Affichage des articles dont le libellé est Reprieve. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Reprieve. Afficher tous les articles

lundi 22 décembre 2008

« Frappe-moi encore, baby » - Une histoire de la torture par la musique dans la guerre contre le terrorisme

par Andy Worthington, CounterPunch, 17 décembre 2008. Traduit par Djazaïri

Le message subliminal contenu dans le tube entraînant qui a projeté l’adolescente Britney Spears et ses couettes sur le devant de la scène mondiale en 1999 – avait conduit le label Jive Records a changer le titre de la chanson de « Hit Me Baby One More Time » (Frappe-moi encore , baby) en “... « Baby One More Time » (Encore une fois, baby) suite aux craintes de ses dirigeants de le voir considéré comme une approbation de la violence domestique.
On peut cependant parier à coup sûr que ni Britney ni Max Martin, l’auteur de la chanson, n’avaient pas envisagé que ce message puisse être récupéré par les militaires usaméricains lorsqu’on leur donna l’ordre de maintenir en éveil des prisonniers en leur faisant entendre de la musique à s’en crever les tympans – pendant des jours entiers voire des semaines ou même des semaines ou des mois – dans des prisons en Irak, en Afghanistan et à Guantánamo.
Le message, comme l’a expliqué dans une interview Ruhal Ahmed, un prisonnier libéré de Guantanamo, était moins important que le caractère implacable et sans échappatoire du bruit. Décrivant les fréquentes séquences de torture par la musique, Ahmed explique : “Je peux supporter les coups, ce n’est pas un problème. Une fois que vous avez accepté le fait que vous allez entrer dans la salle d’interrogatoire et être tabassé, ça va. Mais quand on vous torture psychologiquement, c’est insupportable.” Il ajoute cependant que “à partir de fin 2003 ils ont introduit la musique et c’est devenu encore pire. Avant ça, vous pouviez essayer de vous concentrer sur autre chose. Vous avez l’impression de devenir fou. Vous perdez les pédales, et c’est vraiment effrayant de penser que vous pourriez devenir fou à cause de toute cette musique, à cause du son à fond et parce qu’au bout d’un moment vous n’entendez plus du tout les paroles, tout ce que vous entendez c’est un énorme bang-bang.”
En dépit de ce fait, les soldats, qui avaient une grande latitude pour choisir les morceaux selon leurs goûts, optaient souvent pour des chansons aux textes agressifs – “Fuck Your God” (J’emmerde votre Dieu) de Deicide par exemple, qui est en réalité une diatribe anti-chrétienne mais dont le titre était supposé provoquer le consternation chez les adeptes de n’importe quelle religion – même si pour des prisonniers non familiers avec le rock occidental ou le rap, cette musique en elle-même suffisait à les mettre dans une situation très pénible. Quand des agents de la CIA s’exprimèrent sur ABC News en novembre 2005, dans le cadre d’un reportage choc sur l’utilisation du supplice du waterboarding* et d’autres techniques de torture sur des “détenus de première importance,” enfermés dans des prisons secrètes, ils rapportèrent que quand on forçait les prisonniers à écouter l’album Slim Shady d’Eminem, “La musique leur était si étrangère qu’elle les mettait dans tous leurs états.” Et en mai 2003, quand on a appris que la musique était utilise par les équipes d’action psychologique usaméricaines en Irak, le sergent Mark Hasdell, dont on dit que les chansons préférées seraient Bodies de Drowning Pool et Enter the Sandman de Metallica, avait déclaré à Newsweek, “Ces gens n’ont jamais entendu de Heavy Metal. Ils ne peuvent pas le supporter.”

L’approbation du recours à la torture par la musique dans la guerre contre le terrorisme
En fonction des goûts musicaux des gens, les réactions aux informations sur l’usage de la musique pour la torture de prisonniers consistent souvent en commentaires badins du genre, “Si je devais écouter Babylon de David Gray, le thème musical de Barneyle dinosaure violet par Christina Aguilera, je crierais à la ‘torture’ moi aussi.” Mais la réalité est malheureusement beaucoup plus sombre comme Hasdell l’a expliqué après avoir observé qu’en Irak, les prisonniers avaient un problème avec la musique heavy metal. “Si vous en passez pendant 24 heures,” expliquait Hasdell, “votre cerveau et votre métabolisme commencent à dysfonctionner, le fil de vos pensées ralentit et votre volonté est brisée. C’est alors que nous entrons pour leur parler.”
Tout comme d’importantes personnalités de l’administration, Hasdell était complètement inconscient du fait que “briser” les prisonniers plutôt que de chercher des moyens de les encourager à coopérer n’était pas la meilleure méthode pour obtenir des informations un tant soit peu fiables, mais les équipes de guerre psychologique n’étaient pas les seules dans ce cas. En septembre 2003, le général Ricardo Sanchez, commandant de l’armée US en Iraq, avait approuvé le recours à la musique comme élément d’un train de mesures à utiliser sur les prisonniers capturés “pour créer la peur, désorienter... et prolonger le choc de la capture,” et comme on l’apprend dans un nouveau rapport de la commission sénatoriale sur les services armé (Senate Armed Services Committee) sur la torture et les sévices infligés aux prisonniers sous garde US, le recours à la musique était une composante essentielle da la rétro-ingénierie de techniques sous le terme de Survie, Évasion, Résistance, Fuite (SERE) qui sont enseignées dans les écoles militaires des USA pour former le personnel à résister aux interrogatoires. Le rapport explique :
« Pendant la phase résistance de l’entraînement SERE, les membres de l’armée US sont soumis à des pressions psychologiques et physiques... conçues pour simuler les conditions auxquelles ils pourraient être soumis s’ils étaient faits prisonniers par des ennemis qui ne se conforment pas aux Conventions de Genève. Comme un... instructeur l’expliquait, l’entrainement SERE est “base sur l’exploitation illégale (aux termes des règles énumérées dans la Convention de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre) de prisonniers ces cinquante dernières années.” Les techniques utilisées dans la formation SERE, basées en partie sur les techniques utilises par les communistes chinois pendant la guerre de Corée pour détecter les faux aveux, comprennent l’arrachage des vêtements des détenus, les postures de stress, l’encapuchonnage de la tête, les interruptions de sommeil, le traitement comme des animaux, la soumission à de la musique à volume élevé et à des éclairages puissants, et l’exposition a des températures extrêmes. Elles peuvent aussi comprendre des coups au visage et sur le corps et, jusqu’à récemment, pour certains qui ont participé à la formation SERE de la Marine, le supplice du waterboarding. »
Le rapport de la commission sénatoriale fait porter la faute de l’application de ces pratiques sur de hauts responsables, dont le président George W. Bush, l’ancien secrétaire à la défense Donald Rumsfeld, Dick Addington, l’ex conseiller juridique (et actuellement chef de cabinet) du vice-président Dick Cheney et l’ancien conseiller pour les Affaires générales du Pentagone William J. Haynes II. Ce qui rend évident que non seulement l’utilisation de la musique fait partie d’un ensemble de techniques illégales mais aussi qu’au moins une partie de leur logique, selon les autorités chinoises qui les avaient appliquées, était de garantir l’obtention de faux aveux plutôt que “d’informations opérationnelles” que recherchait l’administration US.

Les expériences de Binyam Mohamed et Donald Vance
Si vous avez encore des doutes sur les effets pernicieux de la torture par la musique, considérez les propos de Binyam Mohamed, résident en Grande-Bretagne toujours détenu à Guantánamo, qui a été torturé au Maroc pendant 18 mois pour le compte de la CIA puis pendant quatre mois dans la “prison noire” de la CIA à Kaboul ou de Donald Vance, un sous-traitant de l’armée US en Irak qui a été soumis à la torture par la musique pendant 76 jours en 2006.
Parlant à son avocat, Clive Stafford Smith, directeur de l’association d’aide juridique Reprieve, Mohamed, comme Ruhal Ahmed, a expliqué comment la torture psychologique était pire que la torture physique qu’il avait endurée au Maroc, où les tortionnaires mandatés par la CIA lui entaillaient régulièrement le pénis avec une lame de rasoir. « Imaginez qu’on vous donne le choix : perdre la vue ou perdre l’esprit ».
Au Maroc, la musique ne représentait qu’une petite partie des tortures infligées à Mohamed. Vers la fin de ses 18 mois de calvaire, il se souvient que ses geôliers “me ligotèrent et me mirent des écouteurs sur la tête. Ils passaient du hip hop et de la musique rock, très fort. Je me rappelle qu’ils passaient et repassaient Meatloaf et Aerosmith. Je détestais ça. Ils passaient aussi 2Pac, All Eyez On Me, toute la journée et toute la nuit... Deux jours plus tard, ils firent la même chose. La même musique. Je ne pouvais pas ôter les écouteurs vu que j’étais attaché. Je devais dormir avec la musique et même prier avec.”
En revanche, à la Prison Noire qui n’était qu’une reconstitution plausible d’un donjon médiéval dans lequel les prisonniers étaient détenus dans une obscurité complète et étaient souvent enchaînés au mur par les poignets, le recours à la musique était constant. Ainsi que Mohamed l’a expliqué :
« C’était l’obscurité complète, et pas d’éclairage dans les cellules la plupart du temps... Ils m’ont suspendu immobilisé pendant deux jours. Mes jambes avaient enflé. Mes poignets et mes mains étaient engourdis... Il y avait de la musique à fond, Slim Shady et Dr. Dre pendant vingt jours. J’entendais ça en non stop, encore et encore. J’ai mémorisé la musique, toute, quand ils en changeaient pour passer d’horribles rires de fantômes et des bruits d’Halloween. C’était vraiment sinistre dans ce trou noir... L’interrogatoire a commencé dès le premier jour pour se poursuivre jusqu’au jour de mon départ. La CIA travaillait sur les gens, dont moi, jour et nuit. Beaucoup ont perdu l’esprit. Je pouvais entendre des gens se cogner la tête contre les murs et les portes, hurlant à s’en exploser la tête.... Pendant tout ce temps, j’ai eu droit à toutes sortes de musiques et de sons pénibles, perturbant le mental. J’appelle ça du lavage de cerveau. »
L’histoire de Vance prouve non seulement que la pratique d’utiliser la musique pour torturer était en vigueur pas plus tard qu’en 2006, mais qu’elle a aussi servi sur des usaméricains. Quand son histoire a été connue en décembre 2006, le New York Times écrivait qu’il “agissait comme taupe, fournissant au FBI des informations sur des activités suspectes de la société de sécurité pour laquelle il travaillait en Irak, dont ce qui selon lui était un possible trafic illégal d’armes,” mais que “quand les soldats usaméricains firent à sa demande une descente sur l’entreprise, M. Vance et un autre usaméricain qui y travaillait furent arrêtés en tant que suspects par l’armée qui ignorait que M. Vance était un informateur.”
Vance, qui fut détenu au Camp Cropper à Bagdad, a expliqué qu’il était soumis de façon routinière à la privation de sommeil, emmené pour interrogatoire en pleine nuit et place dans une cellule éclairée en permanence par des lampes fluorescentes. Il ajouté, “La plupart du temps, du heavy metal ou de la country music beuglait dans le corridor.” Parlant à l’Associated Press la semaine dernière, il a déclaré que l’usage de la musique comme torture “peut rendre fou un home innocent,” et ajouté une précision sur l’usage de la musique pendant son incarcération, indiquant qu’il était “bouclé dans une cellule de 3 X 3 mètres trop climatisée qui comportait un haut-parleur protégé par une grille métallique. Il y avait deux grands hauts-parleurs dans le couloir.” Selon lui, “La musique passait presque constamment, du hard rock principalement. Il y avait beaucoup de morceaux de Nine Inch Nails dont March of the Pigs. Je suis incapable de vous dire combien de fois j’ai entendu We will Rock You de Queen.” Il explique que cette expérience “vous fait sortir en quelque sorte de vous-même. Vous devenez incapable de formuler vos propres pensées dans un tel environnement.”
Après sa libération, Vance dit avoir résolu de poursuivre Rumsfeld en justice pour violation de ses droits constitutionnels et il observe que “Saddam Hussein avait plus d’avocats que je n’en ai jamais eu.” Il ajoute avoir écrit une lettre au commandant du camp “constatant que ces mêmes idéaux démocratiques que nous essayons d’instiller dans un Irak qui s’éveille à la démocratie, des procédures judiciaires de base à la Magna Carta, nous refusons nous-mêmes absolument et carrément de les respecter.”
Pour signer la pétition de Zero DB : http://www.zerodb.org/

Les musiciens passent à l’action
La semaine dernière, Reprieve a lancé une nouvelle initiative, Zéro décibel (Zero dB Against Music Torture), qui vise à encourager les musiciens à prendre position contre l’utilisation de leur musique comme instrument de torture. Ce n’est pas la première fois que les musiciens ont été encouragés à donner de la voix. En juin, Clive Stafford Smith avait soulevé le problème dans The Guardian. Dans un des articles de ce dossier, The Guardian signalait que la chanson Babylon de David Gray était désormais associée au débat sur la torture après que Haj Ali, l’homme encagoulé dans les célèbres photos d’Abou Ghraïb ait raconté avoir été entièrement déshabillé, ligoté et forcé à écouter en boucle un passage de la chanson à un volume si élevé qu’il craignit que sa tête explose. Gray a publiquement condamné cette pratique. « Le problème moral n’est pas de savoir s’ils utilisent ou pas ma chanson, c’est absolument hors de propos » a-t-il affirmé. « Ce serait situer notre réflexion au-dessous du niveau des gens auxquels nous sommes supposés nous opposer, et c’est à l’opposé de toute notre histoire et de tout ce que nous prétendons représenter. Tout ce qui attire l’attention sur l’étendue de l’horreur et de la bassesse dans laquelle nous avons sombré est une bonne chose. »
Dans une interview subséquente à la BBC, Gray a regretté que le seul aspect remarqué de l’affaire de la torture par la musique a été son “aspect nouveauté” – qu’il a compare à des Greatest Hits de Guantánamo – avant de condamner à nouveau avec force le détournement de sa musique et celle d’autres artistes.
“Ce dont nous parlons ici, c’est de personnes dans une pièce obscure, physiquement entravés par des menottes, des sacs sur la tête et de la musique qui déferle sur eux 24 heures par jour, sept jours par semaine,” a-t-il déclaré. “C’est de la torture et rien d’autre. Peu importe de quelle musique il s’agit – ce pourrait être un chef d’œuvre de Tchaïkovski ou Barney le Dinosaure. Ce n’est vraiment pas le problème, ça rend complètement dingue. Personne ne veut même réfléchir sur ce sujet ou discuter du fait que nous sommes allés bien au delà des procédures de droit et que nous torturons des gens.”
Tous les musiciens ne partagent pas la révulsion de Gray. Bob Singleton, qui a écrit la chanson theme de Barney, largement utilisée pendant la guerre contre le terrorisme, reconnait dans une colonne d’opinion publiée par le Los Angeles Times en juillet que “si vous balancez de la musique suffisamment fort assez longtemps, j’imagine que ça devient insupportable,” mais refuse par contre d’admettre que des auteurs puissent légitimement avoir un mot à dire sur la façon dont leur musique est utilisée ou qu’il existe des circonstances dans lesquelles passer de la musique continuellement à des prisonniers pourrait être considéré comme de la torture.
“C’est complètement absurde,” écrit-il. “Une chanson qui a été conçue pour que de petits enfants se sentent bien et aimés pourrait d’une manière ou d’une autre menace la santé mentale d’adultes et les amener au point de rupture de leur équilibre mental? » Il ajoutait : “L’idée que la répétition d’une chanson amènera quelqu’un aux limites de la stabilité émotionnelle ou le fera agir contrairement à sa propre nature transforme la musique en quelque chose comme le vaudou, ce qu’elle n’est pas.”
Singleton n’est pas le seul artiste à méconnaitre la façon dont la musique peut, en fait, constituer une torture – spécialement quand elle est utilisée comme pièce d’un ensemble de techniques imaginées pour briser des prisonniers.
Steve Asheim, le batteur de Deicide, a déclaré : “Ces types ne sont pas un groupe de lycéens. Ce sont des guerriers et ils sont entrainés à résister à la torture. Ils s’attendent à ce qu’on les brûle avec des torches et à ce qu’on les frappe à leur rompre les os. Si j’étais prisonnier à Guantánamo et qu’on me balançait un paquet de musique à fond, j’en viendrais à dire : ‘C’est tout ce que vous avez? Allez , allez.’ Je ne suis absolument pas pour torture des gens, mais je ne crois pas non plus que passer de la musique à volume élevé soit de la torture.”
Par ailleurs, d’autres musiciens ont été clairement enthousiastes au sujet de l’utilisation de leur musique. Stevie Benton de Drowning Pool, qui a joué pour les troupes US en Irak, a déclaré au magazine Spin : “Des gens s’imaginent que nous devrions être offensés que quelqu’un dans l’armée pense que notre chanson est suffisamment rasoir pour que, passée encore et encore, elle puisse briser une personne psychologiquement. Je prends comme un honneur de penser que notre chanson pourrait peut-être servir à empêcher un autre 11 septembre ou quelque chose de ce genre.”
Heureusement pour ceux qui comprennent que l’utilisation de la musique comme élément d’un système de techniques de torture n’est pas une affaire qui prête à rire, l’initiative Zero dB représente la tentative la plus significative à ce jour pour que cet usage cesse. Christopher Cerf, compositeur de la musique de Sesame Street, a été horrifié d’apprendre que la chanson thème de l’émission avait été utilisée pour des interrogatoires. “Je ne voudrais pas que ma musique fasse partie de ça,” a-t-il déclaré.
Tom Morello de Rage Against the Machine a été particulièrement net dans sa dénonciation de l’utilisation de la musique dans la torture. En 2006, il avait déclaré au magazine Spin : “Le fait que notre musique a été incluse de cette manière barbare est vraiment dégoûtant. Si vous êtes quelque peu au fait de la ligne idéologique de notre groupe et de notre soutien aux droits de l’homme, c’est vraiment difficile à supporter.” Dans sa tournée mondiale de cette année, Rage Against the machine s’est régulièrement produit sur scène en portant des cagoules et des combinaisons orange et, pendant un concert récent à San Francisco Morello a proposé une vengeance contre le président Bush ; “Je suggère qu’ils rasent Guantánamo Bay mais qu’ils conservent une petite cellule et qu’ils y mettent Bush... et qu’ils lui passent du Rage Against the machine.”
Et le 11 décembre, juste après l’annonce de la champagne Zero dB, Trent Reznor de Nine Inch Nails a publié le message suivant sur son blog :
« Il m’est difficile d’imaginer quelque chose de plus profondément insultant, avilissant et cause de colère que de découvrir que la musique que vous avez créée avec votre cœur et votre âme a été utilisée à des fins de torture. S’il existe n’importe quelle possibilité d’action en justice réaliste, elles seront menées sans faiblesse, et tout gain financier éventuel sera versé à des organisations de droits de humains. DIEU merci, ce pays semble s’être rangé du côté de la raison et nous pourrons laisser derrière nous l’administration Bush et son règne de puissance, d’avidité, de non-droit et de folie. »
Même James Hetfield de Metallica, qui a généralement été dépeint comme un défenseur de l’utilisation par l’armée US de la musique de son groupe, a exprimé des réserves. Dans une interview radio de novembre 2004, il avait déclaré être “fier” que l’armée ait utilisé sa musique (même si elle “ne lui en avait pas demandé la permission ni ne lui avait verse de royalties”). “Pour moi, les paroles so t une forme d’expression, la liberté d’exprimer ma folie,” avait-il expliqué avant d’ajouter “Si les Irakiens n’ont pas l’habitude de la liberté alors je suis heureux de participer à leur initiation.” Hetfield trouvait risible les affirmations selon lesquelles la musique pouvait server à la torture, disant : “Nous avons puni pour toujours nos parents, nos épouses, nos êtres aimés avec cette musique. Pourquoi en irait-il autrement pour les Irakiens?” Néanmoins, il reconnait la raison pour laquelle l’armée se sert de sa musique : “C’est le caractère implacable de la musique. Elle est absolument implacable. Si j’écoutais un groupe de death metal pendant douze heurs d’affilée, je deviendrais dingue moi aussi. Je vous dirais tout ce que vous voulez savoir.”
Si ces musiciens se sont exprimés publiquement, d’autres – dont Eminem, AC/DC, Aerosmith, les Bee Gees, Christina Aguilera, Prince et les Red Hot Chili Peppers – sont restés silencieux sur l’utilisation de leur travail. Le point de vue de Britney Spears est également inconnu, mais si on devait se baser sur ses propos à CNN en septembre 2003, il est peu probable qu’elle y voie un mal. Quand Tucker Carlson lui avait dit, “De nombreux artistes ont pris position contre la guerre en Irak. Et vous? Britney avait répondu, “Honnêtement, je pense que nous devons seulement faire confiance au président dans toutes ses décisions et seulement le soutenir, vous savez, et être confiants en ce qui va se passer.” Elle devrait peut-être parler avec Pamela Anderson qui a récemment publié sur son blog un message simple à Barack Obama : “S’il vous plait, fermez Guantánamo Bay – comprenez bien – faisons amende honorable/ stop à la torture – le temps est venu pour des solutions pacifiques”.

Andy Washington est écrivain et historien et est l’auteur de The Guantánamo Files.

* Waterboarding : expression issue d’un jeu de mots macabre (aux USA, le Water Board est la Compagnie des Eaux) désignant une forme de torture pratiquée depuis le Moyen-Âge : « Le prisonnier est attaché à une planche inclinée, les jambes levées et la tête légèrement plus basse que les pieds. On lui enveloppe la tête de cellophane et de l'eau lui est versée dessus. Inévitablement, les réflexes de suffocation s'enclenchent et une peur panique de la noyade force le prisonnier à supplier que l'on arrête le traitement. D'après nos sources, les officiers de la CIA qui se sont soumis à la technique du waterboarding on résisté en moyenne 14 secondes avant de craquer. Ils rapportent que le prisonnier d'Al-Qaida le plus dur, Khalid Cheikh Mohammed, s'est attiré l'admiration des interrogateurs en résistant entre deux minutes et deux minutes et demi avant de supplier qu'on le laisse parler. "La personne croit qu'elle est en train de se faire tuer, ce qui équivaut à un simulacre d'exécution, ce qui est illégal d'après les lois internationales", dit John Sifton de Human Rights Watch." (Brian Ross et Richard Esposito, ABC News , 18 novembre 2005)

jeudi 5 juin 2008

« 17 Guantánamo flottants »

Par Fausto Della Porta, il manifesto , 3 juin 2008. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Pas un, mais 17 Guantánamo. Avec des prisonniers enfermés non pas sur une île mais sur 17 bateaux de guerre. La dénonciation provient de l’ONG Reprieve, d’après laquelle des bateaux de guerre usaméricains seraient utilisés comme prisons pour détenir, interroger – avec des méthodes proches de la torture- et déplacer à travers la planète une partie des prisonniers capturés pendant la « guerre contre le terrorisme ». Washington a immédiatement démenti le rapport.

L’utilisation de bateaux-prisons aurait commencé fin 2001 (au début donc de la campagne contre l’Afghanistan des talibans). Le rapport de Reprieve sera publié dans les prochains jours mais il a été anticipé le 2 juin par le quotidien britannique Guardian.

Il avait déjà été question ces dernières semaines de la possibilité que les USA utilisent des bateaux de guerre en déplacement pour cacher des personnes détenues illégalement. Selon les éléments recueillis par l’ONG, au moins 200 cas de rendition – « transferts extraordinaires » illégaux dans des prisons secrètes délocalisées dans des pays où il est possible de pratiquer la torture - auraient eu lieu de manière avérée depuis 2006. Et pourtant, il y a deux ans, le président Georges Bush avait assuré qu’on avait mis fin à de telles pratiques. Clive Stafford Smith, le responsable juridique de Reprieve, a déclaré au Guardian que les USA « ont choisi les bateaux afin de tenir leurs méfaits loin des yeux des médias et des avocats des associations humanitaires ; mais nous arriverons bien finalement à réunir tous ces détenus fantômes et à faire valoir leurs droits ». « Les USA – poursuit Smith - détiennent en ce moment, de leur propre aveu, 26 000 personnes dans leurs prisons secrètes, mais nos estimations sont qu’au moins 80 000 pesonnes, à partir de 2001, sont passées par cet engrenage. Il est temps que l’administration US montre un engagement concret à respecter les droits humains ». Parmi les nombreux témoignages recueillis dans les documents de l’ONG britannique, on peut lire celui d’un prisonnier de Guantanamo (où environ 300 musulmans restent prisonniers en régime de détention administrative, sans accusation formelle à leur charge) qui rapporte l’expérience d’un de ses voisins de cage : « Il m’a raconté qu’ils étaient une cinquantaine sur ce bateau, enfermés à fond de cale, et qu’ils étaient plus tabassés qu’à Guantanamo ».

Le rapport suspecte en outre que certains prisonniers fantômes ont transité par des structures de la base militaire de Diego Garcia, dans l’Océan Indien. Ce qui coïnciderait avec la reconnaissance partielle du ministre des Affaires Étrangères de Londres, David Miliband, qui avait dit en février dernier que deux avions US en mission de « rendition » avaient fait escale sur cette base. « Pas à pas – a commenté Andrew Tyrie, président de la Commission parlementaire sur les missions de torture - la vérité sur les « renditions » vient au jour : ce n’est qu’une question de temps. Le gouvernement ferait mieux d’éclaircir ça immédiatement ».

Un porte-parole de la marine militaire US a cependant démenti les conclusions de Reprieve. « Il n’y a pas de prisons sur les bateaux usaméricains » a dit le commandant Jeffrey Gordon au Guardian. Mais c’est désormais un fait établi que les missions de torture usaméricaines ont été consolidées et sont de pratique commune : des bases secrètes de la CIA – dit le Guardian- opéraient en Roumanie, en Pologne, en Thaïlande et en Afghanistan. « Toutes ces bases secrètes font partie d’un réseau mondial dans lequel les gens sont détenus indéfiniment, sans que des chefs d’accusation soient formalisés, et sont soumis à la torture – en violation totale des Conventions de Genève et de la Charte des droits de l’homme de l’ONU », avait déclaré Ben Griffin, ex-membre des forces spéciales britanniques. Griffin a ensuite ensuite été réduit au silence par le ministre de la Défense qui a obtenu, une mise en demeure de tribunal à son encontre.



La base de Diego Garcia, dans l'Océan Indien

mercredi 4 juin 2008

17 prisons secrètes ont déjà remplacé Guantanamo

Alors que les États-Unis s’emploient à vider la prison de Guantanamo en vue de sa fermeture prochaine, le Pentagone et la CIA ont mis en place un vaste système de centres de tortures et de prisons secrètes, bien plus sévères.
C’est ce que s’apprête à révéler l’association de juristes britanniques Reprieve à qui l’on doit déjà les révélations détaillées sur les vols secrets de la CIA. Selon ce document, dont le Guardian a déjà donné un compte-rendu, Washington aurait choisi, pour échapper à toute poursuite judiciaire d’installer ses prisons secrètes dans les cales de bâtiments de guerre croisant dans les eaux internationales. 17 de ces prisons flottantes ont été identifiées, incluant l’USS Ashland, l’USS Bataan et l’USS Peleliu. Il s’agit principalement de navires de débarquement ou d’assaut qui ont la particularité d’avoir des cales facilement aménageables. Les prisonniers y sont retenus dans des cages alignées. Ils seraient actuellement 26 000 répartis dans ces « établissements ».
Au total, plus de 80 000 personnes auraient transité dans les prisons secrètes des États-Unis depuis 2001. En outre, Reprieve a identifié plus de 200 nouveaux cas de « restitution extraordinaire », c’est-à-dire d’enlèvement, depuis la publication par le Conseil de l’Europe du rapport de Dick Marty et les promesses de George Bush que son pays renonçait à ces pratiques.
Source : http://www.voltairenet.org/article157301.html

mercredi 19 mars 2008

Croquis de mon cauchemar

"Croquis de mon cauchemar" : C'est ainsi que Sami Al Haj, le caméraman soudanais d'Al Jazeera enfermé à guantánamo depuis six ans, a intitulé les quatre dessins qu'il a faits pour représenter la torture qu'il subit à guantánamo, où il est en grève de la faim depuis le 7 janvier 2007 et nourri de force. Comme ses dessins ont été censurés par les autortés du camp, qui ont interdit à son avocate de les sortir, l'organisation Reprieve, qui défend Sami et d'autres otages de guantánamo, a demandé au dessinateur Lewis Peake de refaire ces dessins à partir des descriptions qu'en a faites Sami (ces decriptions n'ont, elles pas été censurées).



http://www.reprieve.org.uk/Press_Sami_Al_Haj_Protest_Sketches_18.03.2008.htm


http://www.reprieve.org.uk/Press_Second_Sami_Al_Haj_Sketch.htm



http://www.reprieve.org.uk/Press_Sami_Al_Haj_Third_Scetch_26.03.08.htm



http://www.reprieve.org.uk/Press_Sami_Al_Haj_Fourth_Sketch_2008.03.28.htm

dimanche 10 février 2008

Les parlementaires portugais ne veulent rien savoir

3 députés portugais...

Le parlement portugais a rejeté la demande de création d'une commission d'enquête sur le rôle des autorités portugaises dans le transfert présumé de prisonniers, accusés de terrorisme, vers le camp de Guantanamo.
Cette proposition avait été soumise au parlement par le Parti communiste et le Bloc de gauche (BE, extrême gauche), après la publication fin janvier du rapport de l'ONG britannique «Reprieve» accusant le Portugal d'avoir contribué au transfert de plus de 700 prisonniers vers Guantanamo.Les principales formations parlementaires de gauche comme de droite ont voté contre la mise en place de cette commission, jugée «inopportune et inutile» par le ministre des Affaires parlementaires Augusto Santos e Silva.L'exécutif a toujours communiqué au parlement «toutes les informations» dont il disposait sur ce dossier, a affirmé le ministre.Le gouvernement portugais a répété à plusieurs reprises avoir enquêté sur l'utilisation de son espace aérien par des avions de la CIA mais n'avoir trouvé aucun preuve d'illégalité.En février 2007, la justice portugaise a ouvert à son tour une enquête sur l'éventuel survol du territoire portugais par des appareils transportant secrètement des prisonniers pour le compte de la CIA.Selon Reprieve, 94 vols, à destination ou en provenance de Guantanamo, ont emprunté l'espace aérien portugais entre 2002 et 2006.

Source : AFP, 8 février 2008

jeudi 7 février 2008

Les voyages d'Air-CIA : la justice espagnole enquête

Les aéroports espagnols ont-ils servi de base de transit aux avions nord-américains qui transportaient des prisonniers d’Afghanistan vers Guantánamo, le camp de torture installé par les Américains en territoire cubain ? C’est ce que la justice espagnole cherche à établir.
LE 25 janvier dernier, le procureur Vicente Gonzalez Mota a demandé au juge Ismael Moreno, deuxième juge d’instruction à la Audiencia nacional, d’ouvrir une information afin de déterminer si les aéroports de Morón de la Frontera, à Séville, de Rota à Cadix et de Torrejón de Ardoz, à Madrid, ont servi à l’aviation américaine dans des escales entre l’Afghanistan et la base de Guantánamo. Le juge devra entendre, en qualité de témoins, tous les officiers de vols, les officiers d’aéroport et les contrôleurs civils et militaires de ces bases, ainsi que les fonctionnaires du Ministère de la Défense et des Affaires étrangères et les personnels de l’AENA (Aéroports espagnols et Navigation aérienne) en poste entre janvier 2002 et décembre 2006.Ce front ouvert par la Justice espagnole est un effort pour réintroduire le droit contre des agissements qui, sous couvert de lutte anti-terrorisme, font régner la terreur dans un total mépris du droit des personnes, comme c’est le cas au camp de Guantánamo.
Les témoignages ci-après montrent que l’irruption de la justice espagnole a pu mettre un terme à des procédures d’arbitraires.

Convention militaire modifiée
La demande d’information du procureur va également chercher à déterminer quels étaient les fonctionnaires des ministères de la Défense et des Affaires étrangères qui, entre les dates évoquées, ont siégé dans le Comité permanent hispano-étatsunien, créé en application d’une Convention de coopération militaire signée en 1989 entre l’Espagne et les Etats-Unis. Cette Convention définit les circonstances et les normes selon lesquelles les avions affrétés par ou pour les forces US peuvent survoler, pénétrer ou sortir de l’espace aérien espagnol ou en utiliser les bases. En 2002, quelques mois après le 11/9 et après l’invasion de l’Afghanistan, les gouvernements de José Maria Aznar et de son allié Georges Bush ont modifié cette convention bilatérale de Défense, pour en assouplir les autorisations d’escale des avions états-uniens sur les bases de Rota y Morón.
La Justice espagnole veut savoir si ces “assouplissements” ont servi à faire transiter les 23 premiers prisonniers envoyés de Kandahar (Afghanistan) à la base de Cuba, dans un avion C-17 Globemaster des Forces aériennes des EE-UU. En janvier 2002, selon l’agence de presse AP, ces prisonniers ont changé d’avion pour un C-141 Starlifter « dans un pays européen », disait la dépêche.Cette information est corroborée par une autre, émanant des registres du contrôle aérien des Açores (Portugal) qui certifient que cet avion C-141 a décollé le 11 janvier 2002 de la base de Morón à destination de Guantánamo.

Recherche de témoins
C’est sur cette base que le cabinet d’avocat londonien Reprieve dirigé par Clive Stafford Smith, qui représente une trentaine de prisonniers de Guantánamo, évoque aussi le rôle de l’Espagne dans ce transfert. Le cabinet londonien soutient que l’escale du 11 janvier eut lieu à la base de Morón de la Frontera, près de Séville et que 24 autres prisonniers, également identifiés, ont voyagé à bord d’un C-17 qui, toujours d’après le registre du Portugal, fit le vol de la base de Rota à celle de Guantánamo le 28 octobre 2002. Quelqu’un a-t-il vu ces prisonniers lors de leur passage en Espagne ? Ce sont ces témoignages que recherche la justice espagnole, indiquant que « si quelqu’un a vu dans ces aéroports le transfert de prisonniers d’un avion à un autre, cela peut représenter un changement substantiel ».
Entre 2002 et 2007, l’AENA a enregistré dans les aéroports espagnols 47 vols secrets, en provenance ou à destination de la base US de Guantánamo. Le gouvernement espagnol nie que ces vols aient servi à transférer des prisonniers vers le camp de Guantánamo. Mais selon la note du procureur guidant les investigations vers les ministères de la Défense et des Affaires étrangères, il y aurait eu sur ce nombre une douzaine de vols avec escale, dont on peut présumer qu’ils ont transporté des dizaines de prisonniers. Parmi eux, les deux avions qui, selon le cabinet londonien, avaient pour passagers 23 et 24 prisonniers de nationalités différentes, tous identifiés et dirigés vers Cuba.
D’après un article de José Maria Irujo paru le 4 février 2008

« J’ai voyagé ligoté, avec le canon de ses armes sur ma tête »
« J’ai voyagé de nuit, couché sur le plancher d’un avion militaire. On m’avait couvert la tête d’une cagoule et ligoté au sol par les mains et les pieds. De temps en temps, des soldats plaquaient le canon de leurs armes contre ma tête. Ce fut un long voyage et ils ne savaient pas bien où ils m’emmenaient ».C’est par ces mots que le prisonnier marocain Lahcen Ikassrien, 40 ans, se souvient de son transfert d’Espagne à Guantánamo, base navale états-unienne en territoire cubain, où il est resté enfermé pendant presque 4 ans.
Ikassrien a été jugé et acquitté, parce que les interrogatoires auxquels l’ont soumis les policiers espagnols à Guantánamo et qui furent utilisés comme preuve contre lui, ont été annulés par le tribunal.
« Je suis arrivé à la base de Torrejón de Ardoz le 18 juillet 2005 et on m’a transféré directement à la Audiencia nationale. Je pesais 55 kilos et j’ai été interrogé par le juge Fernando Grande-Marlaska. De Madrid, on m’a envoyé à une prison de Palencia » relate Ikassrien qui, après son jugement, a été remis en liberté. Le Maroc lui refuse désormais un passeport.
Une autre personne, du nom de Hamed Abderraman, le dénommé “Taliban de Ceuta”, a subi un transfert semblable à celui de Lahcen. Il fut aussi acquitté par la Haute Cour espagnole sur le même argument.

Source : Témoignages, 7 février 2008

mercredi 31 octobre 2007

Tunis : le procès d’Abdallah Ben Amor reporté au 14 novembre

Le tribunal militaire de Tunis a reporté mercredi au 14 novembre le procès d'un Tunisien récemment rapatrié de la prison américaine de Guantanamo, Abdallah Ben Amor Hajji, accusé d'appartenance au "Front islamique tunisien", un groupe inconnu auquel il nie avoir appartenu ni à une quelconque autre organisation terroriste.
Le renvoi a été décidé sur requête des avocats de la défense, Mes Abderraouf Ayadi et Samir Ben Amor, qui ont demandé un délai pour prendre connaissance du dossier et préparer leurs plaidoiries. Abdallah Hajj doit être rejugé après avoir fait opposition, dès son retour à Tunis, à un jugement par contumace prononcé en 1995, le condamnant à 10 ans d'emprisonnement.
Le tribunal a en revanche rejeté une demande de libération provisoire de l'accusé qui, selon ses avocats "a enduré cinq ans de souffrances dans la prison de Guantanamo Bay sans avoir commis aucun crime et sans qu'aucun chef d'inculpation n'ait été retenu contre lui".
L'audience de mercredi, qui a duré quelque 20 minutes, s'est déroulée en présence d'une diplomate américaine, Trina Saha, chargée des affaires politiques à l'ambassade des Etats-Unis à Tunis, de deux représentants de l'organisation humanitaire britannique "Reprieve" et de plusieurs journalistes de la presse internationale.
En revanche, l'épouse de l'accusé, Khadija, sa soeur Radhia et ses filles Aïcha et Asma ont été soumises à une fouille avant d'entrer dans la salle d'audience, ce qui les a empêché d'y assister. "C'est frustrant, cela fait cinq ans que je n'ai pas vu mon père", a protesté Asma, 18 ans.
Abdallah Hajji, âgé de 51 ans, a été rapatrié en juin dernier en même temps qu'un autre ressortissant tunisien, Lotfi Lagha. Il avait été arrêté avec son beau-fils Hédi Hammami, qui se trouve lui encore en détention à Guantanamo, en avril 2002 à Lahore (Pakistan) où il tenait un commerce de textiles depuis 1990, selon son épouse Khadija. Cette dernière a été rapatriée en Tunisie avec ses huit enfants.
L'arrestation d'Abdallah Hajji avait eu lieu dans les mois qui ont suivi les attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Les services de sécurité pakistanais l'ont remis aux forces américaines qui l'ont envoyé sur la base de Bagram (Afghanistan) avant de le transférer à Guantanamo à la fin de l'été 2002.
Source : AP, 31 octobre 2007

dimanche 21 octobre 2007

Diego Garcia, succursale de Guantánamo ?

L’île de Diego Garcia, dans l’Archipel des Chagos, dans l’Océan Indien, est-elle un des sites noirs utilisés par la CIA et le Pentagone pour détenir secrètement des prisonniers de la “guerre contre le terrorisme” ? On se pose cette question depuis des années. On va peut-être finir par connaître la vérité : la commission des Affaires étrangères du parlement britannique va mener une enquête sur cette affaire, à la demande de l’assocation Reprieve, qui défend les intérêts de nombreux détenus de guantánamo.Diego Garcia est un territoire britannique dont les 2000 habitants ont été chassés au début des années 1970, après que le Royaume-Uni, par un accord secret, eut cédé l’île aux USA, qui y ont établi une base aéronavale. Selon un document de 1984, la base comprend aussi une prison, qui aurait été réaménagée après le 11 septembre 2001. Plusieurs détenus transférés d’Afghanistan à guantánamo ont été détenus sur un navire-prison militaire qui aurait pu être au mouillage à Diego Garcia. S’il s’avérait qu’un territoire britannique servait de lieu de détention secret US, cela créerait un embarras certain au gouvernement de Londres.
Source : http://www.guardian.co.uk/usa/story/0,,2194649,00.html

vendredi 10 août 2007

Lotfi Lagha a été amputé de 8 doigts à Bagram avant d’être envoyé à Guantánamo

Un Tunisien récemment rapatrié de la base de Guantánamo, Lotfi Lagha, a accusé les militaires américains de lui avoir sectionné les doigts après l'avoir drogué, a déclaré vendredi son avocat, Me Samir Ben Amor.
Les autorités américaines n'ont fait aucun commentaire dans l'immédiat. Me Ben Amor a accordé un entretien à l'Associated Press après avoir rencontré jeudi son client pour la première fois la veille à la prison de Mornaguia, à 30km de Tunis, où il est incarcéré depuis son retour en Tunisie fin juin dernier.
Selon le récit fait par Me Ben Amor, Lotfi Lagha avait immigré clandestinement en 1998 en Italie où il est devenu musulman pratiquant. C'est au début de 2001 qu'il est parti pour l'Afghanistan, a indiqué l'avocat sans en préciser les motivations.
Au plus fort de l'offensive américaine, il s'était réfugié à Tora-Bora, en Afghanistan, pendant un mois, avant de fuir le pays. Il a été arrêté début 2002 à la frontière pakistanao-afghane dans un état très précaire. "J'avais les mains et les pieds gelés par le froid glacial", a-t-il relaté à son avocat.
Après une hospitalisation pendant trois mois et demi, les services de sécurité pakistanais l'ont remis à l'armée américaine qui l'a transféré à la base de Bagram, en Afghanistan.
Pendant le mois qu'il y resté, les militaires américains lui avaient dit que son état nécessitait qu'on lui coupe les doigts des deux mains affectés. Il a déclaré s'y être farouchement opposé, d'autant que les médecins pakistanais lui avaient assuré qu'il pouvait être soigné par un traitement ordinaire.
C'est alors que médecins américains de la base de Bagram l'ont drogué le soir pour qu'il se trouve le lendemain avec quatre doigts de chaque main sectionnés, excepté les pouces, affirme-t-il.
"A mon réveil et malgré mon état, les militaires n'ont pas arrêté de m'asséner des coups partout sur le corps avec des matraques et leurs brodequins", ajoute-t-il. Il a également dénoncé les mauvais traitements qu'il dit avoir subi dans la base militaire de Kandahar.
Pendant les cinq ans qu'il devait passer ensuite dans la base de Guantánamo, Lotfi Lagha a dit avoir été victime, avec d'autres détenus, de "tortures et autres pratiques humiliantes".
Lotfi Lagha qui affirme avoir été rapatrié malgré lui, fait l'objet de poursuites pénales sous l'accusation d'appartenance à association de malfaiteurs. Il encourt une peine de six ans de prison, selon le code pénal tunisien. Il a été interrogé pendant trois jours au ministère de l'intérieur sans faire l'objet de maltraitements, selon son avocat qui prévoit que son procès aura lieu vers novembre prochain.
Source : AP, 10 août 2007

mardi 17 juillet 2007

À la prison de Mornaguia (Tunisie), tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles…

Abdallah Ben Amor El Hajji et Lotfi Ben Souei Lagha, deux détenus tunisiens de Guantánamo Bay (Cuba), ont été renvoyés le 17 juin 2007 vers la Tunisie. Ils sont actuellement à l'isolement à la prison de Mornaguia. La campagne lancée par diverses ONG craignant qu'ils ne soient torturés ou soumis à d'autres formes de mauvais traitements a suscité une réaction du gouvernement de Tunis, dont cette dépêche de l’agence AP rend compte :
Les autorités tunisiennes ont démenti mardi 17 juillet 2007 qu'un ex-détenu à Guantánamo, Abdallah Ben Amor Hajji, récemment rapatrié en Tunisie, ait subi de mauvais traitements ou fait l'objet de menaces, comme il l'a affirmé.
"M. Abdallah Ben Amor Hajji, précédemment détenu par les autorités américaines à Guantánamo et remis le 18 juin 2007 aux autorités judiciaires tunisiennes, n'a subi aucun mauvais traitement en Tunisie, et ce contrairement aux allégations dénuées de toute preuve attribuées à son avocat", selon un communiqué du ministère de la Justice. "Aucune menace n'a jamais été proférée contre sa personne et encore moins à l'encontre de sa famille", ajoute-t-on.
L'avocat de l'intéressé, Me Samir Ben Amor, qui lui a rendu visite à deux reprises à la prison civile de Mornaguia, à 25km de Tunis, a affirmé que son client était incarcéré dans des "conditions déplorables", "en isolement dans une cellule exiguë dépourvue d'aération et de lumière". Abdallah Ben Omar El Hajji, qui a reçu la visite de représentants du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), a-t-il précisé, aurait en outre subi des mauvais traitements lors de son interrogatoire. Il aurait été menacé, avec sa famille.
L'état de santé du prisonnier est cependant jugé "normal", voire "en amélioration sur le plan psychique", bien qu'il souffre d'un problème de vue, selon son conseil.
Les autorités assurent que M. Hajji, condamné par contumace par le tribunal militaire de Tunis à dix ans d'emprisonnement pour "appartenance à une organisation terroriste" et recherché depuis lors pour purger sa peine, "est détenu dans des conditions normales et reçoit régulièrement la visite de sa famille et de son avocat". Elles avancent en outre que, "contrairement aux allégations attribuées à son avocat, M. Hajji n'a pas, à ce jour, encore été interrogé ni par la police judiciaire ni par le juge chargé de l'affaire".
"Etat de droit, la Tunisie garantit les droits de citoyens et sa législation, conforme en tous points aux conventions internationales pertinentes, ne tolère aucun traitement inhumain ou dégradant envers les détenus", fait valoir le communiqué.
Le prisonnier ayant fait appel de sa condamnation, son cas sera examiné le 26 septembre.
Source :
AP, 17 juillet 2007

mercredi 4 juillet 2007

Depuis sa prison tunisienne, Abdullah Ben Omar dénonce «les conditions inhumaines» de guantánamo

Un ex-détenu tunisien de Guantánamo, Abdallah Ben Omar El Hajji, récemment remis aux autorités tunisiennes, a dénoncé mardi «les conditions inhumaines» dans lesquelles s'est déroulé son rapatriement et «les tortures» qu'il dit avoir subies pendant les cinq ans de sa détention sur la base militaire américaine à Cuba.
L'ex-pensionnaire de Guantánamo a fait ces révélations lors d'un entretien avec Me Samir Ben Amor, qui lui a rendu visite pendant une heure dans la prison de Mornaguia, à environ 30km de Tunis, où il est actuellement incarcéré, en attendant d'être rejugé le 26 septembre prochain par le tribunal militaire de Tunis. Il avait été condamné en 1995 par contumace par cette juridiction à 20 ans de prison dans l'affaire dite du «Front islamique». «Le voyage du retour qui a duré plus de dix heures à bord d'un avion de l'armée américaine s'est déroulé dans des conditions inhumaines. J'avais les pieds et les mains ligotés, les yeux bandés et les oreilles obstruées par des écouteurs», a déclaré l'avocat à l'Associated Press, en relatant le récit fait par son client. Selon Me Ben Amor, Abdallah Ben Omar a nié avoir jamais adhéré à une quelconque organisation terroriste. Il affirme s'être rendu au Pakistan avec sa femme Aïcha et ses huit enfants ainsi que son beau-fils Hédi Hammami pour faire du commerce et travailler dans le cadre d'organisations de secours islamique. Il a confié que cette idée lui a été inspirée après un séjour de deux ans en Arabie saoudite à la fin des années 80. Il a été arrêté en avril 2002 par la police pakistanaise à son domicile, en même temps que son beau-fils encore en détention à Guantánamo dans le contexte qui a suivi les attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux États-Unis. Deux mois après, les services de sécurité pakistanais l'ont remis aux forces américaines qui l'ont envoyé sur la base de Bagram (Afghanistan) avant de le transférer à Guantánamo à la fin de l'été 2002. Pendant le transfert des prisonniers du Pakistan en Afghanistan, les militaires américains leurs faisaient porter des cagoules asphyxiantes qui ont causé la mort de certains d'entre eux, selon Abdallah Ben Omar. «Dans le centre de détention de Guantánamo, les prisonniers étaient soumis à diverses pratiques de torture: on les plaçait durant de longues périodes dans des tonneaux remplis d'eau, d'autres étaient suspendus aux portes ligotés ou encore traînés dénudés comme des animaux avant leur interrogatoire», a encore raconté l'ex-détenu. Il a cité le cas d'un de ses compatriotes indentifié seulement par son prénom, Abdallah, qui, a-t-il dit, a perdu ses facultés mentales du fait des tortures subies. «Plus que les maltraitements physiques, c'est plutôt au niveau mental que Abdullah Ben Omar souffrait», a encore rapporté Me Ben Amor. «Pour provoquer les détenus qui sont musulmans, les geôliers jetaient le Coran dans les toilettes ou avec les habits sales», a-t-il dénoncé.

Source : AP, 29 juin 2007

jeudi 21 juin 2007

Le gouvernement US envoie des détenus de Guantánamo en Tunisie malgré des menaces de mauvais traitements et de torture

par Reprieve, 19 juin 2007

Reprieve dénonce le transfert – qui vient d’être révélé aujourd’hui – de son client le prisonnier de, Guantánamo Abdallah Ben Amor, et d’un second prisonnier, dont on ignore pour l’instant le nom, en Tunisie.Les deux hommes ont été expédiés en Tunisie le dimanche 17 juin 2007. Condamné par contumace en Tunisie pour son association avec le parti politique d’opposition Ennahdha, M. Ben Amor court un risque sérieux de mauvais traitements et de torture.
Au début des années 1990, M. Ben Amor a été condamné par contumace en Tunisie à 23 ans de prison pour son affiliation au parti politique islamiste modéré et non-violent Ennahdha. À cette époque, M. Ben Amor vivait au Pakistan depuis 2 ans. Il était absent à son procès et n’a donc pu se défendre. Cette condamnation, ajoutée à l’emprisonnement de M. Ben Omar à Guantánamo, lui fait courir un risqué grave de détention indéfinie et de torture."
Abdallah Ben Amor a été blanchi par les USA, qui ont considéré qu’il ne constituait pas e menace et ne détenait aucune information sur le terrorisme. Mais les USA ne lui ont pas présenté d’excuses et ne l’ont pas remis en liberté après cinq ans à Guantánamo. Au lieu de cela, il a été expédié en Tunisie, où des mauvais traitements et éventuellement des tortures l’attendent. Qu’est-il arrivé à la justice américaine ? Comment pouvons-nous assurer note sécurité en renvoyant des hommes innocentés à des régimes notoirement sinistres ? », a dit Zachary Katznelson, avocat de Reprieve.
Le gouvernement US n’a autorisé Reprieve à rencontrer M. Ben Amor qu’une seule fois durant ses cinq ans de détention. Lors de sa rencontre avec Zachary Katznelson le 1er mai 2007 à Guantánamo, M. Ben Omar a exprimé de vives inquiétudes quant aux risques qu’il courait, en cas de renvoi en Tunisie, d’être torturé pour être forcé à faire des aveux ou à devenir un informateur. Lorsque Reprieve a plus tard appris que M. Ben Amor avait été condamné par contumace – une condamnation dont M. Ben Amor n’a apparemment pas eu connaissance -, l’organisation a demandé à plusieurs reprises à être autorisée à rendre de nouvelles visites à notre client. Le gouvernement US n’a pas répondu à ces requêtes.
"Aujourd’hui, Abdallah Ben Amor se retrouvé transformé en cobaye dans une expérience diplomatique potentiellement mortelle. Les USA sont si désespérément résolus à se débarrasser de détenus de Guantánamo Bay, qu’ils sont prêts à ignorer l’horrible dossier des droits humains de la Tunisie. La Tunisie fait face à un choix simple : agira-t-elle correctement et montrera-t-elle au monde qu’elle soutient les droits humains ou va-t-elle retourner à son sombre passé ? Nous attendons tous de le savoir », a déclaré Zachary Katznelson.
Abdallah Ben Amor est né dans le nord-est de la Tunisie. Après ses études , il a travaillé comme mécanicien pour les chemins de fer tunisiens. Il a quitté la Tunisie pour l’Arabie saoudite en 1989 pour ensuite aller au Pakistan, fuyant son pays pour cause de persécution religieuse.
Il vivait donc au Pakistan quand il a été condamné en son absence en Tunisie à 23 ans de prison. En 2001, Abdallah a été arrêté à son domicile par des agents pakistanais. Il dit avoir été vendu aux USA pour une rançon de 5000 $. Il se trouvait à Guantánamo Bay depuis le 5 août 2002. Il est marié et a huit enfants. Sa famille vit en Tunisie.
Pour plus d’information ou des interviews, appelez SVP Zachary Katznelson au +44 (0)7838 383 149. Tel: +44 (0)20 7353 4640Fax: +44 (0)20 7353 4641 - Courriel : zachary@reprieve.org.uk
Traduit par le
Collectif guantánamo

Tunis confirme la remise de deux ex-détenus de Guantanamo, Lotfi Lagha et Abdullah Hajji

La Tunisie a confirmé mercredi soir s'être fait remettre par les autorités américaines deux de ses ressortissants qui étaient détenus sur la base militaire de Guantanamo à Cuba.
Dans un communiqué transmis à l'Associated Press, les autorités tunisiennes expliquent que les deux ex-détenus, Lotfi Lagha et Abdallah Hajji, étaient réclamés par la justice tunisienne "en raison de poursuites pénales en cours à leur encontre" et qu'ils leur ont été remis lundi par les autorités américaines.
Le premier fait l'objet d'une instruction judiciaire auprès du tribunal de première instance de Tunis pour "appartenance à une organisation en relation avec la commission de crimes terroristes", indique le communiqué sans plus de précisions.
Lotfi Lagha a été déféré devant le juge d'instruction près ce tribunal à l'effet de parachever les investigations et de déterminer s'il est impliqué dans les faits pour lesquels il est poursuivi.
Quant au deuxième prévenu, Abdallah Hajji, qui a été précédemment condamné par défaut (à 20 ans de prison), il pourra faire opposition à ce jugement et, dans ce cas, devrait être rejugé pour répondre des griefs qui lui sont attribués lors d'un procès public lui offrant toutes les garanties légales, ajoute le communiqué qui ne précise pas ces griefs.
L'information avait été annoncée plus tôt dans la journée, à l'Associated Press, par Cris Chang, un responsable de l'organisation de défense des droits de l'homme Reprieve, basée à Londres, puis confirmée par l'avocat tunisien Samir Ben Amor, spécialiste des affaires liées au terrorisme. Toutefois, ces deux sources avaient indiqué que les deux détenus avaient été rapatriés dimanche dernier par les autorités américaines.
Source : AP, 20 juin 2007