrices des blessures laissées par les menottes sur ses poignets et ses chevilles. » [10]
Safia a vu ces marques de torture lorsque certains détenus ont été conduits devant un tribunal. On leur a dit qu’ils étaient là pour être identifies et pour que les procureurs leur expliquent qu’ils étaient détenus comme combattants illégaux ou prisonniers de guerre et, pour certains d’entre eux, d’une « autre » catégorie. À aucun moment les détenus n’ont eu un droit de représentation pour faire appel ou une aide quelconque pour comprendre les procédures.L’absence de procédures légales et le refus d’accès à des avocats indépendants ressemblent furieusement à la manière dont les personnes capturées dans la « guerre contre le terrrorisme » ailleurs dans le monde ont été traitées, dans un déni d’accès aux garanties d’une procédure correcte.
Safia : « Les Éthiopiens frappaient les détenus s’ils avaient eu une “mauvaise journée” mais autrement, ils ne les frappaient pas trop, seulement des coups au hasard. Mais la torture était clairement planifiée et orchestrée par les Américains ou autres interrogateurs occidentaux, qu étaient les seuls à procéder aux interrogatoires . Je n’ai été interrogée que par des Occidentaux durant ma détention en Éthiopie et selon toutes les informations que j’ai eues des autres détenues, elles n’ont été interrogées que par des Occidentaux, jamais par des Éthiopiens. » [11]
En dépit du fait qu’ils étaient accuses d’avoir été impliqués dans le conflit en Somalie, les détenus interrogés ont été questionnés sur leur implication en Somalie et pourquoi ils se trouvaient là bien moins que sur leurs activités et celles d’autres personnes dans leurs pays d’origine. C’est en particulier lorsque des services étrangers de renseignement et de sécurité étaient impliqués dans les interrogatoires que des questions sur leurs activités dans leurs pays leur ont été posées.
Interrogatoires par des agences US :
La présence US dans la prison éthiopienne a été particulièrement soulignée par Safia Benaouda, qui a noté que certains détenus étaient interrogés beaucoup plus longuement que d’autres et qui rapporte que des interrogateurs US étaient impliqués. Mais même ceux qui n’ont pas été interrogés par des US, ont été soumis à des prises d’empreintes digitales et génétiques (ADN) par un agent se présentant comme un spécialiste des tests ADN.
L’agent a tenu à signaler à Safia que son collègue était en train de faire des tests similaires et de prendre les empreintes de ceux qui avaient été capturés en Somalie. L’équipement utilisé était plutôt sophistiqué et les empreintes digitales étaient entrées directement dans un ordinateur sans encre. L’agent US a fait des prélèvements de salive sur tous les détenus et les femmes ont raconté que même le bébé de sept mois avait eu droit à un prélèvement de salive et à un relevé d’empreintes digitales.
Interrogatoires par des agences étrangères :
Les interrogateurs des ressortissants étrangers avaient un accès illimité à ceux-ci. Des agents étrangers du monde entier ont pu ainsi procéder à des interrogatoires sans aucune limite. Safia a noté en particulier le traitement réservé à Halima Badrudine Hussein dont le mari était recherché par les US. Safia commente :
« Au bout de quelques semaines, ils ont commence à interroger Halima. Après ça, elle était vraiment démolie. Ils la prenaient plusieurs fois par semaine. Ils venaient la chercher au moment du fajr [prière de l’aube] et ne la ramenaient qu’à la nuit tombée. Parfois, ses enfants venaient avec elle. Elle nous a dit qu’elle a été interrogée par des Américains, des Français, des Italiens, des Suisses, des Israéliens et plus tard, des Libyens. Elle avait vécu au Pakistan auparavant et eux aussi sont venus. » [12]

Internement de réfugiés somaliens
Durant une mission de recherche au Kenya en mars 2007, Cageprisoners et Reprieve se sont rendus à la frontière somalienne dans le Nord-est du Kenya pour comprendre comment la « guerre contre le terrorisme » y avait affecté la vie des gens. Au camp de réfugiés de Dadaab, les dirigeants du camp ont expliqué en détail leur détresse. Alors qu’ils étaient réfugiés au Kenya depuis 17 ans, la (nouvelle) guerre en Somalie a eu des effets évidents sur leur vie. Le président du camp a expliqué : « Nous avions l’habitude de nous déplacer entre les camps, mais après cette guerre, dans laquelle nous ne sommes pas impliqués, le plus près que nous puissions approcher de la frontière, c’est à 200 km. Le gouvernement kényan nous imposé une restriction : nous ne pouvons nous déplacer d’un camp à un autre, nous ne pouvons pas aller voir nos parents dans d’autres camps. Nous sommes dans une grande prison. C’est une violation des droits humains – c’est exactement comme Guantánamo Bay. »
Sans aucun possibilité de sortir des petits camps de réfugiés dans lesquels ils vivent, les réfugiés somaliens se sont retrouvés de fait internés, du simple fait qu’ils sont Somaliens et donc sont considérés comme une menace pour le gouvernement kényan. Leur internement de fait les empêche d’avoir accès à une aide quelconque et ils sont forces de s’en sortir tout seuls, au prix d’insurmontables difficultés. Halima Ma’ala Abdi, la présidente du camp a décrit ses difficultés pour obtenir une assistance médicale :
« Nous avons des personnes âgées et de s maladies et si vous voulez les amener à l’hôpital –car ici, il n’y a pas de structure médicale -, vous ne pouvez pas y aller. Nous avons besoin de plus de nourriture, nous ne pouvons pas nous en procurer dans les villes. Nous n’avons pas de quoi survivre. Quand nous essayons de déjouer les barrages routiers pour aller chercher de la nourriture, on nous inflige de lourdes amendes. On est traînés en justice, mais on ne peut pas payer puisque nous sommes réfugiés et n’avons pas d’argent. Ils nous accablent d’amendes. On nous envoie pourrir en prison et quand nous en sortons, c’est pour retrouver cette autre prison qu’est le camp. »
Leur situation difficile est illustrée par la mort tragique d’un enfant le 14 octobre 2006. Abdillahi Isaack Ali a raconté comment son fils Ahmed Mahmoud Mohammed a été piqué par un serpent venimeux le 13 octobre et est mort dans le camp, à cause du refus opposé par le gouvernement à tout déplacement des réfugiés hors du camp.
Même dans leur isolement, les réfugiés sont victimes d’arrestations par le gouvernement kényan. Halima Ma’ala a expliqué : « Nous sommes au courant qu’un certain nombre de réfugiés ont été renvoyés en Somalie, les Kényans prétendant qu’ils étaient des terroristes. Nous avons beaucoup d e gens qui étaient venus se réfugier ici pour fuir la guerre mais qui ont été renvoyés de force, sans recevoir aucune aide. D’autre qui avaient cherché refuge à Nairobi ont été désignés comme terroristes et arrêtés. Nous sommes au courant de cela et ça nous rend malades. »
Une jeune Somalienne nous a déclaré : « Le Gouvernement fédéral de transition somalien a tué du bétail et beaucoup d’êtres humains. Ils prétendent qu’ils recherchaient des cellules d’Al Qaïda, mais nous avons la preuve que les gens qu’ils ont tués étaient innocents. » [13]

VALIDITÉ D’APPLICATION DES CONVENTIONS DE GENEVE
Les violations des lois humanitaires internationales ont commencé dès le début des transferts du Kenya vers la Somalie. Selon les Conventions de Genève, les transferts forcés sont totalement illégaux. L’Article 49 de la 4ème Convention de Genève, bien que s’appliquant aux situations d’occupation, stipule la prohibition totale de refoulements vers des régions où règne l’instabilité comme ces transferts du Kenya vers la Somalie en guerre. L’Article 49 stipule
Les transferts forcés, en masse ou individuels, ainsi que les déportations de personnes protégées hors du territoire occupé dans le territoire de la Puissance occupante ou dans celui de tout autr État, occupé ou non, sont interdits, quel qu’en soit le motif. [14]
Cela est renforcé par l’Article 44 qui stipule
En prenant les mesures de contrôle prévues par la présente Convention, la Puissance détentrice ne traitera pas comme étrangers ennemis, exclusivement sur la base de leur appartenance juridique à un État ennemi, les réfugiés qui ne jouissent en fait de la protection d’aucun gouvernement. [15]
Les articles ci-dessus se réfèrent aux individus qui sont des civils et sont donc protégés par les clauses concernant la protection des civils. Ces dispositions s’appliquent donc au transfert par le gouvernement kényan ‘enfants, sans aucun égard à leur statut de réfugiés. Cependant leur détention en Éthiopie a eu lieu dans le cadre de la guerre internationale contre le terrorisme.
La déclaration de Safia Benaouda pointe fortement le recours à une terminologie venue directement de la guerre US contre l’Afghanistan et des transferts à Guantánamo Bay qui se sont ensuivis. Le tribunal éthiopien a dit aux détenus qu’ils seraient inculpés comme « combattants illégaux », « prisonniers de guerre » ou « autres ». La terminologie utilisée par les Éthiopiens est celle qu’on utilise durant un conflit et ils ont traité les détenus dans cette optique. En cas de conflit, c’est le Jus in Bello(droit de guerre) qui entre automatiquement en vigueur et avec lui toutes les lois applicables de la législation humanitaire internationale. Indépendamment du fait de savoir si le concept de « combattant illégal » a une quelconque existence légale valable, la 3ème Convention de Genève ne permet de préjuger d’aucune manière que ce soit du statut d’un individu ou d’un groupe d’individus. Bien au contraire l’Article 5 stipule
S'il y a doute sur l'appartenance à l'une des catégories énumérées à l'article 4 des personnes qui ont commis un acte de belligérance et qui sont tombées aux mains de l'ennemi, lesdites personnes bénéficieront de la protection de la présente Convention en attendant que leur statut ait été déterminé par un tribunal compétent. [16]
Un tribunal compétent doit être convoqué par les Éthiopiens pour établir la qualité des personnes détenues, mais en attendant, celles-ci doivent bénéficier de la pleine protection des Conventions de Genève. Même si les Éthiopiens sont en mesure de prouver que certains des détenus ont pris part aux hostilités, la protection garantie par les Conventions de Genève doit être appliquée. L’Article de la 3ème Convention de Genève stipule
Les prisonniers de guerre doivent être traités en tout temps avec humanité. Tout acte ou omission illicite de la part de la Puissance détentrice entraînant la mort ou mettant gravement en danger la santé d'un prisonnier de guerre en son pouvoir est interdit et sera considéré comme une grave infraction à la présente Convention. En particulier, aucun prisonnier de guerre ne pourra être soumis à une mutilation physique ou à une expérience médicale ou scientifique de quelque nature qu'elle soit qui ne serait pas justifiée par le traitement médical du prisonnier intéressé et qui ne serait pas dans son intérêt. Les prisonniers de guerre doivent de même être protégés en tout temps, notamment contre tout acte de violence ou d'intimidation, contre les insultes et la curiosité publique.Les mesures de représailles à leur égard sont interdites. . [17]
Bien que l’Éthiopie n’ait ni signé ni ratifié d’équivalent à a la Convention contre la Torture (CCT) – les normes anti-torture ont été reconnues au niveau international avec un statut de lois coutumières qui peuvent être retrouvées dans les Conventions de Genève, la Déclaration universelle des droits humains, les conventions sur les droits civils, politiques et économiques et la CCT. L’Éthiopie doit remplir ses obligations vis-à-vis de la CCT afin de s’assurer que les personnes qu’elle détient ne sont soumises à aucun mauvais traitement. Il ressort clairement des témoignages recueillis auprès des personnes qui ont été détenues en Éthiopie, que les interrogateurs ont exercé des tortures. Il est impératif que l’Éthiopie satisfasse à ses obligations en vertu des 3ème et 4ème Conventions de Genève et fournisse la protection pleine et entière due aux personnes détenues. Si les Éthiopiens maintiennent les détentions, ils pourraient se rendre coupables de violations « graves » ou « sérieuses de l’article 147 de la 4ème Convention de Genève

DÉTENUS EN ÉTHIOPIE
Ressortissants suédois et résidents étrangers en Suède
Il y a actuellement deux ressortissants suédois, un résident étranger en Suède, la femme d’un ressortissant et leurs enfants détenus dans un prison de type Guantánamo en Éthiopie. Les manifestes de vol révélés par le Muslim Human Rights Forum au Kenya indiquent que tous ces individus ont été arrêtés au Kenya et transférés en Somalie. La confirmation d e leur transfert ultérieur en Éthiopie a été donnée par la déclaration de Safia Benaouda, qui se trouvait avec eux dans la prison éthiopienne.
Le ministère suédois des Affaires étrangères a déjà déclaré qu’il va représenter les intérêts de ses ressortissants et résidents étrangers e essayer d’assurer leur libération et leur rapatriement.
1.
Munir Awad et Safia Benaouda
Munir Awad et sa fiancée Safia Benaouda se sont rendus fin 2006 à Dubaï pour de longues vacances. Voulant passer deux semaines dans un autre pays musulman, le couple a décidé d’aller passer deux semaines en Somalie pour expérimenter un autre pays musulman. Safia raconte :
« J’aime voyager et j’étais excitée à l’idée de découvrir la Somalie, un nouveau pays musulman pour moi, je voulais voir à quoi ça ressemblait. Je crois que les Somaliens n’aiment pas les Blancs et je me suis sentie mal à l’aise là-bas en tant que Blanche. Nous ne sommes même pas restés deux semaines à Mogadiscio comme nous en avons l’intention au départ…Nous étions déçus et voulions rentrer mais nous n’avons pas pu car les trouble sont éclaté à ce moment-là. » [18]
Ils avaient l’intention de reprendre un vol pour Dubaï le 24 décembre 2006. Or ce fut justement le jour choisi par l’armée éthiopienne pour attaquer la Somalie et bombarder l’aéroport international de Mogadiscio. Les vols internationaux ont été immédiatement annulés, ce qui a obligé les étrangers qui voulaient quitter le pays à chercher un autre moyen de le faire. Le ministère suédois des Affaires étrangères a émis des avis conseillant aux ressortissants suédois de contacter leurs ambassades au Kenya ou en Éthiopie. Les familles ont donc téléphoné à ceux des leurs qui étaient en Somalie pour leur transmettre ce conseil. Munir et Safia, tenant compte de ce conseil, se sont alors mis en route vers la frontière somalo-kényane pour établir le contact avec l’ambassade suédoise, craignant d’aller en Éthiopie à cause de son hostilité à l’égard du gouvernement des Tribunaux islamiques.
Des Somaliens ont commencé à proposer aux étrangers de les escorter contre paiement vers la frontière kényane. Le couple a saisi l’occasion et s’est rendu avec ses guides à Kismayo, où se sont retrouvés beaucoup d’autres étrangers, eux aussi emmenés par des guides. Tous avaient l’intention de passer au Kenya pour fuir les combats. Munir est parti vers le Kenya avec un groupe d’hommes et Safia avec un groupe séparé de femmes. Tous les deux ont été arrêtés à leur arrivée au Kenya. Safia a expliqué qu’il y avait “ 3 soldats US (portant des badges e de uniformes militaires US) et 10 soldats kényans” qui ont arrêté son groupe de femmes et d’enfants à la frontière somalo-kényane.
Safia et Munir se sont retrouvés ensemble une fois ramenés à Mogadiscio puis plus tard en Éthiopie, bien qu’ils n’aient pas été autorisés à se parler ou à se rencontrer à aucun moment en Éthiopie, jusqu’au moment où Safia a été libérée pour être renvoyée en Suède.
Lorsqu’elle a pu le rencontrer avant son départ, elle a pu voir les marques des coups et de tortures infligés par les interrogateurs US. Il lui a expliqué qu’ils lui faisaient la vie dure.
2. Osman Ahmed Yassin et sa famille
Arrêté à Hulugo, à la frontière somalo-kényane, Osman Ahmed Yassin, un citoyen suédois, ainsi que sa femme et leurs deux enfants, ont été été transférés de Kenya en Somalie et de là, en Éthiopie. Osman a été détenu dans des conditions qui s’apparentent à de la torture et à des traitements cruels et dégradants. Selon Safia Benaouda, il a été torturé plus que la plupart des autres détenus, et bien qu’il en ait porté des marques apparentes, les agents de renseignement suédois qui l’ont interrogé en Éthiopie ne lui ont pas posé de questions à ce sujet. L’ambassade au Kenya a prétendu en permanence de pas avoir connaissance de la présence de ressortissants suédois dans des prisons kényanes, bien que, selon, des sources fiables en Suède, l’ambassadeur suédois au Kenya ait rencontré Osman lorsqu’il était détenu à Nairobi. Des fonctionnaires de l’ambassade se sont en outre rendus dans les prisons et on apporté à Osman des brosses à dents, du savon et des vitamines, et se sont mis d’accord avec lui pour le rencontrer le lendemain, mais, ont-ils prétendu, il avait été déplacé lorsqu’ils sont venus le lendemain. L’ambassade a constamment prétendu ne pas avoir connaissance de détentions de citoyens suédois au Kenya ni de leur imminent transfert en Somalie.
3. Youssef El Haitali
Youssef El Haitali est un résident étranger en Suède marié à une ressortissante suédoise. Ils étaient partis à l’étranger avec leurs deux enfants avec l’intention de s’installer dans un pays arabe pour y trouver du travail. Le18 décembre 2006, Youssef a laissé sa famille à Dubaï pour se rendre en Somalie, afin d’y évaluer la situation pour une éventuelle installation. À son arrivée, l’Union des tribunaux islamiques contrôlait encore la situation, mais tout a changé quand l’Éthiopie a envahi la Somalie le 24 décembre. Suivant les directives du gouvernement suédois, , Youssef s’est rendu au Kenya, où il a été arête comme beaucoup d’autres. Le 27 janvier 2007, il est parvenu à donner un coup de fil à sa femme pour lui dire qu’il était emprisonné à l’aéroport et qu’il avait besoin d’aide pour être rapatrié en Suède. La fois suivante où sa femme a eu de ses nouvelles était le 1er février 2007 : il a expliqué que des prisonniers avaient été transférés et qu’il craignait qu’on ne fasse la même chose avec lui. Ce n’est que le 7 février 2007 que le ministère suédois des Affaires étrangères a confirmé à son épouse qu’il avait en effet été transféré en Éthiopie et qu’ils attendaient une confirmation de ce fait de la part du gouvernement éthiopien.
Déclarations des familles suédoises :
Safia Benaouda, fiancée de Munir Awad : « Je ne peux rien faire sans penser à lui. Tout me semble horrible. Je me demande comment je peux manger et dormir alors qu’il est toujours là-bas. J’ai honte de sourire ou de faire quelque chose de sympa qui fait plaisir car il est mon meilleur ami. Je n’ai jamais eu un ami comme Munir. C’est mon premier meilleur ami, quelqu’un en qui j’ai confiance, quelqu’un avec je partage tout et dont je sais qu’il sera toujours là. Il me dit toujours que je suis le plus beau cadeau qu’on lui ait jamais fait. Ça me fait un sacré effet. Nous allons avoir un enfant ensemble et ce lien spécial entre nous va devenir encore plus fort. Nous allons être parents ensemble et je veux qu’il rentre à la maison. » [19]
Umm Aisha, femme de Youssef El Haitali :« J’ai perdu toute confiance dans le gouvernement suédois. Il semble qu’ils se fichent totalement de lui. » [20]
Recommandations:
• Le gouvernement suédois devrait faire une représentation complète concernant les ressortissants et résidents étrangers encore emprisonnés à Addis Abeba.
• Alors que la femme et les enfants d’ Osman Ahmed ne sont pas ressortissants suédois, Osman l’est. Le gouvernement suédois devrait engager toutes les démarches nécessaires pour accélérer le processus d’attribution de la nationalité suédoise aux enfants et à la mère, afin de pouvoir recevoir toute la famille en Suède.
Ressortissants kényans
Dans un vaste opération de rafles à travers tout le Kenya en janvier, l’unité antiterroriste de la police et l’armée kényanes ont arrêté un certain nombre de ressortissants kényans, qu’ils aient franchi la frontière en provenance de Somalie ou non. Un certain nombre de ressortissants kényans ont été illégalement emprisonnés ou transférés. Bien que beaucoup d’entre eux aient été remis à la Somalie, il a été impossible de localiser la plupart d’entre eux.
La gouvernement kényan a refusé de reconnaître qu’il avait remis des ressortissants kényans, et ce en dépit du fait des preuves fournies par les manifestes de vol obtenus par des procédures judiciaires. L’indignation publique au Kenya n’a pas été en mesure de modifier la position du gouvernement, bien que le lieu de détention des personnes transférées reste inconnu. D’une manière fort semblable à celle du Pakistan, le gouvernement kényan s’est montré disposé à permettre que ses citoyens soient remis sans autre forme de procès à la juridiction territoriale d’un autre pays et se retrouvent ainsi exposés à un danger réel de torture en étant envoyés dans une zone en conflit.
Selon Cageprisoners, les ressortissants kényans ont été amenés dans une des nombreuses bases militaires utilisées en Éthiopie par des forces étrangères dans le cadre de la « guerre mondiale contre le terrorisme ».
1. Kényans remis à l’Éthiopie
Dans une série d’arrestations de ressortissants étrangers venant de Somalie au Kenya pour fuir le conflit, Said Hamisi Mohammed a été arrêté le 4 janvier 2007 à Kiunga. Le 20 février, Said a pu appeler sa soeur Fatima pour lui dire qu’il avait été transféré en Éthiopie après avoir été remis par le Kenya à a Somalie. Said faisait partie d’un groupe de Kényans envoyés en avion en Somalie vers le 27 janvier 2007. Dans sa conversation téléphonique avec sa soeur, Said s’est plaint de la brutalité des soldats éthiopiens et a dit avoir été battu ainsi que les autres détenus.
Abdi Muhammed Abdillahi a été arrêté à Liboi et transféré dans diverses prisons au Kenya avant d’être remis à la Somalie. Grâce à ses contacts à Mogadiscio, le père d’Abdi a pu s’assurer que sue son fils avait été remis à l’Éthiopie, où il est détenu dans une prison inconnue.
Parmi les autres ressortissants kényans se trouvent les trois enfants Luqman, Asma et Sumaiya Fazul Hassan, qui ont tous été remis à l’Éthiopie avec leur mère, qui est ressortissante des Comores. La mère et les enfants étaient détenus dans la même prison que Safia Benaouda à Addis Ababa.
2. Kényans remis à la Somalie
Bashir Hussein Chirag et Swaleh Ali Tunza were ont été capturés par l’amée kényane le 4 janvier 2007 à Kiunga. Après une détention au Kenya, ils ont été remis à la Somalie le 27 janvier 2007 dans un des vols organisés pour transférer les détenus. Il y avait dans ce groupe aussi Salim Awadh Salim qui a pu appeler le Muslim Human Rights Forum à plusieurs occasions depuis Mogadiscio.
Parmi les autres détenus remis à la Somalie et ont on ignore où ils trouvent actuellement, il y a :
Hassan Shaban Mwazume, Saie Khamis Moha, Bashir Hussein Moha, Nasru Tuko, Hussein Ali Said, Tsuma Soloman Adam, Hajir Mohamed Mahamud, Mohamed Abushir Salim, Kasim Musa Mwarusi, Ali Musa Mwarusi, Abdallah Halifan Tondwe, Said Shifa, Salame Ngama, Ibrahim Odhiambo Wajal, Aden Sheikh Abdullah et Yusuf Ali Haitagi.
3. Mohamed Abdul Malik Abdul Jabbar
Vivant à Mombasa depuis 4 ans, après son arrivée de Somalie, Mohammed Abdul Malik a été arrêté et emmené au commissariat de police de Rongai. Le Muslim
Human Rights Forum est parvenu à lui rendre une visite avant que tombe l’ordre de lui interdire tout contact après qu’il avait été transféré au commissariat de Hardy. Le 27 février 2007, Abdul Malik a été déplacé ailleurs.
Le 26 mars 2007, l’agence Associated Press publiait un article relatant qu’Abdul Malik avait été transféré à Guantánamo Bay. Bryan Whitman, porte-parole du Pentagone, a expliqué qu’Abdul Malik constituait une menace significative et que pour cette raison, la décision de le transférer à la base avait été prise.
Abdul Malik est passé des mains kényanes aux mains US sans aucune procédure formelle d’extradition et a été effectivement transféré à Guantánamo Bay avec tous les autres détenus qui y ont été transférés sans autre forme de procès.
Déclarations des familles kényanes:
Bidi Bwadaheri, mère de Said Hamisi Mohammed : « Le gouvernement kényan ne nous a jamais rien dit sur son arrestation – ils ne nous ont pas dit qu’il avait été arrêté au Kenya, ni qu’il avait été transféré en Somalie, ni qu’il avait été transféré en Éthiopie…Je me sens mal de ne pas pouvoir voir mon fils – vraiment mal. Je souhaite que si mon fils a fait quelque chose de mal, il soit rapatrié et inculpé ici. » [21]
Millie Mithounie, détenue au Kenya et amie de Kamilya Tuweil :
« Ce n’est pas difficile de faire parvenir ces informations aux gens – j’ai tout. S’ils me tuent parce que j’ai dit la vérité, alors ils peuvent me tuer. Je ne ferai pas de compromis. Comment puis-je me taire alors que soeur est en train de souffrir en Somalie ? Je veux que Kamilya revienne à Dubaï pour retrouver ses enfants qui l’attendent là-bas. Je veux vraiment que le monde sache la vérité sur ce qui s’est passé, car nous ne sommes pas des terroristes. Nous avons été trop honnêtes – tout cela parce que nous n’avons pas voulu donner les 5000 dollars. » [22]
Musa Said Mwarusi, père des frères Mwarusi :
« Je n’ai reçu aucune information du gouvernement. Je ne peux rien dire sur le gouvernement puisqu’ils ne m’ont rien dit du tout. Donc comment puis-je réagir puisqu’ils nient savoir quoi que ce soit ? » [23]
Recommandations:
• Le gouvernement kényan doit rendre publics l’identité et les lieux de détention de tous les prisonniers étrangers et kényans qui sont sous sa garde ou ont été transférés en Somalie, en Éthiopie ou ailleurs, détenus ou transférés en liaison avec les récentes hostilités dans la Corne de l’Afrique.
• Le gouvernement kényan devrait se joindre à la condamnation internationale des conditions régnant à Guantánamo Bay et demander le retour de ses ressortissants pour qu’ils soient jugés selon ses lois ou soumis à une procédure d’extradition au cas un État tiers aurait des demandes légalement étayées à formuler concernant certains de ses ressortissants.
Ressortissants comoriens
Halima Badrudine
, une citoyenne des Comores, et ses trois jeunes enfants Luqman, Asma et Sumayyah, ont été arrêtés dans le village de Kiunga au Kenya avec d’autres personnes le 7 janvier 2007. Halima est l’épouse de Fazul Abdullah Mohammed, un binational comorien et kényan soupçonné par les USA d’être impliqué dans les attentats de 1998 contre les ambssades US de Nairobi et Dar As Salaam et de 2002 contre le Paradise Hotel à Kikambala.
Détention au Kenya:
Fuyant la Somalie après le déclenchement de la guerre avec l’Éthiopie, la mère et les enfants ont été arrêtés à leur arrivée au Kenya et enfermés dans le Dépôt interne de containers (ICD) pendant trois semaines. Selon une autre détenue, Halima Hashim, qui a été libérée entretemps, et qui se trouvait avec Halima Baddrudine et ses enfants dans l’ICD, la police kényane les avait menacés en leur disant “si vous ne dites pas la vérité, on va vous étrangler.” [24] Après la période passée dans l’ICD, Halima Badrudine et ses enfants ont été transférés hors de la prison pour apprendre plus tard qu’ils avaient été mises à bord d’un vol de transfert vers la Somalie. Le transfert a été confirmé par Salmin Mohammed Khamis [25], qui a assisté à leur extraction de la prison le 27 janvier et corroboré par les plans de vol produits par l’ONG kényane Muslim Human Rights Forum.
Détention en Somalie et Éthiopie:
Le vol African Express Airways qui a atterri à Mogadiscio le 27 janvier 2007 transportait 35 personnes dont 10 femmes et 11 enfants, parmi lesquels Halima
Badrudine et ses enfants. Selon Safia Benaouda, Halima a été emmenée pour interrogatoires à plusieurs reprises durant sa brève détention en Somalie. Une fois en Éthiopie, aussi bien Kamilya que Safia ont noté le nombre de fois où Halima Badrudine a été emmenée à l’interrogatoire. Safia commente :
« Halima a été interrogée un tas de fois en Éthiopie. Psychologiquemnt, elle était détruite. Ses enfants étaient effrayés chaque fois qu’elle devait être interrogée et qu’ils étaient emmenés avec elle. À leur retour, ils avaient peur de parler avec nous. » [26]
Les mauvais traitements n’avaient pas eulement lieu durant els interrogatories. Safia a aussi été témoin de ce qu’ « ils lui tapaient et criaient dessus devant ses enfants pendant les premières semaines…Elle avait le même air que les hommes (détenus). Déprimée, stressée, au bord de la folie. » [27]
Recommandations:
• L’Union des Comores doit immédiatement intervenir en faveur d’ Halima Badrudine et demander que lui soi garanti un accès à un procès équitable avec plein accès à une représentation légale.
• L’Union des Comores doit aussi prendre des dispositions pour que les enfants d’Halima soient placés auprès de membres de sa famille jusqu’à ce qu’elle soit libérée.
Ressortissant canadien
Bashir Makhtal est un citoyen canadien de 36 ans. Il a été détenu au secret au centre de la Police fédérale d’enquête à Addis Abeba, Ethiopie. Originaire d’Éthiopie, il a obtenu l’asile au Canada en 1991. En 2001 il a monté une entreprise d’achat-vente de vêtements au Kenya et se trouvait pour affaires en Somalie lorsque les Éthiopiens et les US ont attaqué fin 2006. Bashir a fui vers la frontière kényane où il a été arrêté avec 29 autres personnes et emmené dans un lieu de détention à Nairobi , où il dit avoir été interrogé par des officiers de l’armée éthiopienne. Malgré deux appels légaux remettant en cause sa détention et cherchant à prévenir une déportation vers tout autre pays que le Canada, Bashir Makhtal a été remis le 20 janvier 2007 à la Somalie puis à l’Éthiopie, pays qu’il avait fui des années auparavant.
Détention au Kenya:
Pris avec 29 autres à la fontière somalo-kényane, Bashir a été enfermé au commissariat de police de Gigri à Nairobi. Le 15 janvier 2007, il a reçu la visite d’une fonctionnaire du consulat canadien, Kym Henkee-Poole, qui était parvenue à informer sa famille de sa situation. La fonctionnaire canadienne a dit à la famille que Bashir avait été interrogé par l’armée éthiopienne même lorsqu’il se trouvait en détention au Kenya.
Le 17 janvier, l’avocat de Bashir a déposé une demande d’habeas corpus et qu’il soit inculpé ou relâché et le 18 une demande de garantie qu’il ne serait remis à aucun autre pays que le Canada. Malgré ces procédures légales, Bashir informait son avocat par téléphone le 20 janvier qu’il avait été emmené par un vol African Express Airway vers une destination inconnue, après avoir été conduit de force à bord par un garde armé. Les manifestes de vol indiquent que Bashir a été mis dans un avion à destination de la Somalie. Plus tard il a été transféré de là vers l’Éthiopie où ils e trouve toujours. Recommandations:
• Le gouvernement canadien doit engager toutes les démarches diplomatiques pour exiger que Bashir soit inculpé ou relâché.
• Si Bashir est suspecté d’être un combattant illégal, il doit avoir accès à un tribunal aux termes de l’article 75 comme requis par les Conventions de Genève avec tous les éléments d’un procès ouvert et équitable.
Ressortissant US
Amir Mohammed Meshal est un citoyen US de 24 ans détenu au secret en Éthiopie. Selon des articles de presse, Amir Mohammed Meshal devait être remis en liberté le 13 avril 2007, mais son retour aux USA a été reporté indéfiniment car son nom avait été placé sur les listes d’indésirables (“no-fly lists”) à bord des vols aériens US du Département de la Sécurité intérieure par le FBI. Plus de deux semaines plus tard, Amir Mohammed Meshal reste incarcéré en Éthiopie et rien n’a été entrepris pour enlever son nom de la liste et lui permettre de rejoindre sa famille.
Détention au Kenya:
Le 20 janvier 2007, Amir Mohamed Meshal a été arête à la frontière somalo-kényane et mis en détention par les Kényans. À Nairobi, Amir a été questionné à plusieurs reprises par le FBI, selon des témoignages recueillis par Cageprisoners et
Reprieve [28]. Le 6 février 2007, le père d’Amir a reçu à son domicile du New Jersey une visite du FBI qui l’a informé que son fils était détenu au Kenya. Le soir même le Département d’État US a confirmé son incarcération et a déclaré qu’il cherchait à assurer son rapatriement aux USA. Le 10 février 2007, Amir a été transféré par avion du Kenya en Somalie puis de là en Éthiopie après quelques jours. Après une longue période de détention dans une prison éthiopienne, le Washington Post et le New York Times ont révélé que Amir devait être remis en liberté durant la deuxième semaine d’avril mais que son retour était bloqué par le fait que son apparaissait sur les listes d’indésirables à bord des vols aériens US établie par le Département de la Sécurité intérieure. Amir Mohammed
Meshal reste incarcéré en Éthiopie sans accès à des avocats ou à un tribunal pour assurer sa remise en liberté et court en permanence le risqué d’être torturé.
Recommandations:
• Le gouvernement US doit demander la libération d’Amir qui a été blanchi de toute accusation et reste détenu sans inculpation.• Le Département de la Sécurité intérieure US devrait retirer immédiatement le nom d’ Amir Mohammed Meshal de la liste des indésirables et assurer son retour aux USA. Tant que son nom ne sera pas retiré de cette liste, aucun transporteur ne pourra le rapatrier.

Citoyen rwandais
Ibrahim Clément Muhibitabo est un ressortissant rwandais de 37 ans qui a vécu au Kenya depuis les lendemains du génocide. Sa femme Fatuma et leurs trois enfants, âgés de 11 ans, 1 an et 4 mois, vivent tous à Nairobi. Fatuma dit qu’ Ibrahim avait du mal à trouver du travail au Kenya et qu’à la mi-novembre, il était parti pour le Moyen-Orient via la Somalie. Quand l’armée éthiopienne a attaqué la Somalie en décembre 2006, il s’est enfui au Kenya et a été arrêté avec un groupe d e personnes à la frontière et enfermé au commissariat de police de Kileleshwa à Nairobi. Fatuma a pu voir son mari en prison à plusieurs reprises, et lors de la dernière visite, le 19 janvier, elle a pu amener leur dernier-né, qu’il a ainsi pu voir pour la première fois. Le lendemain, lorsque Fatuma est arrivée au commissariat, Ibrahim avait disparu. Après une longue attente, elle s’est enfin entendue dire qu’il avait été transféré en Somalie. Depuis lors, Fatuma n’a plus eu aucune nouvelle de lui. Elle ne sait pas comment elle est ses trois enfants vont survivre vu qu’elle n’a aucun revenu.
Détention au Kenya:
Ibrahim Clément Muhibitabo a été arêté fin décembre ou début janvier à la frontière somalo-kényane. Il a été conduit au commissariat de Kileleshwa à Nairobi où il a été détenu sans inculpation. Le 20 janvier sa femme a appris qu’il avait été transféré en Somalie puis en Éthiopie, où il est actuellement détenu au secret et court des risques sérieux de torture.
Recommandations:
• Les autorités éthiopiennes doivent soit inculper soit relâcher Ibrahim immédiatement.
• Si les Éthiopiens envisagent de l’inculper comme combattant illégal, elles doivent appliquer les Conventions de Genève et lui garantir l’accès à un tribunal aux termes de l’Article 75, avec les garanties d’un procès ouvert et équitable pour déterminer son statut de combattant.
• S’il est remis en liberté, le gouvernement kényan a l’obligation morale d’engager des démarches pour le faire revenir au Kenya, son premier pays d’asile après le génocide au Rwanda.


Notes
1 Déclaration de Safia Benaouda à Cageprisoners et Reprieve à Stockholm, Suède, 05/04/2007
2 Déclaration de Fatima Ahmed Abdur Rahman à Cageprisoners et Reprieve à Mombasa, Kenya
02/03/20073 Les manifestes de vol des transferts peuvent être trouvés dans ce rapport :
http://www.cageprisoners.com/download.php?download=549
4 Déclaration de Mohammed Ezzouek à Cageprisoners et Reprieve à Londres, 14/02/20075 Déclaration de Kamilya Tuweil à Cageprisoners et Reprieve à Sharjah, Dubaï 09/04/2007
6 Déclaration de Safia Benaouda à Cageprisoners et Reprieve à Stockholm, Suède 05/04/2007
7 Déclaration de Safia Benaouda à Cageprisoners et Reprieve à Stockholm, Suède 05/04/2007
8 Déclaration de Kamilya Tuweil à Cageprisoners et Reprieve à Sharjah, Dubaï 09/04/20079 Déclaration de Safia Benaouda à Cageprisoners et Reprieve à Stockholm, Suède 05/04/2007
10 Déclaration de Safia Benaouda à Cageprisoners et Reprieve à Stockholm, Suède 05/04/200711 Déclaration de Safia Benaouda à Cageprisoners et Reprieve à Stockholm, Suède 05/04/2007
12 Déclaration de Safia Benaouda à Cageprisoners et Reprieve à Stockholm, Suède 05/04/2007913 Déclarations de réfugiés somaliens à Cageprisoners et Reprieve à Dadaab, Kenya 06/03/200714 Article 49, Genève (IV) Convention relative au traitement des prisonniers de guerre18 Déclaration de Safia Benaouda à Cageprisoners et Reprieve à Stockholm, Suède 05/04/2007
15 Article 49, Genève (IV) Convention relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre
16 Article 5, Genève (III) ) Convention relative au traitement des prisonniers de guerre17 Article 13, Genève (IV) Convention relative au traitement des prisonniers de guerre 19 Déclaration de Safia Benaouda à Cageprisoners et Reprieve à Stockholm, Suède 05/04/200720 Déclaration d’Umm Aisha à Cageprisoners et Reprieve à Stockholm, Suède 06/04/200721 Déclaration de Bidi Bwadaheri à Cageprisoners et Reprieve à Mombasa, Kenya 02/03/200722 Déclaration de Millie Mithounie Gako à Cageprisoners et Reprieve in Mombasa, Kenya 02/03/200723 Déclaration de Musa Said Mwarusi à Cageprisoners et Reprieve à Mombasa, Kenya 02/03/2007
24 Déclaration de Halima Hashim à Cageprisoners et Reprieve à Nairobi, Kenya 01/03/2007
25 Déclaration de Salmin Mohammed Khamis à Cageprisoners et Reprieve à Nairobi, Kenya
02/03/200726 Déclaration de Safia Benaouda à Cageprisoners et Reprieve à Stockholm, Suède 05/04/2007
27 Déclaration de Safia Benaouda à Cageprisoners et Reprieve à Stockholm, Suède 05/04/200728 Déclaration de Mohammed Ezzouek à Cageprisoners et Reprieve à Londres, RU 14/02/2007


Auteur Asim Qureshi Cageprisoners

Recherche Maryam Hassan Cageprisoners

Remerciements à
Clara Gutteridge Chercheuse, Reprieve
Safia Benaouda , victime de transfert en Éthiopie
Helena Benaouda, mere de Safia Benaouda
Kamilya Tuweil, victime de transfert en Éthiopie
Mohammed Ezzouek, victime de transfert en Somalie
Traduction Fausto Giudice, Tlaxcala et Chronique de Guantánamo

samedi 28 avril 2007

À Tinton Falls, on attend toujours Amir

Amir Meshal aurait du rentrer chez lui, à Tinton Falls, sur la côté du New Jersey (à 80 km au sud de New York), depuis plusieurs semaines. Ce guide touristique de 24 ans avait été kidnappé par la police kényane et remis à l’armée éthiopienne en janvier dernier. Il y a quelques semaines, un tribunal éthiopien l’avait relaxé. L’ambassade US d’Addis Abeba aurait normalement du se charger de son rapatriement, après l’avoir interrogé et s’être assurée qu’il ne constituait aucun danger pour les USA. Ce qui fut fait. Le seul problème qui restait à régler était qu’Amir figurait sur les listes dressées par le FBI d’indésirables à bord des vols aériens des compagnies US. C’état il y a presque un mois. Depuis, plus aucune nouvelle. Sa famille fait plus que s’inquiéter et le représentant de sa circonscription au Congrès vient de demander à Condoleezza Rice d’intervenir.

dimanche 15 avril 2007

Safia Benaouda : cauchemar en Éthiopie

Par Josef el Mahdi, Svenska Dagbladet, 12 avril 2007
L’agence de presse officielle éthiopienne Ethiopian News Agency diffuse cette photo de prisonniers apparemment heureux. Au premier plan Munir Awad, le fiancé de Safia.
Le prisonnier suédois montré à la television éthiopienne
Safia Benaouda, la Suédoise de 17 ans, raconte pour Svenska Dagbladet le cauchemar des trois mois passés en prison en Éthiopie après avoir été capturée par des militaires US. Au même moment, l’agence de presse d’État éthiopienne publie des photos de son fiancé de 25 ans, qui est toujours détenu. Mais l’image d’un « traitement amical » contraste fortement avec le récit de Safia Benaouda sur son séjour dans une prison militaire.
Le fiancé suédois de Safia Benaouda, âgé de 25 ans, a été montré hier à la télévision d’État éthiopienne. Avec d’autres prisonniers, il est soupçonné de terrorisme. Uniquement dans un but de propagande, selon des critiques que disent que les agissement de l’Éthiopie sont contraires aux droits humains.
La télévision éthiopienne a déclaré que les huit prisonniers dont elle a montré des photos se portent bien et sont bien traités dans la prison militaire où ils sont détenus. Parmi les 41 étrangers arrêtés se trouvent trois Suédois. « Nous sommes bien traités. Les Éthiopiens sont très sociaux et ils respectent les droits humains », déclare l’un des prisonniers selon l’agence officielle éthiopienne ENA. Même son de cloche du fiancé de Safia Benaouda : « Ils nous traitent bien, ils sont comme des amis pour nous. »Mais l’Éthiopie a été critiquée pour avoir emprisonné des suspects étrangers de terrorisme sans leur permettre l’accès à des avocats ou à leurs ambassades.
Ce n’est qu’hier que le pays a reconnu les détenir. Les autorités prétendent qu’ils sont des terroristes appartenant au mouvement islamiste qui a été chassé du pouvoir récemment en Somalie. Mais selon les organisations de défense des droits humains, le pays agit en violation des lois internationales.
Pour l’avocat Björn Hurtig, qui représente les familles des détenus suédois, l’image montrée à la télévision éthiopienne est loin de la réalité.
– J’ai été informé qu’ils ont été soumis à la torture et qu’ils ne vont pas bien du tout. Et les organisations de défense des droits humains qui ont été en contact avec les détenus ont raconté plusieurs abus dont ils été victimes, dit Björn Hurtig.
– Je trouve déplorable que l’on montre les prisonniers dans un but de propagande. Je suis très critique sur ce point. Ils sont dans une situation extrêmement humiliante et on les utilise pour je ne sais quel but. C’est désagréable, dit le social-démocrate Urban Ahlin, vice-Président de la Commission aux Affaires étrangères (du parlement).
Lorsque Svenska Dagbladet raconte à Samer Awad, le frère du détenu, qui est en Suède, que l’Éthiopie a publié des déclarations et une photo de son frère, Awad dit que son frère a du être mis sous une forte pression pour participer dans ce « spectacle de propagande ».
– C’est tellement évident qu’ils mentent en faisant cela. Bien sûr que les prisonniers ont intérêt à dire qu’ils sont contents quand ils savent ce qui peut leur arriver s’ils se plaignent. L’Éthiopie sent bien la pression extérieure contre la manière dont ils traitent les prisonniers et ça les désespère, dit le frère.
Safia Benaouda espère que tout cela signifie que l’Éthiopie est sur le point de les libérer :
– Ils n’ont pas du tout été bien traités, mais peut-être que maintenant il y a eu du changement pour éviter les critiques.
Le Comité international de la Croix-rouge (CICR), qui surveille le traitement des personnes détenues, n’a pas été autorisé à rencontrer les détenus.
– Nous avons demandé l’accès aux détenus mais nous ne l’avons pas encore eu, dit Patrick Megevand du CICR à l’agence de presse US AP.
Les USA, alliés de l’Éthiopie, ont participé aux bombardements de ce qui a été décrit comme des « bastions d’al Qaïda » en Somalie mais nient avoir participé aux transports militaires de prisonniers à travers les frontières dans la Corne de l’Afrique. Svenska Dagbladet a demandé hier un commentaire aux Affaires étrangères et à leur ministre Carl Bildt. Mais le ministre ne veut toujours pas s’exprimer sur la question. Le ministère éthiopien des Affaires étrangères refuse depuis plusieurs semaines de commenter l’affaire pour Svenska Dagbladet. Selon certaines informations, 29 des 41 suspects auraient été relaxés par un tribunal militaire*. Le ministère des AE ignore pour l’instant s’il y a des Suédois parmi eux.
Pendant sa captivité, Safia Benaouda a tenu un journal sur du papier hygiénique. Des courts textes sur les mauvais traitements, la peur, la nostalgie pour le foyer familial, sa maman qui lui manquait, la pizza à la sauce béarnaise et les bonbons Djungelvrål (Cri de la jungle). Photo: Felipe Morales

« Ce sont des soldats US qui nous ont capturés »

Ce sont des militaires US qui ont capturé la jeune Suédoise Safia Benaouda à la frontière kényane. Dans sa première interview après sa libération, elle raconte les mauvais traitements, l’incertitude et le pourquoi de son voyage en Somalie.Après trois semaines passées dans la Somalie en guerre, Safia Benaouda atteint le but de sa fuite, la frontière kényane. On est le 18 janvier. C’est là que le cauchemar commence. Les soldats qui surgissent abattent une femme du groupe et capturent les femmes et les enfants.
Les soldats kényans étaient commandés par trois hommes blancs en uniformes US portant le drapeau US sur leurs bras. Les Américains ont pris leurs passeports et plus tard, aussi les données personnelles, des échantillons d’ADN et les empreintes digitales aussi bien des femmes que des enfants du groupe.
–Ils ont dit que c’était dans un but préventif, au cas où ils en auraient besoin à l’avenir ou si nous devions un jour essayer d’entrer aux USA. On croyait qu’ou moins on était en sécurité, dit Safia Benaouda.
– Après que les soldats US nous avaient pris, ils se sont tenus en retrait mais il était évident que c’était eux qui prenaient les décisions pour les soldats noirs. Avec des efforts, la jeune fille de 17 ans raconte pour la première fois son arrestation et la détention de trois mois en Afrique. Dans son ventre grandit un enfant qu’elle a du protéger des violences des gardiens militaires.
Durant la première semaine de décembre, Safia Benaouda et son fiancé de 25 ans partent en vacances à Dubaï. Mais à Dubaï ils rencontrent plus d’immigrés indiens que d’Arabes autochtones et rapidement, ils en ont marre.
Ils rencontrent un homme de Stockholm qui doit se rendre en Somalie et ils l’y accompagnent. À sa mère, Safia n’a rien dit.
– Je pensais que c’était mieux de le lui raconter après. Sinon, on n’aurait pas pu faire ce voyage. Elle ne m’aurait jamais permis de le faire.
Mais vous ne saviez pas qu’il y avait la guerre en Somalie ?
– Tout le monde nous disait que là-bas, c’était plus calme que jamais. C’était faux.
Elle dit qu’ils ont débarqué une petite semaine avant que la guerre éclate.
– Quand on est arrivés, on nous a conseillé de rester à l’intérieur de la maison. Mais de rester enfermés, c’était pas marrant : on voulait voir le pays !Ils venaient de décider de rentrer à la maison quand la guerre a éclaté. L’aéroport a été bombardé. Ils se sont retrouvés coincés sans parler la langue du pays. Autour d’eux, c’était un chaos total.
Après s’être cachés pendant quelques jours, ils ont entendu dire que les étrangers pouvaient être évacués contre paiement en voyageant en convoi de voitures vers le Kenya, où la Suède a son ambassade.
–J’avais peur. On ne pensait qu’à fuir.
Dans la ville côtière de Kismayo, Safia se sépare de son fiancé car elle doit accompagner une femme enceinte à l’hôpital. Elle se retrouve ensuite dans une autre voiture avec des femmes étrangères. Après avoir été capturée un matin dans le désert, elle est conduite à Nairobi. Puis, avec d’autres prisonniers, les mains attachées dans le dos avec des colliers de serrage de tuyaux et les yeux bandés, elle est reconduite dans la Somalie en guerre. « Vous n’avez aucun droit », lui ont les Kényans. Puis de Somalie, elle est conduite dans une prison secrète en Éthiopie. C’est là qu’elle revoit son fiancé pour la première fois depuis de semaines Il avait été pris par des militaires kényans avec les autres étrangers.
En février, les détenus sont transportés par avion à Addis Abeba. Après un certain temps, les trois hommes suédois sont mis dans des cages spéciales, raconte Safia Benaouda.
– C’était comme des cages à poules avec des toits métalliques. C’était terrible à voir.
Lorsqu’elle raconte, elle rafraîchit ses souvenirs en s’aidant du journal qu’elle a tenu pendant sa captivité sur du papier hygiénique. Le 13 mars, les détenus sont conduits dans une salle de tribunal, mais c’est pour s’entendre dire qu’ils sont des « combattants illégaux » de Somalie.En disant cela, elle soupire. Elle dit que son fiancé et elle n’ont jamais rien eu à faire avec des extrémistes politiques.
– Et puis quoi, est-ce qu’on allait faire la guerre en vacances, avec un enfant dans le ventre ? Fin mars, les gardiens commencent soudain à la traiter mieux. Le vendredi 23 mars, elle peut rencontrer Thomas Wiklund de l’ambassade suédoise. Quelques jours plus tard, elle est mise dans un avion pour Arlanda (l’aéroport de Stockholm).
Une fois de retour en Suède, elle s’inquiète pour son fiancé et pour les autres détenus. Elle est déçue par le silence du gouvernement.
– J’aurais aimé que Carl Bildt montre qu’il se préoccupe de cette affaire.

* Amir Meshal, 24 ans, citoyen US du New Jersey, aurait du être rapatrié le 13 avril, mais les fonctionnaires du Départment d'État US chargés de l'opération ont découvert qu'il figurait sur les listes des passagers indésirables sur les lignes aériennes US, établie apr le FBI. Il est donc en stand by à Addis Abeba. Amir était guide touristique à Dubaï, de quoi le rende très suspect...(NdT)

Original :
Svenska Dagbladet
Traduit du suédois par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
URL de cet article :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2427&lg=fr

samedi 7 avril 2007

Guantánamo décentralisé, externalisé en Éthiopie

Des agents de la CIA et du FBI traquant des militants d'Al Qaïda dans la Corne de l'Afrique retiennent des personnes soupçonnées de terrorisme et originaires de 19 pays dans des prisons secrètes en Éthiopie, révèle une enquête menée dans la région par l'Associated Press.
La semaine dernière, le Pentagone avait annoncé avoir transféré à Guantánamo un Kényan, Mohamed Abul Malik, arrêté alors qu’il tentait de fuir la Somalie après l’invasion éthiopienne.
D'après les organisations de défense des droits de l'Homme, des avocats et des diplomates occidentaux interrogés par l'AP, plusieurs centaines de prisonniers, dont des femmes et des enfants, ont été transférés secrètement et illégalement ces derniers mois du Kenya et de Somalie vers l'Éthiopie, où ils sont détenus sans inculpation, ni accès à des défenseurs ou à leurs familles.
Parmi les détenus figure au moins un citoyen américain, alors que d'autres sont originaires du Canada, de Suède et de France, selon les données rassemblées par une organisation musulmane kenyane des droits de l'Homme et un listing de vol obtenu par l'AP. Il y a aussi des détenus originaires d’Érythrée, de Tanzanie, d’Arabie saoudite, du Rwanda, de Tunisie et du Maroc. Le citoyen canadien Bashir Makhtal est parmi les détenus. Le gouvernement érythréen a demandé aux autorités kényanes la libération de trois ressortissants détenus.

Amir Meshal, de Tinton Falls, New Jersey, photographié par un officier consulaire US alors qu’il remplit une demande de passeport US le mercredi 4 avril au siège du QG des services de renseignement et de sécurité éthiopiens à Addis Abeba.

Amir Mohamed Meshal, 24 ans, un citoyen US, a reçu trois visites de représentants de l’ambassade US et a transmis un message à sa famille, lui demandant d’être “patiente”.La porte-parole du ministère suédois des Affaires étrangères Nina Ersman a dit que son ministère était parvenu à accéder à deux ressortissants suédois et à un résident permanent étranger en Suède, tous détenus en Éthiopie.
Certains détenus ont été interpellés par les troupes éthiopiennes qui ont renversé le gouvernement de l’Union des tribunaux islamiques à la fin de l'année dernière à Mogadiscio, en Somalie. D'autres ont été expulsés du Kenya, pays où de nombreux Somaliens se sont réfugiés pour fuir les violences dans leur pays natal.
L'Éthiopie, qui dément détenir secrètement des prisonniers, est un pays d'Afrique de l'Est où les droits de l'Homme sont fréquemment bafoués. Ces dernières années, le régime d'Addis Abeba a aussi été un proche allié des USA dans la lutte contre Al Qaïda, qui essaye de s'implanter parmi les musulmans de la Corne de l'Afrique.Des responsables américains, contactés par l'Associated Press, ont reconnu que des prisonniers avaient été interrogés en Éthiopie. Mais ils ont assuré que les agents américains respectaient la loi et que leur action était justifiée parce qu'ils enquêtaient sur des attaques passées et sur des menaces terroristes actuelles.Les prisonniers n'ont jamais été sous la garde des Américains, a affirmé un porte-parole du FBI, Richard Kolko, démentant que son agence soutiendrait ou participerait à des arrestations illégales. A l'en croire, les agents américains ont obtenu l'autorisation des gouvernements des pays de la Corne de l'Afrique d'interroger des prisonniers dans le cadre de la lutte antiterroriste.Selon des responsables occidentaux, parmi les personnes détenues figurent des suspects connus pour les liens étroits qu'ils entretiendraient avec Al Qaïda. Mais certains alliés USA ont fait part de leur consternation concernant les transferts dans ces prisons secrètes.
John Sifton, expert de Human Rights Watch en matière d'antiterrorisme, est allé jusqu'à dire que les USA s'étaient comportés en "meneurs" dans une affaire qu'il a qualifiée de "Guantánamo décentralisé, externalisé".
Un enquêteur d'une ONG internationale de défense des droits de homme a lui précisé que l'Éthiopie avait installé des prisons secrètes sur trois sites: à Addis Abeba, sur une base aérienne éthiopienne à 59km à l'est de la capitale, et dans le désert près de la frontière somalienne."C'était un cauchemar du début à la fin", a raconté Kamilya Mohammedi Tuweni, une femme de 42 ans, mère de trois enfants et titulaire d'un passeport des Émirats arabes unis, dans ses premiers commentaires après sa libération à Addis Abeba, le 24 mars. Elle dit avoir passé deux mois et demi en détention sans avoir été inculpée. Elle est la seule détenue libérée à s'être exprimée publiquement.
Elle dit avoir été arrêtée au cours d'un voyage d'affaires au Kenya, le 10 janvier, avoir été battue, puis envoyée en Somalie où elle aurait partagé une chambre avec 22 autres femmes et enfants. Elle affirme avoir été conduite en Éthiopie, où un agent américain l'aurait interrogée et exhortée à coopérer.
Helena Benaouda avec une photo de Safia enfant

La famille de la détenue suédoise Safia Benaouda, 17 ans, a déclaré que celle-ci a été libérée par l’Éthiopie le 27 mars et est rentrée le Suède le 28. “Elle est épuisée, son visage est jaune et elle a perdu 10 kilos”, a déclaré sa mère Helena Benaouda, une convertie de 47 ans qui dirige le Conseil musulman suédois. Safia avait été arrêtée avec son fiancé au Kenya, où ils s’étaient enfuis après l’invasion éthiopienne de la Somalie. Ils s’étaient rendus en Somalie lors d’un séjour à Dubaï en décembre. Ils ont fait partie des 63 détenus transportés en avion de Nairobi à Mogadiscio le 27 janvier dernier. Puis ils ont été conduits en Éthiopie. Safia a dit qu’un représentant US est venu relever les empreintes digitales et prélever de la salive des détenus. Un bébé de 7 mois était détenu avec elle. Son fiancé est toujours emprisonné en Éthiopie.
Source : AP, 4-6 avril 2007

lundi 12 février 2007

Le Kenya livre des Britanniques à Mogadiscio avec la complicité de Londres

Par Reprieve,10 février 2007
Reprieve a appris que quatre ressortissants britanniques (Shahajan Janjua, Reza Afsharzadagen, Mohammed Ezzoueck et Hamza Chentouf) ont été livrés le 10 février 2007 par le Kenya à la Somalie, où ils se trouvent dans un lieu de détention innconnu. Reprieve craint qu’ils soient soumis à la torture à moins que le gouvernement britannique n’agisse immédiatement pour assurer leur retour à la maison sains et saufs.
Une enquête menée par Cageprisoners et Reprieve a révélé que ces hommes ont fui la Somalie, où ils étaient en danger et qu’ils ont été détenus sans inculpation par les autorités kényanes pendant plus d’un mois. Pendant ce temps ils n’ont reçu aucune visite consulaire du Foreign and Commonwealth Office (FCO) mais ont été interrogés à plusieurs reprises par les services de sécurité britanniques. »Ce qui est arrivé à ces quatre hommes est un scandale », a déclaré Clive Stafford Smith, directeur juridique de Reprieve. « Apparemment, la seule assistance consulaire que des Britanniques musulmans à l’étranger puissent escompter, c’est le risque d’être interrogés par les services de de renseignement du Royaume-Uni. Le FCO a reconnu qu’il savait que ces hommes étaient détenus depuis me 21 janvier. Pourquoi n’est-il pas intervenu ? »
Shahajan Janjua, citoyen britannique de 22 ans, a acheté un billet d’avion au Royaume-Uni pour une brève visite en Somalie, pour assister au mariage d’un ami. Quand l’Éthiopie et les USA ont attaqué le pays, il a cherché désespérément à à échapper au danger et a fui au Kenya. Le 31 janvier, il a contacté des ONG au Royaume-Uni depuis un téléphone portable, les informant qu’il avait été détenu sans inculpation pendant un mois au commissariat de police d’Ungata Rongoi avec trois autres Britanniques. Il a ajouté qu’il avait eu le nez cassé par un gardien kényan et qu’il avait été torturé.
Les quatre Britanniques ont été arrêtés par les autorités kényanes début janvier 2007. ils faisaient aprtie d’un groupe de sept r essortissants étrangers, dont un Suédois, détenus à la prison d’Ungata Rongoi à Nairobi avant d’être transférés vers d’autres prisons. On ignore où se trouvent les autres étrangers actuellement.
Ces dernières semaines, 62 ressortissants étrangers ont été,selon nos informations, remis, menottes aux poignets, par le Kenya à la Somalie. Le 28 janvier, le porte-parole du gouvernement intérimaire somalien Abdirahman Dinari a confirmé que les ressortissants étrangers récemment livrés par le Kenya à la Somalie étaient « détenus au secret quelque part dans Mogadiscio ».
Louise Christian, avocate britannique des familles de ces hommes, a dit:
« Le gouvernement britannique a l’obligation, vis-à-vis, de citoyens britanniques détenus à l’étranger, d’assurer leur sécurité et leur bien-être. Au lieu de cela, il semble qu’il ait activement participé à leur transfert extraordinaire vers un pays qui commet de notoriété publique des violations graves des droits humains, mettant ainsi leurs vies en danger. Le Foreign Office a assuré les familles qu’il contrôlait la situation e qu’il était en train de les rapatrier. Il est incroyable qu’ils aient laissé faire de telles choses. »
Pour plus d’informations :
Clara Gutteridge à Reprieve – 0044 7973 687 950
Clive Stafford Smith - clivess@mac.com, 0044 1308 424 412
Louise Christian – 0044 7884 363 630
http:// www.reprieve.org.uk
Original : http://www.cageprisoners.com/articles.php?id=18898
Traduit de l’anglais par Fausto Giudice, membre de
Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.