Affichage des articles dont le libellé est Mohammed Al-Qahtani. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mohammed Al-Qahtani. Afficher tous les articles

mercredi 21 mai 2008

FBI contre Pentagone et CIA

Les agents de la police fédérale américaine (FBI) chargés de participer aux interrogatoires des détenus à Guantanamo, en Irak et en Afghanistan, se sont opposés aux techniques les plus dures mises en place par l'armée et la CIA, selon un rapport gouvernemental publié mardi.

Après plus de 3 ans d'enquête, l'inspecteur général (IG) du ministère de la Justice conclut que les agents du FBI ont «en général évité de participer aux mauvais traitements», et pour beaucoup dénoncé les actes dont ils ont été témoins.
Entre 2001 et 2004, le FBI a envoyé un total de plus de 200 agents en Afghanistan, 500 à Guantanamo et 260 en Irak.
Le rapport de 370 pages détaille surtout les frictions qui ont opposé le FBI et le Pentagone autour des cas d'Abou Zubeida, un proche d'Oussama ben Laden arrêté en mars 2002, et de Mohammed Al-Qahtani, un détenu de Guantanamo souvent considéré comme «le 20e pirate de l'air».
Il «confirme que les hauts responsables du FBI savaient dès 2002 que d'autres agences utilisaient des méthodes d'interrogatoire abusives et potentiellement illégales», mais qu'ils n'ont rien fait pour l'empêcher, a commenté Jameel Jafer, de l'organisation de défense des libertés ACLU, qui s'est dit «perturbé» de voir que «la direction du FBI semble s'être plus préoccupée d'éviter toute responsabilité que de faire appliquer la loi».
Abou Zubeida, transféré des prisons secrètes de la CIA à Guantanamo en 2006, a été le premier haut responsable d'Al-Qaïda arrêté après le 11-Septembre, et la CIA a reconnu en février qu'il avait été soumis à la simulation de noyade, une technique considérée par beaucoup comme de la torture.
Fondé sur des centaines de témoignages et l'examen de 500.000 pages de documents, le rapport explique que dans les jours qui ont suivi l'arrestation d'Abou Zubeida, les agents du FBI ont pris en charge ses interrogatoires, et obtenu des bribes d'information par «construction de relation».
Mais six mois après le 11 septembre, l'administration redoutait un nouvel attentat et exigeait des informations plus précises et plus rapides. La CIA a pris le relais, et des agents du FBI ont rapidement dénoncé ses méthodes.Le débat est remonté jusqu'aux responsables du FBI, qui a décidé en août 2002 de ne plus participer aux interrogatoires utilisant des techniques non-autorisées dans leurs services, même lorsqu'il s'agissait de suspects sur lesquels ils enquêtaient depuis des années.
Quelques mois plus tard, les mêmes questions se sont présentées à Guantanamo, quand l'armée a commencé à appliquer des techniques dures, tout particulièrement contre M. Qahtani.
Selon un compte-rendu d'interrogatoire détaillé rendu public en 2005, M. Qahtani a subi plusieurs semaines de calvaire: isolement absolu, humiliations, musique assourdissante, températures extrêmes, 20 heures d'interrogatoire par jour...
Certains agents ont émis des doutes sur la légalité de ce traitement, mais à Washington, le débat a surtout porté sur la fiabilité et la recevabilité de déclarations recueillies de cette manière.Mais le point de vue du Pentagone l'a emporté. Les agents du FBI ont renoncé à participer aux interrogatoires les plus musclés, note le rapport.«Ce n'est pas quelque chose de nouveau», a déclaré un porte-parole du Pentagone, Bryan Whitman, soulignant qu'une enquête interne avait conclu à seulement trois violations du manuel militaire.
«Certains ont laissé entendre que les mauvais traitements étaient (..) le fait de quelques 'pommes pourries' agissant de leur propre initiative, le rapport (de mardi) est la preuve que ce n'est tout simplement pas vrai», a en revanche estimé le président démocrate de la commission des Forces armées du Sénat, Carl Levin.Le jour même de la publication de ce rapport, l'avocate de M. Qahtani a annoncé qu'il avait tenté de se suicider en avril à Guantanamo.
Source : AFP, 20 mai 2008

lundi 19 mai 2008

Sourde bataille politique et judiciaire autour des premiers procès de Guantanamo

par Corine Lesnes, Le Monde, 17 mai 2008


Le nom officiel de l'endroit est Complexe judiciaire expéditionnaire, mais les militaires l'appellent "Camp Justice". C'est là que l'administration américaine espère commencer – avant l'élection présidentielle de novembre – les procès des suspects qu'elle détient à Guantanamo depuis six ans, afin de "montrer qu'elle ne s'est pas trompée", comme le dit un responsable européen qui s'est rendu récemment sur la base américaine de l'île de Cuba.
Sous Donald Rumsfeld, le Pentagone avait prévu la construction d'une cité judiciaire digne des ambitions du ministre. L'actuel secrétaire à la défense, Robert Gates, a considérablement réduit le projet. Il a fait remplacer les bâtiments en dur par des préfabriqués et des tentes, signe qu'il n'est pas tout à fait convaincu lui-même de l'entreprise, mais, a-t-il expliqué devant le Congrès, "je n'ai pas réussi à parvenir à un accord au sein de l'exécutif sur la manière de procéder" pour fermer la prison.
En quelques mois, des unités de la Garde nationale ont construit le siège de la justice militaire. Situé sur l'ancien aéroport de la base navale, entouré de barbelés, le camp est prévu pour héberger 500 personnes en quasi-autarcie pendant la durée des procès : magistrats, avocats, greffiers, journalistes et gardes de sécurité. La salle d'audience est un bâtiment sans fenêtres, de haute sécurité. Une vitre de Plexiglass sépare l'audience des spectateurs. Le juge pourra couper le son dans la galerie lorsque seront examinés des documents classés.
Si tout est prêt, du côté des installations, pour le premier procès, le 2 juin, qui devrait être celui de Salim Ahmed Hamdan, l'ancien chauffeur d'Oussama Ben Laden, il n'en va pas de même des procédures légales. Un an et demi après la loi d'octobre 2006 créant les "commissions militaires", la défense et l'accusation continuent d'argumenter sur la marche à suivre, alors que les ONG et les avocats civils contestent le principe même de cette juridiction d'exception qui admet les éléments à charge obtenus sous la contrainte pour autant que les interrogatoires aient eu lieu avant décembre 2006.
Une épreuve de force s'est engagée autour du calendrier. Le général Thomas Hartmann, du bureau des commissions militaires, a préparé une liste de 14 noms : 8 détenus, dont Salim Hamdan et le Canadien Omar Khadr, sont accusés de soutien matériel à des faits de terrorisme ; 6 autres le sont spécifiquement pour les attentats du 11 septembre 2001, dont Khaled Cheikh Mohammed. Le Pentagone a confirmé ses accusations contre ce dernier, mardi 13 mai, mais il a en revanche retiré sans explication ses accusations contre un autre membre présumé du complot, Mohammed Al-Qahtani, qui aurait dû être le 20e kamikaze.
Si aucune date n'a été fixée pour le "procès du 11-Septembre", les militaires ont déjà prévu que quelques proches de victimes pourraient assister aux audiences à Guantanamo même, et que les autres familles auraient accès à des retransmissions privées dans des bases militaires aux Etats-Unis.
Les défenseurs des droits de l'homme accusent le bureau des commissions militaires de chercher à presser le mouvement pour des raisons politiques : soit pour créer un contexte favorable au candidat républicain John McCain, en ramenant le terrorisme au coeur de la campagne électorale à l'automne, soit pour obtenir la condamnation des détenus avant qu'une nouvelle administration se mette en place, sachant que tous les candidats sont favorables à la fermeture de la prison. Décidés à ralentir le mouvement, les avocats multiplient les objections. Plus de 30 motions ont été déposées concernant le seul Salim Hamdan. La justice militaire est au centre de ce bras de fer. Les avocats de la défense, dirigés par le colonel Steven David, se plaignent qu'ils n'ont pas assez de moyens pour préparer sérieusement les procès.
Au sein même du bureau des commissions militaires, chargé de préparer les dossiers, la bagarre a pris la forme d'une mutinerie depuis que le procureur en chef, le colonel d'aviation Morris Davis, a démissionné en octobre 2007 en se plaignant de pressions pour accélérer les poursuites contre les suspects des attentats de 2001. Le 28 avril, le colonel est venu à Guantanamo même, à la demande des avocats de Salim Hamdan, pour témoigner contre certains de ses anciens supérieurs. Il s'est assis à 10 m du siège qu'il occupait quand il était procureur – il n'est pas opposé au principe des commissions militaires – et il a expliqué qu'il n'avait pas voulu considérer les preuves recueillies après des interrogatoires comportant des séances de "waterboarding" (simulation de noyade), quand bien même le général Hartmann avait souligné "la valeur politique stratégique" d'un procès avant novembre 2008.
Dans une décision sans précédent, divulguée le 9 mai, le juge militaire, le capitaine Keith Allred, a prescrit que le général Hartmann soit déchargé de toute responsabilité concernant les commissions militaires, à cause de l'influence qu'il a tenté d'exercer sur les procureurs. Cette décision risque de retarder encore les procédures. Pour l'avocate Jennifer Daskal, qui a suivi les audiences, fin avril, à Guantanamo, il est "très improbable" que les procès puissent se tenir selon le calendrier souhaité par l'administration : "Chaque petit détail finit par être l'objet de contestations parce qu'il n'y a pas de précédent", conclut-elle.