mercredi 24 octobre 2012
Omar Khadr : Un mécène de 84 ans le couche sur son testament
samedi 29 septembre 2012
Omar Khadr, le dernier détenu occidental de retour au Canada
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| Omar en 2001 |
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lundi 1 février 2010
Le gouvernement canadien « heureux » de ne pas être obligé de rapatrier Omar Khadr
lundi 1 juin 2009
Kaboul veut rapatrier Mohammad Jawad, emprisonné à Guantanamo depuis l'âge de 12 ans
Alors âgé de 12 ans, Mohammad Jawad avait été arrêté par la police afghane en décembre 2002 pour avoir lancé une grenade qui avait blessé deux soldats américains. Il avait ensuite été livré à l'armée américaine et transféré début 2003 à Guantanamo où il est toujours.
«Il n'y a aucun doute que Jawad a été torturé pendant qu'il était aux mains du gouvernement américain pendant les sept dernières années», a lancé son avocat, Eric Montalvo, un commandant du corps des Marines américains désigné par le département américain de la Défense.
«Nous avons envoyé une lettre officielle à l'ambassade américaine (à Kaboul, ndlr) demandant le rapatriement le plus rapide possible de Mohammad Jawad», a déclaré le procureur de l'Etat afghan Sayed Sharif Sharif, au cours de la même conférence de presse.
«Nous attendons du gouvernement américain qu'il laisse rentrer Jawad sans délai», a ajouté M. Sharif, pour qui la détention du jeune homme est «totalement illégale».
Une fois rentré, Mohammad Jawad sera interrogé par les autorités afghanes, selon la même source. «Il est probablement innocent et il sera libéré», a dit M. Sharif.
Par ailleurs, l'Association du barreau d'Afghanistan, qui a appelé lundi les présidents afghan Hamid Karzaï et américain Barack Obama à libérer le jeune homme, a elle aussi accusé l'armée américaine de tortures.
Source : AFP, 1/6/2009
Mohammad Jawad, un Afghan envoyé début 2003 à la prison de Guantanamo à l'âge de 12 ans sous l'accusation d'avoir lancé une grenade qui a blessé des soldats américains à Kaboul, s'y trouve toujours, a annoncé mardi à l'AFP son avocat américain, qui demande son retour au pays.
"Nous allons faire tout ce que nous pouvons pour le libérer de sa cage (...) et le faire revenir en Afghanistan, ce qui aurait dû être fait depuis longtemps", a expliqué à Kaboul le commandant du corps des Marines américains Eric Montalvo, désigné comme son avocat par le département américain de la Défense.
Aujourd'hui âgé de 19 ans, le jeune homme "est dans un mauvais état mental", souligne l'officier, qui le rencontre chaque mois.
"Cela fait presque sept années qu'il est incarcéré. Il a tenté de se suicider en 2003. C'est une situation très difficile, mais il garde espoir et c'est ce qui le fait tenir", ajoute l'avocat.
L'avocat dénonce notamment "les mauvais traitements et la torture infligés à un jeune homme qui a passé son adolescence en prison".
Les deux défenseurs américains de Mohamed Jawad, M. Montalvo et le capitaine Christopher Kannady, ont présenté lundi une requête devant la Cour suprême afghane lui demandant de reconnaître l'illégalité de l'extradition vers Guantanamo "d'un enfant afghan accusé à tort", indique un communiqué qu'ils ont publié avec la Commission afghane indépendante des droits de l'Homme.
"Nous le pensons innocent. Nous allons démontrer cela avec le procureur général afghan" au cours de la procédure, a précisé M. Montalvo, qui dit avoir "le soutien total" du ministre afghan de la Défense, le général Abdul Rahim Wardak.
Selon le communiqué, Mohammad Jawad a été arrêté en décembre 2002, accusé d'avoir lancé une grenade sur une patrouille américaine qui a blessé deux soldats et leur interprète afghan.
Après un séjour dans les prisons afghanes fait de "mauvais traitements et torture" alors qu'il était âgé d'"environ 12 ans à l'époque", il avait été remis à l'armée américaine qui "l'avait transféré unilatéralement en février 2003 de la base de Bagram (la plus grande base américaine en Afghanistan, ndlr) à Guantanamo, où il se trouve depuis", poursuit le document.
"M. Jawad a été continuellement privé des conditions de détention appropriées à son âge ou de toute opportunité de réhabilitation", comme l'exige la Convention des droits de l'Enfant "dont les Etats-Unis et l'Afghanistan sont signataires", dénonce le communiqué.
"La Commission afghane indépendante des droits de l'Homme mène elle-même une enquête" et a réclamé le soutien du gouvernement afghan, ajoute le document.
L'armée américaine a longtemps détenu à Guantanamo des prisonniers sans jugement pour une durée illimitée au nom de la "guerre contre le terrorisme".
Une fois sortis, des prisonniers ont raconté avoir subi de multiples mauvais traitements, voire de la torture mentale ou physique.
Depuis juin 2008, les détenus de Guantanamo peuvent contester leur emprisonnement devant la justice de droit commun, et le président américain Barack Obama, élu en novembre dernier, s'est engagé à libérer les prisonniers que la justice aurait déclaré illégalement détenus.
En juillet 2002, un Canadien de 15 ans, Omar Khadr, avait été arrêté en Afghanistan, soupçonné d'avoir lancé une grenade qui a tué un soldat américain, puis transféré en octobre 2002 à Guantanamo, où il se trouve depuis.
La justice canadienne a ordonné son rapatriement en avril mais le gouvernement canadien a fait appel de cette décision.
vendredi 10 avril 2009
« À Guantánamo, j’ai obtenu un doctorat en torture et maltraitances » - Le changement d'administration à Washington n'a rien changé à Guantánamo"
par Moazzam Begg, Cageprisoners, 26/3/2009
Traduit par Isabelle Rousselot, révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala
À la suite des attaques du 11 septembre et de la « guerre contre le terrorisme » subséquente menée par les USA, des
Dans cette conversation exclusive avec le porte-parole de Cageprisoners, Moazzam Begg, Binyam discute du cas de ceux toujours détenus dans les camps aux USA – y compris du cas Aafia Siddiqui – et du rôle qu'a joué la foi durant son incarcération.
Version audio
Cageprisoners (Moazzam Begg) : Bismillah errahman errahim (Au nom d'Allah, le bienfaisant, le miséricordieux). Je suis ici avec mon frère Binyam Mohamed. Binyam, pouvez-vous vous présenter rapidement, et nous dire qui vous êtes et où vous étiez ces dernières années ?
Binyam Mohamed : Mon nom est Binyam Mohamed. Je suis un ressortissant éthiopien, né en Ethiopie. Je suis arrivé au Royaume-Uni quand j'avais 15 ans...
CP : ... Vous êtes manifestement connu pour avoir été détenu à Guantánamo et dans les prisons secrètes usaméricaines ces dernières années. Je voudrai tout d'abord vous dire, mon frère, qu’Allah soit loué pour votre retour dans ce pays. J'aimerais commencer en vous demandant : vous avez été détenu dans une des plus célèbres prisons du monde – si ce n'est la plus célèbre – de tous les temps. Beaucoup de gens ont le sentiment que les détenus là-bas, avec toutes les atrocités auxquelles ils sont confrontés, sont des victimes. Est-ce que vous vous qualifieriez de victime ou de rescapé ?
BM : D'abord, je voudrais louer Allah pour ma libération, qui intervient après presque sept années d'incarcération. Je dirais que je me vois plus comme un rescapé car il fallait survivre pour ne pas perdre la tête, et nous avons du trouver différents moyens de survie dans les situations où nous nous trouvions.
CP : Vous avez été arrêté au Pakistan puis transféré au Maroc où vous avez passé plusieurs mois ou était-ce plusieurs années ?
BM : J'ai été détenu au Pakistan pendant presque trois mois et demi puis transporté au Maroc où j'ai passé exactement 18 mois.
CP : Puis vous avez été transféré à Kaboul en Afghanistan, dans la « Dark Prison » ?
BM : ... Et puis j'ai été transféré à Kaboul où j'ai passé presque cinq mois.
CP : Ensuite vous avez été transféré au centre de détention de Bagram ?
BM : Oui, nous avons été transférés à Bagram vers le mois de juin 2004, où nous avons passé trois à quatre mois.
CP : Je sais que vous avez déjà donné plusieurs interviews – je ne vais pas revenir sur les terribles tortures auxquelles vous avez du faire face – mais je voudrais plutôt me concentrer sur les gens que vous avez pu voir, et ceux qui sont toujours en détention aux USA. Quand vous vous trouviez dans le centre de détention de Bagram, après avoir été détenu à la « Dark Prison », vous avez rencontré une prisonnière. Pouvez-vous nous parler de cette femme, de qui elle est selon vous et ce que vous avez pu en voir ?
BM : À Bagram, j'ai rencontré une femme qui portait une chemise avec le numéro 650 et je l'ai vu plusieurs fois, j'ai aussi entendu beaucoup d'histoires sur elle par les gardiens et les autres prisonniers là-bas.
CP : Et qu'est-ce que disaient ces histoires, comment était-elle décrite et quelle était son histoire ?
BM : Ce qu'on nous a dit d'abord... Nous avions peur car les gardiens nous ont dit de ne pas lui parler. Ils avaient peur que nous lui parlions et que nous sachions qui elle était. Alors ils nous ont dit qu'elle était une espionne du Pakistan, qui travaillait avec le gouvernement. Et les Américains l'ont amenée à Bagram.
CP : Alors vous pensez qu'ils ont fait courir la rumeur qu'elle était une espionne pour que vous restiez éloignés d'elle et que vous en ayez peur ?
BM : En fait, personne ne lui parlait dans le bâtiment et elle était détenue à l’isolement... Elle ne sortait dans le bâtiment principal que pour aller aux toilettes. Mais tout ce que je savais d'elle est qu'elle était du Pakistan et qu'elle avait étudié ou avait vécu aux USA. Et les gardiens parlaient beaucoup d'elle. Et en fait, j'ai vu sa photo ici, il y a quelques semaines et je suis certain que c'est la même personne que j'ai vue à Bagram.
CP : Et c'est la même photo de Aafia Siddiqui que je vous ai montrée ?
BM : c'est la même photo que j'ai vu.
CP : Il y a eu toutes sortes de rumeurs sur ce qui lui est arrivé – puisse Allah la libérer vite – mais une partie de ces rumeurs indiquaient qu'elle avait été terriblement maltraitée. Avez-vous connaissance des abus dont elle a été victime ?
BM : A part le fait qu'elle était en cellule d'isolement et que je l'ai vue quand elle venait dans le bâtiment principal, je peux vous dire qu'elle était gravement perturbée. Je ne crois pas qu'elle avait toute sa tête – En fait, je ne crois pas qu'elle était saine d'esprit mais je n'avais aucun sentiment à son sujet à l'époque car pour moi, ce n'était qu'une hypocrite qui travaillait avec les autres gouvernements. Mais si nous avions su que c'était une de nos soeurs, je ne pense pas que nous soyons restés silencieux. Je pense qu'il y aurait eu beaucoup de bruit, peut-être même des émeutes à Bagram.
CP : Certains des frères qui se sont plus tard enfuis de Bagram ont parlé d'elle et ont dit qu'ils avaient appris qui elle était et qu'ils ont fait la grève de la faim. Vous deviez déjà être parti à ce moment-là mais est-ce que les autres prisonniers étaient contrariés de voir une femme là-bas et une prisonnière ?
BM : Nous étions contrariés de voir les affaiblis, les blessés devant nous à Bagram, et si nous avions su qu'il y avait une de nos soeurs là-bas, je pense qu'aucun de nous ne serait resté silencieux. Mais pour que Bagram reste Bagram – c'est à dire calme -les Américains faisaient courir la rumeur qu'elle n'était pas une de nos soeurs...
CP : qu'elle était une espionne.
BM : oui, qu'elle était une espionne et que nous devions restés éloignés d'elle.
CP : Aviez-vous déjà entendu des rumeurs à l'époque sur le fait qu'elle avait des enfants, ou quelque chose de cet ordre ?BM : Oui, je l'ai entendu, je ne sais plus si ça venait des gardiens ou des frères, mais j'ai entendu qu'elle avait des enfants, mais les enfants n'étaient pas à Bagram – Ils étaient ailleurs.
CP : Et y avait-il des rumeurs ou des discussions sur ce qui est arrivé à ces enfants ?
BM : Nous n'avions aucune idée de ce qui était arrivé aux enfants.
CP : Finalement, vous avez été transféré à Guantánamo et une des choses qui revient souvent sur le centre de détention de Bagram est que les gens subissaient toutes sortes de tortures là-bas et ils faisaient la comparaison avec Guantánamo. Si vous pouviez comparer les différentes prisons où vous avez été détenu – du Maroc, à la « Dark Prison », de Bagram, à Guantánamo – quelle est pour vous la pire de toutes ?
BM : Personnellement, je dirais la « Dark Prison » car là-bas, le but n'était pas d'obtenir des informations, ce n'était pas organisé comme un centre de détention, c'était vraiment fait pour que les gens deviennent fous.
CP : Pouvez-vous un peu nous décrire la « Dark Prison » et à quoi ça ressemble, car il y a de nombreux rapports de la part de ceux qui étaient détenus là-bas – et ils semblent être cohérents – mais afin d'avoir votre point de vue, et savoir quels ont été les effets sur vous : comment était la « Dark Prison » ?
BM : Depuis le début, on vous empêche de dormir à moins que... Vous êtes si fatigué que vous ne pouvez plus tenir debout – déjà vous vous dites que vous êtes dans un endroit où vous ne savez plus si vous existez vraiment... Dans les autres prisons où j'ai été détenu, je me disais « quand est-ce que ça va finir ? » Mais dans la « Dark Prison », ce n'était pas « quand est-ce que ça va finir » mais « est-ce que c'est réel ? »
CP : Une des choses les plus dures que j'ai trouvé, personnellement – ayant été moi-même détenu à Bagram – était que je savais que je pouvais arriver à gérer les maltraitances que je subissais – quand on m'a maltraité à Bagram, Kandahar ou à Guantánamo – mais le pire était de voir d'autres personnes maltraitées. Avez-vous vu régulièrement d'autres personnes se faire maltraiter par les soldats usaméricains ?
BM : Je voyais vraiment toutes sortes d'abus et d'humiliations, de traitements dégradants, mais habituellement les Usaméricains le faisaient de sorte à séparer ceux qu'ils préféraient de ceux qu'ils n'aimaient pas.
CP : Ceux qui coopéraient et ceux qui ne coopéraient pas ?
BM : Oui, même dans les systèmes de prisons. Si vous n'étiez pas menacé personnellement de mauvais traitements, vous ne vouliez pas rester debout pour voir les autres se faire maltraiter, parce que vous vous trouviez face aux mauvais traitements subis par les autres et, par exemple, c'est arrivé à Bagram, il y avait cet Afghan qui s'était fait tirer dessus au moins vingt fois, et le type avait... n'était plus qu'un squelette car il ne pouvait plus manger. Et ils l'ont fait sortir de l'hôpital où il était pour le mettre à dans le centre de Bagram – juste pour insuffler la peur à la population de la prison... Les Américains ne se préoccupent pas des blessé – Ils vous trouvent dehors, vous tirent dessus une vingtaine de fois, vous mettent à l'hôpital – vous commencez à remarcher à nouveau, ils vous mettent dans le centre de détention. Le gars ne pouvait littéralement pas... marcher seul, il ne pouvait même pas s'asseoir correctement. Il se trouvait dans la douche, quand on l'a forcé à repartir à l'isolement et l'homme ne pouvait pas marcher, alors il a demandé à s'asseoir. Et ce sont les mêmes gardiens qui hier souriaient et rigolaient avec nous, qui disaient au gars qu'il devait marcher. J'ai essayé d'intervenir – je ne pouvais pas ; les autres frères ont essayé d'intervenir – ils n'ont pas pu. Alors on s'est retrouvé dans cet affrontement où on essayait de leur dire qu'ils ne devaient pas lui faire ça. Et c'est à Bagram, alors ce qui s'est passé est très simple. On s'est retrouvé dans la confrontation et le gars posté sur ce qu'ils appellent la « passerelle », le pont au-dessus de nous qui surveille les douches – allait nous tirer dessus parce que nous essayions de dire aux gardiens de laisser le gars s'asseoir et se reposer pour ensuite retourner dans sa cellule.
CP : Le gardien a tiré sur les prisonniers – il avait armé son fusil ?
BM : Il était prêt à tirer... Il était prêt à ouvrir le feu. Et c'est ce à quoi nous étions confrontés quand nous essayions de résister à l'oppression que nous subissions à l'intérieur du système, c'était impossible.
CP : Je me souviens qu’à Bagram, même prier ensemble, faire l’Adhan (appel à la prière), lire le Coran, étaient considérés comme un crime. Avez-vous connu cette expérience ?
BM :À Bagram, on ne pouvait littéralement pas prier en groupe, ni même deux personnes ensemble. S'ils vous voyaient prier, juste l'un à côté de l'autre, ils vous forçaient à arrêter. Et si vous ne vous arrêtiez pas, on vous mettait à l’isolement et on vous faisait subir toutes sortes de mauvais traitements – vous attacher pendant six ou huit heures par exemple.
CP : Est-ce que vous pensez que les soldats usaméricains faisaient ça parce qu'ils détestent véritablement l'Islam qu'ils ne connaissent pas ou est-ce qu'ils avaient reçu des ordres ?
BM : Je dirais que c'est un mélange. Je veux dire que la plupart d'entre eux, ils le faisaient vraiment parce qu'ils détestaient l'Islam. Et il y en avait quelques-uns qui le faisaient parce qu'ils en avaient reçu l'ordre. L'ignorant, je dirai, représentait un pourcent – il y avait peu de gens ignorants là-bas.
CP : Je pense que l'ignorance engendre la haine, selon mon expérience, la plupart de ces gars, parce qu'ils étaient ignorants, avaient de la haine. Mais s'ils en avaient eu une connaissance correcte, ils auraient eu du respect pour la religion de l'Islam. Mais même l'idée d'une simple normalité, d'une connaissance de base à laquelle on peut s'attendre dans cet endroit – après tout, on se trouvait dans un pays musulman qui gère des prisonniers musulmans – est-ce que vous pensez qu'ils avaient la moindre connaissance de la culture, de la langue et de la religion des gens qu'ils surveillaient ?
BM : Le problème avec les Usaméricains en Afghanistan est qu'ils détestaient les Arabes mais ils détestaient encore plus les Afghans, et ils essayaient de jouer à nous monter les uns contre les autres, et ils essayaient de nous faire haïr les Afghans ou que les Afghans nous haïssent.
CP : Alors c'était diviser pour mieux régner ?
BM : oui, diviser pour mieux régner. Je ne pense pas que les décideurs étaient assez stupides pour ignorer que l'Islam était aussi en Afghanistan. Ceux en bas de l'échelle – les soldats d'infanterie – suivaient simplement les ordres, et au final, ils continueront à suivre les ordres, qu'ils aient ou non une connaissance de l'Islam.
CP : Dans le même ordre d'idée, avez-vous rencontré des soldats là-bas qui vous ont semblé bien, normaux, décents, avec qui vous pourriez avoir une conversation et qui étaient compréhensifs ?
BM : En fait, j'étais en position de parler avec beaucoup d'entre eux car je parlais anglais. A chaque fois qu'ils regardaient leurs dossiers et vérifiaient les profils des gens, ils voyaient que j'avais été aux USA donc ils avaient un sujet de conversation. C'était une sorte de... quelque chose que nous avions en commun et dont ils voulaient parler. Mais généralement, avec le reste des gens, ils ne voulaient tout simplement pas les connaître.
CP : et est-ce que vous pensez que parler anglais était un bienfait à l'époque ou était-ce un bienfait et une malédiction ou juste une malédiction ?
BM : En fait, c'était parfois une bénédiction, parfois une malédiction.
CP : Est-ce que c'est parce que tout le monde veut vous interroger, parce que vous comprenez tous les ordres ?
BM : Oui... Ca marche dans les deux sens : ils comprennent qu'ils ne peuvent pas vous maltraiter autant qu'une personne qui ne parle pas anglais. Ils n'avaient pas peur que quelqu'un qui ne pouvait pas parler anglais rapporte un incident car une personne qui ne parle pas anglais a besoin d'un traducteur et la traduction peut se perdre en cours de route.
CP : À Bagram, j'ai également connu quelqu'un qui était terriblement blessé – on lui avait tiré dans l'oeil et il avait deux énormes blessures ouvertes à l'épaule et au torse. Et cette personne était le jeune garçon, Omar Khadr, qui est le seul Canadien – le seul Occidental – toujours détenu à Guantánamo. Je ne l'ai pas rencontré à Guantánamo mais à Bagram et j'étais... mon coeur saigne pour lui, car c'était un jeune garçon très doux, et même le voir essayer de réciter le Coran me mettait les larmes aux yeux. Avez-vous connu Omar ?
BM : Omar Khadr était ce jeune garçon doux mais quand je l'ai rencontré, c'était un jeune homme, je l'ai rencontré quand nous avons été condamnés – nous nous sommes trouvés dans le même bâtiment.
CP : Vous avez tous les deux été condamnés par les Commissions Militaires ?
BM : Tous les deux, nous avons été condamnés pratiquement en même temps, en 2006 - vers le mois de novembre – et on s'est rencontrés début 2007, de retour dans le Camp 5. Et on a commencé à faire connaissance. Je l'avais déjà vu auparavant – je l'avais rencontré dans l'autre bâtiment mais pas de la même façon, parce que là, nous avons pu aller ensemble en pause.
CP : Pendant la récréation, dans la cour de récréation ?
BM : Ce qu'ils appellent la cour de récréation n'est en fait qu'une petite cage – une cellule de 4m par 4, et on a pris l'habitude de s'asseoir ensemble et de beaucoup discuter.
CP : Alors ils vous laissaient parler et marcher ensemble dans la même cour de récréation ?
BM : En fait, j'avais ma propre cage et il avait la sienne- Il n'y avait pas beaucoup d'interaction possible. Mais, au moins nous pouvions parler plus librement qu'à l'intérieur du bâtiment.
CP : Quelles ont été vos impressions sur Omar Khadr ?
BM : C'était plutôt ridicule de voir ce très jeune garçon condamné par la Commission et représenté comme quelqu'un de diabolique. La réalité est - et c'est là où les Usaméricains se sont trompés – qu’Omar était perçu comme un jeune Musulman opprimé par les Usaméricains, sans véritables raisons sauf qu'il était musulman. Et voilà comment ça se passe, si vous avez connu Omar, vous savez... Je veux dire que c'était juste une personne normale.
CP : Une des personnes que j'ai rencontrée à Bagram et qui était un interrogateur usaméricain, s'est retourné contre l'armée usaméricaine pour ce qu'ils ont fait en Afghanistan et plus tard, en Irak. Il connaissait également Omar Khadr, et je lui ai parlé – Je lui ai téléphoné il y a quelques semaines et il est maintenant un témoin de la défense d’Omar Khadr, parce qu'il était un interrogateur à l'époque, et il a dit qu'il reconnaissait que ce qui se passait là-bas n'était pas bien et qu'il essayait maintenant de faire quelque chose à ce sujet.
BM : Je pense que ça fait longtemps que nous attendons que les gens commencent à prendre leur responsabilité pour les crimes qu'ils ont commis. Bien qu'il y ait des allégations contre nous, que nous soyons condamnés ou non, en tant que criminels, les véritables criminels sont là-bas, à la Maison Blanche ou au Pentagone, ou où qu'ils soient... Les gens doivent maintenant prendre leur responsabilité.
CP : Qu'est-ce qui vous a donné, en tant que prisonnier pendant tout ce temps dans les prisons US, la force de même vous dire que vous pouviez survivre ? D'où vous est venue votre force ?
BM : La force est venue d'Allah – Elle ne pouvait venir que de Allah, et si ce n'était pour Allah, nous aurions été complètement perdus.
CP : Certains soldats usaméricains me disaient : si j'étais dans une cellule comme ça, si j'étais emprisonné, je me serais effondré. Et je répondais en disant qu'au moins j'avais cinq choses chaque jour en quoi espérer. Mais ce n'était pas tout à fait comme d'habitude – même ces cinq choses – les cinq prières. Comment avez-vous réussi à accomplir vos prières, les prières de Joumou'a (prière du vendredi), pour les fêtes de l'Aïd, prier en assemblée... Comment arriviez-vous à faire tous cela ?
BM : Malheureusement, je n'ai pas pu faire de prières en groupe dans aucune des prisons où je me suis trouvé.
CP : Pendant sept ans, vous n'avez jamais prié en assemblée, même pour les prières de Joumou'a ?
BM : Non... Je n'ai pas pu... Il n'était pas possible de prier en groupe dans aucun des endroits où j'ai été détenu.
CP : Même pour les prières de Joumou'a et pour les fêtes de l'Aïd ?
BM : Non, pas même pour Joumou'a ni pour l’Aïd. Aucune de ces prières ne pouvait se faire en groupe et le seul endroit où les prières en assemblée étaient autorisées est au Camp 4 mais je n'ai pas été dans le Camp 4.
CP : Dans les bâtiments, il n'est pas possible de prier en congrégation mais les gens prient quand même les uns derrière les autres. En fait, à l'intérieur de chaque bâtiment, il y avait 24 cellules de chaque côté, dans le Camp Delta, soit 48 cellules en tout. La personne qui se trouvait dans la première cellule, qui qu'elle soit, dirigeait la prière. C'est comme cela que ça se passait mais personne ne pouvait physiquement se tenir à côté de quelqu’un d’autre.
BM : Non, on ne pouvait pas se tenir les uns à côté des autres. Selon mon expérience, j'ai été détenu dans le Camp 5 et le camp 6, vous ne pouviez même pas voir la personne qui se trouvait devant vous, il n'y avait qu'un mur.
CP : Ce sont des cellules en béton, c’est seulement dans les cages qu’on pouvait voir les autres personnes.
BM : Et le son était à peine audible, il nous parvenait à travers les fissures des portes. Ce n'est pas comme dans les cages où le son peut voyager. Mais les gens continuaient quand même à faire leurs prières – et à les appeler les prières en congrégation – pour être ensemble, car une des choses que les frères souhaitaient, était être ensemble... Et c'est toujours pratiqué dans le Camp 5 et le Camp 6.
CP : Vous dites que, bien sûr, les frères voulaient être ensemble, et le concept de fraternité là-bas est très important, et particulièrement du fait des circonstances défavorables. Il y a un frère là-bas en particulier, qui est vu par une certaine presse comme une des personnes les plus influentes à Guantánamo. Mais ce frère aurait du être avec vous dans l'avion – ou du moins vous le pensiez- quand vous êtes rentré au Royaume-Uni ? Pouvez-vous me parler de ce frère ?
BM : Ce frère, qui était Shaker Aamer et qui était censé être dans l'avion avec moi, était très influent à Guantánamo. Il a changé beaucoup de choses – beaucoup des maltraitances que les frères subissaient – il les a faites changer.
CP : Et il les a changées en faisant quoi ?
BM : En rassemblant les frères et en fait, en faisant un marché avec les Usaméricains, et en allant vers les Usaméricains – en allant vers les Usaméricains avec une proposition pour les changements qu'il désirait. Et ça fonctionnait bien jusqu'à ce que des interrogateurs se mêlent de ce qui se passait, et Shaker en a été tenu responsable.
CP : Vous parlez des grèves de la faim et des droits qu'il était en train d'essayer d'obtenir pour les prisonniers – pour une meilleure nourriture, pour que le Coran ne soit pas profané, pour que les prisonniers ne soient pas fouillés à corps à chaque fois et ce genre de chose. Est-ce exact ?
BM : Ce sont les choses auxquelles travaillait Shaker et je me trouvais juste à côté de lui, à côté de sa cellule – Il était dans la cellule 17 et j'étais dans la cellule 19 (il n'y avait qu'une cellule entre nous deux) et je savais exactement ce qu'il essayait de faire et nous avons essayé et travaillé à toutes ces choses et nous avions accompli beaucoup – c'était en 2005, à cause d'un interrogateur – il avait battu un des prisonniers pendant un interrogatoire, ce qui avait provoqué une émeute et puis Shaker a été mis en isolement à partir de 2005.
CP : Et il a été séparé complètement de tout le monde et mis dans un des camps d'isolement dans le Camp Echo.
BM : Il a été détenu dans le Camp Echo de 2005 jusqu'à 2008, je crois, jusqu'à ce qu'ils décident de le sortir il y a quelques mois.
CP : Shaker Aamer était un de mes amis le plus proche. Et bien que je ne l'ai jamais vu à Guantánamo ni à Bagram, une des pires choses pour moi était que je savais que nous avions tous les deux eu des fils qui étaient nés pendant que nous étions en détention à Guantánamo. Toute sa famille se trouve en Grande-Bretagne – ils sont tous Anglais – son plus jeune enfant a presque 8 ans et il ne l'a jamais vu. Vous rappelez-vous avoir entendu Shaker parler de sa famille et comment il réussissait à gérer la séparation avec sa famille pendant tout ce temps ?
BM : Quand j'étais avec Shaker, il était surtout préoccupé par les grèves de la faim à Guantánamo. Oui, il parlait de son fils et combien il souhaitait rentrer et être avec son fils, et il était impatient de rentrer au Royaume-Uni pour voir sa famille et vivre avec elle. Et, je pense qu'en 2005, il croyait qu'il allait rentrer – je veux dire qu'il espérait qu'un jour viendrait où il reviendrait au Royaume-Uni et retrouverait sa famille.
CP : Shaker n'est toujours pas rentré, mais on vous a fait croire qu'il serait dans l'avion avec vous ?
BM : J'ai parlé aux officiers du service diplomatique et du Commonwealth dans l'avion au sujet de Shaker et ils m'ont dit qu'il aurait du être dans l'avion avec moi, le Royaume-Uni avait demandé sa libération auprès des USA. Mais le seul problème était que les USA refusaient de relâcher Shaker au Royaume-Uni.
CP : Ils refusent sa libération – de façon ironique, non pas parce qu'il allait être condamné par les commissions militaires ou quelque chose de ce genre, mais parce qu'il était une personne influente.
BM : Je dirais que les Usaméricains tentent de le faire taire le plus possible. Ce n'est pas parce qu'il a des informations mais les Usaméricains ne veulent pas que le monde sache ce qui s'est passé en 2005 et 2006 – les grèves de la faim et tous les événements qui ont eu lieu, les trois frères qui sont morts – Il est probable et évident que Shaker n'a pas ces informations mais les Usaméricains pensent qu'il en a certaines et ils n'aiment pas que ce genre d'informations paraissent. Et c'est pourquoi ils essayent de repousser sa libération. J'étais dans la même situation : en 2007, je devais être relâché avec trois autres résidents mais comme j'étais sous surveillance usaméricaine à ce moment-là – à cause des grèves de la faim en 2005, et des morts... Ils ont décidé de reporter ma libération.
CP : Vous avez beaucoup parlé des grèves de la faim. Pour ma part, j'ai été en Irlande du Nord plusieurs fois et j'ai parlé avec beaucoup d'anciens prisonniers irlandais et j'ai parlé avec beaucoup de ces grévistes de la faim et j'ai même rencontré ceux qui étaient avec Bobby Sands avant qu'il meure. Pensez-vous vraiment que la grève de la faim peut faire changer quelque chose ?
BM : En 2005, ça a effectivement changé quelque chose, ça a tout changé. Les Usaméricains sont venus et ont dit qu'ils allaient mettre en place des lois, car à Guantánamo avant 2005, il n'y avait aucune loi, il n'y avait pas de règlement non plus. Le colonel disait « Je fais ce que je veux » mais après la grève de la faim – la grande grève de la faim de 2005 – ils ont, en fait, commencé à mettre en place quelques règles que nous connaissions – non pas que nous les appréciions mais c’était mieux que rien.
CP : Vous n'étiez pas – aucun de nous ne l'était – traité comme des prisonniers de guerre, mais pensez-vous, que si vous aviez été traité en tant que tel, il y aurait eu moins de problèmes entre les prisonniers et l'administration ?
BM : eh bien, si on examine les choses... Par exemple, dans le Camp 4 où il y avait un grand nombre de gens, il n'y a jamais eu de problèmes entre les prisonniers et l'administration, ou les gardiens. Même si le Camp 4 n'est pas un camp de prisonniers de guerre mais il n'y a jamais eu de problème. Mais les isolements et la ségrégation que les usaméricains ne veulent pas admettre – comme dans le Camp 5 et Camp 6 -, c'est là où se trouvaient tous les problèmes.
CP : Quand vous dites ségrégation, qu'est ce que vous voulez dire ?
BM : La ségrégation, selon la lecture que j'en ai, est le fait d'être isolé dans une cellule et quand vous êtes dans votre propre cellule, vous êtes séparé de l'autre personne. La ségrégation à l'usaméricaine est quand on vous sépare du public (de la population) et que vous ne pouvez pas voir d'autres personnes, mais ils ne considèrent ni le Camp 5 ni le Camp 6 comme des camps de ségrégation.
CP : Ce qui veut dire que vous vous trouvez en fait isolé dans des cellules, où vous ne pouvez ni voir ni communiquer avec d'autres personnes ?
BM : Oui, c'est exactement ce qui se passe dans les Camps 5 et 6.
CP : Et pensez-vous qu'il y ait eu beaucoup de changements depuis l'arrivée au pouvoir de Barack Obama et quel était le sentiment à Guantánamo quand cela s'est produit ?
BM : Quand l'administration a changé, Guantánamo n'a pas changé, en aucune façon – les prisonniers ne s'en souciaient même pas – ils n'étaient ni contrariés ni non plus contents – ils ne s'en souciaient pas vraiment parce que vous ne comptez pas sur l'administration et parce que vous ne comptez pas l'administration pour arriver et changer l'oppression. Notre foi est dans Allah et Allah est celui qui va faire changer cette oppression – pas une nouvelle administration. Donc les gens à Guantánamo s'en moquaient – il n'y avait aucune émotion liée au nouveau gouvernement. Du côté de l'administration à Guantánamo, ils ont commencé à être plus oppressifs : ils ont commencé à mettre en place des règles, des règles dégradantes qui ont poussé la plupart d'entre nous à faire les grèves de la faim. Et si vous regardez les chiffres avant que la nouvelle administration ne prenne le pouvoir, il n'y avait que 10 à 20 personnes qui faisaient la grève de la faim, et juste après l'arrivée de la nouvelle administration, les chiffres sont montés jusqu'à une quarantaine de personnes nourries par perfusions et environ une centaine en grève de la faim.
CP : Voulez-vous dire qu'on les alimentait de force, qu'on les attachait et qu'on leur plaçait, contre leur volonté, un tube dans le nez et qu'on les alimentait par ces sondes nasales ?BM : Oui, c'est exactement ce qui se passe à Guantánamo.
CP : Et donc vous dites que les grèves de la faim – maintenant alors que nous parlons ou quand vous êtes parti – avaient toujours lieu ?
BM : J'avais le numéro 41 pour l'alimentation sous perfusion et après moi, il y en avait encore trois qui étaient inscrits – et ceci juste pour le Camp 5. Alors, aujourd'hui, je dirais que, à moins que l'administration ait fait un marché avec les grévistes de la faim, je dirais que leur nombre est autour d'une cinquantaine maintenant.
CP : Même maintenant, alors qu’Obama a dit qu'il fermerait Guantánamo, il a même dit la semaine dernière, qu'il n'appellerait plus les prisonniers des « combattants illégaux », malgré tout ça, vous pensez que les gens font toujours la grève de la faim ?
BM : L'administration dit beaucoup de choses là-bas mais ils ne contrôlent pas Guantánamo – Guantánamo est contrôlé par la JFT (Joint Task Force) et le JDG (Joint Defense Group) et ce sont eux qui font la loi à Guantánamo et la façon dont ils l'a font régner est... Quand j'étais là-bas, il n'y avait aucun changement – Ça va juste empirer, c'est comme ça.
CP : Que pensez-vous qu'il va arriver, qu'il devrait arriver aux prisonniers qui sont toujours là-bas ?
BM : J'ai entendu dire que cette nouvelle administration allait fermer Guantánamo dans un an – ça ne prend pas une année pour libérer des gens, ça ne prend pas une année pour fermer un lieu. Si cette administration essayait vraiment de réparer les torts, tout ce qu'elle a à faire est d'ouvrir une porte et de laisser les gens sortir.
CP : La majorité des gens toujours en détention sont yéménites. Pensez-vous qu'il y a quelque chose de particulier concernant les Yéménites qui empêchent les Usaméricains de les relâcher ?
BM : Je pense que les Usaméricains attendent, ils font pression sur le Yémen et la politique là-bas est d'empêcher la libération des Yéménites, et voilà comment la politique interfère avec la justice alors que ça devrait être la justice avant la politique mais dans le monde où nous sommes aujourd'hui, ça ne se passe pas comme ça.
CP : Beaucoup de gens qui ont été affectés par la « guerre contre le terrorisme » et bien sûr les gens détenus à Guantánamo sont exclusivement musulmans. Quel est le devoir, selon vous, des gens du monde musulman en particulier , envers ceux détenus à Guantánamo et dans les centres de détention secrets ?
BM : Qu'ils ne les oublient pas dans leurs prières et qu'ils les soutiennent de toutes les manières possibles.
CP : Il y a beaucoup de gens qui penseraient que tout cet épisode – pour vous, pour moi, pour ceux détenus à Guantánamo - est trop lourd à supporter pour une seule personne et qu'après ce genre d'expérience, on devrait juste rentrer chez soi, baisser la tête et ne pas s'investir dans quelque chose, ne pas lutter pour les droits des autres prisonniers. Quelle réponse leur donneriez-vous ?
BM : Ces sept ans m'ont beaucoup appris – J'ai appris des choses que je ne soupçonnais pas, des choses que je n'aurais pu apprendre qu'à travers cette expérience. Baisser la tête par peur ne devrait pas être une excuse pour ne pas faire son devoir. Il y a de l'oppression là-bas – nous devons tenir tête à ça.
CP : Malgré ce que beaucoup de gens pensent sur les choses terribles qui se sont passées à Guantánamo, il y a des choses qui ressortent, beaucoup de choses que j'ai vues sont apparues que je n'aurais jamais imaginées. De nombreux prisonniers – moi y compris- ont mémorisé une grande partie du Coran à Guantánamo et à Bagram ou autres. Quel est le pourcentage aujourd'hui, selon vous, des gens qui ont presque mémorisé entièrement le Coran, à Guantánamo ?BM : Je dirais qu'ils sont autour de 90% à avoir mémorisé le Coran et même les 10 % restant l'ont mémorisé mais ils peuvent l'oublier car la situation dans laquelle ils se trouvent à Guantánamo est si difficile qu'il n'est pas facile de rester soi-même.
CP : Il y avait une période où le Coran était enlevé des cellules et profané et jeté par terre, et certains prisonniers ont décidé qu'ils ne voulaient plus le Coran dans leur cellule. Comment ces prisonniers ont-ils pu continuer à avancer dans leur connaissance du Coran ?
BM : C'est étonnant : même si la plupart du temps, je n'avais pas le Coran avec moi, ce que je faisais est que je demandais à une personne qui avait mémorisé le Coran de me réciter un verset et je le mémorisais à mon tour puis je me le répétais toute la journée. Et c'est vraiment étonnant – vous pensez peut-être que c'est gaspiller son temps – mais à la fin de l'année, vous réalisiez que vous aviez mémorisé presque la moitié du Coran, de cette manière.
Binyam à son retour à Londres le 23/2/2009. Photo Lewis Whyld /AP
CP : En fait, c'est de cette façon que le Coran a été révélé au Prophète (Salla Allahu Alayhi wasallam – Paix soit avec lui) et c'est comme ça qu'il a été distribué au Sahaabah (ses compagnons, qu'Allah soit satisfait) – Le prophète (Salla Allahu Alayhi wasallam) était an-Nabi al-Ummi (le Prophète de la communauté) – il ne savait ni lire ni écrire et c'était donc fait à l'aide du bouche à oreille et en fait, si ça ne s'était pas fait pour tous les huffaadh (les gens qui mémorisent) du Coran, qui se faisaient tuer dans les premières batailles, le Coran n'aurait jamais été mis sous forme de livre, ça paraît donc fascinant que des gens soient revenus à la première forme d'apprentissage du Coran. Est-ce que ça se déroulait de la même façon pour ce qui est des sciences islamiques et d'autres sciences générales, est-ce que les gens en parlaient entre eux ou était-ce juste le Coran que les gens s'apprenaient les uns aux autres ?
BM : Les gens faisaient cette même chose avec le Hadith (rapports sur le Prophète Salla Allahu Alayhi wasallam), toutes les connaissances étaient présentes là-bas. Et principalement à Guantánamo, l'échange de connaissances se faisait de bouche à oreille – Il n'y avait aucun écrit.
CP : Une des choses qui se produit pour les prisonniers condamnés, en fait, même pour les pires prisonniers condamnés dans le monde, est qu'ils peuvent étudier et obtenir un doctorat, le bac, une licence... Aviez-vous accès à cela, même si vous n'avez pas été reconnu coupable d'un crime ?
BM : J'avais accès à un doctorat en torture et maltraitances et j'ai été diplômé à Guantánamo avec un doctorat dans ces matières... C'est tout ce que nous avions.
CP : Vous êtes maintenant un homme libre, du moins relativement libre – relativement libre car vous êtes encore sous conditions. Quels sont vos espoirs pour l'avenir – que souhaitez-vous qu'il arrive – dans votre situation propre et dans la situation des prisonniers toujours détenus là-bas ?
BM : J'espère que mon cas sera résolu, par le ministère de l'intérieur ou par le ministère des Affaires étrangères, et pour les prisonniers, je voudrais voir la justice et pas la propagande. La libération de tous les prisonniers de Guantánamo et des autres prisons.
CP : Nous – tous les anciens détenus dans la Baie de Guantánamo, ou la plupart d'entre nous- avons accusé le gouvernement britannique de complicité dans notre torture. Pensez-vous que le gouvernement britannique ou les services de renseignements devraient s'expliquer ou devraient-ils simplement s'excuser point barre ?
BM : Je dirais qu'ils doivent faire beaucoup plus que de s'excuser – s'excuser n'est pas suffisant – ou alors peut-être s'excuser et changer leur politique.
CP : Une information qui vient de sortir, il y a juste une quinzaine de jours, est qu'il y a des allégations contre les services secrets britanniques, de torture sur des citoyens britanniques dans des pays aussi différents que l'Égypte, le Pakistan, le Bangladesh, le Maroc dans votre cas – l'Afghanistan et le Pakistan pour mon cas – Je pense que le problème est bien plus important qu'ils ne veulent l'admettre. Pensez-vous qu'ils vont finir par l'admettre à un moment donné ?
BM : Je pense que le gouvernement britannique admettra beaucoup de choses, peut-être plus tard, au contraire des Usaméricains... Je crois que les Britanniques sont plus intelligents que les Usaméricains concernant ce genre de choses.
CP : Jazak Allah khair (Puisse Allah te récompenser,) Binyam Mohamed : Puisse Allah accepter toutes vos luttes pendant toutes ces années et les transformer en votre faveur le jour du jugement. Baarak Allah fik (Qu'Allah te bénisse)
BM : Wa iyyakum (vous aussi).
Moazzam BEGG
http://www.cageprisoners.com/
Moazzam Begg, né en 1968 à Birmingham, Grande-Bretagne, dans une famille pakistanaise, est porte-parole de Cageprisoners. Il a été arrêté au Pakistan après le 11 septembre et a été détenu 11 mois à Kandahar et Bagram puis 3 ans à Guantanamo, dont il a été libéré en janvier 2005.
Depuis son retour en Grande-Bretagne, il déploie une activité inlassable en faveur du droit des personnes victimes de la "guerre au terrorisme", donnant des conférences et conseillant des organisations comme Amnesty International et Reprieve.
Il a publié un remarquable livre de témoignage, co-écrit avec la journaliste Victoria Britain, Combatant: My Imprisonment at Guantanamo, Bagram and Kandahar
Il est l'un des protagonistes du film de docu-fiction Road to Guantanamo de Michael Winterbottom.
Nous publions ci-dessous un portrait de lui par Paul Rodgers, du quotidien The Independent.
Le livre de Moazzam Begg
Moazzam Begg: “Il faudra bien finir par négocier avec Al Qaïda”
AUTEUR: Paul RODGERS
Traduit par Fausto Giudice
Ils se sont présentés chez lui à minuit –c’est classique - mais ce n'était pas une banale descente de police. Les hommes armés qui se tenaient sur le palier de Moazzam Begg ne portaient pas d'uniforme. Sans un mot, ils ont jeté à terre le travailleur humanitaire britannique et lui ont attaché les bras et les jambes dans le dos. Avant qu'ils ne lui mettent une cagoule sur la tête, il a pu voir certains d'entre eux se diriger vers les chambres où dormaient sa femme et ses enfants. D’autres hommes l’ont chargé à l'arrière d'une Jeep. Pendant qu’elle filait dans les rues d’Islambad, quelqu’un a soulevé sa cagoule juste assez pour qu’il puisse voir un Américain brandissant une paire de menottes : « Je les ai eues de la veuve d’une victime du 11/9 », a-t-il dit hargneusement avant de les refermer sur les poignets déjà entravés du prisonnier.C'est ainsi qu'ont commencé les trois années de Begg dans la peau d'un « combattant ennemi » de « la guerre contre le terrorisme ». Son ordalie a été ponctuée de menaces, de coups, d'isolement, d’humiliations, de dégradations et de conseils par un psychiatre militaire US sur la meilleure manière de se suicider. Il a vu deux de ses compagnons de détention se faire tuer par des gardiens. On lui a dit qu'on l'avait envoyé en Égypte pour pouvoir le torturer, et on lui a fait croire que la femme qui hurlait de douleur dans la pièce à côté était la sienne. Ce genre de traitement pourrait transformer le plus modéré des individus en extrémiste. Je m'attendais à rencontrer un homme crachant du venin, débordant de colère justifiée et de ressentiment. Mais Begg, qui me reçoit dans le salon de sa maison jumelée à Birmingham, est surtout stupéfait qu'on ait pu le prendre pour un terroriste. « Je n'admets pas l'usage de la violence et le massacre de civils innocents », déclare-t-il avec emphase. Loin de chercher à se venger, il a réfléchi à un plan de paix inédit qui pourrait sauver les vies de centaines de soldats américains et britanniques. Depuis qu'il a été libéré en 2005, Begg travaille pour Cageprisoners, une organisation qui lutte pour la libération des prisonniers de Guantánamo et des plus de 70 détenus « disparus » dans camps « fantômes » US. « L’Amérique nie les détenir », dit-il. « Il leur arrive pourtant d'annoncer qu'une personne qu’ils ont toujours prétendu ne pas détenir, et qui a disparu depuis cinq ans, a été envoyée à Guantanamo. » Begg travaille également en étroite collaboration avec Amnesty International et vient de participer au lancement par l'organisation de deux campagnes de mobilisation, dont l’une, la semaine Protégeons les humains, commence le 13 octobre « Je prends souvent la parole dans des lieux où je suis le seul à avoir la peau foncée », raconte-t-il. « Toutes les fois où j'ai pensé que j'allais me heurter à un public hostile, je me suis trompé. Cela me donne de l'espoir. » Il soutient aussi la campagne Désabonnez-vous qui démarre mardi : une tentative de mobiliser les internautes pour qu’ils sortent de la « guerre contre le terrorisme » de la même manière qu’on se désabonne d’une liste de diffusion.
Je suis intrigué de voir qu’un Musulman qui a tant souffert entre les mains de l’Occident ait pu devenir un champion de ses idéaux les plus chers – les droits civiques et le règne de la loi. Mais Begg ne voit là aucune contradiction. De tels principes étaient contenus dans le Coran des siècles avant que le Roi Jean signe la Magna Carta. « L’équivalent de l’habeas corpus est décrit dans des versets du Coran qui parlent des droits des individus à avoir des témoins et des preuves. » Il a rencontré Martin McGuinness, ancien commandant de l'IRA (Armée républicaine irlandaise) et aujourd'hui vice-Premier ministre d'Irlande du Nord, et cela lui a donné des idées : il veut écrire un livre pour expliquer comment on pourrait mettre fin de façon pacifique à cette « guerre contre le terrorisme ». Selon lui, le temps est venu pour les gouvernements et les terroristes de commencer à se parler. « C'est la seule voie possible », affirme-t-il. Pour appuyer ses propos, il cite un passage du discours du ministre de la Défense britannique, Des Browne, lors du congrès du Parti travailliste, en septembre dernier : « À un moment ou un autre, il faudra bien que les Taliban soient impliqués dans le processus de paix en Afghanistan parce qu'ils ne vont pas quitter le pays. » « C'est peut-être difficile à admettre, mais c'est la réalité », commente Begg. « Les Taliban ne sont pas des Martiens. » À première vue, l'idée que George Bush et Oussama Ben Laden puissent un jour s'asseoir à la même table semble grotesque. Mais on en disait autant de McGuinness et de Paisley : « Il ne s’agit pas simplement d’Oussama Ben Laden », dit Begg. « Il y a beaucoup d’autres gens auxquels ils auraient pu et du parler et dans certains cas, même s’ils le nient, auxquels ils ont parlé. »Si le discours de la "guerre contre le terrorisme" se décline en noir et blanc, Begg voit plutôt les choses en gris. « Pour eux, soit on est avec Ben Laden, soit on est avec Bush, précise-t-il. Mais moi, comme la majorité des gens, je suis entre les deux. » S'il n'est pas un terroriste, il admet avoir pensé à s'engager comme combattant dans forces bosniaques au début des années 1990. « Je crois que les gens ont le droit de résister à l'occupation en Afghanistan et en Irak », poursuit-il. Pour beaucoup de Britanniques et d'Américains, cela suffit à faire de lui « l'un des leurs », et non « l'un des nôtres ». Mais cela ne fait pas de lui un combattant, ni un terroriste ni un membre d'Al Qaïda.
Un autre reproche que lui font beaucoup de gens, c’est qu’il a installé sa jeune famille à Kaboul pour monter une école de filles à l’apogée du pouvoir Taliban. Begg apprécie les tentatives des Taliban pour reconstruire l’Afghanistan après des décennies de guerre mais il ajoute : « Je ne pense pas qu’ils avaient la moindre idée sur la manière de gouverner le pays. Je les ai vus faire des choses qui retournaient complètement la population contre eux. »
Sa capacité à faire la part du bon et du mauvais dans un monde polarise s’applique aussi à ses geôliers américains : « Je serais heureux de qualifier certains d’entre eux d’amis », dit-il. Une femme soldat lui a donné des confiseries lorsqu’elle a découvert que les prisonniers n’avaient pas eu de nourriture le jour de l’Aïd El Fitr, la fête de la fin du Ramadan. Une telle fraternisation avec l’ennemi est un crime grave selon le code militaire US. Un autre, un vetééran du Vietnam originaire du Sud profond, dont certains camarades avaient été tortures, était dégoûté de voir son pays tomber dans les mêmes travers.Peut-être sa perspective équilibrée lui vient-elle de son éducation œcuménique. Fils d’un banquier devenu homme d’affaires, Begg a fréquenté une école primaire juive. Plus tard, son père a été lié à une femme britannique qui lui a fait découvrir Noël. À 14 ans, il était dans une bande qui se battait contre de skinheads racistes. Ce n’est qu’à la fin de son adolescence qu’il a redécouvert la religion qui allait l’inspirer, et lui causer tant de misères.
Azmat, le père de Moazzam, s'est battu sans relâche dès le premier jour pour sa libération.
Après sa capture, Begg a été conduit d’ Islamabad à Kandahar, traîné (littéralement, NdT) dans la boue, fouillé à nu et jeté dans une « cellule » faite de barbelés et pourvue en tout et pour tout d’une couverture et d’un seau. La cellule se trouvait à l’intérieur d’une écurie reconvertie avec un éclairage et un son bruyant 24 heures sur 24. Dépouillé de son identité, il ne lui restait plus qu’un numéro : le 558.
De là il a été amené dans une ancienne usine russe à la base aérienne de Bagram, où un garde lui a donné un exemplaire du livre Catch-22, portant un tampon : « Approuvé par les Forces US ». C’était un cadeau tout indiqué : comme le héros de Joseph Heller, Yossarian, Begg se trouvait face à un dilemme. Les Américains arguaient que s’il était coupable d’avoir aidé Al Qaïda, sa place était en prison; pour ses geôliers, le simple fait qu’il était détenu signifiait qu’il devait donc être coupable d’avoir aidé Al Qaïda.
Begg a accueilli avec plaisir la nouvelle qu’il allait être emmené à Guantánamo. « Les gens disaient que là-bas, on aurait des repas chauds » Plus important, disaient-ils, vous aurez des avocats. Cela a pris encore vingt mois, mais grâce à ces avocats, Begg – qui avait été désigné pour être le premier à comparaître devant les tribunaux bidon du camp – a au lieu de cela été le premier à être remis en liberté.
Si cet homme est un terroriste, il le cache bien. Et ceux qui croient encore au raisonnement à la Catch-22 ont eu beaucoup de mal à prouver leurs allégations. La vie de Begg a été disséquée sans qu’aucune preuve ait pu être produite à sa charge.
Prenez par exemple cette photocopie d’un ordre de transfert d’argent – qui aurait été trouvée dans un camp d’Al Qaïda en Afghanistan – qui est censée avoir déclenché son kidnapping. Ni Begg et ses avocats ni aucun tribunal n’a vu ce document. Il est censé établir un transfert entre filiales d’une même banque à Londres et Karachi, mais le numéro de compte, la date et le montant sont secrets. Et personne n’a pu fournir une explication plausible de la raison pour laquelle elle se serait retrouvée dans un camp en Afghanistan. Begg : “Là-bas, il n’y avait pas de banques.”
L’exemple le plus pernicieux des allégations à la Catch-22 est le fait qu’il a été arrêté dans le cadre des lois anti-terroristes britanniques lors d’une descente dans sa librairie à Birmingham en 2000. Il avait alors été relâché sans inculpation. Aux yeux de ceux qui le critiquent, cela implique que les services de renseignement le soupçonnaient déjà, ce qui donnerait du poids aux allégations qu’i l’ont fait échouer à Guantánamo. Une interprétation plus simple est que les persécutions contre lui avaient déjà commencé dans son pays, la Grande-Bretagne.
mercredi 1 octobre 2008
Appel pour Omar Khadr
Photo: Jacques Nadeau
«Nous demandons aujourd'hui à tous les partis politiques fédéraux de se prononcer sans réserve en faveur du rapatriement au Canada d'Omar Khadr et de préciser quelles démarches ils entreprendront afin que tel rapatriement se réalise dans les meilleurs délais», a ainsi demandé hier le directeur général d'Avocats sans frontières (ASF), Pascal Paradis, au cours d'un point de presse organisé à la Place du Canada, à Montréal.
Les porte-parole de l'association ont du même coup rappelé les allégations de mauvais traitements dont aurait été victime le jeune canadien, capturé en Afghanistan alors qu'il n'avait que 15 ans. «Il a vraisemblablement été victime de traitements cruels, inhumains et dégradants, y compris des allégations de torture, mais aussi des menaces et des périodes d'isolation ou d'exposition à des températures extrêmes», a fait valoir Fannie Lafontaine, professeure de droit à l'Université Laval et membre du Conseil d'administration d'ASF. Qui plus est, a-t-elle ajouté, les autorités américaines ne respectent pas les normes juridiques les plus élémentaires.
«La commission militaire qui est appelée à le juger n'est pas un tribunal indépendant et impartial. Elle applique un système fondé sur la présomption de culpabilité qui est une parodie de justice et qui contrevient aux normes minimales du droit international et du droit national du Canada et des États-Unis», a souligné Mme Lafontaine, devant une rangée de figurants vêtus chacun d'une salopette orange comme celle que portent les prisonniers à Guantánamo. Et s'il est rapatrié au pays, M. Khadr ne se retrouvera pas dans une situation d'impunité, a-t-elle précisé. Un «véritable» tribunal judiciaire pourra, le cas échéant, juger de son innocence ou de sa culpabilité au terme d'un procès juste et équitable respectant la règle de droit.
Chose certaine, on ne peut se permettre de maintenir le statu quo. «Il est inacceptable que le Canada ait participé aux graves violations des droits humains dont il a été victime et qu'il continue à s'en faire complice», a soutenu Fannie Lafontaine. «Si les Canadiens ne demandent pas au gouvernement de mettre fin à cette situation, on accepte tous qu'un précédent soit crée et Omar Khadr pourrait ne pas être le seul à en payer le prix», a renchéri son collègue, Pascal Dufour.
Ce dernier a aussi dit souhaiter que la question soit abordée lors des débats des chefs de ce soir et demain soir. La demande d'ASF est appuyée par le Barreau du Québec. Dans un communiqué diffusé hier, le Barreau a d'ailleurs soutenu que le Canada doit offrir protection et assistance à tous les citoyens canadiens aux prises avec un système judiciaire étranger, quels que puissent être les crimes dont ils sont accusés, et notamment faire en sorte que les normes minimales du droit international soient respectées. On demande en outre qu'il ne soit pas jugé comme un adulte, puisqu'il était mineur au moment des faits qui lui sont reprochés.
Le Barreau est déjà intervenu le 1er février dernier auprès du gouvernement canadien et a pris position en faveur du rapatriement de Omar Khadr.
L'Association du Barreau canadien, l'Association du jeune Barreau de Montréal, le Réseau des juristes d'Amnistie internationale Canada francophone, Amnesty International Canada Legal Network, Lawyers Rights Watch Canada, la Ligue des droits et libertés et Canadian Lawyers Abroad appuient aussi la démarche d'ASF. Ensemble, ces organisations représentent 50 000 membres de la communauté juridique.
Omar Khadr est le seul citoyen d'un pays du monde occidental détenu à Guantánamo dont le rapatriement n'a pas été demandé. Il a été capturé par les forces armées des États-Unis au cours d'un combat en Afghanistan alors qu'il avait 15 ans. Il était donc un enfant en vertu du droit international. Transféré en octobre 2002 à la base navale de Guantánamo Bay, il est privé de sa liberté depuis six ans. Khadr n'a pu voir un avocat que 27 mois après le début de sa détention et n'a appris les chefs d'accusation pesant contre lui qu'au bout de trois ans et demi.
Source : Le Devoir, 1er Octobre 2008
vendredi 26 septembre 2008
Canada: intervention de la gouverneure générale en faveur d'Omar Khadr
Selon La Presse, Mme Jean est intervenue auprès de M. Harper avant le déclenchement, début septembre, de la campagne en cours pour les législatives du 14 octobre.
Omar Khadr a été arrêté en Afghanistan en 2002 à l'âge de 15 ans et est détenu depuis près de six ans à Guantanamo. Aujourd'hui âgé de 22 ans, il doit être jugé en novembre pour le meurtre présumé d'un soldat américain, en lançant une grenade lors de son arrestation.
M. Harper a jusqu'à présent refusé de demander son rapatriement au Canada avant la fin des procédures américaines. Les partis d'opposition et plusieurs organisations de défense des droits de l'Homme plaident pour le rapatriement immédiat au Canada du jeune homme et réclament qu'il soit traité comme un enfant-soldat.
La gouverneure générale Michaëlle Jean est la représentante de la reine Elizabeth II, chef d'Etat en titre du Canada. Elle n'a pas de pouvoirs réels, mais elle est garante de la Constitution et représente une autorité morale.
Sa porte-parole, Marthe Blouin, a déclaré à l'AFP que les entretiens entre la gouverneure générale et le Premier ministre sont "confidentiels" et qu'elle ne pouvait faire aucun commentaire.
Selon La Presse, M. Harper ne s'est pas montré totalement hostile à un éventuel rapatriement, mais il aurait fait valoir que son groupe parlementaire et une partie de la population n'accepteraient pas une telle décision.
"Cette information est fausse", a déclaré le Premier ministre, interrogé à ce sujet lors d'une étape de sa campagne pour les législatives du 14 octobre. "Ma position sur M. Khadr est claire. Il est accusé de crimes très sérieux et nous croyons qu'il doit être jugé pour répondre de ces accusations".
Les appels au rapatriement d'Omar Khadr s'étaient multipliés après la diffusion en juillet d'une vidéo montrant la détresse de l'adolescent, alors âgé de 16 ans, pleurant et exhibant ses blessures, devant des agents des services de renseignement canadiens.
Source : AFP, 26 septembre 2008
jeudi 24 juillet 2008
Rapatriez Omar Khadr ! Bring back Omar Khadr !
Complexe Guy-Favreau (200 René-Lévesque O.)
Montréal
Shut down Guantanamo, here and everywhere!!
Justice and freedom for OmarKhadr and all Guantanamo prisoners!!
Justice and freedom for Hassan Almreiand all prisoners of Guantanamo north!!
Against Canadian/American policies of racism and colonialism.
Fermons le Guantanamo, ici et partout !!
Justice et liberté pour Omar Khadret tous les prisonniers de Guantanamo!!
Justice et liberté pour Hassan Almreiet tous prisonniers du Guantanamo nord!!
Contre les politiques racistes etcolonialistes du Canada et des USA.
Rapatriez Omar Khadr... afin de rapatrier la conscience canadienne
Omar Khadr, citoyen canadien, est emprisonné dans des conditions inhumaines à la prison de Guantanamo depuis plus de cinq ans.Le gouvernement canadien a le devoir de faire tout ce qui est en son pouvoir pour rapatrier Omar, qui a été arrêté lorsqu'il avait 15 ans.
Souvenez-vous que :
-- Omar n'était qu'un enfant au moment de son arrestation;
-- Le Canada est le seul allié des États-Unis qui n'a pas obtenu lerapatriement de ses citoyens emprisonnés à Guantanamo;
-- Omar a été torturé et abusé pendant des années.
Il n'y aura pas de justice pour lui dans le cadre du tribunal militaire auquel il fait face;
-- C'est le devoir du gouvernement canadien de défendre tous les citoyenscanadiens de façon égalitaire;
-- La prison de la Baie de Guantanamo viole le droit international. LeCanada doit exiger sa fermeture.
Il faut agir maintenant! Le silence nous met tous en péril.
Centre des travailleurs et travailleuses immigrant-e-s
Coalition Justice pour Adil Charkaoui
Collectif Échec à la guerre
Conseil des Canadiens
Fédération canado-arabe
Forum musulman canadien (FMC-CMF)
Ligue des droits et libertés
Parole Arabe
Québec Solidaire
Solidarité sans frontières
Tadamon! Montréal
Julius Grey, avocat
Info:
Mohamed S. Kamel, 514.863.9202
Ehab Lotayef, 514.941.9792
mardi 3 juin 2008
Omar Khadr: un "gentil garçon" pour ses gardes, selon un rapport canadien
Deux rapports de responsables du ministère des Affaires étrangères ayant rencontré Omar Khadr à Guantanamo en mars et avril le présentent comme un "jeune homme aimable, amusant et intelligent", écrit le quotidien The Globe and Mail, qui en a obtenu copie.
Ce n'est pas seulement l'avis des officiels canadiens qui l'ont rencontré, mais aussi celui des soldats chargés de le garder, ajoute le journal.
Aujourd'hui âgé de 21 ans, Omar Khadr est accusé d'avoir tué un soldat américain lors de son arrestation par l'armée américaine en Afghanistan en 2002. Il avait alors 15 ans.
Omar est "récupérable". C'est un "gentil garçon", qui est apprécié par le personnel du camp, note un responsable canadien en mars, selon ce document, également cité par le National Post.
Un mois plus tard, un autre responsable canadien cite un "contact militaire américain estimant qu'une détention prolongée à Guantanamo risquerait de faire (d'Omar Khadr) un extrémiste".
La publication des documents qui tracent un portrait sympathique du seul détenu canadien à Guantanamo pourrait accroître la pression sur le gouvernement canadien pour le rapatrier, comme le réclament depuis des mois l'opposition et de nombreux juristes.
Il n'avait pas été possible d'obtenir immédiatement confirmation du contenu de ces documents auprès du ministère des Affaires étrangères.
Un des rapports indique aussi que le jeune homme semble prendre ses distances avec sa famille. Son père Ahmed Saïd Khadr, ingénieur d'origine égyptienne, tué en octobre 2003 durant un combat avec des soldats pakistanais, était considéré comme très lié à Al-Qaïda et à Oussama ben Laden.
Omar "espère que le Canada va faire quelque chose pour le sortir de Guantanamo", indique encore un des rapports en donnant aussi des indications sur l'état de santé du jeune homme.
Il a perdu la vision dans son oeil gauche et son oeil droit se détériore à cause d'un éclat de projectile. Il a également dans l'épaule gauche des éclats qui déclenchent les détecteurs de métal de la prison.
dimanche 1 juin 2008
Affaire Khadr: le juge Brownback démis de ses fonctions
Nouvelle controverse au procès d'Omar Khadr, ce jeune ressortissant canadien de 21 ans détenu à Guantánamo Bay. Peter Brownback, juge du procès, a été démis de ses fonctions jeudi dernier par le colonel Ralph H. Kohlmann, juge en chef de Guantánamo.
«Le départ résulte d'une décision mutuelle», a toutefois assuré Andre Kok, porte-parole du tribunal de Guantánamo, au Los Angeles Times. Les avocats ont appris la nouvelle par un courriel laconique d'une seule ligne. «Nous avons été pris par surprise. On ne nous a donné aucune autre explication», indiquait hier à La Presse Nathan Whitling, un des avocats canadiens d'Omar Khadr. Soupçons Le départ du juge Brownback ne manque pas d'éveiller les soupçons. Le 8 mai, le magistrat menaçait d'interrompre les procédures si la poursuite ne remettait pas à la défense des documents sur la santé mentale et les interrogatoires d'Omar Khadr.
La défense les a finalement reçus. «Le juge qui frustrait les efforts du gouvernement (américain) quitte soudainement. C'est bizarre», indiquait hier au New York Times William Kuebler, avocat militaire principal d'Omar Khadr.
L'organisme Human Rights Watch a aussi critiqué le départ inexpliqué du juge, parlant «d'apparence d'ingérence politique». Pas un juge «idéal» «Malgré sa récente décision en notre faveur, il n'était pas du tout un juge idéal pour nous, rappelle toutefois Nathan Whitling. Il a rejeté rapidement certains de nos arguments, sans même les considérer.»C'est le juge Patrick Parrish qui prend la relève du dossier.
Omar Khadr est le dernier ressortissant d'une démocratie occidentale à être détenu à Guantánamo. Il a été arrêté en Afghanistan en 2002, alors qu'il avait 15 ans. On l'accuse d'avoir tué un sergent américain.
jeudi 29 mai 2008
Omar Khadr : Et s’il s’appelait Tremblay ou Smith ?
Les neuf juges de la Cour suprême sont unanimes : le gouvernement canadien a été complice de violations au droit international en collaborant avec les Américains dans la détention d’Omar Khadr. Dans un jugement rendu le 23 mai, la Cour mentionne que la procédure contre ce Canadien détenu à Guantanamo est « contraire au droit interne états-unien et à des conventions internationales sur les droits de la personne dont le Canada est signataire ».
La Cour suprême ordonne la publication de comptes-rendus d’interrogatoires menés par des agents de renseignements canadiens à la base américaine en 2003 qui ont été remis aux autorités des États-Unis. Ces documents sont réclamés par les avocats de Khadr qui tentent d’établir que la preuve retenue contre leur client ne tient pas la route. Ottawa refusait de les divulguer.
Omar Khadr est accusé de crimes de guerre aux États-Unis et est emprisonné à Guantanamo depuis 2002. Ce citoyen canadien n’avait que 15 ans lorsqu’il a été incarcéré pour des gestes qu’il aurait commis en Afghanistan, où il vivait avec son père, un dirigeant d’Al-Quaïda tué par les Américains.
Ce jugement met le Canada dans l’embarras et accroît la pression sur le gouvernement conservateur pour qu’il exige la libération d’Omar Khadr. Déjà à la mi-mai, le débat avait été relancé dans l’opinion publique par le sénateur Roméo Dallaire. La déclaration du sénateur Dallaire avait créé une commotion à Ottawa quand il a comparé le gouvernement canadien à des organisations terroristes comme Al-Quaïda. « Les accusations contre Khadr sont illégales autant que la cour devant laquelle elles sont entendues », affirmait l’ancien général à la retraite. Il reproche au gouvernement conservateur de ne faire aucun effort pour assumer ses responsabilités envers un de ses citoyens.
Les barreaux du Québec et du Canada ainsi que l’Association des avocats criminalistes ajoutent que le cadre juridique à Guantanamo est inconstitutionnel et contre les conventions internationales. Ils réclament maintenant que le fédéral intervienne pour mettre Omar Khadr à l’abri des irrégularités de la cour martiale mise sur pied par les Américains à Guantanamo.
Un comité des Communes pour les droits de la personne prépare aussi un rapport sur la question de la légitimité de son emprisonnement. Malgré tout, le gouvernement fédéral demeure bien silencieux dans cette affaire.
Six ans d’emprisonnement
Omar Khadr croupit depuis six ans en prison sans avoir été jugé.
Vivian Barbot, porte-parole adjointe du Bloc québécois en matière d’affaires étrangères, rappelle que tous les pays occidentaux ayant des ressortissants emprisonnés sur la base américaine à Cuba ont obtenu leur rapatriement. Le Canada, lui, semble ne faire aucun effort pour obtenir la libération de Khadr qui a passé près du tiers de sa vie à Guantanamo. « Ce n’est pas normal qu’un Canadien soit abandonné par son pays, surtout s’il s’agit d’un mineur », dit-elle.
« Quel que soit ce qu’on lui reproche, nous demandons qu’il soit rapatrié ici pour y être jugé. Pour qu’on puisse valider le bien-fondé des accusations portées contre lui », ajoute Mme Barbot. Elle critique l’attitude d’Ottawa qui affirme que le processus juridique suit son cours.
Amnistie internationale a été parmi les premiers à dénoncer le gouvernement canadien dans cette affaire. Dès 2002, la section canadienne de l’organisme a spécifiquement réclamé que des démarches soient entreprises afin de faire libérer Omar Khadr.
Anne Ste-Marie, d’Amnistie internationale, soutient que ses droits les plus fondamentaux n’ont jamais été pris en compte. En février, l’avocat américain désigné pour le défendre a fait état de séances de mise à tabac, de menaces de viol et des nombreuses fois où son client a été attaché pendant des heures dans des positions inconfortables. L’enquête qui devait faire la lumière sur ces allégations a été interrompue au début du mois de mai par le gouvernement américain.
Mme Ste-Marie indique que dans le cas d’Omar Khadr, l’opinion publique ne s’est pas mobilisée comme elle l’a été pour Brenda Martin, cette Canadienne de retour au pays après avoir été emprisonnée au Mexique. « Évidemment, personne n’ose le dire à haute voix, mais il nous apparaît évident que si Omar Khadr se nommait Tremblay ou Smith ça aurait aidé sa cause », affirme-t-elle.
Un enfant soldat
Eric Hoskins, le président de War Child Canada, un organisme international qui documente les cas d’abus d’enfants soldats à travers le monde, indique que les allégations de mauvais traitements et de sévices laissent présager le pire. Monsieur Hoskins croit qu’après tout ce temps dans ces conditions extrêmes, Omar Khadr doit être sévèrement affecté psychologiquement : « Il passe le plus clair de son temps en isolation et il subit des séances d’interrogations punitives. Les dommages psychologiques doivent être effrayants. »
Il croit qu’il est grand temps qu’Omar Khadr soit reconnu comme un enfant soldat et qu’il reçoive des traitements en conséquence. Les lois internationales concernant le sort des enfants soldats stipulent que ces derniers doivent être assistés dans un processus de guérison. La torture psychologique et physique n’a rien à voir avec la réinsertion et la guérison des traumatismes de la guerre, indique le docteur Hoskins.
Le cas d’Omar Khadr est unique au monde. Aucun autre enfant soldat n’est accusé devant un tribunal de guerre. Les Américains enfreignent les traités internationaux en le gardant à Guantanamo. Le Canada est complice de la situation en refusant d’entreprendre des démarches pour obtenir son transfert.
Jack Layton, le chef du Nouveau Parti Démocratique, croit que les manquements aux engagements internationaux affectent la crédibilité et la réputation du Canada. « Le Canada était un des premiers pays à signer le protocole sur le sort réservé aux enfants soldats, maintenant le gouvernement conservateur se moque de ce protocole. » Le leader néodémocrate estime que l’évolution du débat sur la place publique semble signaler qu’il est temps que le Canada prenne ses responsabilités envers le citoyen Khadr.

