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mercredi 28 novembre 2007

De Sarajevo à Guantanamo, l'itinéraire des "Six d'Alger"

Par Marc Perelman (Journaliste), Rue89, 25/11/2007
Premier volet d'une enquête sur ces détenus arrêtés illégalement en Bosnie en 2001 suite à des pressions américaines.


La neige tombe drue, en cette nuit de janvier 2002, sur une petite foule réunie aux abords de la prison centrale de Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine. Elle est venue accueillir six hommes à leur sortie du pénitencier. Mais depuis quelques jours, une rumeur enfle: ces détenus d’origine algérienne, qui viennent d’être innocentés d’un complot d’attentat contre l’ambassade américaine, vont être livrés aux militaires américains. Les heures passent et les portes de la prison restent closes. Soudain, les forces spéciales de la police bosniaque font leur apparition. Quelques minutes plus tard, les policiers tentent d’exfiltrer les six individus. Echauffourées, gaz lacrymogène, matraques… Au milieu de la confusion, un convoi parvient finalement à se frayer un passage et fonce dans la nuit avec, à son bord, les détenus.
Ils sont en route pour la base militaire américaine de Guantanamo Bay, à Cuba, où ils seront parmi les premiers occupants de la fameuse prison. Pourtant, quelques heures avant leur transfert, les plus hautes instances judiciaires bosniaques avaient rendu deux décisions interdisant expressément une telle opération: l’une innocentant les six du complot contre la mission américaine, pour lequel ils étaient incarcérés depuis trois mois, et l’autre interdisant ce transfert extrajudiciaire.
En Avril 2002, la Cour suprême de Bosnie a officiellement suspendu l’enquête criminelle contre eux et, deux ans plus tard, le procureur général de Bosnie les a formellement acquittés. Plusieurs institutions bosniaques et européennes ont, depuis lors, réclamé leur libération. En vain. Le Pentagone maintient que ce sont des "ennemis combattants" affiliés à Al-Qaeda qui continuent de constituer une menace pour la sécurité des Etats-Unis. Ils sont aujourd'hui encore à Guantanamo. Leur cas doit être abordé par la Cour Suprême américaine le 5 décembre.
Après des années de silence, plusieurs des acteurs clés ont, pour la première fois, accepté d’évoquer ce qui s’est produit dans les coulisses de cette affaire, à Sarajevo, fin 2001 et début 2002. Le verdict est clair: un bras de fer inégal entre une Amérique traumatisée par le 11 septembre et une Bosnie aux ordres, sous les yeux d’une communauté internationale complice d’une violation flagrante du droit. Ceci dans un pays où les Etats-Unis et l’Union européenne n’ont pourtant pas ménagé leurs efforts pour créer un système judiciaire modèle après la sanglante guerre civile des années 90...
Plus troublant encore, une enquête basée sur de multiples témoignages et des documents inédits amène inévitablement à se poser la question: les "Six d'Alger" ont-ils été victimes d’une terrible méprise que personne n’a ensuite osé corriger par honte de l’admettre?
"Si nous quittons la Bosnie, Dieu préserve votre pays"
11 septembre 2001: Après les attenats de New York, George Bush décide de lancer la "guerre contre le terrorisme" afin d’éradiquer le réseau Al-Qaeda. Comme le déclare alors Cofer Black, un haut responsable antiterroriste, "il est temps de retirer les gants". En plus de l’Afghanistan, du Pakistan ou du Moyen-Orient, la Bosnie s’impose comme une priorité. Depuis des années, les services secrets américains gardent un œil sur une poignée de volontaires musulmans étrangers qui s’y étaient rendus (avec l’appui tacite des Etats-Unis) pour combattre les Serbes aux côtés de leurs frères musulmans pendant la guerre civile. Certains se sont installés en Bosnie après l’accord de paix de Dayton qui mit un terme aux hostilités en novembre 1995, travaillant souvent pour des organisations caritatives musulmanes.
Début octobre 2001, l’ambassade américaine à Sarajevo demande à la police fédérale bosniaque d’enquêter sur un groupe d’individus correspondant à ce profil. Les autorités locales portent rapidement leur attention sur Bensayah Belkacem, un natif Algérien vivant avec son épouse bosniaque et leurs deux filles près de la ville de Zenica. Il est arrêté le 8 octobre 2001, officiellement pour avoir falsifié son passeport yéménite afin d’entrer en Bosnie. A son domicile, les enquêteurs trouvent prétendument un morceau de papier avec la mention manuscrite "Abu Zubeida" et un numéro de téléphone au Pakistan.
Abu Zubaydah est un lieutenant de Ben Laden qui sera arrêté au Pakistan six mois plus tard. En outre, les officiels américains, citant des relevés et des écoutes téléphoniques, affirment aux autorités bosniaques que Bensayah a passé 70 coups de téléphone en Afghanistan dans les mois suivants le 11 septembre et discuté de moyens d’obtenir des passeports avec Abu Zubaydah par téléphone. Ils leur fournissent une liste de suspects. La police bosniaque découvre que l’un d’eux, Saber Lahmar, vit dans la même maison que son beau-père, qui travaille comme… portier de l’ambassade américaine à Sarajevo. Lahmar est aussitôt mis sous surveillance.
Le 16 octobre, les services américains interceptent une conversation à partir de son téléphone incluant ce qu’ils interprètent comme une référence codée à une future attaque contre les ambassades américaine et britannique à Sarajevo. Le jour suivant, les deux missions sont fermées.
Ce même jour, lors d’une réunion entre officiels américains et bosniaques, Christopher Hoh, le chargé d’affaires américain, explique au Premier ministre de la Fédération bosnienne, Alija Behmen, que Washington retirera son personnel et rompra les relations diplomatiques entre les deux pays si Sarajevo n’arrête pas les suspects. "Si nous quittons la Bosnie, Dieu préserve votre pays, Monsieur le premier ministre", lâche Hoh, selon un document produit par les avocats américains des six prisonniers.
Un avocat du Département d’Etat, Vijay Padmanabhan, confirme l’existence de cette rencontre mais nie que de telles menaces y aient été proférées. Il explique que les Américains y ont simplement transmis des informations de leurs services secrets concernant le projet d’attentat contre l’ambassade.
Quoi qu’il en soit, la police locale arrête Lahmar et quatre autres hommes d’origine algérienne en l’espace d’une semaine. Ils sont placés en détention provisoire pendant trois mois pour leur rôle dans le projet d’attentat, tandis que la police et le FBI lancent une enquête de grande ampleur. Vers la fin de leur détention provisoire, les médias locaux rapportent que les hommes sont sur le point d’être expulsés. Le 10 Janvier 2002, les autorités bosniaques publient un arrêté d’expulsion pour quatre d’entre eux. Le jour suivant, le ministère des Affaires étrangères bosniaque demande au gouvernement algérien de prendre les Six en charge. Alger refuse net (voir la lettre de l'ambassade d'Algérie à Rome).
Aucun élément de preuve ne justifie de maintenir ces hommes en prison
Tout se joue le 17 Janvier 2002. Ce jour là, le procureur fédéral de Bosnie informe le juge de la Cour suprême en charge du dossier qu’il n’existe aucun élément de preuve justifiant de maintenir les hommes en prison. Le magistrat ordonne leur libération immédiate. Au même moment, la chambre des droits de l’homme, la cour la plus élevée de Bosnie, rend une injonction exigeant du gouvernement qu’il prenne toutes les mesures nécessaires pour s’assurer que les hommes ne soient pas expulsés de force.
Mais les autorités bosniaques reçoivent aussi une note de l’ambassade américaine leur indiquant que les Etats-Unis se déclarent prêts à prendre les Six d'Alger en charge. Et le soir même, les forces du ministère de l’intérieur bosnien extirpent les hommes de la prison et les livrent à une base militaire américaine tôt le lendemain matin. Ligotés, les yeux bandés, ils sont embarqués dans un avion C-130 vers Guantanamo, où ils arrivent le 20 janvier après des escales en Turquie et en Allemagne, sans doute pour ramasser d’autres "ennemis combattants".

Sarajevo-Guantanamo: témoins à charge contre Washington
Par Marc Perelman (Journaliste basé à New York), 27/11/2007

Suite de notre enquête en trois parties sur les "Six d'Algérie", arrêtés illégalement en Bosnie en 2001 suite aux pressions américaines sur la communauté internationale et les autorités bosniennes. Le cas des "Six d'Algérie", toujours détenus à Guantanamo, passera devant la Cour suprême des Etats-Unis le 5 décembre.
Que s’est-il réellement passé pendant les quelques jours fatidiques de janvier 2002 qui ont conduit à l'incarcération des "Six d'Algérie" à Guantanamo? Les autorités américaines et bosniaques restent muettes. Des documents juridiques permettent de lever une partie du voile. Surtout, des représentants de la communauté internationale sur place à l’époque ont accepté de briser des années de silence.
Parmi eux, Wolfgang Petritsch, un diplomate autrichien qui dirigeait la mission internationale en Bosnie et avait à ce titre des pouvoirs très élargis. Il révèle que les dirigeants bosniaques lui ont avoué s’être sentis obligés de se conformer aux demandes américaines. "Les Etats-Unis ont exercé une pression énorme sur eux", raconte-t-il.
Pour Madeleine Rees, une Britannique qui représentait le Haut commissariat de l’ONU pour les droits de l’homme en Bosnie, blâmer les seuls Américains est une excuse trop facile. Petritsch et les plus hauts officiels internationaux "savaient exactement ce qui se passait et ils n’ont rien fait, ce qui signifie qu’ils étaient complices", accuse-t-elle. Pour Petritsch:
"Si j’avais protesté plus ouvertement contre cette violation du droit, je suis convaincu que cela aurait compromis la mission internationale dont j’avais la charge. J’ai dû choisir."
Il affirme que des officiels américains lui ont clairement fait comprendre que Washington était prêt à retirer son soutien à la mission internationale s’il protestait publiquement contre le transfert des "Six d'Algérie".
L’administration Bush, elle, nie en bloc: "Les Etats-Unis ne menacent pas et n’intimident pas, ce n’est pas notre style", affirme Padmanabhan, l’avocat du Département d’Etat.
"Notre mission était d’établir un environnement stable"
En plus du poids de son ambassade, Washington a également pu compter sur la présence d’Américains à la tête de plusieurs institutions internationales clés en Bosnie: la force internationale de stabilisation de l’Otan, connue sous le nom de Sfor, la mission de l’ONU et celle de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Pour Madeleine Rees, il ne s’agit pas d’une simple coïncidence:
"Les Etats-Unis ont utilisé leur position dominante dans l’appareil international en Bosnie pour poursuivre leur objectifs de politique étrangère."
Une accusation vivement rejetée par le général à la retraite Jacques Klein, qui dirigeait la mission de l’ONU, ainsi que par Robert Beecroft, qui était à la tête de la délégation de l’OSCE. Ils précisent toutefois que le transfert des Six était du ressort de la Sfor, la force multinationale de l’Otan, commandée à l’époque par le général américain John Sylvester.
Petritsch, qui est aujourd’hui ambassadeur d’Autriche aux Nations unies à Genève, se souvient avoir confronté Sylvester au sujet du rôle ambigu joué dans le transfert des Six par les soldats américains servant sous ses ordres:
"Il m’a clairement indiqué qu’il n'était autorisé à répondre à aucune question au sujet de cette affaire parce qu’il ne portait pas une ‘casquette’ internationale mais sa ‘casquette’ américaine. C’était une réponse profondément troublante."
Le Général Sylvester, qui est aujourd’hui consultant en Virginie, dit n’avoir aucun souvenir spécifique d’une telle conversation. Toutefois, il admet que s’il était "officier de l’OTAN, [il était] également un général américain".
"Notre mission était d’établir un environnement stable en Bosnie et ces individus faisaient peser une menace directe sur cet objectif."
La justice bosnienne bafouée
Une chose est incontestable: en orchestrant ce transfert extrajudiciaire, Washington a bafoué le système judiciaire mis en place par les Occidentaux dans la Bosnie de l’après-guerre. Au premier chef, la chambre de droits de l’homme, qui fut créée par les accords de paix de Dayton en 1995. Elle avait la particularité d’être composée de juristes internationaux et locaux et d’être dotée de vastes pouvoirs. Ses décisions étaient sans appel. Du moins en théorie.
Car son injonction de janvier 2002 ordonnant aux autorités bosniennes de ne pas transférer les Six d'Algérie restera, comme on l’a vu, lettre morte. De même que ses jugements prononcés à trois reprises en 2002 et 2003 affirmant que la Bosnie avait violé la convention européenne des droits de l’homme et devait prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les droits fondamentaux des six prisonniers. "La constitution de la Bosnie était considérée comme la meilleure au monde en termes de droits de l’homme" en raison notamment des larges pouvoirs octroyés à la chambre, explique Manfred Nowak, le rapporteur spécial de l’ONU pour la torture qui était en 2001 un des magistrats de la chambre.
"Notre rôle était de développer la règle de droit, particulièrement les droits des prisonniers. Évidemment, cela a été ignoré dans ce cas précis."
Stress et violences physiques
Padmanabhan, l’avocat du Département d’Etat, est on ne peut plus clair sur ce point: les Etats-Unis n’ont aucunement tenu compte de ces décisions judiciaires quand il s’est agi de désigner ces hommes comme "ennemis combattants". Il précise qu’ils ont eu la possibilité de présenter leurs arguments devant les tribunaux militaires mis en place par l’administration Bush pour les détenus de Guantanamo. Ces instances spéciales font l’objet de furieuses batailles devant la justice américaine et au Congrès, notamment en raison des droits limités octroyés à la défense, de l’admission d’éléments de preuve classifiés ainsi que d’informations obtenues grâce à des méthodes dites "coercitives".
Les Six ont du attendre début 2004, soit plus de trois ans, pour avoir accès à leurs avocats de la firme Wilmer-Hale de Boston, qui a pris leur cas pro bono. Selon ces derniers, qui ont effectué une dizaine de voyage à Guantanamo, leurs clients souffrent de symptômes aggravés de dépression et de désordres liés au stress. Certains ont subi des violences physiques et l’un d’entre eux, Saber Lahmar, est placé en isolation depuis juin dernier pour avoir incité des détenus à se suicider et se mettre en grève de la faim.
En juillet 2004, les Six d'Algérie ont déposé des recours dits d’habeas corpus devant une cour fédérale à Washington affirmant que leur détention indéfinie sans accusation criminelle était illégale. Après deux arrêts contradictoires en première instance, une cour d’appel a jugé en février dernier que de telles pétitions étaient recevables uniquement par des commissions militaires. Cependant, la Cour Suprême a finalement accepté d’entendre un recours des Six (joint à ceux d’autres détenus de Guantanamo) le 5 décembre.
Cette décision ne portera cependant pas sur le fond de l’affaire. Or, si des doutes existent depuis le début sur la véracité des accusations contre les Six, les informations filtrant depuis Guantanamo n’ont fait que les aviver.


De Sarajevo à Guantanamo: un "complot" plus que douteux
Par Marc Perelman (Journaliste basé à New York), 28/11/2007
Dernier volet de notre enquête sur les "Six d'Algérie", arrêtés illégalement en Bosnie en 2001 suite aux pressions américaines sur la communauté internationale et les autorités bosniennes. Le cas des "Six d'Algérie", toujours détenus à Guantanamo, passera devant la Cour suprême des Etats-Unis le 5 décembre.
Revenons sur le fameux complot contre l’ambassade, ou plutôt les ambassades. Il est en effet intéressant de noter que la référence initiale à la mission diplomatique britannique à Sarajevo comme cible de ce même complot a rapidement disparu. Pourquoi? Le Foreign Office, à Londres, se refuse à tout commentaire. Quant à Ian Cliff, ambassadeur britannique en Bosnie à l’époque, il reste évasif:
"Je peux seulement dire qu’il y avait une menace crédible contre l’ambassade britannique à Sarajevo en 2001 émanant des 'Six d'Algérie', raison pour laquelle nous avons dû fermer l’ambassade pendant quelques jours."
La lecture attentive de dizaines de documents contenus dans des procédures judiciaires à Guantanamo, aux Etats-Unis, en Europe et en Bosnie, ainsi que des entretiens avec des officiels alors en poste en Bosnie, des magistrats, des avocats et des experts suggèrent que ce complot repose sur des preuves fragiles, voire douteuses. En premier lieu, trois éléments: les 70 appels qu'aurait passé le leader présumé, Bensayah, en Afghanistan après le 11 septembre; les écoutes de ses communications avec Abu Zubaydah, le leader d’Al-Qaeda; ainsi que celles de la conversation "codée" de Saber Lahmar faisant allusion à un attentat contre l’ambassade.
Coups de fil fantômes
Or, les retranscriptions de ces écoutes n’ont jamais été transmises aux autorités bosniaques, bien qu’elles les aient réclamées dés les premiers jours suivants l’arrestation du groupe, en octobre 2001.
Plus troublant, une analyse des fichiers téléphoniques de Bensayah citée dans des documents juridiques bosniens conclut qu’il n’a appelé ni le numéro griffonné sur le fameux bout de papier avec la mention "Abu Zubeida" trouvé à son domicile, ni 70 fois en Afghanistan, selon plusieurs sources concordantes. Madeleine Rees, l’ancienne représentante du Haut commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, affirme que l’un de ses assistants avait examiné les fichiers des téléphones fixes et portables de tous les suspects et n’y avait trouvé aucune trace de ces appels.
Nermina Pivic, l'avocate bosniaque de Bensayah, affirme avoir vu dans son dossier une correspondance de l’ambassade américaine à la Cour suprême bosniaque expliquant qu’une vérification du numéro au Pakistan par rapport à une base de données terroristes n’avait produit aucun résultat. Sa fiche d’accusation rédigée par le Pentagone ne fait d’ailleurs aucune référence aux fameuses écoutes, se contentant de déclarer que Bensayah était en possession de contacts téléphoniques d’Al-Qaeda en Afghanistan et "du réseau sunnite extrémiste international".
De plus, comme ils l’ont répété à maintes reprises, les cinq individus arrêtés dans les jours suivants l’arrestation de Bensayah, leur meneur présumé, n’en ont pas profité pour prendre la fuite, ce qui ne correspond guère à l’attitude de personnes se sachant activement recherchées. Et si Saber Lahmar a été envoyé à Guantanamo, aucune procédure n’a jamais été engagée contre son beau-père, qui travaillait à l’ambassade (et en fut renvoyé illico), un fait étrange si tant est que ce dernier ait bien fait partie du complot.
Les avocats américains des Six ont par ailleurs récemment découvert un nouvel élément: un autre membre de la famille de Lahmar, son ex-beau-frère, qui est en prison en Bosnie, aurait fourni des informations préjudiciables sur le groupe aux Américains afin de venger le divorce difficile de sa sœur et d'obtenir une remise de peine.
Les officiels américains balayent ces arguments en notant que des comités militaires d’appel qui examinent les dossiers des détenus de Guantanamo chaque année ont confirmé le statut de "combattant ennemi" des Six en 2005 et en 2006. La partialité de ces instances d’appel a été sévèrement dénoncée ces derniers mois par des officiers y ayant siégé. Un simple exemple éclaire la nature de ces tribunaux: lorsqu’ils ont réclamé de produire les décisions des cours bosniaques les innocentant du complot contre l’ambassade, il leur a été répondu qu’elles étaient introuvables. Or, elles étaient incluses dans leurs plaintes devant une cour fédérale américaine et facilement accessibles sur le Net...
Le Général Sylvester, l’ex commandant de la Sfor, affirme que les preuves qu’il a personnellement examinées (mais ne peut discuter en détail en raison de leur nature classifiée) étaient "très concluantes" et montrent que les Six planifiaient "une série d’actes hostiles, y compris l’attaque de l’ambassade".
"Ils savaient que je n'avais pas essayé de faire sauter l'ambassade"
Cependant, ces éléments si "concluants" sont à peine mentionnés (voire pas du tout) dans les récapitulatifs des accusations non classifiées contre les Six fournis par le Pentagone aux tribunaux militaires de Guantanamo. De fait, lors de leurs dépositions devant ces tribunaux, ils ont souligné que le complot contre l’ambassade américaine ne faisait pas partie du menu de leurs interrogatoires. Dans sa déposition d’octobre 2004, Saber Lahmar indique que dès son "premier jour à Cuba", il a demandé à ses interrogateurs de le questionner à ce sujet. Apres avoir évité la question, explique-t-il au tribunal militaire:
"Ils m’ont dit qu’ils savaient que je n’avais pas essayé de faire sauter l’ambassade et qu’ils m’avaient seulement amené à Cuba pour obtenir des informations."
Ces fiches d’accusation du Pentagone se focalisent sur les liens présumés de ces hommes avec Al-Qaeda et des organisations caritatives musulmanes. Elles affirment qu’ils constituaient une cellule opérationnelle liée à Al-Qaeda en Bosnie et qu’ils projetaient de voyager en Afghanistan au moment de leur arrestation à l’automne de 2001, vraisemblablement pour y combattre les forces américaines. Les hommes ont nié en bloc, affirmant qu’ils ne se connaissaient même pas tous à cette époque et que l’avion pour Guantanamo fut leur première réunion commune.
Stephen Oleskey, leur principal avocat américain, qui a accès aux accusations classifiées contre ses clients mais ne peut en discuter publiquement, n’est pas tendre avec les autorités:
"Le Pentagone est toujours à la recherche de nouvelles accusations au fur et à mesure que les anciennes partent en fumée. Si vous maintenez des personnes en prison, vous devez donner au monde des raisons de le faire... S’ils ont vraiment quelque chose contre eux, pourquoi est-ce que les motifs changent sans arrêt?"
Les fiches du Pentagone, longues d’une à deux pages, comportent des accusations peu convaincantes (la pratique d’arts martiaux, un anneau porté par des de sympathisants islamistes). D’autres sont pour le moins surprenantes. Ainsi, celle où l'on apprend qu'ils seraient liés au Groupe islamique armé (GIA) algérien. Comme ils l’ont précisé aux tribunaux militaires, le gouvernement algérien aurait logiquement dû sauter sur une occasion de se saisir de membres du réseau terroriste. Or, les autorités algériennes ont immédiatement réclamé leur libération (l’ambassade algérienne à Washington a refusé de réagir).
"J’étais là pour fournir des informations sur les organismes de charité en Bosnie"
Il ressort des documents des procédures militaires que le principal intérêt de leurs geôliers américains était de recueillir des informations au sujet d’organisations caritatives musulmanes que les services occidentaux suspectent souvent de servir de couverture à des groupes terroristes. Dans sa déposition d’octobre 2004, Mustafa Ait Idir indique que lorsqu’il a mentionné le complot contre l’ambassade:
"L’interrogateur m’a dit d’oublier cela... l’interrogateur m’a dit que j’étais là pour fournir des informations sur la Bosnie, sur les Arabes vivant en Bosnie, et les organismes de charité présents en Bosnie."
Excepté le chef présumé, Bensayah, tous les prisonniers avaient en effet travaillé pour de tels organismes en Bosnie depuis le milieu des années 90, après avoir transité par des universités islamiques ou d’autres organisations de charité au Pakistan, en Arabie Saoudite, au Yémen, aux Philippines ou encore en Albanie. Trois d’entre eux travaillaient au moment de leur arrestation pour des organisations non-gouvernementales qui étaient citées dans un rapport de la CIA datant de 1996 pour leurs liens extrémistes. De plus, lors d’un raid en mars 2002 sur l’antenne à Sarajevo de l’une d’entre elles, Benevolence international foundation (BIF), la police bosniaque et le FBI ont saisi un fichier informatique intitulé l'"histoire d’Oussama" qui contient des documents décrivant la fondation d’Al-Qaeda à la fin des années 80 en Afghanistan. Or, l’un de Six, Hajj Boudella, a travaillé pour BIF au Pakistan et, à partir de 1992, en Bosnie. Lui affirme qu’il prenait soin d’orphelins, mais les Américains estiment qu’il a en fait été envoyé par Al-Qaeda.
Etant donné ces liens sulfureux, l’empressement de la Bosnie de remettre ces hommes aux Américains en 2002 n’est guère surprenant. De même que son peu d’entrain pour obtenir leur libération en dépit de plusieurs décisions de justice, de résolutions du Parlement de Bosnie, du Conseil de l’Europe et du Parlement européen enjoignant Sarajevo de faire le nécessaire pour y parvenir. En juin dernier, la Bosnie a même reconnu devant le Conseil de l’Europe avoir violé la convention européenne des droits de l’homme dans cette affaire. Mais comme l’explique Nadja Dizdarevic (voir la photo ci-dessus), l’épouse de Hajj Boudella:
"Nos familles sont séparées, les enfants en bas âge et leurs aînés pleurent souvent et nous, les familles, sommes seules à lutter pour nos droits et ceux de nos maris."
La seule demande formelle de mise en liberté est une lettre de février 2005 envoyée par le Premier ministre de l’époque, Adnan Terzic, à la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice. Elle la rejettera un mois plus tard, arguant que les hommes "possèdent toujours des informations importantes" et continuent de constituer une menace pour la sécurité des Etats-Unis.
De fait, le gouvernement bosniaque ne souhaite pas les voir revenir. "Nous voudrions qu’ils retournent en Algérie", explique de but en blanc le ministre des Affaires étrangères, Sven Alkalaj. C’est d’ailleurs ce que Washington s’efforce d’obtenir, sans succès pour le moment. La tache est compliquée par le fait que, l’Algérie ayant protesté contre leur arrestation à l’époque, les autorités pourraient laisser les Six en liberté à leur retour. Et dans l’hypothèse où ils seraient emprisonnés dans leur pays natal, les Etats-Unis, déjà accusés de les avoir maltraités à Guantanamo, seraient inévitablement critiqués pour avoir livré des hommes à un régime dont la réputation en matière de traitement des prisonniers n’est guère reluisante…
Leurs avocats, qui ont déposé au printemps une plainte devant la Cour européenne des droits de l’homme, espèrent que les pressions conjuguées des institutions européennes et d’un Congrès américain passé sous le contrôle des Démocrates, ainsi que la volonté exprimée par le ministre de la Défense Robert Gates de fermer Guantanamo, accélèreront la libération des Six.
Un tel épilogue pourrait cependant exposer en plein jour une vérité incommode pour le gouvernement américain: leur détention n’est basée sur rien -ou si peu. Comme le rappellait Mustafa Ait Idir au tribunal militaire lors de sa comparution en octobre 2004:
"Je ne peux pas être renvoyé en Bosnie et être innocenté."

dimanche 11 février 2007

Le compte à rebours a commencé en Bosnie - Des centaines d’hommes de femmes et d’enfants sont menacés

par Luiza Toscane, reveiltunisen.org, février 2007
Première partie : Imad Al Houssine
Imad Al Houssine
Il s’appelle Imad Al Houssine. Arrivé en Bosnie dans les années quatre-vingt, ce Syrien a étudié la médecine générale. Il s’est marié avec une Bosniaque, veuve d’un imam bosniaque, et mère de trois enfants. Il a combattu dans l’armée bosniaque. En 1994, après la naissance de son fils Hamza, il a obtenu la nationalité bosniaque et a fait souche dans ce pays. Il est maintenant père de trois enfants, de nationalité bosniaque eux aussi, et a la charge d’une famille de six enfants bosniaques.
Mais le couperet de la nouvelle loi sur la nationalité est tombé, qui préconise la révision des naturalisations obtenues entre 1992 et 2006. La commission qui examine au cas par cas la situation des étrangers naturalisés, présidée par Vjekoslav Vukovic, a annoncé que trois cent trente naturalisés se verraient retirer la nationalité bosniaque. Imad Al Houssine est de ceux-là.
Il vient de recevoir la lettre recommandée lui annonçant la décision [
1] : « Ils me reprochent d’avoir obtenu la nationalité à deux reprises, en 1992 et en 1994, mais je ne l’ai obtenue qu’en 1994 ». Il lui est reproché une erreur portant sur deux mois et demi de présence dans l’armée bosniaque dans ses déclarations à l’appui de sa demande, et autres broutilles. Ce qu’il va faire ? Demander l’asile ? : « Impossible, tous ceux qui l’ont fait se sont heurtés à un refus systématique de leur demande », affirme-t-il.
Trouver un pays d’accueil relève du fantasme, étant donné la réputation qui est systématiquement attachée aux volontaires musulmans. « Toutefois, précise-t-il, parmi les personnes qui se sont vues retirer leur nationalité, il y a aussi des Russes et de Roumains, mais ces derniers ont quitté la Bosnie et sont retournés chez eux et n’ont rencontré aucun problème ». Le problème se poserait uniquement pour les Arabes et/ou les Musulmans : « Tous les Egyptiens qui sont rentrés en Egypte ont été systématiquement jetés en prison », affirme-t-il « Ceux qui ont le plus à craindre d’un renvoi dans leur pays sont les Syriens, les Tunisiens et les Egyptiens, ce sont la torture, l’emprisonnement qui les attendent, voire la peine de mort pour les Syriens ». Quant à faire opposition de cette décision devant la Cour Suprême de Bosnie, il affirme que c’est possible mais que cette démarche n’est pas suspensive du renvoi. Imad Al Houssine, dont le cas est similaire et emblématique de centaines d’autres, ne baisse pas les bras.
Son association, Al Ansar, a été fondée pour défendre les intérêts de ceux qui ne sont déjà plus des Bosniaques, -une cinquantaine d’entre eux ayant déjà reçu comme lui, la décision de déchéance de nationalité-, mais cette association n’a jamais reçu son visa de légalisation. Pour autant, Imad Al Houssine, dit aussi Abou Hamza, se démène pour informer, multiplier les contacts auprès des organisations de défense des droits de l’homme, les conférences de presse, pour dévoiler le caractère politique de ces décisions, pour que le monde prenne conscience de la catastrophe qui s’annonce, car au-delà les risques de renvoi vers des pays peu démocratiques, ce seront des centaines de familles qui seront brisées, tous les naturalisés ayant épousé des femmes bosniaques et ayant eu des enfants bosniaques.
[
1] Bosna i Hercegovina, Drzavna komisija/poverenstvo za reviziju odluka o naturalizaiji stranih drzavljana, Broj : UP-01-07-99-2/06, Datum : 09.01.2007.godine, Rjesenje
Source : http://www.reveiltunisien.org/article.php3?id_article=2459

Seconde partie : la Loi relative aux modifications à la Loi sur la citoyenneté [1]
Adoptée le 27 juillet 1999 par le parlement bosniaque, la loi sur la nationalité a été amendée le 22 avril 2003. Elle prévoyait le retrait possible de la nationalité pour les étrangers qui avaient demandé la nationalité bosniaque et l’avaient acquise entre le 6 avril 1992 et l’entrée en vigueur de la Constitution. Une nouvelle loi est entrée en vigueur en 2005 qui prévoit la révision de la nationalité pour tous les étrangers ayant acquis cette dernière entre le 6 avril 1992 et le 1er janvier 2006 [
2].



"Touche pas à mon père"
"Le renvoyer, c’est l’envoyer en prison, quel est son crime ?"



Une commission est chargée d’examiner les dossiers au cas par cas [3] et de relever les irrégularités, fraudes, fausses informations et autres torts pouvant être reprochés à la personne concernée [4]
Cette commission, composée de neuf membres, deux Bosniaques, deux Croates et deux Serbes de Bosnie et trois personnes autres que des citoyens de Bosnie ou d’un pays voisin, est présidée par un fonctionnaire du ministère de la Sûreté. Elle a commencé ses travaux en mars 2006, a rendu ses conclusions et a décidé de retirer la nationalité bosniaque à 330 de ses détenteurs d’origine étrangère.
Souvent présentée comme un sous produit ou inspirée par les accords de Dayton, qui disposaient : « Foreign combatant forces currently in Bosnia are to be withdrawn within 30 days » [
5] cette loi paraît néanmoins englober beaucoup plus de personnes, à savoir combattants, personnels d’associations humanitaires et étudiants ou résidants en Bosnie.
Aucun décompte ne permet de chiffrer cette population, certains ne prenant en compte que les « combattants » ou les « arabes » et la plupart des chiffres s’avérant provisoires et/ou fantaisistes [
6]. Les Syriens, les Tunisiens, les Egyptiens, Soudanais, Jordaniens et Marocains, Libanais, Irakiens, Palestiniens en constitueraient l’essentiel. Un autre groupe est formé des ressortissants des pays de l’Est : Russes, Moldaves, Ukrainiens, ressortissants de l’UE et de la Suisse.
Les chiffres sont d’autant plus fluctuants que l’annonce et le début de cette application ont entraîné des réflexes de fuite vers des pays considérés comme plus amènes. Officiellement, la commission aurait retiré la nationalité à 38 personnes dès le mois de juin dernier [
7], puis à 120 en septembre 2006 [8], puis à trois cent trente en janvier 2007, et cinquante d’entre eux avaient reçu au mois de janvier le courrier leur annonçant cette décision [9]. Pour autant, les travaux de cette commission ne sont pas terminés. Son mandat s’achève, mais le Parlement pourra prolonger son mandat. Son président, Vjeloslav Vukovic, a affirmé que 500 dossiers étaient encore à l’étude [10]. Ce seront donc des milliers de personnes qui vont voir leur avenir compromis, leurs familles brisées.
Les possibilités de recours
Privés de leur nationalité, ces Syriens, Tunisiens, et autres ressortissants de pays arabes et ou musulmans auront deux mois pour trouver un pays d’accueil. Aucun pays au monde ne se précipitera pour souhaiter la bienvenue à des « moujahidins », « vétérans de la guerre de Bosnie » et autres « jihadistes internationaux » pour ne reprendre que les qualificatifs les moins négatifs. Il leur reste la possibilité de contester la décision devant la justice dans les deux mois [
11]. A ce jour, seul un Bosniaque d’origine irakienne, Fadil Hamdani, aurait obtenu gain de cause.
Les conséquences de la loi
Elles sont de deux ordres : des renvois vers les pays d’origine entraîneraient des risques pour les intéressés d’être soumis à la torture ou à l’emprisonnement, voire à la peine capitale. Or la Bosnie a ratifié la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains et dégradants dont l’article 3 dispose : « Aucun Etat partie n’expulsera ni n’extradera une personne vers un autre Etat où il y a des motifs sérieux de croire qu’elle risque d’être soumise à la torture » ainsi que la Convention européenne des droits de l’Homme depuis 2002.

Vais-je rester orphelin ?
Manifestation à Sarajevo devant l’Assemblée le 1er octobre 2006


La majorité écrasante des hommes ayant obtenu la nationalité bosniaque sont mariés avec des femmes bosniaques et ont des enfants de nationalité bosniaque. Les renvois des pères entraîneraient des dislocations de ces familles, contrevenant avec l’article 10 du Pacte international aux droits civils et politiques auquel la Bosnie est partie : « Une protection et une assistance aussi large que possible doivent être accordées à la famille qui est l’élément naturel et fondamental de la société (...) »
De dangereux précédents
En la matière, ces craintes ne relèvent pas de l’hypothèse. Des précédents laissent craindre que la Bosnie ne s’embarrasse guère de tels considérants : Dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme », tous les coups semblent permis, puisque six algériens ont été remis par la police bosniaque à des représentants américains en janvier 2002, qui les a transférés à Guantanamo Bay [
12].
Idem en ce qui concerne deux Bosniaques d’origine égyptienne, Ussama Farag Allah et Al Sharif Hassan Saad, expulsés vers l’Egypte à la demande des autorités de ce dernier pays en octobre 2001 [
13].
Si ces autorités ne défendent pas leurs nationaux, on voit mal, toujours dans ce même contexte, pourquoi elles se soucieraient de personnes contre lesquelles elles viennent de concocter une loi ad hoc.
Ainsi, Badreddine Ferchichi, un Tunisien à qui l’asile avait été refusé en Bosnie, a-t-il été renvoyé en Tunisie, au mépris total des conventions et pactes précités, sans attendre que la justice ne réponde à l’appel déposé par son avocat le 25 juillet 2006. Il n’existe pas de liaison directe entre Sarajevo et Tunis, et la police bosniaque l’a dans un premier temps renvoyé à Istamboul, où le pilote de la Tunis Air aurait refusé de le compter parmi ses passagers pour Tunis, compte tenu de l’absence de documents de voyage en règle de monsieur Ferchichi. Il a donc été réacheminé à Sarajevo, où la police bosniaque a affrété un petit avion spécial qui l’a expulsé à l’aéroport de Tunis Carthage le 29 août 2006 [
14]. Maltraitance et emprisonnement [15], rien n’a été épargné à Badreddine Ferchichi, actuellement dans l’attente de son procès devant un tribunal militaire à la prison de Mornaguia. L’empressement et l’acharnement mis par les autorités bosniaques à se débarrasser de ce ressortissant tunisien augurent mal du devenir des étrangers désormais sans titre de séjour en Bosnie.
Notes :
[
1] « Zakon o izmejenama i dopunama zakona o drzavljanstvu Bosne i Hecegovine », « Law on Amendments to the Law on Citizenship Of Bosnia and Herzegovina », BH Official Gazette n°.14/2003 Dated 29 mai 2003
[
2] Article 6 : « In article 37 of the Law, second sentence, the words « the entry into force of the Constitution » shall be replaced by the text « january 1, 2006 ».
[
3] Drzavna komisija/prvrenstvo za reviziju olduka o naturalizaciji stranih drzavaljana, Sarajevo, Trg BiH 1, tel : 033 213 686, Fax : 033 213 686
[
4] Article 8, b "If the citizenship of BiH was acquired by means of fraudulent conduct, false information, or concealment of any relevant fact attributable to the person concerned » or c) « in the case of a lack of genuine link between Bosnia and Herzegovina and a citizen habitually not residing in Bosnia and Herzegovina »
[
5] Annex1-4 : Military Aspects, Dayton Peace Agreement on Bosnia-Herzegovina, November 30, 1995
[
6] « Etablis entre 1992 et 2006, 75 Algériens ont la nationalité bosniaque », Le Quotidien d’Oran, 8 juin 2006.
[
7] « Albosna teshabou jensiyyataha min 38 arabiyyan », eshark alawsat, 7 haziran 2007
[
8] « Oduzeli 120 drzavljanstava », San, utorak 5. rujna 2006.
[
9] Se reporter à : « Albosna tashabou jensiyyataha min ennatiq essabiq bism elmouqatilin elarab », ashark alawsat, 2 yanayer 2007 aladad 10284
[
10] « Do sada oduzeta 330 drzavljanstava », SRNA, 9.1.2007, http://www.ntvhayat ;com/home/vijesti/index.php ?
[
11] clanu 19. Zakona o upravnim sporovima Bosne i Hercegovine
[
12] « Mesures de lutte contre le terrorisme violant les droits humains » in Rapport 2003, Bosnie Herzégovine, Amnesty International « Bosnie : arrestations contestées d’islamistes », Le Courrier des Balkans, 22 janvier 2002
[
13] « Détentions arbitraires » in Rapport 2002, Bosnie-Herzégovine, Amnesty International.
[
14] « Ilegalno boravio u BiH »in « Bez drzavljanstva ostalo 120 naturaliziranih Arapa », Dnevnlist, Srijeda 6. rujna 2006.
« Deportovan Fersisi » in « Vlasti BiH cine zlocine prema naturaliziranim drzavljanima », Oslobodenje, Petak, 1. rujna 2006.
[
15] « U Tunisu izlozen mucenjima zbog pogresne adrese u BiH » Saff, 15.12.2006
Source : http://www.reveiltunisien.org/article.php3?id_article=2467

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mardi 6 février 2007

Les déboires des Marocains bosniaques

Par Brahim Mokhliss, LE REPORTER (Maroc), N° 400, 1er février 2007

Des combattants islamistes, dont des Marocains qui se trouvaient en Bosnie et à quion avait octroyé la nationalité bosniaque, risquent d’être déchus de leur nationalité et renvoyés vers leur pays d’origine.
Amnesty International, le Comité Helsinki des droits de l'homme de Bosnie-Herzégovine et le Comité international des droits de l'Homme ont exprimé leur inquiétude concernant les activités de la Commission d'État de Bosnie-Herzégovine pour la révision des décisions sur la naturalisation des citoyens étrangers (dont des Marocains) qui a commencé son travail en mars 2006. Car ses décisions pourraient entraîner le transfert de personnes vers des pays où elles risqueraient de graves violations de leurs droits humains.
En effet, au cours de la guerre yougoslave, plus de 5000 musulmans, parmi eux des Marocains, s’étaient rendus entre 1991 et 1995 dans ce pays pour soutenir les musulmans. Environ 1500 parmi ces volontaires musulmans venus du monde entier sont ensuite restés en Bosnie et ont acquis la citoyenneté bosniaque. Soit en reconnaissance de leurs bons et loyaux services dans la défense de la Bosnie agressée soit suite à un mariage avec une bosniaque.
Or, nous apprend le président du «Collectif Guantanamo- France» Fausto Giudice, journaliste indépendant, écrivain et éditeur (collectif créé pour défendre les détenus de Guantanamo) voici que, depuis quelques mois, le gouvernement bosniaque a constitué une commission chargée de réexaminer le dossier de ces anciens combattants et de leur retirer leur nationalité. Selon lui : « 330 hommes ont déjà été frappés par cette mesure, 500 autres sont en attente de passer devant la commission. Une fois privés de leur nationalité bosniaque, les intéressés disposent de deux mois pour trouver un pays d’accueil. Et la plupart d’entre eux n’en trouvent évidemment pas.
Quel pays, cinq ans après le 11 septembre, serait-il disposé à accueillir des combattants de la liberté désormais étiquetés « terroristes jihadistes» ? », se demande-t-il. «Oui, il y a des Marocains parmi les anciens combattants musulmans concernés par les retraits de citoyenneté bosniaque », nous a-t-il déclaré. Et d’ajouter : « Mais au stade actuel de notre enquête -difficile, car les gens ont peur - nous ne pouvons vous en dire plus ». La seule information qu’il a pu nous apprendre à ce sujet c’est que « l'un d'eux, Saïd Othmani, a été expulsé de Bosnie vers le Maroc en mars ou avril 2006 et il se trouve actuellement au Maroc, où il serait en liberté… ».
Ces nouvelles actions entreprises par le gouvernement bosniaque s’expliquent par sa volonté d’intégration à l’Europe. L’expulsion des combattants musulmans est une des conditions posées à la Bosnie par l’Union européenne et par l’OTAN pour son adhésion à ces deux structures.
Les anciens combattants de liberté bosniaque qui ont essayé de quitter la Bosnie ont été arrêtés
en France, Italie… Ces ex-combattants musulmans, dont un certain nombre de
Maghrébins, qui sont presque tous âgés de 40 ans et plus, n’ont évidemment rien à voir avec
le terrorisme, précise Fausto Giudice : « ils s’étaient tous refait une vie civile et familiale pacifique.
Ce n’est pas l’avis de Bruxelles, Berlin, Londres, Rome et Paris ni bien sûr de Washington. Il serait temps que les défenseurs des droits de l’homme et du citoyen et les parlementaireseuropéens s’alarment de ce scandale. Sinon, des centaines d’hommes se retrouveront à terme dans des prisons marocaines, tunisiennes, algériennes…»

samedi 27 janvier 2007

Bosnie : la trahison comme prix de l’intégration à l’Europe

Par le Collectif guantanamo, France, 26 janvier 2007

Imaginez que la République espagnole, au lieu d’être écrasée, aurait triomphé et battu les forces rebelles du général Franco en 1938. Imaginez que la plupart des 50 000 combattants des Brigades internationales, en premier lieu les communistes allemands, tchèques, slovaques, polonais, autrichiens et italiens auraient préféré rester dans l’Espagne républicaine pour éviter se retrouver dans les prisons de leurs pays soumis à dictatures ou occupés. Imaginez que, dix ans plus tard, le gouvernement de Madrid, dirigé par des hommes ayant combattu eux-mêmes durant la guerre civile, aurait décidé de retirer la citoyenneté espagnole accordée dix ans plus tôt aux brigadistes et de les renvoyer dans leurs pays, toujours sous la botte fasciste.
Eh bien, ce scénario invraisemblable est en train de se réaliser en Bosnie-Herzégovine. Il suffit de remplacer République espagnole par République de Bosnie-Herzégovine et « brigadistes » par « combattants musulmans ».
Environ 1 500 volontaires musulmans venus du monde entier ont combattu dans les rangs de l’armée bosniaque durant la guerre qui a ensanglanté ce pays de 1991 à 1995. La plupart d’entre eux sont restés dans le pays et ont acquis la citoyenneté bosniaque, soit en reconnaissance de leurs bons et loyaux services dans la défense de la Bosnie agressée soit par mariage avec une femme bosniaque.
Or voici que, depuis quelques mois, le gouvernement bosniaque a constitué une commission chargée de réexaminer le dossier de ces anciens combattants et de leur retirer leur nationalité. 330 hommes ont déjà été frappés par cette mesure, 500 autres sont en attente de passer devant la commission. Une fois privés de leur nationalité bosniaque, les intéressés disposent de deux mois pour trouver un pays d’accueil. Et la plupart d’entre eux n’en trouvent évidemment pas. Quel pays, cinq ans après le 11 septembre, serait-il disposé à accueillir des combattants de la liberté désormais étiquetés « terroristes jihadistes » ?
Quelle mouche a donc piqué le gouvernement bosniaque ? Cette mouche s’appelle l’intégration à l’Europe. L’expulsion des combattants musulmans est une des conditions posées à la Bosnie par l’Union européenne et par l’OTAN pour son adhésion à ces deux structures. Et, fidèle au proverbe ottoman « baise la main que tu ne peux mordre », le gouvernement bosniaque s’exécute. Le nouveau Premier ministre, le Serbe de Bosnie Nikola Spiric ne fera que continuer sur la voie tracée par son prédécesseur, le Musulman Adnan Terzić, lui-même ancien combattant de la guerre de Bosnie. « L’année qui est devant nous sera celle des grands défis, dont le plus important est d’intensifier nos efforts pour adhérer à l’Union européenne et à l’OTAN », vient de déclarer Spiric. Et les choses sont en bonne voie, puisque la Bosnie vient de signer l’accord qui l’intègre au « Partenariat pour la Paix », première étape pour une adhésion à l’OTAN. Et elle s’apprête à signer cette année l’Accord de stabilisation et d’association avec l’Union européenne.
Le retrait de leur nationalité et l’obligation de quitter la Bosnie est une véritable tragédie pour les anciens combattants de liberté bosniaque. Où aller ? L’un d’eux, le Tunisien Mounir Silini, a été arrêté à Paris il y a quelques semaines alors qu’il tentait de rejoindre la Grande-Bretagne. Menacé d’expulsion vers la Tunisie, il a finalement pu être relâché et déposer une demande d’asile en France. Deux Algériens, Noureddine Gaci et Omar Frendi, ont été arrêtés par la police italienne à Parme le 18 janvier, en possession de faux papiers. Leur arrestation s’inscrit dans une opération lancée par la police italienne à l’échelle nationale sous le nom de code « Retour 2 », destinée à identifier et arrêter les ex-combattants musulmans fuyant la Bosnie et tentant leur chance sur le territoire italien.
Ce n’est pas la première fois que les Bosniaques trahissent leurs frères d’armes. Ils ont déjà livré à la CIA six Bosniaques d’origine algérienne qui sont toujours détenus à Guantanamo, après avoir été acquittés par la justice bosniaque de l’accusation d’avoir préparé un attentat (imaginaire) contre l’ambassade US à Sarajevo.
Un procès récent à Sarajevo a contribué à entretenir la paranoïa antiterroriste. Mirsad Bektasevic, une jeune Suédois né en Serbie, âgé de 19 ans, Abdulkadir Cesur, un jeune Turc né au Danemark de 21 ans et Bajro Ikanovic, un Bosniaque de 29 ans, ont été condamnés respectivement à 15 ans et 4 mois , 13 ans et 4 mois et 8 ans de prison pour avoir préparé des attentats à l’explosif contre des cibles non-préciséees.
Les ex-combattants musulmans, dont un certain nombre de Maghrébins, qui sont presque tous âgés de 40 ans et plus, n’ont évidemment rien à voir avec ce genre d’affaires. Ils s’étaient tous refait une vie civile et familiale pacifique. Ce n’est pas l’avis de Bruxelles, Berlin, Londres, Rome et Paris ni bien sûr de Washington.
Il serait temps que les défenseurs des droits de l’homme et du citoyen et les parlementaires européens s’alarment de ce scandale. Sinon, des centaines d’hommes se retrouveront à terme dans des prisons tunisiennes, algériennes, marocaines, saoudiennes, égyptiennes, syriennes, pakistanaises ou russes, qui ne sont que des îles de l’archipel du nouveau goulag de l’Empire dont le centre est à Guantanamo.

lundi 20 novembre 2006

L’étrange destin des Algériens de guantánamo

En Algérie, de source bien informée, on a appris que le prisonnier algérien, récemment libéré de Guantánamo, est originaire de Mostaganem, exactement du quartier Tigditt. Il s’agit de Boucetta Fethi, un médecin de 43 ans, marié et père de 6 enfants. M. Boucetta qui a, semble-t-il, émigré au Pakistan en 1998, a été arrêté en 2001 par les autorités pakistanaises, en collaboration avec les services du FBI, pour cause d’appartenance à un groupe de moudjahidin lié à El Qaïda. Après l’avoir libéré, les autorités américaines l’ont transféré en Albanie où il se trouve à présent, avec un autre prisonnier égyptien. Toujours selon notre source d’information, Boucetta Fethi a téléphoné, à partir de ce pays, à sa famille résidant à Haï Tigditt, pour lui dire qu’il est en bonne santé et que le tribunal militaire de Guantánamo a décidé de le remettre en liberté avant de le transférer vers l’Albanie.
Lakhdar Hagani — La Voix de l’Oranie
Source : http://actualite.el-annabi.com/article.php3?id_article=2609

ALGÉRIENS DE GUANTÁNAMO : L’étrange décision américaine
par Ali TITOUCHE, L’Expression (Alger) 20 novembre 2006
Le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Bedjaoui, a souvent abordé le sujet avec ses interlocuteurs US.
Les Algériens détenus à Guantánamo n’ont-ils pas le droit de rentrer au pays? L’affaire de l’Algérien, libéré, avant-hier, de la base américaine à Cuba, témoigne du flou qui entoure la décision américaine. Certes, la Bosnie avait été gommée de la liste des pays à choisir pour la réception des six prisonniers algériens de nationalité bosniaque. Mais la surprise, plutôt l’illogisme, demeure toutefois intact! Pourquoi le Pentagone a-t-il opté pour l’Albanie comme pays d’accueil aux trois détenus libérés, dont l’Algérien?
Dans une récente publication du très influent quotidien américain The Washington Post, il a été retenu le fait que les six Algériens de nationalité bosniaque pourraient être extradés vers leur pays d’origine.Les six Algériens, à en croire le quotidien US, ne seront jamais autorisés à retourner en Bosnie qui leur avait accordés la citoyenneté. Au lieu de cela, «les USA ont demandé à l´Algérie de rapatrier les prisonniers à condition qu´ils soient mis sous surveillance», retient The Washington Post. Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme (Cncppdh), interrogé récemment par L’Expression au sujet de cette affaire, a rejeté catégoriquement le «refus», par l’Algérie, de «rapatrier les prisonniers». Le contraire serait plutôt moins surprenant d’après maître Farouk Ksentini. Car, selon ses explications, «l’Algérie n’a jamais abandonné ses ressortissants et a toujours oeuvrer pour faire valoir leurs droits». Plus concrètement encore, le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Bedjaoui, a abordé le sujet avec ses interlocuteurs américains, lors de sa visite effectuée à Washington au début de l’année en cours. De ce cheminement découle «l’inimaginable refus des autorités algériennes d’accueillir les détenus», soutient-on. Pourquoi donc le Pentagone préfère jouer la carte de l’Albanie?Les justificatifs américains qui ont accompagné le choix de ce pays ne tiennent absolument pas la route. Selon l’administration Bush, l’Albanie est le seul Etat qui a accepté d’accueillir les trois détenus, dont l’Algérien, et d’oeuvrer pour réussir leur insertion au sein de la société.Un discours qui ne plaît pas, d’autant qu’aucune information n’est fournie au sujet des trois détenus libérés, et encore moins leurs véritables identités. L’Algérien fait-il partie des six prisonniers de nationalité bosniaque? L’interrogation demeure toujours sans réponse.
Le Pentagone se contentait d’annoncer que les trois otages libérés sont de nationalité algérienne, égyptienne et ouzbekistanaise. En tout cas, si l’Algérie avait été sollicitée pour accueillir son ressortissant, «son refus serait injustifiable».25 Algériens croupissent toujours dans la base de non-droit de Guantánamo, dont six naturalisés bosniaques. Ils sont accusés d’activité terroriste et de lien avec l’organisation criminelle d’Al Qaîda. Le 17 janvier 2002, la Cour suprême de Bosnie a ordonné la libération des six Algériens prétextant l’absence de pièces à conviction suffisantes pour leur inculpation. Le même jour, la Chambre bosniaque des droits de l´homme a publié une décision permettant aux Algériens de rester en Bosnie et de ne pas être expulsés. Peu avant l´aube du 18 janvier, les Algériens ont été officiellement libérés. Mais au lieu de retrouver leur liberté, ils ont été remis par la police bosniaque aux militaires américains.
Source : http://www.lexpressiondz.com/T20061120/ZA4-5.htm