Affichage des articles dont le libellé est Soudan. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Soudan. Afficher tous les articles

mardi 5 août 2008

«Nous n’avions aucun droit et n’avons pas été traités comme des êtres humains»

Interview de Sami Elhaj, ancien détenu à Guantánamo, menée par Alfred de Zayas, professeur à l’Ecole de hautes études internationales

Alfred de Zayas: Monsieur Elhaj, vous avez été libéré en mai 2008, après six ans à Guantánamo. Vous êtes maintenant à Genève, où vous allez rencontrer des représentants des Nations Unies et du Comité international de la Croix-Rouge. En décembre 2001, vous avez été arrêté à la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan, bien que vous n’ayez rien eu à faire avec le terrorisme, n’ayez pas été un «combattant ennemi» et n’ayez jamais fait l’objet d’une plainte pénale. Comment vous expliquez-vous votre arrestation?
Sami Elhaj: Les militaires des Etats-Unis m’ont reproché à tort de servir de courrier à une organisation musulmane militante. Je suis journaliste d’Al-Jazira et ai été probablement arrêté parce que les Etats-Unis sont hostiles à ce média et que les médias émettent des commentaires sur les violations des droits de l’homme en Afghanistan.

vendredi 16 mai 2008

Géométrie variable au Canada

Brenda Martin, rapatriée à grands frais du Mexique
Abousfian Abdelrazik, "oublié" au Soudan
Omar Khadr, "oublié" à Guantánamo


Justice à géométrie variable
Si vous êtes pris dans les griffes d'un système judiciaire étranger et espérez l'aide du gouvernement canadien, il vaut mieux pour vous d'être né au pays, d'avoir la peau blanche et un nom à consonance européenne, et de ne pas fréquenter une mosquée, écrit avec indignation Kris Kotarski, du Calgary Herald. Alors que le gouvernement fédéral a dépêché un avion pour sortir Brenda Martin du Mexique, Abousfian Abdelrazik continue d'être coincé au Soudan depuis cinq ans. Il y a été emprisonné pendant un temps à la demande des services de renseignement canadiens, qui disent le soupçonner de terrorisme. Il a été libéré et, depuis, aucune accusation n'a été portée contre lui au Soudan ou au Canada. Malgré cela, il n'arrive pas à obtenir les documents de voyage nécessaires pour revenir au pays car il figure sur une liste internationale d'interdiction de vol. L'homme peut être dangereux, mais il peut aussi s'agir d'une répétition de l'affaire Arar, note Kotarski. À son avis, le gouvernement doit traiter tout le monde de la même façon et aider Abdelrazik avec autant de diligence que Brenda Martin.
Le Globe and Mail s'insurge à son tour.
«Le gouvernement de Stephen Harper a une étrange façon de choisir qui il défendra à l'étranger. Ronald Allen Smith fait face à la peine de mort au Montana, le Canada reste silencieux. Omar Khadr, un Canadien arrêté à l'âge de 15 ans, est le seul Occidental encore détenu à la prison américaine de Guantánamo et le Canada reste silencieux. Abousfian Abdelrazik, un Canadien soupçonné d'association terroriste, est dans les limbes au Soudan, incapable de revenir au pays à cause d'une bureaucratie tatillonne, dit le gouvernement canadien. Mais quand Mme Martin attend son transfert après avoir été condamnée à cinq ans de prison au Mexique pour participation à une fraude en ligne, le gouvernement canadien balance par la fenêtre prudence et argent.» Le Globe rappelle que 1815 Canadiens sont détenus à l'étranger. Pourquoi alors faire payer 82 767 $ aux Canadiens pour rapatrier Martin à bord d'un jet loué? Le quotidien note que les déboires de cette Canadienne ont dominé les nouvelles durant une période creuse, mettant le gouvernement dans l'embarras. Le Globe soupçonne ce même gouvernement d'avoir voulu mettre tout simplement un terme à la couverture négative qu'il subissait. À nos frais...
Source : Le Devoir, 10-11/05/2008

Ex-enfant soldat prisonnier à Guantánamo - Rapatriez Omar Khadr au Canada!
Nous, les organisations soussignées oeuvrant pour la protection des droits de l'enfant, enjoignons au gouvernement canadien d'intervenir immédiatement dans le dossier d'Omar Khadr et demandons son rapatriement au Canada dans les plus brefs délais. Nous le prions de bien vouloir prendre en compte deux facteurs importants qui n'ont pas jusqu'à maintenant retenu l'attention méritée:
>- l'importance du respect des normes internationales afin de mettre fin à l'utilisation d'enfants soldats;
>- l'obligation clef stipulée par ces normes de réhabiliter et de réinsérer les enfants touchés par les conflits armés.
Un précédent
Le Canada a donné l'exemple lors de l'adoption du Protocole facultatif relatif à l'implication des enfants dans les conflits armés et des résolutions du Conseil de sécurité sur les enfants et les conflits armés. Il est dans l'intérêt de tous, notamment les militaires canadiens, que ces lois soient maintenues. Elles sont destinées à mettre fin à l'utilisation d'enfants soldats.
La manière avec laquelle le Canada traite le cas d'Omar Khadr créera un précédent pour les autres pays et aura donc un impact majeur sur la réputation et l'influence du Canada dans les domaines de la paix, de la sécurité et des droits de la personne. Ce traitement pourra soit diminuer, soit accroître l'importance de faire respecter les normes internationales pour mettre fin au recours aux enfants soldats.
Droit international
Nous demandons au gouvernement canadien de donner préséance au droit international sur la décision récente du juge militaire qui préside la commission militaire créée par les États-Unis dans la baie de Guantánamo d'entendre le cas d'Omar Khadr. Les commissions militaires échouent généralement à appliquer les normes en matière de jugement équitable et ne prévoient aucune disposition portant sur les jeunes contrevenants ou les enfants touchés par les conflits armés.
Plus particulièrement, il est à noter que les États-Unis ont aussi ratifié le Protocole facultatif relatif à l'implication des enfants dans les conflits armés, même s'ils n'ont pas ratifié la Convention des Nations unies relative aux droits de l'enfant, et que les avocats du département de la Défense des États-Unis tiennent également à ce que le Canada respecte cette loi.
Le Canada a la possibilité de faire preuve de leadership dans ce domaine en rapatriant immédiatement Omar Khadr, comme les autres pays l'ont fait avec leurs ressortissants détenus à Guantánamo. Si le Canada ne respecte pas ce protocole, il sera beaucoup plus difficile de s'attendre à ce que les autres pays ne fassent pas de même.
Enfants soldats
Dans les situations de conflit, malheureusement, les enfants sont souvent recrutés et utilisés en tant qu'enfants soldats. Deux principes au coeur de ce protocole sont la condamnation de l'utilisation d'enfants en tant que combattants par n'importe quel groupe ou force armée ainsi que l'obligation des États de fournir aux enfants démobilisés «toute l'assistance appropriée en vue de leur réadaptation physique et psychologique et de leur réinsertion sociale» (article 6, paragraphe 3).
Tel que stipulé dans la Convention relative aux droits de l'enfant, les systèmes de justice juvénile constituent le moyen approprié pour traiter les cas d'enfants en conflit avec la loi. Le Canada a été l'instigateur du développement et de l'adoption des lignes directrices en matière de justice dans les affaires impliquant des enfants victimes et témoins d'actes criminels, qui garantissent aux enfants le droit d'être protégés contre les épreuves survenues pendant le processus judiciaire.
Aucun tribunal international existant n'a jamais poursuivi un enfant pour des crimes de guerre, ce qui témoigne de la reconnaissance au sens large du fait que le recrutement et l'utilisation d'enfants dans les conflits armés est un sérieux abus des droits de la personne en soi. Exploitation de l'âge
Le principe donnant la priorité à la réhabilitation et à la réinsertion des jeunes dans n'importe quel système judiciaire est une composante essentielle de ce protocole et un principe fondamental de l'approche à long terme du Canada en ce qui a trait à la justice juvénile. Le Canada a signé les principes de Paris et les principes directeurs relatifs aux enfants associés aux forces armées ou aux groupes armés, qui soulignent que «les enfants accusés d'avoir commis des crimes de droit international alors qu'ils étaient associés à des forces armées ou à des groupes armés doivent être considérés principalement comme les victimes d'atteintes au droit international et non pas seulement comme les auteurs présumés d'infractions. Ils doivent être traités d'une façon conforme au droit international, dans un cadre de justice réparatrice et de réinsertion sociale, conformément au droit international, qui offre une protection particulière à l'enfant à travers de nombreux accords et principes».
La commission militaire n'offre pas un tel cadre. Plutôt que de susciter une protection en vertu de sa condition de mineur, l'âge d'Omar Khadr a été exploité depuis le début. Les inquiétudes à propos des interrogations lors d'une détention sans contact avec l'extérieur sont aggravées lorsque le détenu est un enfant, comme dans le cas d'Omar Khadr.
L'aide du Canada
Nous exhortons le Canada à faire ce que le Conseil de sécurité des Nations unies et le Canada demandent aux autres pays de faire: développer les stratégies de réhabilitation et de réinsertion pour les enfants qui ont été impliqués dans un conflit armé. Le Canada a aidé d'autres pays à développer des plans efficaces pour réhabiliter d'anciens enfants soldats qui étaient auparavant impliqués dans des activités militaires similaires ou même plus graves que celles évoquées dans les allégations retenues contre Omar Khadr (ce qui, faut-il le rappeler, n'a pas été vérifié devant une cour de justice légitime).
Au lieu de faire subir des procédures judiciaires accusatoires à d'anciens enfants soldats, de telles stratégies favorisent plutôt la participation de ces derniers aux plans de réinsertion destinés à faire coïncider l'intérêt supérieur des enfants avec ceux de la communauté dans laquelle ils évolueront.
Changer de cap
Le Canada devrait faire ce que les autres pays se doivent également de faire. S'il choisit de ne pas respecter la loi ni d'honorer ses engagements, il sera beaucoup plus difficile de demander aux autres pays de le faire, à la fois en tant que membre de l'Organisation des nations unies et champion de la résolution 1612 du Conseil de sécurité, développée afin de protéger les enfants dans le contexte d'un conflit armé. Pour toutes ces raisons, nous vous demandons de revoir votre position au sujet du citoyen canadien Omar Khadr. [...]
Ont signé ce texte:
Brendan Cavanaugh, secrétaire général de Terre des Hommes Canada; le Comité d'aide aux réfugiés (Québec); Roméo Dallaire, sénateur; Nigel Fisher, président et directeur général d'UNICEF Canada; l'Association internationale des avocats de la défense; David Lord, directeur exécutif de Paix durable; Rosemary McCarney, présidente et directrice générale de Plan Canada; David Morley, président et directeur général de Save the Children Canada; Alex Neve, secrétaire général d'Amnesty International Canada; Landon Pearson, Landon Pearson Resource Centre for the Study of Childhood and Children's Rights, université Carleton; Dominique Peschard, président de la Ligue des droits et libertés du Québec; Nadja Pollaert, directrice générale du Bureau international des droits des enfants; Kathy Vandergrift, présidente du conseil d'administration de la Coalition canadienne pour les droits de l'enfant; War Child Canada; Maria Beatriz Hennessy, consultante; Myriam Denov, professeure associée à l'École de service social de l'université McGill; Graeme MacQueen, ancien directeur et fondateur du Centre pour les études de paix; Bonny Ibhawoh, actuel directeur du Centre pour les études de paix de l'université McMaster; Jessica Schafer, professeure associée à l'École supérieure d'affaires publiques et internationales de l'Université d'Ottawa.

dimanche 11 mai 2008

Sami Al Haj de retour au Soudan

Sami Al Haj, le caméraman d'Al Jazeera, été rapatrié avec deux autres détenus soudanais à Khartoum le 2 mai. Voici le compte-rendu d'Al Jazeera sur sa libération :
Sami al-Hajj, le caméraman d'Al Jazeera, critique avec virulence le traitement infligé aux détenus de la prison militaire de Guantanamo Bay, prison dans laquelle il a été emprisonné pendant près de 6 ans et demi.
Sami al-Hajj raconte que « les rats sont traités avec plus d'humanité » que les prisonniers dont « la dignité humaine est violée ». Sami Al-Hajj, arrivé au Soudan tôt vendredi 2 mai, est sorti du jet des Forces de l'Air américain sur un brancard et a été envoyé immédiatement à l'hôpital.
Son frère, Asim al-Hajj, dit qu'il ne reconnaissait pas le caméraman qui avait l'air d'avoir 80 ans. Mais dit Sami, « J'ai eu de la chance car Dieu a permis que je sois libéré ». Ses préoccupations se sont bientôt revenues vers les 275 prisonniers laissés derrière lui dans la prison militaire de Guantanamo.
Dignité violée
« Je suis très heureux d'être au Soudan mais je suis très triste à cause de la situation de nos frères restés à Guantanamo. Les conditions y sont très très mauvaises et elles empirent chaque jour » raconte-t-il de son lit d'hôpital. « Notre condition humaine, notre dignité humaine ont été violées et l'administration américaine a perdu toutes les valeurs humaines, toutes les valeurs morales, toutes les valeurs religieuses ».
« Les rats sont mieux traités que nous à Guantanamo. Il ya des gens de plus de 50 pays qui sont totalement privés de leurs droits et privilèges. Ils ne leur donnent même pas les droits qu'ils donnent aux animaux » dit-il. Al-Hajj s'est plaint que durant plus de sept ans, les prisonniers n'ont même pas été amenés devant un tribunal civil afin de défendre leur cause. Un homme libre L'ambassade des Etats-Unis à Khartoum a délivré une brève déclaration confirmant qu'un « transfert de prisonnier » au Soudan avait eu lieu et ajoutant que la coopération du Soudan avait été appréciée.
Un haut responsable de la défense américaine à Washington parlant sous condition d'anonymat a dit à Reuters qu'al-Hajj « n'était pas libéré mais simplement transféré au gouvernement soudanais ».
Mais le ministre de la justice du Soudan a dit à Al Jazeera qu'al-Hajj était un homme libre et qu'il ne serait ni arrêté ni mis en accusation.
Deux autres détenus soudanais de Guantanamo, Amir Yacoub al-Amir et Walid Ali, ont été libérés en même temps que Sami al-Hajj. Ils racontent qu'ils ont eu les yeux bandés, qu'ils étaient menottés et enchaînés à leurs fauteuils pendant leur vol de retour.
L'organisation Reprieve qui représente certains prisonniers de Guantanamo, rappore que le prisonnier marocain Said Boujaadia avait également été libéré et qu'il a pris le même vol que les trois soudanais. Sami al-Hajj était le seul journaliste appartenant à une grande organisation d'information internationale détenu à Guantanamo et beaucoup de personnes qui le soutenaient voyaient dans sa détention une forme de punition par rapport aux contenus des émissions diffusées.
Capturé en 2001
Il a été capturé par des officiers de renseignement pakistanais alors qu'il voyageait près de la frontière afghane en décembre 2001. Malgré le fait qu'il détenait un visa légal pour travailler pour la chaîne en arabe d'Al Jazeera en Afghanistan, il a été remis à l'armée américaine en janvier 2002 et envoyé à Guantanamo Bay. Al-Hajj qui est soudanais a été détenu en tant que « combattant ennemi » et ce, sans jamais avoir été mis en accusation ni été passé en jugement. Al-Hajj n'a jamais été poursuivi à Guantanamo ce qui fait que les Etats-Unis n'ont pas rendu publique toutes les allégations contre lui.
Audition qui a déterminé qu'il était bien un combattant ennemi, des officiels américains ont prétendu que dans les années 90, al-Hajj avait été cadre supérieur d'une compagnie de boissons basée au Qatar qui apportait un soutien aux combattants musulmans en Bosnie et en Tchétchénie.
Les Etats-Unis prétendaient aussi qu'il était allé au moins huit fois en Azerbaïdjan pour apporter de l'argent de la part de ses employés à la Fondation Islamique al-Haramain, une organisation aujourd'hui disparue qui selon les Etats-Unis finançaient des groupes armés.
Les Etats-Unis ont également prétendu qu'il avait rencontré Mamdouh Mahmud Salim, un prétendu lieutenant supérieur d'Osama Ben Laden qui avait été arrêté en Allemagne en 1998 puis extradé aux Etats-Unis. Les avocats de Sami al-Hajj ont toujours nié ces allégations.
Un élément de racisme
Sami al-Hajj était en grève de la faim depuis le 7 janvier 2007. David Remes, un avocat pour 17 prisonniers de Guantanamo Bay, a raconté à Al Jazeera que le traitement appliqué à Sami al-Hajj « était plus terrible que pour la plupart des autres et qu'il y avait un élément de racisme dans la façon avec laquelle il avait été traité. Il dit qu'il avait été en contact avec l'avocat d'al-Hajj et qu'il semblait que le caméraman a été « détérioré psychologiquement ». « Les Européens n'auraient jamais été traités de la sorte » dit Remes.
Environ 275 prisonniers sont encore à Guantanamo et l'avocat dit que les prisonniers européens étaient tous retournés dans leurs pays, laissant derrière eux des détenus d'autres nationalités comme les Yéménites qui constituent un tiers de la population des prisonniers. Remes raconte qu'al-Hajj avait été libéré parce que l'administration Bush « veut vider autant d'hommes que possible hors de Guantanamo aussi rapidement que possible...étant donné que Guantanamo est devenu un tel symbole international de honte ». « Quand la Cour Suprême a dit que les hommes pouvaient avoir des avocats, la pression sur les Etats-Unis a augmenté et la condamnation a isolé l'administration américaine. Guantanamo a été un désastre pour les relations publiques » dit-il. « Malheureusement, les Américains sont sensibles aux violations des droits mais n'ont aucune sympathie pour les hommes détenus à Guantanamo étant donné que l'administration Bush a réussi à les dépeindre comme étant les pires des pires personnes malfaisantes ».
« J'ai rencontré beaucoup de prisonniers et ai été amené à reconnaitre leurs souffrances...nous les reconnaissons en tant qu'êtres humains, pas les pires des pires et nous avons rencontré leurs familles. J'ai été à Guantanamo et la dimension humaine de Guantanamo est une histoire qui reste encore à être racontée » dit Remes.
Inquiétudes et sollicitude d'Al Jazeera
Al Jazeera a fait campagne pour la libération de Sami al-Hajj et ce, depuis sa capture il y a près de six ans et demi. Wadah Khanfar, le directeur-général de la chaîne qui était à Khartoum pour souhaiter la bienvenue à Sami, a dit : « nous sommes fou de joie ». Mais il a critiqué l'armée américaine qui fait pression sur al-Hajj afin qu'il espionne ses employés. « La façon avec laquelle les Américains ont traité Sami al-Hajj nous préoccupe ainsi que la façon avec laquelle ils pourraient aussi traiter tous les autres » dit-il. « Sami continuera avec Al Jazeera, il continuera comme un professionnel qui a fait de formidables boulots durant son travail à Al Jazeera. Nous félicitons sa famille et tous ceux qui connaissaient et aimaient Sami et qui ont travaillé pour ce grand moment ».
Source : http://english.aljazeera.net/English, 2 mai 2008
Traduction de l'anglais : Ana Cléja

vendredi 9 mai 2008

Sami Al Haj commence à parler

par Nicolas Bourcier et Mouna Naïm (à Beyrouth), Le Monde, 8 Mai 2008

Le cameraman soudanais de la chaîne qatarie Al-Jazira, Sami Al-Haj, libéré la semaine dernière après six années d'incarcération sur la base américaine de Guantanamo, a dénoncé, lundi 5 mai, dans une de ses premières déclarations publiques depuis son arrivée à Khartoum, des conditions de détention particulièrement difficiles. L'homme, visiblement affaibli, s'est exprimé en direct à la télévision soudanaise à l'occasion d'une fête officielle et populaire organisée en son honneur.
Sami Al-Haj a déclaré avoir subi 130 séances d'interrogatoire, dont 95 consacrées à son travail et à la chaîne qatarie Al-Jazira. Certains geôliers lui auraient demandé de trahir son employeur et de devenir un espion. Mais, dit-il, "j'ai compté sur Dieu" dans la résistance aux pressions.
Le journaliste a poursuivi en indiquant avoir été soumis à la torture physique et morale. Il a affirmé avoir vu de ses propres yeux comment des soldats ont déchiré le Coran, l'ont souillé, l'ont foulé aux pieds avant de s'asseoir dessus. Il a souligné les avoir observés lorsqu'ils frappaient des prisonniers en des points sensibles du corps.
Vendredi, quelques heures après son arrivée dans la capitale soudanaise, Sami Al-Haj avait affirmé depuis sa chambre d'hôpital que les prisonniers de Guantanamo "étaient privés de prière et qu'il y avait des insultes délibérées contre le livre saint". Il précisait que "la situation était très mauvaise et qu'elle empirait chaque jour un peu plus".
AUCUNE INCULPATION
Arrêté en décembre 2001 à la frontière de l'Afghanistan et du Pakistan par les forces de sécurité pakistanaises, Sami Al-Haj avait été livré un mois plus tard à l'armée américaine, avant d'être transféré sur la base de Guantanamo le 13 juin 2002. D'après Reprieve, une association de défense des droits de l'homme britannique qui représente une trentaine de détenus de Guantanamo, les autorités militaires américaines l'ont accusé d'avoir réalisé une interview d'Oussama Ben Laden. Dans un communiqué, l'organisation a indiqué que cette charge était sans fondement.
Aucune inculpation n'a été prononcée contre Sami Al-Haj à Guantanamo. Lors d'une audition qui devait le qualifier d'"ennemi combattant", des responsables américains ont prétendu qu'il avait travaillé, dans les années 1990, dans une entreprise alimentaire basée au Qatar qui soutenait des combattants musulmans en Bosnie et en Tchétchénie. Ils l'ont également accusé d'avoir rencontré Mamdouh Mahmud Salim, un proche lieutenant de Ben Laden arrêté en Allemagne en 1998 et extradé aux Etats-Unis.
Interrogé par l'Agence France-Presse, le frère du cameraman s'est dit préoccupé par son état de santé. "Nous ne pouvons pas croire que c'est la même personne. Il a la trentaine et il en paraît quatre-vingt-dix", a souligné Issam Al-Haj. Selon Clive Stafford Smith, un des avocats de Sami Al-Haj et responsable de Reprieve, son client, qui avait entamé une grève de la faim le 7 janvier 2007 pour protester contre sa détention, a perdu 18 kilos, souffre de graves problèmes intestinaux et est sujet à des crises de paranoïa.
A Washington, un porte-parole du Pentagone, le commandant Jeffrey Gordon, avait justifié vendredi l'incarcération du cameraman en indiquant que "la décision de le détenir était étayée par des renseignements aussi bien classifiés que publics".
"Le transfert est une démonstration de la volonté des Etats-Unis de ne pas retenir des détenus plus longtemps que nécessaire", a ajouté le Pentagone dans un communiqué, qui précise que 65 autres détenus de Guantanamo sont "éligibles" pour un transfert ou une libération.
Depuis 2002, plus de 500 détenus de Guantanamo ont été transférés vers leur pays d'origine. Quelque 275 y sont toujours incarcérés.

jeudi 20 décembre 2007

Retour à Khartoum

Khartoum, 13 décembre 2007 : Deux ans après avoir été reçu le feu vert pour être libérés par un commission militaire d’examen, Adel Hassan Hamad, un administrateur soudanais d'hôpital travaillant pour un organisme de bienfaisance saoudien, et Salim Muhood Adem, qui travaillé avec des orphelins pour une ONG koweïtienne, ont été rapatriés vers leur pays d’origine, où, comme l’a annoncé l’avocat Clive Stafford Smith, ils sont tous deux « en sécurité auprès de leurs familles. " Adel Hassan Hamad et Salim Muhood Adem, après leur libération.
Photo © Mohamed Nureldin Abdalla, Reuters.

Ils ont l’intention de continuer le combat pour demander justice et réparation pour les cinq années passées au goulag de Guantánamo. Regardez le reportage d’Al Jazeera.

lundi 17 septembre 2007

Sami Al Haj est sur le point de mourir à Guantánamo

Le syndrome du Darfour
par Robert Verkaik, The Independent, 13 septembre 2007
Traduit par Fausto Giudice,
Tlaxcala


Un journaliste d'Al Jazeera capturé en Afghanistan il y a six ans et envoyé à Guantánamo est sur le point de devenir le cinquième détenu à la base navale US à se suicider, selon un rapport médical rédigé par une équipe de psychiatres britanniques et usaméricains.
Sami Al Haj, un ressortissant soudanais, est dans son 250e jour de grève de la faim qu'il a entamé en protestation contre sa détention sans inculpation ni procès en Janvier 2002. Mais des médecins britanniques et usaméricains, qui ont pu avoir un accès exclusif à des procès-verbaux d’interrogatoire, disent qu'il y a de très forts indices qu'il a abandonné son combat pour la vie, subissant ce que les médecins qualifient de «suicide passif », un état éprouvé par des femmes victimes du Darfour.
Le Dr. Dan Creson, un psychiatre usaméricain qui a travaillé avec les Nations Unies au Darfour, dit que M. Al Haj souffre d'une dépression sévère et que la détérioration de son état rend sa mort imminente.Il dit que l'état du détenu était similaire à celui des femmes darfouries au Soudan dont l’état mental subit soudain un déclin irréversible après qu’elles ont enduré des mois de famine et d'abus. Il dit : « Entre viol, famine rampante et humiliations abjectes, elles faisaient ce qu'elles pouvaient pour survivre et sauver leurs enfants ; puis, soudain, quelque chose se passait dans leur psychisme, et, sans signes annonciateurs, elles allaient s’asseoir avec leurs petits enfants dans le premier coin d'ombre disponible pour attendre la mort sans émotion apparente ».
En juin de cette année, un Saoudien a été le quatrième prisonnier à se suicider à Guantánamo. Les gardiens l’ont retrouvé mort dans sa cellule. Deux prisonniers saoudiens et un prisonnier yéménite ont été retrouvés pendus dans ce qui apparaissait comme un suicide au mois de juin de l'année dernière à Guantánamo. Un responsable militaire US avait à l'époque provoqué l'indignation en décrivant le suicide des trois hommes comme un acte de guerre unilatéral et opération de relations publiques de la part des suspects de terrorisme.
M. Al Hajj, 38 ans, a été envoyé en mission par la chaine de télévision Al Jazeera pour couvrir la guerre en Afghanistan en octobre 2001. Le mois suivant, après la chute de Kaboul, M. Al Haj a quitté l'Afghanistan pour le Pakistan avec le reste de son équipe.
Début décembre, des visas ont été attribués à l'équipe pour retourner en Afghanistan. Mais quand M. Al Haj a essayé de rentrer en Afghanistan avec ses collègues, il a été arrêté par les autorités pakistanaises - apparemment à la demande de l'administration militaire US.Il a été emprisonné et remis aux autorités US en janvier 2002, emmené au camp militaire US à Bagram en Afghanistan, puis à Kandahar et finalement à Guantánamo en juin 2002.
Son avocat, Clive Stafford Smith de l'organisation humanitaire Reprieve , dit que son client a été brutalement nourri de force pendent des mois et a perdu presque le cinquième de son poids durant sa grève de faim.
M. Stafford Smith dit : « L'administration militaire US craint à juste titre qu'un cinquième prisonnier meure sous sa garde. Mais ils réagissent incorrectement en traitant les prisonniers encore plus mal. Les couvertures et les habits sont enlevés pour éviter qu'ils soient utilisés pour commettre un suicide. Les méthodes les plus brutales d'alimentation forcée sont employées - Sami a souffert, à plusieurs reprises, de l’introduction par erreur du tube d'alimentation forcée dans ses poumons».
L'alerte sur l'état de M. Al Haj coïncide avec la publication de transcriptions de documents de Guantánamo qui décrivent l'hostilité entre les gardiens et leurs prisonniers. Les transcriptions contiennent des détails sur des gardiens interrompant les prisonniers pendant la prière, des détenus lançant leurs excréments sur les gardiens, des interrogateurs suspendant la distribution de médicaments.
Le Dr. Hugh Rickards, un psychiatre britannique, a alerté dans son rapport que l’état de souffrance mentale de M. Al Haj « apparaît si aigu qu'il est de mon devoir de praticien de le signaler par écrit pour garantir une évaluation et un traitement appropriés ».
Le Dr. Mamoun Mobayed, un psychiatre britannique basé en Irlande du Nord, et troisième membre de l'équipe à qui on a donné l'accès à des procès-verbaux d’interrogatoires récents du prisonnier, dit qu'il y régnait aussi une inquiétude à propos de la santé mentale de la femme de M. Al Haj et de son fils âgé de sept ans, qui n’avait qu’un an quand son père a été envoyé en mission en Afghanistan.

mardi 21 août 2007

5000 Soudanais réclament la libération de leurs 9 compatriotes détenus à Guantánamo

Les familles de quatre Soudanais détenus dans la prison américaine de Guantanamo ont marché dimanche devant l’ambassade des Etats-Unis à Khartoum, pour réclamer la libération de ces derniers, a constaté APA.
Des groupes de familles ont marché devant l’ambassade des Etats-Unis à Khartoum pour exprimer leur solidarité avec les familles des neuf détenus.
La manifestation fait suite à des informations ayant circulé dans la capitale soudanaise, selon lesquelles l’administration américaine envisageait la "libération prochaine" de l’un des Soudanais de Guantanamo.
Sur Al Jazeera, frère du détenu Sami al-Hajj, avait affirmé la semaine dernière, à Khartoum, que Washington pourrait faire bénéficier, Hajj d’une "mise en liberté sous condition s’il acceptait de ne pas quitter le Soudan".
Les membres des familles des détenus ont affirmé que la possibilité pour Hajj de recouvrer la liberté constituait "une bonne nouvelle", mais qu’au dela de ce dernier, ce sont tous les détenus soudanais, qui "doivent être libérés."
« Nous sommes ici pour réclamer la libération et le retour au pays de nos frères, de nos fils et de nos pères détenus à la prison de Guantanamo », a déclaré le frère de Hajj.
« Cette souffrance doit cesser, car cela fait maintenant plus de 6 ans que nous l’endurons sans que les détenus ne soient ni entendus devant une cour, ni accusés », a-t-il ajouté, marchant aux côtés des autres familles.
Les neuf Soudanais, soupçonnés d’activités terroristes, avaient été détenus par Washington au Pakistan et en Afghanistan, avant d’être transférés à la prison de Guantanamo, à Cuba, ont révélé les familles lors de la marche de protestation.
Un des protestataires a remis à une autorité de l’ambassade des Etats-Unis, Joel Maybury, une pétition comprenant 5. 000 signatures de citoyens soudanais, réclamant la relaxe pure et simple de leurs concitoyens.
Maybury a, quant à lui, affirmé que l’ambassade ferait part à Washington du message, s’abstenant toutefois, de tout commentaire quant aux chances de libération des autres prisonniers.
Source : Agence de Presse Africaine, 19-08-2007
Une précédente manifestation à Khartoum en février 2007

jeudi 2 août 2007

Voyage au bout de l'enfer

Depuis plus de six ans, le journaliste soudanais Sami Al Haj est illégalement détenu dans le camp de concentration de Guantanamo. Aucune charge précise n'est retenue contre lui. Cette situation digne des plus troublants romans de Kafka pourrait laisser songeur, si elle ne témoignait pas, plus simplement, d'une honteuse et intolérable injustice. Ni la première dame de France, ni Reporters Sans Frontières ne s'en émeuvent pourtant (si quand même, un tout petit peu, NDLR chronique de guantánamo)
Quand les États-Unis mènent leur guerre aveugle contre le terrorisme, la liberté de la presse et les droits de l'Homme trinquent. Rappel des faits : en octobre 2001, la chaîne Al Jazeera envoie son cameraman, Sami Al Haj , avec une équipe de journalistes en Afghanistan pour couvrir la guerre de Bush. Après un transit obligatoire au Pakistan, l'équipe obtient enfin un visa d'entrée, mais elle juge utile de prolonger son séjour à Quetta, en raison de la violence du conflit. Sami Al Haj paie aujourd'hui le prix fort de cette précaution qui, pourtant, relève du sens commun. Mais on peut se demander si, dans cette affaire, le bon sens est vraiment la chose au monde la mieux partagée. Quand les forces nordistes, avec l'appui des Américains, l'emportent, l'équipe de journalistes tente de retourner à Kandahar. Elle a, au préalable, prorogé son visa d'entrée. C'est donc au moment de passer la frontière, à la mi-décembre 2001, que les forces armées pakistanaises sur ordre des américains arrêtent Sami Al Haj . Le cauchemar commence. Dénudé, dépouillé de ses effets personnels, la tête couverte, les pieds et les mains enchaînés, le journaliste est jeté dans un avion, en direction de la prison américaine de Bagram en Afghanistan. Ensuite, il sera transféré vers la base de Guantanamo, zone de non-droit toujours active, où il reste à ce jour incarcéré, sans le moindre chef d'inculpation.
Son avocat, Clive Stafford Smith, a déclaré il y a un an que son client avait enduré des tortures et des abus sexuels. Contraint de suivre un traitement pour un cancer de la gorge, les autorités américaines refusent de lui administrer. En revanche, un comité d'experts, nommé le Behavorial Science Consultation Team, emploie toute son intelligence à détruire un homme affaibli, de surcroît innocent. Sami Al Haj rapporte ces châtiments corporels : outre les privations de sommeil et les tortures psychologiques, les détenus subissent des sévices sexuels et des humiliations qui les obligent à uriner ou déféquer sur eux-mêmes. Aspergés de sang menstruel, soumis à des températures extrêmes, ces hommes doivent assister, voire participer, à la profanation de leur livre sacré. Mais Sami-Al-Hajj, qui a non seulement l'outrecuidance d'être musulman, s'avère également être un Noir. Son temps de récréation est, par conséquent, inférieur à celui des détenus blancs.
Selon Stafford-Smith, cette incarcération, dénuée de tout fondement légal et rationnel, répond à une volonté politique : « les Américains ont voulu, sous la menace, faire de lui un informateur censé confirmer des liens de toutes pièces fabriqués entre la chaîne de télévision arabe Al-Jazeera et le groupe Al-Qaïda. » Alternant la carotte (promesse d'accession à la nationalité américaine) et le bâton (menace pesant sur son épouse et sur leur jeune fils), ceux qui interrogent le journaliste se sont heurtés à un refus. « A titre strictement personnel, je ressens de l'admiration pour le courage dont fait preuve Sami Al Haj » observe son avocat. « Il est tout à fait innocent. Aussi terroriste que mon grand-père. La seule raison qui explique un tel traitement, c'est son appartenance à la chaîne d'information Al-Jazeera. »
Vivement critiquée par l'Arabie Saoudite, comme par les États-Unis, celle-ci semble oeuvrer, de quelque façon, en faveur du rapprochement des riches par delà les divergences culturelles. Mais c'est une vertu que nul hélas ne lui reconnaît. On l'accuse de rendre publics les messages des ennemis de la liberté. Mais si la télévision occidentale elle-même répondait à cette injonction extrême, elle serait privée d'information et tout à fait silencieuse. Les dépêches regorgent de crimes inesthétiques ou immoraux dont il faut toutefois rendre compte. La guerre contre le terrorisme seule explique cette volonté de museler une certaine presse, en persécutant des journalistes qui ne font que leur travail. Stafford Smith déplore que les associations et les médias occidentaux soient si peu sensibles à la souffrance de Sami Al Haj qui découle du mépris pour les droits de l'Homme et pour la liberté de l'information. Pourtant, il est à noter qu'une pétition circule sur internet, à l'initiative d'Amnesty International (Groupe 54 d'Ottignies-Louvain-La-Neuve). Ce ne sera sans doute pas assez pour que s'achève ce long périple au bout de l'enfer de la cellule 345 qui est aussi, pour tout citoyen soucieux du respect des droits de l'Homme, un voyage au bout de la honte.

Source : najzoug@yahoo.fr

mercredi 13 juin 2007

Le caméraman soudanais Sami Al Haj entame sa sixième année de détention à Guantánamo

Le 13 juin 2007, le caméraman soudanais d’Al Jazira, Sami Al Haj, aura passé cinq ans de détention, sans charges ni procès, sur la base militaire américaine de Guantanamo (Cuba). Reporters sans frontières, qui a rencontré la famille du journaliste au Soudan, le 19 mars dernier (cf. communiqué du 28 mars 2007 incluant une vidéo de l’entretien), rappelle que cette détention est inconstitutionnelle et contraire au droit international. L’organisation plaide une nouvelle fois pour la fermeture du camp de Guantanamo, qui représente l’un des plus grands scandales juridiques et humanitaires de ces dernières années.
“Comment le gouvernement des États-Unis ose-t-il faire la leçon à d’autres pays sur les droits de l’homme quand lui-même ne les respecte pas et bafoue ses propres principes constitutionnels ? Par deux fois, la Cour suprême a déclaré inconstitutionnelle la détention des présumés ‘ennemis combattants’ à Guantanamo. Le 7 juin dernier, le Comité judiciaire du Sénat s’est prononcé en faveur d’une ‘restauration’ de l’Habeas Corpus, applicable à ces prisonniers et impliquant leur comparution devant des juridictions civiles et non pas militaires. Enfin, le 11 juin, une cour d’appel fédérale, statuant sur le cas d’un individu détenu en Caroline du Sud, a rappelé que le Président n’avait pas le pouvoir d’ordonner à l’armée de l’arrêter et de le détenir indéfiniment. Les textes et la jurisprudence imposent la libération de Sami Al Haj”, a déclaré Reporters sans frontières.
Assistant caméraman de la chaîne qatarie Al Jazira, père d’un petit garçon, Sami Al Haj a été arrêté à la frontière de l’Afghanistan et du Pakistan par les forces de sécurité pakistanaises en décembre 2001. Accusé sans la moindre preuve d’être à la solde d’Al Qaïda alors qu’il effectuait son travail, le journaliste a été livré le 7 juin 2002 à l’armée américaine, qui l’a transféré le 13 juin suivant à Guantanamo. Il n’a jamais fait l’objet de la moindre inculpation depuis.
Mauvais traitements, sévices et privation de contact avec sa famille ont été le lot quotidien de Sami Al Haj pendant cinq ans. Selon les dernières nouvelles rapportées par son avocat, Clive Stafford Smith - lui-même menacé à une époque par les autorités du camp -, le journaliste a tenté de faire valoir ses droits et entamé une grève de la faim en janvier dernier (cf. communiqué du 6 mars 2007). En représailles, ses geôliers l’ont nourri de force.
La Cour suprême, saisie par les avocats des 380 prisonniers du camp, a déjà établi à deux reprises le caractère inconstitutionnel de leur détention, ainsi que celui des tribunaux militaires chargés de les juger. Un projet de loi garantissant l’application des droits constitutionnels aux présumés “ennemis combattants” de Guantanamo, avalisé le 7 juin 2007 par le Comité judiciaire du Sénat, doit à présent être débattu et voté au Congrès. Malgré ces avancées, le gouvernement fédéral continue de prétendre que les lois des États-Unis ne concernent pas des personnes emprisonnées hors du sol américain, dont la base de Guantanamo fait partie.
Il y a plus de 16 ans, Reporters sans frontières mettait en place le " parrainage " et appelait les médias internationaux à soutenir un journaliste emprisonné. Plus de 200 rédactions dans le monde soutiennent ainsi un confrère en demandant régulièrement sa libération aux autorités concernées et en médiatisant sa situation pour que son cas ne tombe pas dans l’oubli.
Sami Al Haj est ainsi soutenu par des médias espagnols, La Sexta, IPS-Comunica, La Voz del Occidente, Colexio de Xornalistas de Galicia, et canadiens, Corriere Canadese, Atlas media, Magazine de Saint-Lambert, Mouton Noir, CIBL, Radio Canada Sudbury.
Source : http://www.rsf.org/article.php3?id_article=22515

vendredi 30 mars 2007

RSF rencontre la famille de Sami Al Haj à Khartoum

Cuba semble être devenu par les hasards de l'histoire une terre de non droit. Le gouvernement cubain emprisonne opposants et journalistes après un simulacre de procès. Le gouvernement américain utilise la base de Guantanamo (louée à Cuba depuis 1903 avec un bail qui ne peut être résilié sans l'accord des deux parties) pour en faire un zone américaine de non droit, où sont détenus des prisonniers sans jugement.
Le secrétaire général de Reporters sans frontières, Robert Ménard, a rencontré, le 19 mars 2007 à Khartoum, capitale du Soudan, le frère, la soeur et la cousine de Sami Al-Haj, assistant cameraman de la chaîne privée qatarie Al-Jazira.
Arrêté par les forces armées pakistanaises à la frontière afghane en décembre 2001, il est détenu depuis le 13 juin 2002 par l'armée américaine à la base de Guantanamo (Cuba). Ses proches ont discuté pendant une trentaine de minutes avec une délégation de Reporters sans frontières au siège du Khartoum Center for Human rights and Environmental development (KCHRE), une organisation locale de défense des droits de l'homme.
Robert Ménard a fait part de la solidarité de l'organisation avec la famille du journaliste incarcéré. Il a par ailleurs assuré ses proches que Reporters sans frontières continuerait à mener une campagne active pour obtenir sa remise en liberté. Il leur a enfin demandé s'ils avaient des nouvelles, et s'est engagé à relayer l'appel qu'ils souhaitaient lancer pour réclamer sa libération.
Les trois membres de sa famille, après avoir remercié les organisations nationales et internationales de défense de la liberté de la presse pour leur mobilisation, ont notamment fait part de leur inquiétude concernant l'état de santé de Sami Al-Haj, après que le journaliste a entamé une grève de la faim, le 7 janvier 2007. Il a désormais du mal à se tenir debout. Les contacts du journaliste avec ses proches sont toujours extrêmement rares et les nouvelles de Guantanamo sont "très inquiétantes", selon son frère. Au total, la famille du journaliste n'a reçu que six lettres par l'intermédiaire de la Croix-Rouge, l'une d'elles leur étant parvenue près de deux ans après sa rédaction.
Ses proches ont lancé un appel à l'ONU, et notamment au Conseil des droits de l'homme, pour permettre à Sami Al-Haj de recouvrer la liberté. La soeur du journaliste a indiqué que l'émir du Qatar leur avait promis d'intervenir en sa faveur. Elle a également appelé les autorités américaines à reconnaître que "Sami Al-Haj est innocent, qu'il était présent en Afghanistan en sa qualité de journaliste". Elle a indiqué que sa famille dépendait financièrement de lui et que son fils unique "le réclamait beaucoup". Son frère, pour sa part, a déclaré, à l'intention des autorités américaines : "Si vous n'avez rien de sérieux à reprocher à mon frère, pourquoi maintenir le poids écrasant du secret sur son cas ?"
Source : RSF, 29 mars 2007

vendredi 9 mars 2007

Le cameraman Sami Al-Haj victime de représailles après avoir entamé une grève de la faim à Guantánamo


Reporters sans frontières condamne les mauvais traitements infligés par les autorités du camp de Guantánamo à Sami Al-Haj, cameraman soudanais de la chaîne Al-Jazira, en représailles à une grève de la faim qu’il a entamée le 7 janvier 2007.
“Sami Al-Haj est détenu depuis cinq ans par les forces américaines, sans charges, dans des conditions indignes et au mépris de toute convention internationale concernant les prisonniers. Il a fait valoir, légitimement mais en vain, ses droits auprès des autorités militaires. Si nous ne saurions l’encourager à poursuivre une grève de la faim, nous condamnons fermement qu’il soit nourri de force. Nous espérons que la Cour suprême, à nouveau saisie de la question des garanties constitutionnelles offertes aux prisonniers de Guantánamo , se prononcera en ce sens comme elle l’a déjà fait par deux fois”, a déclaré Reporters sans frontières, qui réclame la libération de Sami-Al-Haj.
Le 7 janvier 2002, Sami Al-Haj avait été livré à l’armée américaine par les forces de sécurité pakistanaises qui l’avaient arrêté, deux semaines plus tôt, à la frontière afghane. Le 13 juin suivant, le cameraman soudanais d’Al-Jazira avait été transféré à la base militaire de Guantánamo (cf. nos précédents communiqués). Pour marquer les cinq ans de sa détention sans jugement, le journaliste a entamé, le 7 janvier dernier, une grève de la faim assortie de cinq revendications adressées aux autorités militaires :
le respect du droit des prisonniers à pratiquer leur religion ;l’application aux détenus de Guantánamo des conventions de Genève sur les prisonniers ;la fin du régime d’isolement total pour certains prisonniers ;une enquête complète, impartiale et rendue public sur les circonstances des décès de trois prisonniers, le 10 juin 2006 ;sa libération ou, à défaut, sa comparution devant un tribunal civil américain.
L’administration du camp n’a jamais répondu aux requêtes du prisonnier. Les militaires ont, en revanche, procédé à des confiscations - matelas, tapis de prière, bouteilles d’eau, nécessaire de toilette, lunettes, prothèse du genou, correspondance, stylo - “proportionnelles” au nombre de repas refusés, comme l’a confié Sami Al-Haj à son avocat, Clive Stafford-Smith, récemment en visite à Guantánamo .
Le journaliste, amaigri d’une dizaine de kilos, a été transféré à l’hôpital à plusieurs reprises, du 25 au 30 janvier, en faisant valoir qu’il était “prêt à mourir”. Il a été nourri de force, via un tube relié à son estomac, avant d’être renvoyé en cellule, selon son avocat.
Considérés comme des “combattants ennemis”, les prisonniers de Guantánamo ne peuvent saisir la justice civile avant d’avoir été jugés par des tribunaux militaires, en vertu d’une loi votée au Congrès le 17 octobre dernier, qui autorise également le recours à la torture.
En février dernier, les avocats de deux prisonniers, jugeant ces dispositions anticonstitutionnelles, ont saisi la Cour suprême. Celle-ci avait pourtant établi par deux fois que la Constitution s’appliquait aux détenus de Guantánamo . Le gouvernement américain affirme que la Constitution ne s’applique pas à un individu hors du territoire américain. L’enclave de Guantánamo est pourtant, de fait, une partie du territoire des États-Unis.

Source : http://www.rsf.org/article.php3?id_article=21212

vendredi 2 février 2007

Adel Hamad : un innocent à Guantanamo

par http://elkalam.com Détenu n° 940. Depuis trois ans Adel Hassan Hamad n'est plus qu'un numéro dans la prison américaine de Guantanamo. Mais avec l'aide de ses avocats américains, ce détenu d'origine soudanaise est en passe de sortir de l'anonymat. L'un de ses défenseurs David Naimon a bien voulu répondre aux questions de notre équipe au sujet du Projet Hamad ayant pour but de libérer cet innocent des geôles américaines.

Elkalam : Comment avez vous connu le cas de Hamad ?

David Naimon : Le barreau des avocats de l’Oregon représente actuellement 7 détenus de Guantanamo. L’année dernière au cours d’un voyage au Pakistan et en Afghanistan, le Portland Tribune réalisa un article sur leur parcours. C’est à ce moment là que nous avons entendu parlé du cas de Adel Hamad. Nous avons cherché à en savoir plus sur le cas des détenus de Guantanamo et la façon dont on pouvait mieux défendre leurs droits. L’article ainsi que de nombreuses rencontres avec des juristes ont été le catalyseur du Projet Hamad

Elkalam : Pouvez vous nous en dire plus au sujet de Hamad ?

David Naimon : Adel Hamad vient du Soudan. Durant les années 90, il a passé le plus clair de son temps à enseigner la langue arabe dans une école élémentaire pour orphelins au Pakistan. Il a également été l’administrateur d’un hopital. Plusieurs semaines avant son arrestation, il coordonnait l’aide alimentaire et médicale pour les réfugiés afghans qui traversaient la frontière pakistanaise, anticipant l’intervention américaine après les attentats du 11 septembre. Comme de très nombreux soudanais, il travaillait à l’étranger car il pouvait gagner plus d’argent que dans son pays.

Elkalam : Pouvez vous nous expliquez les raisons pour lesquelles Hama est actuellement détenu dans les Prisons de Guantanamo ?

David Naimon : Adel Hamad vivait dans une région du Pakistan où 90 % de gens venaient de l’étranger. Quand le gouvernement pakistanais a offert des primes de 5000 $ pour toute capture de terroristes, comme beaucoup d’autres est apparu comme un étranger aux yeux des pakistanais qui le dénoncèrent . Il faut savoir que la grande majorité des détenus de Guantanamo ne sont pas des prisonniers faits sur le champ de bataille.

Elkalam : Pensez vous que le cas de Hamad est isolé à Guantanamo ?

David Naimon : Selon le Département de la Défense, et les aveux de la CIA, il y a énormément d’innocents dans les cellules de Guantanamo. Je conseille à vos visiteurs de lire cet excellent article paru sur le Chicago Tribune :
http://www.chicagotribune.com/news/opinion/chi-0701140317jan14,1,1903796.story?page=1&cset=true&ctrack=1&coll=chi-opinionfront-hed

Elkalam : Pouvez vous donc nous en dire plus sur le Projet Hamad ?

David Naimon : Le Project Hamad a été réalisé contre la mise en suspens de l’application de règles de l’Habeas Corpus pour tous les détenus de Guantanamo. Cela signifie que chacun d’entre eux a le droit de connaître les raisons pour lesquelles il a été emprisonnées, a le droit d’avoir un avocat et surtout que son cas soit réexaminé par un juge d’une cour fédérale (non-militaire). Il faut savoir que l’Habeas Corpus n’avait jamais été suspendue depuis la guerre civile américaine, et que la majeure partie des américains ne sont pas au courant qu’une telle mesure a été prise après la guerre en Afghanistan. Cela n’a jamais été médiatisé et nous pensons que nous vivons dans l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire des Etats-Unis.
Des centaines de personnes innocentes sont emprisonnées depuis 5 ans sans aucune charge retenue contre elles et sans aucun recours possible.

Elkalam : Comment nos visiteurs peuvent vous aider ?

David Naimon : Si vous avez des amis américains ou si vous connaissez des organisations américaines, tenez les informé de cette action. Nous avons besoin de réveiller les consciences américaines et leur faire prendre conscience que les principes de bases des droits civiques et des libertés individuelles sont bafouées dans ce pays. Vous pouvez également devenir membre du site internet Project Hamad. Ecrivez à l’ambassade américaine. Ecrivez à Adel Hamad, regardez la video sur notre site qui s’intitule Guantanamo Unclassified. Vous pouvez également télécharger le poster d’Adel et le mettre partout où vous le pouvez. Bien entendu visitez notre site Project Hamad (cliquez sur le lien pour visiter ce site)

Source : http://elkalam.com/dossiers/dossiers.php?val=172_adel+hamad+innocent+guantanamo

dimanche 28 janvier 2007

Deux télévisions soudanaises suspendent leurs programmes pendant 3 minutes en solidarité avec Sami Al Haj

Les deux principales chaînes du Soudan vont interrompre dimanche leurs programmes durant trois minutes par solidarité avec le Soudanais Sami Al-Haj, caméraman de la chaîne al-Jazira détenu sur la base militaire américaine de Guantánamo , à Cuba, depuis juin 2002.
Sudan Television et Blue Nile Television suspendront leur transmission durant trois minutes dimanche à 22H00 locales "en défense des valeurs de liberté et de justice", ont indiqué les deux chaînes dans un communiqué commun.Elles ont appelé les organisations régionales et internationales à faire pression sur les Etats-Unis pour "libérer immédiatement Haj et les autres détenus soudanais à Guantánamo ".
L'organisation de défense de la liberté de la presse Reporters sans frontières (RSF) a récemment réitéré sa demande de libération de Sami Al-Haj, capturé en décembre 2001 à la frontière afghane par l'armée pakistanaise et incarcéré depuis le 13 juin 2002 à Guantánamo ."Forcé d'avouer des connexions supposées entre la chaîne qatarie (Al-Jazira) et Al-Qaïda, il a été soumis à plus de 150 interrogatoires et régulièrement torturé", a affirmé RSF.
Source : AFP, 27 janvier 2007

samedi 13 janvier 2007

Adel Hamad, le joueur de ping pong


Adel Hamad est un père de famille soudanais, pacifique, apolitique, rigolard et un joueur fervent de ping pong. Il travaillait comme adminstrateur d'un hôpital en Afghanistan lorsqu'il s'est retrouvé une mitraillette pointée sur lui un beau petit matin de 2002. Depuis, il est à guantanamo. Son avocat a réalisé une vidéo de 8 minutes pour exposer son cas et a lancé le Projet Hamad, pour mobliser l'opinion car il constaté que les avocats seuls peuvent difficilement faire avancer la cause de leurs clients sans moblisation des citoyens à travers le monde.

> Regardez la vidéo réalisée par son avocat en cliquant sur l'image dans la colonne de droite de ce blog.
> Visitez le site projecthamad.org et devenez membre du projet.
Ensuite
Téléchargez le poster de la campagne, imprimez-le et affichez-le
Notre photo : Doral, West Miami-Dade County, Floride, vendredi 12 janvier 2007 : Lydia Vickers proteste contre la détention arbitraire d'Adel Hamad à proximité du siège du Commandement Sud de l'Armée US. Comme elle, des milliers de manifestants ont protesté dans le monde entier cette semaine, de Melbourne à Cuba, de Budapest à Washington, contre le nouveau goulag de l'Empire. Il aura fallu cinq ans pour qu'un mouvement de citoyens engagés contre l'abomination de guantanamo mûrisse et se décide enfin à descendre dans la rue. Cette semaine aura marqué un bon début : que le combat continue ! Le chemin est encore long pour obtenir la fermeture de ce camp de la honte. Il faut maintenir la pression publique pour que la majorité démocrate issue des dernières élections pour le Congrès et le Sénat se décide enfin à mettre le hola à la politique démentielle de l'administration Bush.
Photo David Adame/The Miami Herald
Regardez le remarquable reportage photo sur les protestations aux quatre coins du monde

vendredi 12 janvier 2007

Reporters sans frontières réclame à nouveau la libération de Sami Al Haj, cinq ans après l’arrivée des premiers détenus à Guantanamo

Le 11 janvier 2002, plusieurs centaines d’individus, capturés par l’armée américaine lors de l’opération “liberté immuable” en Afghanistan, étaient transférés sur la base militaire de Guantanamo (est de Cuba). Cette date a marqué l’ouverture d’un véritable goulag tropical qui aura reçu jusqu’à 770 prisonniers, dont le cameraman soudanais de la chaîne qatarie Al-Jazira Sami Al-Haj, toujours détenu sans charges depuis le 13 juin 2002.“L’invalidation par la Cour suprême, en juin 2006, des tribunaux militaires chargés de juger les “combattants ennemis” détenus à Guantanamo n’a malheureusement rien changé à la situation de ces derniers, détenus pour la plupart sans motif dans des conditions épouvantables. La libération d’une trentaine d’entre eux, au dernier trimestre 2006, n’enlève rien au scandale juridique et humanitaire dont s’est rendu responsable depuis quatre ans un pays pourtant démocratique. Nous espérons que la nouvelle majorité investie au Congrès le 4 janvier 2007 se saisira très rapidement du dossier et obligera le pouvoir exécutif à fermer le camp. Nous demandons, une fois encore, la libération de Sami Al-Haj”, a déclaré Reporters sans frontières.Capturé en décembre 2001 à la frontière afghane par l’armée pakistanaise puis remis aux soldats américains, le cameraman soudanais d’Al-Jazira, Sami Al-Haj, a rejoint la base navale le 13 juin 2002. Forcé d’avouer des connexions supposées entre la chaîne qatarie et Al-Qaïda, il a été soumis à plus de 150 interrogatoires et régulièrement torturé (exposition prolongée en plein soleil, supplice de la baignoire, privation de sommeil, etc.). Malade et privé de tout contact avec sa famille depuis son incarcération, le journaliste a évoqué pour la première fois sa volonté de se suicider lors d’une visite de son avocat, Clive Stafford-Smith, en avril 2006. Le cas de Sami Al-Haj, accusé sans preuve d’avoir réalisé une interview d’Oussama Ben Laden et de s’être livré à du trafic d’armes pour le compte de terroristes islamistes, est exemplaire du sort réservé à beaucoup de ses codétenus.Une directive de la Maison Blanche du 7 février 2002 a d’abord soustrait les détenus de Guantanamo aux Conventions de Genève sur les prisonniers de guerre, les plaçant ainsi hors de tout cadre juridique. Après une longue bataille juridique, la Cour suprême a déclaré inconstitutionnels les tribunaux militaires chargés de juger les “combattants ennemis” , le 29 juin 2006. Le 12 juillet suivant, la directive présidentielle du 7 février 2002 a été abrogée mais le 28 septembre, le Congrès a légalisé les tribunaux d’exception et introduit de nouvelles clauses empêchant les prisonniers de contester leur détention avant d’avoir été jugés et interdisant toute poursuite contre leurs geôliers. Le 17 octobre, une autre loi a autorisé le recours à la torture.La base navale de Guantanamo a reçu jusqu’à 770 prisonniers. Une trentaine ont été libérés au dernier trimestre 2006. Le camp compte actuellement 395 détenus. Selon l’Agence France-Presse (AFP), le gouvernement a prévu d’en juger entre 60 et 80. Clive Stafford-Smith n’a pas pu préciser à Reporters sans frontières si Sami Al-Haj faisait partie de ces derniers. L’avocat londonien a confié à l’organisation : “Le moral des prisonniers est au plus bas pour d’évidentes raisons : ils ont été détenus pendant cinq ans sans la moindre perspective de jugement équitable. Contrairement à ce que prétendent les militaires, les conditions sont pires qu’elles n’ont jamais été, pires que dans n’importe quel couloir de la mort que j’ai visité, et j’en ai vu beaucoup, depuis vingt ans que je défends des condamnés à mort aux Etats-Unis. La plupart des détenus de Guantanamo sont aujourd’hui maintenus à l’isolement, sans rien à faire de toute la journée.”Il y a plus de 16 ans, Reporters sans frontières mettait en place « le parrainage » et appelait les médias internationaux à soutenir un journaliste emprisonné. Plus de 200 rédactions dans le monde soutiennent ainsi un confrère en demandant régulièrement sa libération aux autorités concernées et en médiatisant sa situation pour que son cas ne tombe pas dans l’oubli.
Parrains Espagne : La Sexta, IPS-Comunica, La Voz del Occidente, Colexio de Xornalistas de Galicia
Canada : Corriere Canadese, Atlas media, Magazine de Saint-Lambert, Mouton Noir, CIBL, Radio Canada Sudbury.
Signez la pétition en faveur de Sami Al-Haj : http://www.rsf.org/article.php3 ?id_article=19076
Source : http://www.rsf.org/article.php3?id_article=20345

Sami Al Haj
La fiche de RSF
Assistant cameraman de la chaîne qatarie Al-Jazira, il a été arrêté le 15 décembre 2001 en Afghanistan. Il a été transféré à la base militaire de Guantanamo le 12 juin 2002. Aucun procès n’a eu lieu. Les prisonniers de Guantanamo sont détenus en dehors de tout cadre légal et ne bénéficient pas des droits inscrits dans les Conventions de Genève sur les prisonniers de guerre.Sami Al-Haj est considéré comme un “ennemi combattant” par les autorités américaines au motif, jamais établi, qu’il aurait dirigé un site soutenant le terrorisme, qu’il se serait livré au trafic d’armes, qu’il serait entré illégalement en Afghanistan et qu’il aurait interviewé Oussama Ben Laden. Le Département d’Etat américain est persuadé de l’existence de connexions entre la chaîne Al-Jazira et Al-Qaïda.
Un temps émigré aux Emirats arabes unis où il travaillait dans une société d’import-export, Sami Al-Haj venait d’intégrer la chaîne Al-Jazira lorsque celle-ci l’a envoyé en Afghanistan couvrir les frappes américaines d’octobre 2001. Refoulée de Kandahar par les talibans, son équipe de tournage a été obligée de se replier au Pakistan voisin. Après avoir prolongé son visa, Sami Al-Haj est reparti en Afghanistan le 15 décembre 2001, date à laquelle les forces de sécurité pakistanaises l’ont arrêté. Selon Al-Jazira, le journaliste aurait été interpellé sur la base d’un mandat d’arrêt portant son nom, mais le numéro de passeport inscrit sur le mandat était faux. D’abord détenu à Chaman (Pakistan) pendant vingt-trois jours, Sami Al-Haj a été livré le 7 janvier 2002 aux militaires américains qui l’ont transféré le jour même sur la base de Bagram (Afghanistan). A Bagram, le journaliste a été accusé d’avoir enregistré des vidéos d’Oussama Ben Laden, ce qu’il a catégoriquement démenti, et a subi de mauvais traitements : privation de nourriture, coups, exposition à des températures hivernales.
Le 23 janvier 2002, les forces américaines l’ont envoyé à la prison de Kandahar où il est resté cinq mois, durant lesquels il a fait l’expérience de tortures physiques et psychologiques, avant son transfert vers Guantanamo. Selon le quotidien britannique The Guardian, Sami Al-Haj aurait reçu des autorités américaines, le 26 septembre 2005, la promesse d’une libération et l’octroi d’un passeport américain s’il consentait à espionner Al-Jazira pour le compte de Washington.
Durant son transfert à Guantanamo, Sami Al-Haj a voyagé enchaîné et la tête recouverte d’une cagoule. Les soldats qui l’escortaient le frappaient pour le réveiller dès qu’il s’endormait. Ces méthodes n’ont pas cessé depuis son incarcération. Enfermés dans des cages, forcés d’y rester assis, exposés en plein soleil, privés de sommeil, les prisonniers de Guantanamo ont tous confié avoir subi des tortures lors des interrogatoires auxquels ils sont soumis (sévices sexuels, passages à tabac, isolement dans une pièce où de la musique retentit à pleins décibels...).
Sami Al-Haj a été questionné sous la menace plus de 130 fois. Il souffre d’un cancer de la gorge pour lequel il ne reçoit aucun soin. Il est privé de tout contact avec sa famille. Très éprouvé psychologiquement, le journaliste a évoqué devant son avocat, le londonien Clive A. Stafford-Smith, venu lui rendre visite en avril 2006, sa volonté de se suicider. Le 29 juin 2006, la Cour suprême des Etats-Unis, saisie par l’avocat d’un autre prisonnier, a déclaré illégaux les tribunaux d’exception chargés de juger les prisonniers de Guantanamo. Cette décision n’implique malheureusement pas la fermeture du camp, où 450 prisonniers restent détenus.
Le 20 septembre 2002, Reporters sans frontières s’était adressée par courrier à John Ashcroft, alors secrétaire d’État à la Justice pour lui demander des explications sur l’arrestation de Sami Al-Haj et le mettre en garde contre les persécutions manifestes du Département d’Etat envers la chaîne Al-Jazira. Ce courrier est resté sans réponse. A plusieurs reprises et en lien avec son avocat, Reporters sans frontières a plaidé pour la libération de Sami Al Haj et la fermeture de Guantanamo.