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vendredi 21 septembre 2007

Nous sommes tous des Américains

par Anaëlle Verzaux, 20 septembre 2007

Jean-Marie Colombani, l’ancien patron du Monde, n’a pas écrit sa maxime dans le vide. La preuve : les autorités allemandes font partie des atlantistes qui ont entendu son message. Oui oui, et celles-ci sont même allées jusqu’à collaborer avec les tortionnaires de Guantanamo. Dans son livre paru jeudi 13 septembre aux éditions Fayard Dans l’enfer de Guantanamo, Murat Kurnaz, un Germano-turc musulman de 25 ans, raconte le traitement inhumain qu’on lui a infligé durant 4 ans et 8 mois, de décembre 2001 à août 2006.

Dès 2002, les protagonistes gouvernementaux états-uniens, allemands et turcs savaient tout : l’usage de la torture et son innocence, son dossier vide. Pourtant, cette année-là, quand les autorités américaines proposent à l’Allemagne de libérer le « terroriste », le coordinateur des services secrets à la chancellerie de l’époque (bras droit de Schröder), Frank-Walter Steinmeier, s’y oppose. En mars 2007, Steinmeier est dénoncé par l’Américain Pierre-Richard Prosper, représentant du Département d’Etat chargé notamment des crimes de guerre entre 2002 et 2005 : « Le gouvernement allemand n’a jamais demandé la libération de Murat Kurnaz. » Et le porte-parole du ministère allemand des affaires étrangères (Martin Jäger) de répliquer : « Il s’est préoccupé à plusieurs reprises depuis 2002 et à des niveaux différents de M. Kurnaz. » En effet !
Et Murat le dit d’ailleurs lui-même : « Je n’aurais jamais pu imaginer qu’un gouvernement comme le gouvernement allemand m’envoie des membres de ses services de renseignement et que cette visite soit restée secrète. Enfin je n’étais plus sûr de rien. Ils m’avaient bien proposé de devenir un de leurs collaborateurs à Brême (« Ils voulaient m’employer comme espion », p.189). Les Allemands m’avaient auditionné pendant douze heures environ, deux jours de suite. » (p.190)
Frank-Walter Steinmeier a-t-il été jugé ? Il est aujourd’hui ministre des Affaires étrangères du gouvernement Merkel.
Source : http://www.bakchich.info/article1615.html

vendredi 30 mars 2007

L'affaire Kurnaz continue d'embarasser le chef de la diplomatie allemande

Frank Walter Steinmeier a une nouvelle fois défendu la décision de Berlin de ne pas accueillir Murat Kurnaz en Allemagne en cas de libération de Guantánamo. Le ministre des Affaires Etrangères s'expliquait ce jeudi 29 mars devant une commission parlementaire.
A l'époque Steinmeier était le coordinateur des services secrets à la chancellerie. On lui reproche d'avoir freiné voire empêché la libération de Kurnaz de Guantánamo. Selon lui il s'agissait de prévenir tout risque pour les citoyens allemands...Le ministre de l'Intérieur de l'époque Otto Schilly a indiqué qu'il avait basé sa décision sur l'analyse minutieuse des informations qu'il possédait : "La décision revenait au ministère de l'Intérieur et aux autorités subalternes. Et la responsabilité est d'autant plus facile à assumer que le ministère a agi correctement" a déclaré Schilly devant la commission parlementaire. Murat Kurnaz, né en Allemagne de parents turcs, avait été arrêté en décembre 2001 au Pakistan avant d'être livré aux forces américaines. Jugé innofensif, il a été libéré de Guantánamo en 2006 après quatre années de captivité.

samedi 10 mars 2007

« Un élément dangereux avec une tendance typique à la radicalisation progressive » (Ernst Uhrlau à propos de Murat Kurnaz)

Les services de sécurité allemands n'ont pas souhaité le retour en Allemagne en 2002 d'un compatriote détenu à Guantánamo parce qu'il représentait, selon eux, un risque pour la sécurité du pays, malgré son absence de liens avec des terroristes, ont affirmé d'anciens responsables jeudi.
L'ancien chef des services de renseignement (BND), August Hanning, et l'ancien coordinateur des services secrets allemands, Ernst Uhrlau, étaient interrogés par une commission parlementaire allemande chargée d'établir les responsabilités dans la détention pendant quatre ans et demi sur la base de Guantánamo de Murat Kurnaz, un Turc de 24 ans né en Allemagne, dit "le taliban de Brême".
Même si son absence de liens avec des terroristes était connu des services de sécurité allemands, Murat Kurnaz avait le profil "d'un élément dangereux avec une tendance typique à la radicalisation progressive", a expliqué M. Urhlau. Il a fallu "mesurer le pour et le contre" d'une prise de risque pour l'Allemagne, a-t-il poursuivi.
Le contre l'a emporté, dans le contexte explosif de l'après-11 septembre 2001, où des attentats ont fait quelque 3.000 morts aux États-Unis, ont souligné M. Uhrlau et M. Hanning, aujourd'hui secrétaire d'Etat au ministère de l'Intérieur.
La décision sur le cas Kurnaz, a relevé M. Hanning, a été prise par "l'ensemble des responsables des services de sécurité", y compris l'ancien chef de la chancellerie -- et à ce titre coordinateur des services de sécurité pour le chancelier-- et aujourd'hui ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier. Ce dernier doit faire sa déposition devant la commission le 29 mars.
Il y avait alors des indices selon lesquels Kurnaz appartenait à des structures militantes islamistes, a rappelé M. Uhrlau. M. Hanning a, pour sa part, qualifié d'"erronée et incomplète" une enquête de deux de ses anciens collaborateurs du BND qui avaient à l'époque classé Kurnaz comme non dangereux.
L'Allemagne s'interroge avec gravité sur le partage des responsabilités entre les autorités allemandes et américaines dans la détention prolongée à Guantánamo de Murat Kurnaz.
Au coeur des attaques figure Steinmeier, soupçonné par la presse d'avoir freiné voire empêché le retour en Allemagne de Kurnaz, en refusant, selon elle, une offre de libération des autorités américaines.Le "taliban de Brême", du nom de la ville du nord-ouest de l'Allemagne où il est né, avait été arrêté en décembre 2001 au Pakistan, livré aux forces américaines en Afghanistan et transféré début 2002 sur la base américaine. Finalement jugé inoffensif, il avait été libéré l'an dernier sur pression de la chancelière conservatrice Angela Merkel.
Source : AFP, 8 mars 2007

samedi 3 mars 2007

Pierre-Richard Prosper : le gouvernemen allemand n’a jamais demandé la libération de Murat Kurnaz

Berlin n'a jamais demandé aux Etats-Unis de libérer Murat Kurnaz, un Turc vivant en Allemagne et détenu quatre ans à Guantanamo, a indiqué jeudi un ancien responsable américain à la télévision allemande, réfutant les affirmations du gouvernement allemand. "Pendant toute la période de mon mandat, il n'y a eu aucun action du gouvernement allemand indiquant sa disposition à se voir remettre Kurnaz, et j'étais la personne responsable (de cette affaire) au sein du gouvernement américain", a affirmé à l'émission Monitor Pierre-Richard Prosper, représentant du Département d'Etat chargé notamment des crimes de guerre entre 2002 et 2005.
"Si les Allemands avaient dit dès 2002 qu'ils étaient prêts à reprendre Kurnaz, j'aurais pris l'avion, avec l'appui total du secrétariat d'Etat et de la présidence, pour négocier avec les Allemands des conditions et des modalités d'une libération", a-t-il ajouté dans le magazine qui devait être diffusé jeudi soir.
Le porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères, Martin Jäger, a qualifié d'"imcompréhensibles" les déclarations de l'ancien responsable américain, affirmant que "le gouvernement allemand s'est préoccupé à plusieurs reprises depuis 2002 et à des niveaux différents de M. Kurnaz".
Murat Kurnaz, surnommé le "Taliban de Brême" car il vivait dans cette ville, a été arrêté en décembre 2001 au Pakistan, livré aux forces américaines en Afghanistan et transféré début 2002 à Guantanamo. Il a été libéré en 2006 sur pression du gouvernement d'Angela Merkel.
Frank-Walter Steinmeier, actuel ministre des Affaires étrangères et ancien bras droit du chancelier social-démocrate Gerhard Schröder (1998-2005), a toujours démenti avoir reçu une offre en bonne et due forme des Etats-Unis pour la libération de Kurnaz. Le ministre doit être entendu, probablement le 22 mars, par la commission d'enquête parlementaire chargée d'éclaircir l'affaire Kurnaz.
Interrogé par Monitor, l'ancien vice-président des services de protection de la constitution (renseignements intérieurs) de l'Etat régional de Brême (nord), Lothar Jachmann, a indiqué qu'il n'existait dès 2002 aucun indice permettant de lier Kurnaz à un risque terroriste. "Nous n'avions rien, ni les Américains, ni le BND (services d'espionnage allemands), ni les services de protection de la constitution", a-t-il affirmé.
Source : AFP, 1er mars 2007

dimanche 11 février 2007

Relations transatlantiques, la déroute européenne

Par Marianne Ranke-Cormier , newropeans-magazine, 8 février 2007
(Editorial) - Mais si, mais si, les États-Unis et le gouvernement Bush, avec la très active Mme Rice ont encore des choses à dire en Europe.
Guantánamo et les scandales qui entourent les retours des premiers prisonniers européens, ne sont que feux de paille, des tempêtes dans un verre d’eau. D’ailleurs qui dans la presse européenne vient vous raconter les déboires du ministre des affaires étrangères allemand Frank-Walter Steinmeier dans l’affaire Murat Kurnaz ? - Né en Allemagne mais d’origine turque, Murat Kurnaz est ressorti récemment de Guantánamo après plus de 4 ans d’enfermement, sans aucune charge retenue contre lui. Oh pardon, vous étiez au Pakistan en 2002, vous aviez un nom étranger et nous avons cru que vous étiez un terroriste… Nos services ne nous ont pas avertis que vous pouviez être libérable… On croit rêver quand la classe politique allemande et les médias, se permettent malgré les défaillances avérées du système allemand et de ses responsables politiques, à retourner la situation. Car après tout le tort de Murat Kurnaz est de ne pas avoir opté à 18 ans pour la nationalité allemande (vous n’êtes pas allemand, vous êtes turc…) et d’avoir été soupçonné par les services secrets américains d’avoir l’intention de perpétrer des actes terroristes… (à l’époque, en 2002, les seules informations qui avaient filtré étaient que cet homme est « dangereux »). Ou encore de l’affaire El Masri, cet allemand d’origine libanaise, enlevé en Serbie en janvier 2003 par les agents de la CIA. Il sera transporté en Afghanistan, interrogé, torturé, et relâché quelques 6 mois après de retour sur le continent européen, en Albanie: Erreur sur la personne… Une affaire qui a d’ailleurs déclenché récemment, et sans doute suite aux pressions publiques, de la part de la justice allemande (bavaroise) une demande d’extradition auprès des États-Unis de 13 agents de la CIA, ravisseurs présumés… Nous ne savions pas, a déclaré Steinmeier, qui était à l’époque déjà Secrétaire d’état aux affaires étrangères… Personne ne savait vraiment ce que représentait Guantánamo à l’époque. Personne ? A quoi servaient donc nos services secrets en Europe ?
Le très inquiétant rapport du Parlement européen rendu fin janvier, sur les quelques 1.200 vols secrets de la CIA, les enlèvements sur le territoire européen et les prisons secrètes américaines en Pologne et en Roumanie, n’a trouvé aucun écho dans la presse européenne(1).
Ce rapport, étayé par des investigations très poussées auxquelles a procédé le Parlement européen pendant plus de 12 mois, malgré l’opposition ouverte et le refus de coopérer de certains états-membres, du Conseil et des hauts responsables communautaires, comme Mr Solana, qui tient actuellement le rôle de Super Ministre aux Affaires Etrangères de l’UE, met directement en cause et à l’index plusieurs états membres dont l’Allemagne, la Grande Bretagne, la Pologne, l’Italie, pour violation des droits de l’homme, principes fondamentaux de l’Union européenne auxquels ils ont pourtant adhéré et dont ils sont les garants… Ayant pourtant rassemblé un consensus droite/gauche au sein des parlementaires européens, ce rapport semble voué à être enterré corps et biens, accusations et sanctions. Comment se fait-il que ce rapport soit passé autant inaperçu auprès du public européen ? Nos leaders politiques sont-ils à ce point là irresponsables et déresponsabilisés ? Nos députés européens sont-ils à ce point muselés par les enjeux politiques nationaux et la bureaucratie bruxelloise ? Nos médias, et nos agences de communication sont ils à ce point manipulés ?
Enfin, depuis ces derniers mois on peut assister à des tractations dans le plus grand secret de la diplomatie trans-atlantique, c'est-à-dire bilatérales, d’état à état, entre les Etats-Unis et leur partenaire privilégié en Europe, sous bien entendu la sainte bénédiction des instances exécutives de l’UE, Conseil et Commission, qui ne semblent pas s’offusquer outre mesure de ces petites tractations entre amis…Un coup c’est l’Italie, un autre ce sera la Pologne et la République tchèque, hier c’était l’Allemagne. Après les concluantes négociations avec Prodi et son gouvernement, pourtant bien mâtiné de gauche, pour le renforcement de la base américaine de Vicence, en Italie (promesse qui soit dit en passant avait été faite par son prédécesseur Berlusconi), celles pour l’implantation de nouvelles bases (boucliers) antimissiles en République tchèque et en Pologne, donc de nouvelles bases pour leurs services secrets, appelez-les CIA, FBI ou ce que vous voulez, ce sont les mêmes, Rice vient de conclure avec succès l’implantation de l’Africom, une nouvelle (encore !) base anti-terroriste dont le nouveau commandement régional spécifique pour l’Afrique a été implanté à Stuttgart, en Allemagne… Décidément l’Allemagne est de retour sur la grande scène atlantique, et Merkel n’économise pas ses efforts. Bientôt ce ne sera plus seulement une base dont elle autorise l’implantation, des avions Tornado qu’elle va engager, mais aussi des hommes qu’elle va envoyer en Afghanistan pour venir appuyer les forces américaines.
Bush et son gouvernement, après un semblant de pause dans la conquête de l’espace et de l’esprit européen, réimplantent à force de grandes manœuvres de diversion la stratégie de guerre américaine. A croire que le renversement de la majorité dans les chambres américaines, lui a donné un souffle nouveau. Pendant qu’elles se débattent avec des questions de politique intérieure, au moins a-t-il le champ libre en matière de politique internationale. La pression des Etats-Unis pour obtenir des partenaires européens qu’ils s’engagent dans les conflits dans lesquels ils ne peuvent pas s’en sortir seuls, est très forte, elle vient de tous les fonts, Irak, Liban, Moyen Orient, Afghanistan, dernièrement Somalie… aujourd’hui la région trans-saharienne… et il semble qu’elle paye…Ce que Bush a compris c’est que rien ne sert de prendre l’Europe de front. Il vaut mieux diviser pour mieux régner, et une UE divisée sur ses engagements envers son partenaire atlantique, est plus facilement malléable et gérable qu’une UE qui sait se positionner en tant que force politique stratégique. Et effectivement l’état de déroute dans lequel nous nous trouvons actuellement en Europe, laisse le champ libre sur le territoire européen. Sans aucune unité pour défendre nos valeurs et nos droits communs, qui font que les dossiers comme Guantánamo , les vols secrets, les enlèvements secrets, les prisons secrètes… ne sont pas tolérables, sans définition urgente d’une Europe politique capable de mettre en place et de défendre une politique étrangère et de la défense commune, qui font que la violation flagrante de l’intégrité territoriale européenne n’est pas acceptable, les états-membres iront toujours en braves soldats jouer au héros à l’ombre du géant. Malheureusement ce géant s’effondre et dans quelques années il nous aura inexorablement entraînés dans sa chute, tous, toute l’Europe, pas seulement ceux qui veulent bien le suivre. On le voit bien, ce n'est pas la stratégie de résurrection d'une constitution européenne qui va nous sortir de là. Aujourd'hui nous en sommes beaucoup plus loin qu'une simple redistribution des pouvoirs et réaffirmation des principes qui nous gouvernent déjà... Et à bien y regarder ce que font Merkel, la Commission européenne, le Conseil et Solana, ce n'est rien d'autre que de secouer un épouvantail pour détourner notre attention...Des pays comme la France qui ont su ou pu dire non, ne seront pas éternellement les porte-parole d’une Europe alternative (les prochaines présidentielles d’ailleurs risquent d’en marquer la fin) si les autres citoyens européens ne les rejoignent pas. Or il nous appartient à nous citoyens européens de redéfinir ce partenariat trans-atlantique qui pèse tant sur l’équilibre démocratique de l’Union européenne, des Etats-Unis et aussi du monde.
« Europe's denial of its autonomy vis-à-vis the United States is unnatural, prevents European political maturation, hurts its interests, and distorts its dealings with America in ways that do a disservice to both. » - Michael Brenner (3)
Notes:
1) En ce qui concerne ces deux affaires, vous trouverez tous les éléments dans la presse allemande ;
2) Rendons à EUobserver ce qui lui appartient, c’est l’un des seuls magazines à avoir publié les deux articles de référence sur le rapport du Parlement européen concernant les vols secrets de la CIA, adopté le 23 janvier 2007 : MEPs in political infighting ahead of final CIA report & MEPs roast EU states and Solana for 'lies' on CIA

vendredi 9 février 2007

Murat Kurnaz – une victime de l’État

par Nicolas Richter, Süddeutsche Zeitung , 23 janvier 2007
Alors que Murat Kurnaz était abandonné à l’arbitraire américain pendant de nombreuses années, on s’empressa en Allemagne, avec une ardeur toute bureaucratique, de s’assurer qu’il ne puisse pas revenir dans notre pays. Cela a été décidé par un petit groupe de fonctionnaires allemands haut placés et de politiciens qui ont perdu tout sentiment de droit et de décence dans la lutte contre le terrorisme.
Le gouvernement rouge-vert a traité Murat Kurnaz pendant des années comme un proscrit, comme quelqu’un que la société avait rejeté. Pourtant, l’on savait qu’à Guantánamo, il était dépouillé de ses droits, maltraité et humilié alors que, très tôt, tout indiquait son innocence.
Kurnaz n’a pas de passeport allemand, mais il est né et a grandi à Brême, et donc il est chez lui en Allemagne. L’ancien gouvernement de Berlin – qui a toujours publiquement manifesté ses soucis quant au camp américain de Guantánamo – a abandonné Kurnaz à l’arbitraire américain pendant de nombreuses années et oeuvré avec une ardeur toute bureautique pour qu’il ne puisse pas revenir en Allemagne.
Cela a été décidé par un petit groupe de fonctionnaires haut-placés et de politiciens qui ont apparemment perdu tout sentiment de droit et de décence dans la lutte contre le terrorisme.
Le groupe était formé du chef du service fédéral de renseignements August Hanning, du coordinateur des services secrets Ernst Uhrlau, et de plusieurs secrétaires d’État. Les ministres Frank-Walter Steinmeier (Chancellerie) et Otto Schily (Intérieur) en étaient les responsables politiques.
On peut seulement essayer de deviner les motifs des experts de la sécurité. Qui sait s’ils
trouvaient Kurnaz dangereux, repoussant ou seulement gênant; en tout cas, en automne 2002, ils entreprirent un combat défensif minutieusement planifié. Déjà à l’époque ils savaient par leurs propres services secrets que Kurnaz était innocent, adolescent naïf qui avait voulu étudier le Coran au Pakistan, et qui fut happé dans le tourbillon de la guerre contre la terreur.
L’idée que Kurnaz puisse revenir à Brême doit avoir paru aux intéressés si insupportable qu’ils ont même brusqué les Américains, lesquels voulaient à l’époque renvoyer Kurnaz. Les Allemands voulaient éloigner un potentiel trouble-fête et pour cela tous les moyens étaient bons. Le fait que Kurnaz était juridiquement un étranger simplifiait infiniment l’argumentation: permis de séjour périmé, l’Allemagne n’est pas compétente. A partir de là, Kurnaz était considéré comme le problème des Américains – et de la Turquie où Kurnaz n’a jamais résidé.

Une ligne de défense douteuse
Dans les milieux gouvernementaux, il est dit pour la défense de Steinmeier qu’il n’y a pas eu d’offre de la part des Américains de libérer Kurnaz. Et même si cela était le cas, cela aurait été lié à des conditions irréalisables.
Cette ligne de défense semble peu crédible: Si les Américains ne voulaient absolument pas renvoyer Kurnaz, alors pourquoi les cercles de la Chancellerie auraient-ils décidé d’interdire à Kurnaz l’entrée au pays ? Pourquoi le Ministère de l’Intérieur aurait-il esquissé un plan pour ôter de son passeport la permission de séjour?
Les démarches effectuées en 2005 sont encore aggravantes. Entre-temps, Guantánamo indignant le monde entier, même la justice américaine et la police criminelle fédérale avaient rejeté tous les chefs d’accusation contre Kurnaz. Mais le gouvernement fédéral allemand suppliait carrément les Américains de livrer de nouveaux indices de suspicion à son égard afin de pouvoir lui refuser le visa.
La Chancellerie sous les ordres de Steinmeier était, d’après les actes de l’époque, également contre le retour de Kurnaz. Steinmeier craignait qu’avec son retour au pays des révélations
embarrassantes puissent s’ensuivre. L’idée que Kurnaz devait rester à l’extérieur du pays avait en même temps progressé. Chaque émigrant en Allemagne doit souhaiter n’être jamais tributaire de l’aide du gouvernement fédéral. Ce que chaque otage allemand à l’étranger est en droit d’attendre et de recevoir n’a même pas été pris en considération par les milieux du cabinet rouge-vert de sécurité.[…]
Steinmeier et ses collaborateurs croyaient apparemment qu’ils n’auraient jamais à justifier leur mépris pour Kurnaz. De telles idées ne peuvent venir qu’à des gens qui siègent trop souvent dans des réunions secrètes. Ce sont les mêmes gens qui jusqu’à aujourd’hui remettent en question l’intégrité des victimes d’enlèvement de la CIA, comme Khaled El Masri par exemple, ceci sur la base de médisances et de fausses affirmations.
Ils savent qu’ils attisent ainsi des ressentiments répandus dans la population contre des Musulmans suspects d’une manière ou d’une autre. Un jugement politique sur Frank- Walter Steinmeier n’est possible que s’il fait une déposition devant la commission d’enquête.
Il ne peut cependant pas nier sa responsabilité politique dans le cas scandaleux de Kurnaz. Cela pèse lourd pour un ministre qui doit rappeler les Droits de l’Homme lors de ses voyages à l’étranger. Si Steinmeier n’informe pas les critiques, il doit démissionner.
Cela peut être inopportun pendant les six mois de la présidence allemande de l’UE. Mais la conclusion serait encore plus abstruse si le cas Kurnaz devait rester sans suite parce que l’intérêt de l’État l’exige. A cause de prétendus intérêts supérieurs de l’État, un innocent a souffert presque cinq années durant!
Source: Süddeutsche Zeitung
Traduit de l’allemand par Horizons et débats N° 5, 8 février 2007 et révisé par Fausto Giudice, membre de
Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2030&lg=fr

jeudi 1 février 2007

La détention d'un Turc d'Allemagne à Guantanamo fragilise la coalition

par Cécile Calla, Le Monde, 31 janvier 2007
La pression ne se relâche pas outre-Rhin pour tirer au clair le rôle qu'a pu jouer l'actuel ministre des affaires étrangères, le social-démocrate Frank-Walter Steinmeier, dans le maintien d'un jeune islamiste turc vivant en Allemagne, Murat Kurnaz, au centre de détention américain de Guantanamo, à Cuba. Chef de la chancellerie sous Gerhard Schröder jusqu'en 2005, il était à ce titre chargé de superviser les services secrets. Arrêté en décembre 2001 au Pakistan, avant d'être transféré en janvier 2002 à Guantanamo, Murat Kurnaz, de nationalité turque mais qui a grandi à Brême, dans le nord de l'Allemagne, n'a été relâché qu'en août 2006, après l'intervention de la chancelière Angela Merkel. Selon plusieurs documents cités par la presse allemande, le précédent gouvernement aurait refusé de le reprendre, alors même que les Etats-Unis auraient implicitement proposé de le libérer dès 2002 et qu'à la même date un rapport des services allemands le considérait comme inoffensif. Trois ans plus tard, en 2005, Berlin aurait même cherché à constituer des preuves pour empêcher son retour en Allemagne.
Impliqué au premier plan dans ces décisions, M. Steinmeier dément avoir eu connaissance d'une offre officielle de libération des Etats-Unis et a assuré qu'il allait témoigner le plus rapidement possible sur cette affaire devant la commission d'enquête parlementaire. Sans pouvoir faire retomber la polémique. L'idée qu'un ministre allemand ait pu prolonger le séjour injustifié du jeune Turc à Guantanamo suscite une grande émotion outre-Rhin.
L'affaire a pris une telle ampleur qu'elle perturbe le climat de la grande coalition. Face aux accusations croissantes dont M. Steinmeier fait l'objet, l'Union chrétienne, qui gouverne avec le Parti social-démocrate (SPD), commence à prendre ses distances et demande une rapide élucidation des faits. "Nous voulons la vérité sur ce qui s'est passé", souligne Wolfgang Bosbach, vice-président du groupe parlementaire CDU-CSU (Union chrétienne-démocrate et Union chrétienne-sociale) au Bundestag.
De son côté, le SPD accuse les chrétiens-démocrates d'opportunisme. "Nous avons le sentiment que l'Union chrétienne cherche à porter un coup à l'image positive dont a bénéficié le SPD, en refusant, en 2003, de soutenir les Etats-Unis dans la guerre en Irak", souligne Angelica Schwall Dürren, vice-présidente du groupe parlementaire SPD. Le président du SPD, Kurt Beck, a fait part de son agacement à la chancelière lors d'une réunion entre les principaux représentants de la coalition.La chancelière, qui n'est pourtant pas toujours de l'avis de son ministre sur de nombreux points, notamment la politique russe, lui a fait part de son soutien total. Malgré l'actuelle polémique, M. Steinmeier reste très populaire outre-Rhin. Un récent sondage montre que 64 % d'Allemands s'opposent à une démission du ministre.
Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-861809@51-853474,0.html

Steinmeier rattrapé par les scandales

Allemagne . L’actuel ministre des affaires étrangères est accusé de complicité avec la CIA dans l’affaire d’une détention illégale à Guantanamo.
Par Charlotte Noblet, L’Humanité, 31 janvier 2007

Dès sa libération, le 24 août 2006, Muraz Kurnaz a témoigné des conditions inhumaines de sa détention à Guantanamo et évoqué les interrogatoires et violences exercés par des soldats allemands. Mais c’est seulement maintenant que l’affaire rebondit, des documents cités par le quotidien Süddeutsche Zeitung mettant en cause l’actuel ministre des Affaires étrangères allemand.
Alors chef de la Chancellerie du gouvernement Schröder et coordinateur des services secrets, Frank-Walter Steinmeier (SPD) aurait refusé, en octobre 2002, la proposition des États-Unis de libérer Kurnaz. « Sous prétexte qu’il était de nationalité turque, l’État allemand n’a pas voulu se montrer garant de ce résident allemand », s’indigne Rolf Gössner, président de la Ligue internationale des droits de l’homme en Allemagne.
Ce jeune de vingt-quatre ans, né à Brême de parents turcs, avait été arrêté par les autorités pakistanaises fin 2001, remis aux forces américaines basées en Afghanistan puis transféré début 2002 à Guantanamo. C’est faute de preuves, son dossier s’avérant vide, qu’il sera libéré. Après quasi cinq ans de détention sans inculpation ni jugement. Le « cas Kurnaz » n’est pas seulement une illustration de la violation du droit international par Washington. En révélant l’ampleur de la coopération cachée du gouvernement SPD-Verts de l’ex-chancelier Schröder - alors pourtant officiellement opposé à la guerre en Irak - avec la CIA, il fait beaucoup de bruit outre-Rhin.
Et lorsque Thomas Oppermann, représentant des services secrets (BND) au sein de la commission d’enquête parlementaire ouverte à ce sujet, affirme qu’il s’agissait « seulement » d’une idée du BND et de la CIA que de libérer Kurnaz pour en faire un espion au sein des milieux islamistes en Allemagne, il déclenche au mieux l’hilarité, au pire l’indignation générale. Au point de soulever même la colère de Wolfgang Bosbach, vice-président de la CDU au Bundestag, qui a demandé une enquête sur les services secrets : « aider les Américains, a-t-il déclaré, à l’interrogatoire d’un dangereux combattant ennemi au nom de la lutte contre le terrorisme puis, l’individu s’avérant non dangereux, penser à l’enrôler comme indicateur pour enfin renoncer à sa libération, ça en devient grotesque ! »
Les liens des ex-autorités allemandes avec les pratiques illégales des États-Unis paraissent ainsi de plus en plus établis. Déjà en juin 2004, le « présumé terroriste » allemand Khalid al Masri affirmait avoir été « enlevé » par la CIA grâce à l’aide du BND. En janvier 2006, on a appris que deux agents du BND avaient transmis en mars 2003 des plans de défense de Bagdad aux forces américaines (voir l’Humanité du 28 février 2006).
Et en novembre dernier, une commission d’enquête parlementaire reconnaissait que des soldats allemands de l’Unité spéciale de combat avaient mené des interrogatoires dans les camps de prisonniers clandestins des États-Unis en Afghanistan dans des conditions « ne correspondant pas exactement aux critères du droit international et des droits de l’homme ».
Source : http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-30/2007-01-30-844928

Affaire Khaled El Masri : la CIA poursuivie par la justice allemande

Après la justice italienne, qui a lancé l’année dernière un mandat d’arrêt contre 26 agents de la CIA pour le kidnapping à Milan de l’Égyptien Abou Omar, la justice allemande s’est enfin décidée, après des mois d’hésitations, à lancer un mandat d’arrêt contre les ravisseurs de Khaled El Masri.
La justice allemande réclame que lui soient livrés treize agents de la CIA suspectés d'avoir enlevé en 2003 un inoffensif père de famille confondu avec un dangereux terroriste d'Al-Qaeda. Allemand d'origine libanaise, Khaled El Masri est le cas le plus notoire de transfèrement secret attribué aux services secrets américains.
Ce vendeur de voitures de la ville d'Ulm a été kidnappé sur son lieu de vacances, en Macédoine, mené pieds et poings liés dans un avion et jeté dans une geôle immonde en Afghanistan, où il a été traité «comme un animal», dit-il, pendant cinq mois. Avant d'être relâché en Albanie. La CIA l'aurait, confondu avec un homonyme ­ Khaled El Masri ­ soupçonné d'être lié aux auteurs des attentats du 11 septembre 2001.
Le parquet de Munich a fait émettre, mercredi 31 janvier «un mandat d'arrêt contre treize ravisseurs présumés», soupçonnés «de séquestration et blessures corporelles graves». Ces suspects, 11 hommes et deux femmes très vraisemblablement des agents de la CIA, seraient pour la plupart domiciliés en Caroline du Nord. La justice allemande a remonté leur piste grâce à la police espagnole. Selon la Garde civile, c'est dans un Boeing enregistré sous le numéro N313P, parti de Majorque, le 23 janvier 2004, que Khaled El Masri a été expédié hors d'Europe. Cet avion, identifié dès novembre 2004, a pu continuer ses vols « spéciaux », décollant et atterrissant à plusieurs reprises de l’aéroport de Francfort-sur-le-Main. Les magistrats munichois se sont également appuyés sur l'enquête du Conseil de l'Europe qui a recensé plus d'un millier de vols secrets de la CIA en Europe entre 2001 et 2005. En septembre 2006, la station de radio-télévision allemande NDR avait rendu publique l’identité de trois des ravisseurs : Eric Fain, James Fairling et Kirk James Bird, pilotes de ce vol spécial, employés par l’entreprise Aero Contractor, qui a pris la succession de la fameuse société de la CIA, Air America, utilisée pendant la guerre d’Indochine, notamment pour le transport d’opium du Laos, produit par l’armée secrète hmong dirigée par le général Van Pao.
Comme le soulignaient mercredi les médias allemands, l'arrestation des suspects sera difficile à mener à bien, sans un mandat d'arrêt international. La justice usaméricaine, de son côté, a jusqu'ici refusé d'aider les enquêteurs allemands. En novembre, la Cour d'appel fédérale de Richmond (Virginie) avait commencé à examiner un recours d'El Masri. Mais Washington considère qu'il s'agit d'activités secrètes, que la CIA ne peut ni confirmer ni démentir.
Quant aux autorités allemandes, très gênées, elles répètent qu'elles n'ont pas favorisé l'enlèvement, qualifiant d' «infamants» tous les soupçons sur une contribution active ou un silence complice de Berlin. Il n’en reste pas moins que des forts soupçons pèsent sur les autorités policières allemandes, qui ont affirmé devant la commission d’enquête du Bundestag qu’elles n’ont pris connaissance de l’enlèvement de Khaled El Masri que le 10 juin 2004, c’est-à-dire après sa libération, et n’ont ouvert une enquête qu’en août 2004. Or, il est avéré que Khaled El Masri était, bien avant son kidnapping par la CIA, sous observation de la police allemande pour ses contacts « suspects » avec le centre multiculturel de Neu-Ulm. Il est donc difficile de croire que la CIA n’a pas informé ses homologues allemands de son enlèvement.
Déjà mis en difficulté par l’enquête sur la détention de Murat Kurnaz, les responsables allemands doivent répondre de leurs faits et geste dans cette autre affaire devant la commission du Bundestag chargée de surveiller les activités du BND, les services de renseignement. Le 1er mars prochain, la commmission entendra Joschka Fischer, ancien ministre des Affaires étrangères, Ernst Uhrlau, chef du BND et son prédécesseur August Hanning. Le 8 mars ce sera au tour de Frank-Walter Steinmeier, actuel ministre des Affaires étrangères, qui était à l’époque des faits membre du secrétaiat du Chanecelier Schröder, ainsi qu’ Otto Schily, alors ministre de l’Intérieur.
L’affaire El Masri ne fait donc que commencer : elle avait déjà été à l’origine de la création de deux commissions d’enquête, celle du Conseil de l’Europe, dirigée par le Suisse Dick Marty, et celle du Parlement européen, dirigée par le député sicilien Claudio Fava.

mercredi 31 janvier 2007

La Turquie assure s’être occupée du sort de Murat Kurnaz à Guantánamo


Ankara a assuré vendredi s’être activement occupé du sort du Turc Murat Kurnaz, né en Allemagne, rejetant les reproches apparues dans la presse allemande selon lesquelles la Turquie n’aurait pas tout fait pour récupérer ce citoyen détenu à Guantánamo.
"Le gouvernement turc s’est occupé de cette affaire depuis le début de manière intensive", a déclaré l’ambassade de Turquie à Berlin. Ankara s’est activé "sur les plans aussi bien politique que technique" pour que des Turcs détenus sur la base américaine, quand ils étaient mis en accusation, soient traduits en justice ou libérés, a-t-elle fait valoir.
Le gouvernement turc, selon la même source, a suivi l’affaire Kurnaz en prenant contact avec les autorités américaines mais aussi en informant les avocats et la famille du détenu, surnommé le "taliban de Brême", des efforts en cours. Ankara s’est "efforcé également de communiquer avec les autorités allemandes et de mener avec elles une coopération harmonieuse et orientée vers un résultat", a ajouté la représentation diplomatique dans la capitale allemande.
Au cours d’un voyage au Pakistan, fin 2001, ce Turc vivant à Brême (nord de l’Allemagne) avait été arrêté. Il a ensuite été transféré sur la base américaine à Cuba, où il a passé quatre ans, avant d’être libéré à l’été 2006 à la suite de pressions du gouvernement d’Angela Merkel.
Une polémique fait rage en Allemagne sur l’apparent manque d’empressement de Berlin à faire libérer Kurnaz. L’actuel ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, qui coordonnait sous le gouvernement précédent de Gerhard Schröder les services secrets, a affirmé que Berlin "n’avait jamais fait traîner la libération" de Kurnaz de Guantanamo et nié avoir rejeté en 2002 une quelconque offre des Américains de le libérer, démentant son existence.
M. Steinmeier, s’est aussi demandé dans une interview "ce qui s’opposait alors à la libération" de Kurnaz pour qu’il rejoigne la Turquie, "où sa femme et d’autres membres de sa famille vivent".
Source : http://www.armenews.com/article.php3?id_article=28854

dimanche 28 janvier 2007

Affaire Murat Kurnaz : les eurodéputés mettent en cause l'attitude de Berlin – Steinmeier nie tout


La commission d'enquête du Parlement européen sur l'utilisation de pays européens par la CIA pour le transport et la détention de terroristes présumés a soutenu mardi la cause du Turc Murat Kurnaz, détenu quatre ans à Guantánamo , qui met en difficulté politique le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier. "Selon des informations institutionnelles confidentielles, le gouvernement allemand n'a pas accepté l'offre américaine, faite en 2002, de libérer Murat Kurnaz de Guantánamo ", juge la commission d'enquête dans son rapport final adopté mardi.Murat Kurnaz a été arrêté en décembre 2001 au Pakistan, livré aux forces américaines en Afghanistan et transféré début 2002 à Guantánamo . Il y a passé plus de quatre ans, avant d'être libéré l'été dernier à la suite de pressions du gouvernement d'Angela Merkel.
L'ancien gouvernement "rouge-vert" de Gerhard Schröder, dont M. Steinmeier était le bras droit, est soupçonné par la presse allemande d'avoir tenté d'empêcher Kurnaz de revenir en Allemagne, alors que le gouvernement américain aurait offert dès 2002 de le libérer.
M. Steinmeier est dans la ligne de mire en tant qu'ancien ministre auprès de la chancellerie où il coordonnait les activités des services secrets."Toutes les enquêtes ont abouti dès la fin octobre 2002 à la conclusion que Murat Kurnaz ne représentait aucune menace terroriste", souligne le rapport du Parlement.La commission d'enquête a adopté mardi son rapport final par 28 voix contre 17. Il sera soumis au vote des députés en séance plénière à Strasbourg le 14 février.Le rapport recense une vingtaine de cas dits de "restitutions extraordinaires", comme celui de l'Allemand Khaled el-Masri, enlevé en 2003 en Macédoine et détenu plusieurs mois en Afghanistan, ou celui de l'ex-imam égyptien Abou Omar par des agents de la CIA à Milan en 2003.
Il dénombre quelque 1.245 escales européennes d'avions opérés par la CIA, pour la plupart logistiques mais dont certaines ont probablement servi à des transfèrements de prisonniers."Il est clair qu'il y a eu des activités illicites de la CIA en Europe, mais beaucoup de questions subsistent encore", a indiqué le président de cette commission parlementaire, le conservateur portugais Carlos Coelho.
Le rapport dénonce aussi le manque généralisé de coopération des États membres à l'enquête des eurodéputés, et en particulier l'accueil réservé aux membres de la commission lors de leur déplacement en Pologne où aucun député ou ministre polonais n'a daigné les rencontrer.Cependant, les députés polonais ont réussi à faire passer un amendement à une voix près considérant "qu'à la lumière des preuves indirectes susmentionnées, il s'avère impossible de conclure à l'existence de centres de détention secrète basés en Pologne". La Pologne est avec la Roumanie l'un des deux pays de l'UE soupçonnés d'avoir pu abriter une prison secrète de la CIA.
Les eurodéputés demandent aussi aux États membres d'ouvrir à leur tour une "enquête indépendante" pour mettre au jour la vérité, et de prendre des sanctions contre les pays qui auraient toléré ou autorisé ces opérations.
Face à ces accusations, le diplomate en chef de l'UE Javier Solana a réitéré mardi qu'aussi bien lui que les Etats membres avaient fait "tout ce qu'ils ont pu faire" pour collaborer avec l'enquête parlementaire et n'avaient rien caché.Franz-Walter Steinmeier a relevé vendredi que Murat Kurnaz aurait pu être renvoyé en Turquie, et assuré que Berlin "n'avait jamais fait traîner sa libération" de Guantánamo , où il est resté quatre ans. En pleine polémique sur un prétendu refus par l'Allemagne d'une soi-disante offre américaine en 2002 de faire libérer le "Tabilan de Brême", M. Steinmeier a déclaré au quotidien Bild Zeitung: "l'alternative n'était pas entre l'Allemagne et Guantánamo . Qu'est-ce qui s'opposait alors à la libération (de Kurnaz) en Turquie, où sa femme et d'autres membres de sa famille vivent?"
Son porte-parole, Jens Plötner, a expliqué que M. Steinmeier s'était efforcé de faire disparaître une "fausse perception courante dans l'opinion publique": "c'est, a-t-il dit, un jugement erroné que de penser que quelqu'un doit rester à Guantánamo si l'on n'autorise pas son entrée en Allemagne, quand cette personne dispose de la nationalité d'un pays tiers", la Turquie, a-t-il dit. M. Steinmeier, a-t-il confirmé, a participé à une réunion à huis clos en octobre 2002 avec les responsables des services secrets, au cours de laquelle l'affaire Kurnaz avait été examinée.Selon la presse, c'est lors de cette réunion que ces responsables auraient refusé un retour de Kurnaz en Allemagne.
M. Steinmeier, alors le bras droit du chancelier Gerhard Schröder, coordonnait les services secrets. Il a répété à plusieurs reprises qu'il n'avait pas reçu d'offre américaine de libérer Kurnaz et qu'il s'expliquerait devant une commission d'enquête parlementaire. Il a aussi dit qu'il n'était aucunement question pour lui de démissionner.
Le ministre a rappelé qu'à l'époque (2002), "la plus haute priorité était de garantir la sécurité de 82 millions de personnes en Allemagne".
"Des meneurs des attentats de New York et Washington (du 11 septembre 2001) venaient de Hambourg, et il y avait d'autres groupes et réseaux d'islamistes prêts à la violence dans d'autres villes", a-t-il dit. "Mon principe a toujours été: la plus grande sécurité pour les personnes, sans mettre en péril nos principes de droit. Je m'y suis toujours tenu, également dans l'affaire Kurnaz. Notre attitude était claire: chacun, même s'il est soupçonné de terrorisme, a droit à une procédure conforme à l'état de droit", a-t-il ajouté, faisant référence à Guantánamo .M. Steinmeier a souligné que son gouvernement "s'était préoccupé de Murat Kurnaz, même s'il possédait un passeport turc et non un passeport allemand". "Nous avons toujours parlé avec le gouvernement américain. Les Américains avait jusqu'à la fin des préoccupations de sécurité et considéraient en outre la Turquie responsable pour le suivi consulaire", a-t-il dit, en indiquant que Berlin s'était adressé au gouvernement turc dans cette affaire. Kurnaz a été libéré de Guantánamo à l'été 2006.
Sources : AFP, 23 et 26 janvier 2007

lundi 20 novembre 2006

Affaire Murat Kurnaz: complicité allemande dans les crimes de guerre américains


Par Justus Leicht et Peter Schwarz, 20 novembre 2006
Dans le contexte de leur soi-disant guerre à la terreur, les autorités allemandes sont mêlées bien plus étroitement aux pratiques illégales des Etats-Unis qu’elles ne l’avaient jusque-là admis publiquement.
Une commission d’enquête du Bundestag, le parlement allemand, examine à ce propos depuis quelque temps les activités du Bundesnachrichtendienst (BND), le service de renseignement allemand. Une des affaires examinées est celle du citoyen allemand Khaled El Masri, qui fut enlevé par la CIA et transféré en Afghanistan.
D’autres affaires concernent la présence d’agents des services de renseignement allemands pendant les interrogatoires de prisonniers allemands dans un centre de torture syrien et au camp de concentration américain de Guantánamo. En janvier de cette année déjà, on avait appris que deux agents de renseignement allemands avaient collecté à Bagdad des informations qui furent ensuite transmises aux forces d’occupation américaines.
On apprend à présent que les forces spéciales de l’armée allemande (KSK) ont directement apporté de l’aide à la chaîne internationale de prisons illégales organisée par les Etats-Unis. Des soldats du KSK ont gardé des prisonniers (qui furent ensuite déportés vers Guantánamo) dans la ville de Kandahar dans le sud de l’Afghanistan. Parmi ces détenus se trouvait Murat Kurnaz, un citoyen turc qui est né en Allemagne et y a vécu toute sa vie.
Kurnaz fut arrêté au Pakistan à l’automne de 2001 et livré contre paiement d’une prime à l’armée américaine en Afghanistan. En janvier 2002, il fut transféré à Guantánamo, où il est resté emprisonné pendant quatre ans et demi, jusqu’à sa récente libération, bien que les gouvernements allemand et américain aient su quelques mois après son arrestation qu’il était innocent. Depuis, toutes les charges contre lui ont été abandonnées.
La vraie nature des activités du KSK ne fut révélée qu’à la suite des déclarations de Kurnaz lui-même, revenu en Allemagne en août de cette année. Kurnaz déclara que des soldats, parlant parfaitement allemand et sur les uniformes desquels figurait le drapeau allemand, lui avaient tiré les cheveux et frappé la tête contre le sol. Il dit aussi que des agents des services allemands de renseignement avaient essayé de l’enrôler comme indicateur.
Lors du premier interrogatoire, on le confronta à des informations qui laissaient à penser que ceux qui l’interrogeaient connaissaient ses habitudes: on savait où il avait acheté son appareil photo numérique avant de partir au Pakistan, à qui il avait vendu son téléphone portable, etc. « Je n’avais aucun doute sur le fait qu’ils coopéraient avec les autorités allemandes » déclara Kurnaz.
Deux semaines plus tard, il fut interrogé par des Allemands qui s’étaient fait reconnaître en tant que tels. « On m’informa que deux soldats allemands voulaient me voir » note-t-il. Ils étaient habillés de façon à dissimuler leur identité. On força Kurnaz à s’allonger sur le sol, mains liées derrière le dos. Lorsque l’hebdomadaire Stern lui demanda récemment si ces hommes faisaient partie du KSK, Kurnaz répondit : « C’est possible. Ils me frappèrent la tête contre le sol, une chose que les américains trouvèrent amusant. »
Pendant des semaines, le ministère de la Défense allemand n’a rien épargné pour donner l’impression que Kurnaz affirmait des choses farfelues, tout en niant tout contact entre lui et des soldats allemands. Puis, il y a deux semaines, le ministère admit soudain que des unités du KSK faisaient bien, et ce suite à une requête des Etats-Unis, partie du personnel gardant le camp de Kandahar et qu’ils avaient rencontré Kurnaz.
On avait informé les Allemands, lorsqu’on les avait informés sur les tâches qui étaient les leurs, de ce que parmi les prisonniers il y avait un homme auquel ils pouvaient parler en allemand. A la suite de quoi, il y avait eu « un contact avec un prisonnier parlant allemand », selon un porte-parole du ministère de la Défense. Des soldats avaient informé le ministère de la Défense allemand le 3 janvier 2002 de la présence du prisonnier mais le ministre de la Défense de l’époque, Rudolf Scharping (social-démocrate, SPD), n’aurait pas été informé personnellement.
Le ministère de la Défense nie que des soldats du KSK aient maltraité Kurnaz. Selon le secrétaire d’Etat parlementaire auprès du ministère de la Défense, Christian Schmidt (Union chrétienne-sociale, CSU) il n’y avait eu qu’un contact verbal et non « physique ». Il n’y avait aucun « indice », dit-il pour confirmer les déclarations de Kurnaz, la raison étant qu’aucun des soldats en service à Kandahar et à qui on avait écrit n’avait confirmé ces déclarations.
Depuis, la commission parlementaire de la Défense a pris le rôle d’une commission d’enquête afin, selon elle, de clarifier « immédiatement et sans réserves » les allégations de Kurnaz. La commission est toutefois liée au secret, de manière qu’on ne peut en attendre grand chose en fait de clarification. Sa tâche réelle est de garantir que le mandat du KSK en Afghanistan, qui expire en novembre, soit prolongé par le Bundestag.
La commission comme les médias ont concentré leurs efforts sur deux choses : savoir si Kurnaz avait été physiquement maltraité ou si le contact n’avait été que « verbal » et pourquoi l’information n’avait pas été transférée à la direction du ministère de la Défense. Ce sont là des questions importantes mais secondaires comparées à la question plus fondamentale du rôle d’ensemble joué par le KSK en Afghanistan.
Le rôle du KSK
La troupe d’élite du KSK fut créée il y a dix ans pour faire face, selon le site internet de l’Armée allemande, à de nouveaux défis et de nouvelles tâches auxquelles on ne peut faire face, ou alors de façon inadéquate, au moyen de forces armées conventionnelles. Le site internet vante le fait que le KSK est déployé dans le monde entier et que cela se passe généralement sans que le public s’en rende compte.
Au mois de novembre 2001, le gouvernement de l’époque, une coalition du Parti social démocrate (SPD) et des Verts, envoya le KSK en Afghanistan muni d’un blanc-seing. Tandis que des unités de l’armée allemande sont présentes dans la capitale afghane et sont intégrées aux forces de l’ISAF (Force internationale d’assistance à la Sécurité) opérant sous l’égide de l’ONU, les unités du KSK opèrent elles sur l’ensemble du territoire couvert par l’opération « enduring freedom » contre Al-Quaïda et les Talibans et qui est placée sous commandement américain.
Les activités clandestines de cette unité spéciale qui comprend une centaine d’hommes sont considérées comme éminemment secrètes. Le député du parti du FDP (Parti libéral démocrate), Werner Hoyer, se plaignit dans le journal Die Welt de ce que la commission parlementaire des Affaires étrangères n’avait reçu aucune information sur le KSK durant les treize mois passés. « Je suis profondément troublé par le secret observé par le ministère de la Défense. Je ne sais pas ce que le KSK fait concrètement en Afghanistan, quels ordres il a reçu » a-t-il déclaré.
Etant donné que l’armée américaine et les médias répandent systématiquement des informations sur des nombres importants de « combattants Taliban » tués, et ce en l’absence de témoins ou de preuve de ce qu’il s’agisse vraiment de « combattants », il faut supposer que le KSK est, lui aussi, impliqué dans de telles actions et qu’on lui a accordé un permis général de tuer.
Jusque-là il n’y a pas de preuve formelle, à part les déclarations de la victime elle-même, que le KSK ait maltraité Kurnaz, mais les dénégations officielles sont elles-mêmes bien faibles. Selon un officier supérieur du KSK, s’adressant au magazine Stern : « On avait déjà vu comment les Américains frappaient les prisonniers à coup de pieds et comment ils étaient battus. C’était carrément méchant.»
Le fait que le KSK ait gardé, et est peut-être encore en train de garder en Afghanistan, des prisonniers américains détenus dans des conditions qui violent le droit international montre la totale hypocrisie des condamnations pour la forme de tels camps par le gouvernement allemand. Le journal Die Welt a cité un ex-membre du KSK qui affirme que l’ordre de garder les prisonniers détenus par les forces armées américaines à Kandahar venait directement du ministère de la Défense à Berlin.
Il semble aussi que le gouvernement allemand était mieux informé sur le cas de Kurnaz qu’il veut bien l’admettre. Le BND avait déjà informé la chancellerie en décembre 2001 de ce que « MK, citoyen turc né en Allemagne » était emprisonné dans un camp à Kandahar et serait bientôt transféré à Guantánamo.
C’est ce qui ressort d’un rapport confidentiel du gouvernement destiné à la commission parlementaire de contrôle pour les services de renseignement (PKG) et qui a été publié dans les médias, le service de renseignement faisant remarquer qu’« il y [avait] une possibilité pour les autorités allemandes d’interroger MK, et peut-être même en Afghanistan. »
Le ministère de la Défense ayant reçu le rapport sur Kurnaz six jours avant, il est probable que ce rapport ait été la source de l’information passée directement par le service de renseignement à la chancellerie dirigée à l’époque par l’actuel ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier (SPD). On sait aussi qu’en octobre 2002 le gouvernement allemand a refusé une offre des Etats-Unis de libérer Kurnaz et de le rapatrier en Allemagne.
Les dangers du militarisme
L’affaire Kurnaz a révélé les énormes dangers du virage vers le militarisme. La création du KSK a établi une force armée secrète qui opère en dehors de tout véritable contrôle alors que les services de renseignement allemands sont directement impliqués dans les machinations illégales des services secrets américains.
La grande coalition des conservateurs et des sociaux démocrates (CDU-CSU/SPD) est résolue à maintenir ce cours. Sachant que se sont les partis de la coalition qui dominent les commissions d’enquêtes parlementaires, on a peu à en attendre en fait de réelle clarification.
La commission d’enquête parlementaire sur le BND a explicitement justifié la pratique des interrogatoires dans des camps de prisonniers clandestins. Le rapport final de la commission déclare de façon pudique que le gouvernement allemand avait accepté « des offres de la part de l’étranger d’interroger des prisonniers suspects de terrorisme, même si les conditions dans lesquelles ils étaient arrêtés et détenus ne correspondaient pas exactement aux critères du droit international et aux droits de l’homme ». Par conséquent l’interrogatoire de Kurnaz a Guantánamo sur la base d’ « indications » non confirmées d’une « cellule » Al-Quaïda « a Brême » était « une nécessité ».
Le « Livre blanc sur la politique de sécurité en Allemagne » rédigé par le ministre de la Défense conservateur, Franz-Josef Jung déclara que « la lutte contre le terrorisme international » était la tâche centrale des forces armées allemandes. Pour ce qui est des activités du KSK et d’autres troupes spéciales, ce « Livre blanc » déclare : « le rayon d’action des forces spéciales inclut l’extraction d’information essentielle, la protection des propres forces armées à distance, la défense et le secours par rapport aux menaces terroristes tout comme les missions de combat en territoire hostile ».
Ce « Livre blanc » souligne aussi la signifiance de la collaboration entre les différents services dans les « décisions sur la sécurité au niveau national et international ». Sur cette base, la collaboration avait déjà été intensifiée entre le BND et les services secrets militaires. En d’autres mots, les forces armées supervisées par le ministère de la Défense considèrent de plus en plus le maintien de la sécurité intérieure comme leur responsabilité, ce qui est strictement interdit par la constitution allemande.
Dans le passé, le BND, bien qu’étant exclusivement responsable pour les activités d’espionnage à l’étranger, fit espionner des journalistes en Allemagne même, en violation flagrante de la liberté de la presse. Les activités du BND furent révélées au printemps dernier dans le « Rapport Schäfer ».
Mais qu’en est-il du KSK? S’il peut agir en dehors de tout contrôle à l’étranger, alors pourquoi pas en Allemagne même. Et cela en accord avec la campagne politique de plus en plus agressive exigeant que soit permis aux forces armées d’intervenir sur le front domestique au nom de la « guerre contre le terrorisme » ? L’apparition d’une puissante unité d’élite qui agit en dehors de tout contrôle légal et public représente une menace patente vis-à-vis de la démocratie.
Source : http://www.wsws.org/francais/News/2006/novembre06/201106_Murat.shtml
(article original publié le 2 novembre 2006)