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samedi 30 mai 2009

"Participation aux frais"

Lisez bien ceci et pincez-vous : non, vous ne rêvez pas! Les USA vont vendre des détenus de Guantánamo à l'Union européenne! ça, c'est un deal !

L'UE s'accorde sur les ex-détenus de Guantanamo
par Jean-Pierre Stroobants, Le Monde, 29/5/2009
Les Etats de l'Union européenne (UE) sont proches d'un accord interne concernant l'accueil d'ex-détenus de Guantanamo. Par ailleurs, ils négocient avec les autorités américaines sur d'éventuelles compensations financières, indirectes, pour les prisonniers innocentés et désireux de s'installer dans un pays européen.
Jeudi 4 juin, à Luxembourg, les ministres de l'intérieur de l'UE formaliseront le premier texte. Après diverses tractations, les Vingt-Sept ont surmonté l'essentiel de leurs divisions. La France, l'Italie, l'Espagne, le Royaume-Uni, le Portugal, la Belgique et la Lituanie se disent, à ce stade, prêts à accueillir d'anciens prisonniers de Guantanamo, afin d'aider l'administration Obama à fermer le camp, en janvier 2010. Les membres de l'UE, mais aussi des pays non membres qui forment avec eux l'espace Schengen (Suisse, Norvège, Liechtenstein, Islande) ont prévu un mécanisme complet d'échange d'informations sur les ex-détenus. Elles porteront sur la période précédant leur arrivée (Qui sont-ils ? où les installer ? quelles limitations leur imposer ?) et sur leur séjour.
Mais l'Autriche exige un texte imposant aux Etats accueillant des détenus de limiter leurs déplacements. Ce point se heurte à des obstacles juridiques qui pourraient toutefois être contournés par une négociation avec les avocats des personnes concernées. Et il est probable que les pays d'accueil surveilleront discrètement les intéressés.
Pour écourter les discussions, les Vingt-Sept ont approuvé l'idée que chaque Etat décidera seul du statut légal à accorder aux personnes accueillies (réfugié, permis de séjour temporaire...).
L'autre volet de la négociation concerne la relation avec les Etats-Unis. Bruxelles a indiqué à l'administration Obama que seuls des détenus totalement innocentés par la justice américaine seraient admis sur le territoire de l'Union, soit 40 à 50 prisonniers sur un total de 250.
Les Européens demandent aux Américains d'accepter eux aussi d'ex-prisonniers sur leur territoire. "Les responsables (américains) qui négocient avec nous semblent d'accord, mais un problème politique interne subsiste", indique un diplomate de l'UE.
En revanche, un troisième obstacle semble levé. Washington accepterait de dédommager non pas les anciens détenus innocentés mais lesEtats européens prêts à les accueillir sous la forme d'une participation financière aux frais de voyage, d'installation et de santé des intéressés.
Enfin, certains pays européens aimeraient signer avec Washington une déclaration conjointe à haute portée symbolique. Elle stipulerait que la lutte antiterroriste doit respecter les droits humains fondamentaux, qu'il n'y aura plus jamais d'autre Guantanamo et que les conventions bannissant la torture seront désormais respectées.
Les Européens partisans d'un tel texte pensent que cet engagement moral permettrait à Washington de convaincre plus facilement le Canada et l'Australie, notamment, d'accepter à leur tour d'ex-prisonniers.
Pourquoi seule l'Europe devrait-elle accueillir d'anciens détenus ?
29.05.2009  The Washington Post
"Si les Etats-Unis refusent d'accueillir ces gens sur leur sol, pourquoi devrions-nous le faire ?" s'interroge un élu bavarois. La volonté américaine de transférer cinquante anciens détenus de Guantanamo Bay en Europe se heurte à une nouvelle opposition des pays concernés. "Les ministres de l'Intérieur des Vingt-Sept pressent l'administration Obama d'adopter une déclaration commune qui engagerait les Etats-Unis à accepter eux aussi certains détenus, ce à quoi le Congrès américain est très réticent", écrit le quotidien.

mercredi 18 mars 2009

L'Europe négocie l'accueil de détenus de Guantanamo

par Corine Lesnes, Le Monde, 18/3/2009
Les Etats-Unis et l'Union européenne ont entamé officiellement, lundi 16 mars, leurs discussions sur l'accueil éventuel de détenus de Guantanamo en Europe. Jusqu'ici, Washington n'a pas formulé de demande officielle, mais une soixantaine de prisonniers seraient concernés. Les Européens ont réclamé la transparence sur la situation des détenus et les raisons pour lesquelles ils ont été arrêtés. La décision finale d'accueil reviendra à chaque pays mais, compte tenu de la liberté de circulation qui prévaut dans l'espace Schengen, la commission de Bruxelles veut agir "de manière coordonnée".
Deux mois après l'annonce par Barack Obama de sa décision de fermer Guantanamo avant la fin janvier 2010, une délégation européenne a présenté au ministre américain de la justice, Eric Holder, et au numéro deux du département d'Etat, Jim Steinberg, une "liste de questions" en vue d'étudier la possibilité de "reloger" la soixantaine d'étrangers - sur les 240 encore détenus - contre lesquels les Etats-Unis ne souhaitent pas engager de poursuites et qui ne peuvent être renvoyés dans leur pays d'origine.
Selon le vice-président de la Commission européenne chargé de la justice, Jacques Barrot, et le ministre de l'intérieur tchèque, Ivan Langer, dont le pays préside l'Union européenne, le département d'Etat a de son côté proposé d'élaborer un protocole d'accord qui rappellerait "les principes qui doivent inspirer la lutte antiterroriste".
Cette déclaration montrerait que les Etats-Unis ont clairement l'intention de tourner la page sur leur politique de détention, a expliqué M. Barrot, "de manière à nous rassurer sur la conduite future des Etats-Unis".
La liste de questions, préparée par la Commission européenne et la présidence, compte une vingtaine de points. La moitié concerne les détenus eux-mêmes et leur dossier. Les Européens veulent, par exemple, comprendre la différence, dans la nomenclature américaine, entre un détenu déclaré "prêt à être libéré" ou "prêt à être transféré".
Les autres questions sont d'ordre plus général, les Européens voulant s'assurer que "les erreurs du passé ne seront pas reproduites", a expliqué M. Barrot, en précisant qu'il avait évoqué la situation à la prison de Bagram, située en Afghanistan.
Le ministre tchèque, Ivan Langer, a souligné quant à lui que la délégation n'avait "pas mandat pour négocier", mais il a néanmoins fait mention d'une "condition" européenne : obtenir "le maximum d'informations" sur les individus concernés.
La République tchèque est l'un des pays, avec le Danemark et les Pays-Bas, qui ne souhaitent pas héberger d'anciens de "Gitmo". Plusieurs autres se sont en revanche proposés, comme l'Espagne et le Portugal.
Les Européens ont aussi fait comprendre à leurs interlocuteurs qu'ils n'avaient pas l'intention de se fâcher avec la Chine en accueillant les dix-sept Ouïgours qui ont été blanchis dès 2003, et qui sont détenus à part en attente d'un pays d'accueil depuis plus de cinq ans.
M. Barrot a fait valoir que les pays dotés d'une forte communauté chinoise sont mieux préparés que les Européens pour accueillir ces Ouïgours. Mais le partage du fardeau ne semble plus une condition préalable, aux yeux des Européens, comme sous l'administration Bush.
Parmi les soixante détenus qui pourraient être "relogés" en Europe figurent des ressortissants de l'Algérie, de la Tunisie, de l'Egypte, de la Libye, de la Syrie, de la Chine, de la Russie, de l'Azerbaïdjan, du Tadjikistan, de l'Ouzbékistan et des Territoires palestiniens.
En ce qui concerne les suspects que Washington espère passer en procès, le gouvernement n'a toujours pas décidé si les poursuites seraient engagées devant la justice militaire ou la justice civile.
Vingt et une personnes inculpées de crimes de guerre
800. C'est le chiffre total de prisonniers qui ont été incarcérés depuis janvier 2002 et soupçonnés d'être des "ennemis combattants illégaux", une catégorie juridique inventée en 2001 par l'administration Bush pour se soustraire aux conventions de Genève et qui vient d'être abandonnée officiellement par l'administration Obama.
240 d'entre eux restent détenus à Guantanamo dont vingt et un sont inculpés de crimes de guerre.
60 hommes sont libérables, mais ils ne peuvent être renvoyés dans leur pays d'origine où ils risquent des persécutions.
Condamnations. Des tribunaux militaires d'exception ont jugé le Yéménite Ali Hamza Al-Bahlul (qui avait été condamné à la prison à vie en novembre 2008), l'Australien David Hicks (neuf mois de prison et aujourd'hui libre dans son pays) et le Yéménite Salim Hamdan (cinq ans et demi).

mardi 10 juillet 2007

Wolfgang Schäuble veut « guantánamoïser » l’Allemagne : il propose l'«exécution ciblée» des terroristes


Au nom de la lutte antiterrorisme, Wolfgang Schäuble oublie les droits fondamentaux
Le ministre de l'Intérieur a provoqué hier un tollé en envisageant dans l'hebdomadaire «Der Spiegel» de créer un nouveau cadre juridique susceptible de renforcer la lutte contre le terrorisme et de rendre possible notamment «l'exécution ciblée» de suspects.
Le ministre conservateur envisage aussi l'introduction «d'un délit pour complot comme en Amérique», et «de traiter comme des combattants et d'interner les personnes qui mettent en danger» la sécurité nationale.
Certains ministres et la presse n'ont pas mâché leurs mots en réaction à ces propositions. «Schäuble veut tuer Ben Laden», ironise le «Tageszeitung» en présentant en couverture le ministre un sabre entre les dents. «La peine de mort est interdite en Allemagne. Mais avec la référence à la lutte contre le terrorisme cela ne paraît plus évident». Ces nouvelles réflexions du «ministre du droit de la guerre» constituent des «bases pour une sorte de droit martial et (...) de Guantánamo allemand», a commenté le «Berliner Zeitung»
Source
: Le Matin (Suisse), 9 juillet 2007

La lutte antiterroriste montre la vulnérabilité des démocraties
Les déclarations controversées du ministre allemand de l'Intérieur Wolfgang Schäuble sur le renforcement de la lutte antiterroriste n'ont rien à voir avec la politique intérieure allemande, écrit Brigitte Alfter. "Si l'on s'intéresse à ce qui se passe dans les autres pays, Wolfgang Schäuble n'est pas le seul à remettre en question les lois qui protègent la vie, la sécurité juridique et la sphère privée en temps de guerre comme de paix. Guantánamo prouve que le gouvernement américain actuel brouille les frontières entre les lois qui s'appliquent en temps de guerre et de paix. D'autres droits fondamentaux sont remis en question au nom de la lutte contre le terrorisme, comme l'interdiction de torture et de reconduite à la frontière lorsqu'il existe une menace de torture dans le pays d'origine. Peut-être que la déclaration du ministre n'était qu'un ballon d'essai pour tester les réactions. Mais quand un ministre influent du pays le plus puissant de l'UE se permet de lancer le débat sur le droit d'un Etat à assassiner des hommes et à les emprisonner sans jugement, cela nous montre clairement à quel point nos démocraties sont vulnérables."
Source :
Information (Danemark), 10 juillet 2007

Vers une 'guantánamoïsation' de l'Allemagne ?
Le ministre allemand de l'Intérieur Wolfgang Schäuble n'est plus un opposant avisé du terrorisme, mais de ceux qui le pratiquent, affirme Heribert Prantl à la lumière des nouvelles propositions du ministre pour lutter contre le terrorisme. Wolfgang Schäuble projette notamment d'interdire à ceux qui mettent en danger l'Etat de droit d'utiliser des téléphones portables et Internet, et de modifier la Constitution afin de rétablir la peine de mort pour les terroristes. "Wolfgang Schäuble fait peur. Le ministre parle comme si l'Allemagne ne pouvait trouver son salut qu'en se transformant en un Etat détenteur du permis de tuer - c'est-à-dire par la mutation de l'Etat de droit en un régime d'extralégalité légale. Il prône la réflexion et pratique le contraire ; il met en garde contre l'hystérie, mais contribue à la répandre ; il désapprouve Guantánamo, mais parle comme si une 'Guantánamoïsation' du système juridique allemand était urgente."
Source :
Süddeutsche Zeitung, 9 juillet 2007

mardi 27 février 2007

CIA, vols secrets

par Ignacio Ramonet, Le Monde diplomatique, mars 2007 (éditorial)Indécence ? Cynisme ? Perversion ? Comment qualifier l’attitude des gouvernements européens surpris en flagrant délit de complicité avec des services étrangers dans l’enlèvement clandestin de dizaines de suspects traînés vers des prisons secrètes et livrés à la torture ? Peut-on imaginer plus flagrante violation des droits de la personne humaine ?Deux événements récents témoignent de la schizophrénie ambiante. D’abord, le 7 février dernier à Paris, la signature solennelle par la plupart des gouvernements européens de la convention de l’Organisation des Nations unies (ONU) contre les « disparitions forcées » (1), qui criminalise l’usage des prisons secrètes. Puis, le 14 février, au Parlement européen de Strasbourg, l’adoption d’un rapport (2) qui accuse ces mêmes gouvernements de complicité avec la Central Intelligence Agency (CIA) américaine dans des opérations d’enlèvements clandestins.
Selon ce rapport, entre 2001 et 2005, les avions de la CIA auraient fait pas moins de mille deux cent quarante-cinq escales dans des aéroports européens, avec souvent à leur bord des suspects victimes de « disparitions forcées » acheminés clandestinement vers le bagne illégal de Guantánamo ou vers des prisons de pays complices (Egypte, Maroc) où la torture se pratique habituellement. Il est désormais évident que les gouvernements européens n’ignoraient rien de la nature criminelle de ces vols secrets. Certains d’entre eux ne se sont d’ailleurs pas contentés de fermer les yeux. Ainsi, la Pologne et la Roumanie sont particulièrement suspectées d’avoir aménagé sur leur sol de « petits Guantánamo » où étaient incarcérées, en attendant leur transfert définitif, des personnes enlevées au Pakistan, en Afghanistan ou ailleurs.

Le gouvernement britannique est soupçonné d’avoir participé à l’enlèvement de suspects et à leur mauvais traitement. De même que les gouvernements suédois et autrichien. Quant aux autorités allemandes, elles sont accusées, entre autres, de « ne pas avoir ignoré » l’enlèvement d’un de leurs ressortissants, d’origine libanaise, M. Khaled Al-Masri, transféré en Afghanistan. Les services secrets italiens sont, eux aussi, accusés d’avoir aidé des agents de la CIA à enlever clandestinement, à Milan, l’imam Hassan Moustapha Ossama Nasr, dit « Abou Omar », transféré en Egypte, où il aurait été torturé et violé (3).
Cette massive violation des droits humains n’a pu se faire sans que les services du haut représentant pour la politique étrangère de l’Union européenne, M. Javier Solana, ainsi que ceux de son collaborateur, le coordinateur européen de la lutte antiterroriste, M. Gijs de Vries, en aient eu connaissance. M. de Vries, en un geste éloquent, a choisi de démissionner : « Les Etats démocratiques, a-t-il averti, doivent mener leur combat antiterroriste dans le cadre du respect des lois (...). L’accumulation des mauvais traitements d’Abou Ghraïb, des abus de Guantánamo et des enlèvements de la CIA a miné la crédibilité des Etats-Unis et de l’Europe (
4). »

Tous ceux, dirigeants ou exécutants, qui ont participé à ces enlèvements doivent craindre la justice. Et méditer sur le destin de Mme María Estela Martínez, dite « Isabelita Perón », ancienne présidente de l’Argentine, pays où, au nom de l’antiterrorisme, les autorités pratiquèrent massivement les enlèvements politiques. Elle vient d’être arrêtée à Madrid, accusée de la « disparition forcée » d’un étudiant, Héctor Faguetti, en février 1976, il y a donc trente et un ans... La justice est lente, mais elle doit être inexorable.

Notes

(1) Une soixantaine de pays – dont le Chili, l’Argentine et l’Uruguay, mais pas les Etats-Unis – l’ont signée. Au moins vingt Etats devront ratifier la convention pour qu’elle entre en vigueur.

(2) Disponible sur www.europarl.europa. eu , ou cliquer ici.

(3) Un tribunal de Milan a entamé, le 16 février dernier, une procédure judiciaire contre vingt-six agents américains de la CIA et plusieurs membres des services secrets italiens accusés d’avoir organisé en février 2003 la « disparition forcée » de l’imam Abou Omar.

(4) El País, Madrid, 17 février 2007.

mardi 6 février 2007

Les déboires des Marocains bosniaques

Par Brahim Mokhliss, LE REPORTER (Maroc), N° 400, 1er février 2007

Des combattants islamistes, dont des Marocains qui se trouvaient en Bosnie et à quion avait octroyé la nationalité bosniaque, risquent d’être déchus de leur nationalité et renvoyés vers leur pays d’origine.
Amnesty International, le Comité Helsinki des droits de l'homme de Bosnie-Herzégovine et le Comité international des droits de l'Homme ont exprimé leur inquiétude concernant les activités de la Commission d'État de Bosnie-Herzégovine pour la révision des décisions sur la naturalisation des citoyens étrangers (dont des Marocains) qui a commencé son travail en mars 2006. Car ses décisions pourraient entraîner le transfert de personnes vers des pays où elles risqueraient de graves violations de leurs droits humains.
En effet, au cours de la guerre yougoslave, plus de 5000 musulmans, parmi eux des Marocains, s’étaient rendus entre 1991 et 1995 dans ce pays pour soutenir les musulmans. Environ 1500 parmi ces volontaires musulmans venus du monde entier sont ensuite restés en Bosnie et ont acquis la citoyenneté bosniaque. Soit en reconnaissance de leurs bons et loyaux services dans la défense de la Bosnie agressée soit suite à un mariage avec une bosniaque.
Or, nous apprend le président du «Collectif Guantanamo- France» Fausto Giudice, journaliste indépendant, écrivain et éditeur (collectif créé pour défendre les détenus de Guantanamo) voici que, depuis quelques mois, le gouvernement bosniaque a constitué une commission chargée de réexaminer le dossier de ces anciens combattants et de leur retirer leur nationalité. Selon lui : « 330 hommes ont déjà été frappés par cette mesure, 500 autres sont en attente de passer devant la commission. Une fois privés de leur nationalité bosniaque, les intéressés disposent de deux mois pour trouver un pays d’accueil. Et la plupart d’entre eux n’en trouvent évidemment pas.
Quel pays, cinq ans après le 11 septembre, serait-il disposé à accueillir des combattants de la liberté désormais étiquetés « terroristes jihadistes» ? », se demande-t-il. «Oui, il y a des Marocains parmi les anciens combattants musulmans concernés par les retraits de citoyenneté bosniaque », nous a-t-il déclaré. Et d’ajouter : « Mais au stade actuel de notre enquête -difficile, car les gens ont peur - nous ne pouvons vous en dire plus ». La seule information qu’il a pu nous apprendre à ce sujet c’est que « l'un d'eux, Saïd Othmani, a été expulsé de Bosnie vers le Maroc en mars ou avril 2006 et il se trouve actuellement au Maroc, où il serait en liberté… ».
Ces nouvelles actions entreprises par le gouvernement bosniaque s’expliquent par sa volonté d’intégration à l’Europe. L’expulsion des combattants musulmans est une des conditions posées à la Bosnie par l’Union européenne et par l’OTAN pour son adhésion à ces deux structures.
Les anciens combattants de liberté bosniaque qui ont essayé de quitter la Bosnie ont été arrêtés
en France, Italie… Ces ex-combattants musulmans, dont un certain nombre de
Maghrébins, qui sont presque tous âgés de 40 ans et plus, n’ont évidemment rien à voir avec
le terrorisme, précise Fausto Giudice : « ils s’étaient tous refait une vie civile et familiale pacifique.
Ce n’est pas l’avis de Bruxelles, Berlin, Londres, Rome et Paris ni bien sûr de Washington. Il serait temps que les défenseurs des droits de l’homme et du citoyen et les parlementaireseuropéens s’alarment de ce scandale. Sinon, des centaines d’hommes se retrouveront à terme dans des prisons marocaines, tunisiennes, algériennes…»

dimanche 28 janvier 2007

Affaire Murat Kurnaz : les eurodéputés mettent en cause l'attitude de Berlin – Steinmeier nie tout


La commission d'enquête du Parlement européen sur l'utilisation de pays européens par la CIA pour le transport et la détention de terroristes présumés a soutenu mardi la cause du Turc Murat Kurnaz, détenu quatre ans à Guantánamo , qui met en difficulté politique le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier. "Selon des informations institutionnelles confidentielles, le gouvernement allemand n'a pas accepté l'offre américaine, faite en 2002, de libérer Murat Kurnaz de Guantánamo ", juge la commission d'enquête dans son rapport final adopté mardi.Murat Kurnaz a été arrêté en décembre 2001 au Pakistan, livré aux forces américaines en Afghanistan et transféré début 2002 à Guantánamo . Il y a passé plus de quatre ans, avant d'être libéré l'été dernier à la suite de pressions du gouvernement d'Angela Merkel.
L'ancien gouvernement "rouge-vert" de Gerhard Schröder, dont M. Steinmeier était le bras droit, est soupçonné par la presse allemande d'avoir tenté d'empêcher Kurnaz de revenir en Allemagne, alors que le gouvernement américain aurait offert dès 2002 de le libérer.
M. Steinmeier est dans la ligne de mire en tant qu'ancien ministre auprès de la chancellerie où il coordonnait les activités des services secrets."Toutes les enquêtes ont abouti dès la fin octobre 2002 à la conclusion que Murat Kurnaz ne représentait aucune menace terroriste", souligne le rapport du Parlement.La commission d'enquête a adopté mardi son rapport final par 28 voix contre 17. Il sera soumis au vote des députés en séance plénière à Strasbourg le 14 février.Le rapport recense une vingtaine de cas dits de "restitutions extraordinaires", comme celui de l'Allemand Khaled el-Masri, enlevé en 2003 en Macédoine et détenu plusieurs mois en Afghanistan, ou celui de l'ex-imam égyptien Abou Omar par des agents de la CIA à Milan en 2003.
Il dénombre quelque 1.245 escales européennes d'avions opérés par la CIA, pour la plupart logistiques mais dont certaines ont probablement servi à des transfèrements de prisonniers."Il est clair qu'il y a eu des activités illicites de la CIA en Europe, mais beaucoup de questions subsistent encore", a indiqué le président de cette commission parlementaire, le conservateur portugais Carlos Coelho.
Le rapport dénonce aussi le manque généralisé de coopération des États membres à l'enquête des eurodéputés, et en particulier l'accueil réservé aux membres de la commission lors de leur déplacement en Pologne où aucun député ou ministre polonais n'a daigné les rencontrer.Cependant, les députés polonais ont réussi à faire passer un amendement à une voix près considérant "qu'à la lumière des preuves indirectes susmentionnées, il s'avère impossible de conclure à l'existence de centres de détention secrète basés en Pologne". La Pologne est avec la Roumanie l'un des deux pays de l'UE soupçonnés d'avoir pu abriter une prison secrète de la CIA.
Les eurodéputés demandent aussi aux États membres d'ouvrir à leur tour une "enquête indépendante" pour mettre au jour la vérité, et de prendre des sanctions contre les pays qui auraient toléré ou autorisé ces opérations.
Face à ces accusations, le diplomate en chef de l'UE Javier Solana a réitéré mardi qu'aussi bien lui que les Etats membres avaient fait "tout ce qu'ils ont pu faire" pour collaborer avec l'enquête parlementaire et n'avaient rien caché.Franz-Walter Steinmeier a relevé vendredi que Murat Kurnaz aurait pu être renvoyé en Turquie, et assuré que Berlin "n'avait jamais fait traîner sa libération" de Guantánamo , où il est resté quatre ans. En pleine polémique sur un prétendu refus par l'Allemagne d'une soi-disante offre américaine en 2002 de faire libérer le "Tabilan de Brême", M. Steinmeier a déclaré au quotidien Bild Zeitung: "l'alternative n'était pas entre l'Allemagne et Guantánamo . Qu'est-ce qui s'opposait alors à la libération (de Kurnaz) en Turquie, où sa femme et d'autres membres de sa famille vivent?"
Son porte-parole, Jens Plötner, a expliqué que M. Steinmeier s'était efforcé de faire disparaître une "fausse perception courante dans l'opinion publique": "c'est, a-t-il dit, un jugement erroné que de penser que quelqu'un doit rester à Guantánamo si l'on n'autorise pas son entrée en Allemagne, quand cette personne dispose de la nationalité d'un pays tiers", la Turquie, a-t-il dit. M. Steinmeier, a-t-il confirmé, a participé à une réunion à huis clos en octobre 2002 avec les responsables des services secrets, au cours de laquelle l'affaire Kurnaz avait été examinée.Selon la presse, c'est lors de cette réunion que ces responsables auraient refusé un retour de Kurnaz en Allemagne.
M. Steinmeier, alors le bras droit du chancelier Gerhard Schröder, coordonnait les services secrets. Il a répété à plusieurs reprises qu'il n'avait pas reçu d'offre américaine de libérer Kurnaz et qu'il s'expliquerait devant une commission d'enquête parlementaire. Il a aussi dit qu'il n'était aucunement question pour lui de démissionner.
Le ministre a rappelé qu'à l'époque (2002), "la plus haute priorité était de garantir la sécurité de 82 millions de personnes en Allemagne".
"Des meneurs des attentats de New York et Washington (du 11 septembre 2001) venaient de Hambourg, et il y avait d'autres groupes et réseaux d'islamistes prêts à la violence dans d'autres villes", a-t-il dit. "Mon principe a toujours été: la plus grande sécurité pour les personnes, sans mettre en péril nos principes de droit. Je m'y suis toujours tenu, également dans l'affaire Kurnaz. Notre attitude était claire: chacun, même s'il est soupçonné de terrorisme, a droit à une procédure conforme à l'état de droit", a-t-il ajouté, faisant référence à Guantánamo .M. Steinmeier a souligné que son gouvernement "s'était préoccupé de Murat Kurnaz, même s'il possédait un passeport turc et non un passeport allemand". "Nous avons toujours parlé avec le gouvernement américain. Les Américains avait jusqu'à la fin des préoccupations de sécurité et considéraient en outre la Turquie responsable pour le suivi consulaire", a-t-il dit, en indiquant que Berlin s'était adressé au gouvernement turc dans cette affaire. Kurnaz a été libéré de Guantánamo à l'été 2006.
Sources : AFP, 23 et 26 janvier 2007

samedi 27 janvier 2007

Bosnie : la trahison comme prix de l’intégration à l’Europe

Par le Collectif guantanamo, France, 26 janvier 2007

Imaginez que la République espagnole, au lieu d’être écrasée, aurait triomphé et battu les forces rebelles du général Franco en 1938. Imaginez que la plupart des 50 000 combattants des Brigades internationales, en premier lieu les communistes allemands, tchèques, slovaques, polonais, autrichiens et italiens auraient préféré rester dans l’Espagne républicaine pour éviter se retrouver dans les prisons de leurs pays soumis à dictatures ou occupés. Imaginez que, dix ans plus tard, le gouvernement de Madrid, dirigé par des hommes ayant combattu eux-mêmes durant la guerre civile, aurait décidé de retirer la citoyenneté espagnole accordée dix ans plus tôt aux brigadistes et de les renvoyer dans leurs pays, toujours sous la botte fasciste.
Eh bien, ce scénario invraisemblable est en train de se réaliser en Bosnie-Herzégovine. Il suffit de remplacer République espagnole par République de Bosnie-Herzégovine et « brigadistes » par « combattants musulmans ».
Environ 1 500 volontaires musulmans venus du monde entier ont combattu dans les rangs de l’armée bosniaque durant la guerre qui a ensanglanté ce pays de 1991 à 1995. La plupart d’entre eux sont restés dans le pays et ont acquis la citoyenneté bosniaque, soit en reconnaissance de leurs bons et loyaux services dans la défense de la Bosnie agressée soit par mariage avec une femme bosniaque.
Or voici que, depuis quelques mois, le gouvernement bosniaque a constitué une commission chargée de réexaminer le dossier de ces anciens combattants et de leur retirer leur nationalité. 330 hommes ont déjà été frappés par cette mesure, 500 autres sont en attente de passer devant la commission. Une fois privés de leur nationalité bosniaque, les intéressés disposent de deux mois pour trouver un pays d’accueil. Et la plupart d’entre eux n’en trouvent évidemment pas. Quel pays, cinq ans après le 11 septembre, serait-il disposé à accueillir des combattants de la liberté désormais étiquetés « terroristes jihadistes » ?
Quelle mouche a donc piqué le gouvernement bosniaque ? Cette mouche s’appelle l’intégration à l’Europe. L’expulsion des combattants musulmans est une des conditions posées à la Bosnie par l’Union européenne et par l’OTAN pour son adhésion à ces deux structures. Et, fidèle au proverbe ottoman « baise la main que tu ne peux mordre », le gouvernement bosniaque s’exécute. Le nouveau Premier ministre, le Serbe de Bosnie Nikola Spiric ne fera que continuer sur la voie tracée par son prédécesseur, le Musulman Adnan Terzić, lui-même ancien combattant de la guerre de Bosnie. « L’année qui est devant nous sera celle des grands défis, dont le plus important est d’intensifier nos efforts pour adhérer à l’Union européenne et à l’OTAN », vient de déclarer Spiric. Et les choses sont en bonne voie, puisque la Bosnie vient de signer l’accord qui l’intègre au « Partenariat pour la Paix », première étape pour une adhésion à l’OTAN. Et elle s’apprête à signer cette année l’Accord de stabilisation et d’association avec l’Union européenne.
Le retrait de leur nationalité et l’obligation de quitter la Bosnie est une véritable tragédie pour les anciens combattants de liberté bosniaque. Où aller ? L’un d’eux, le Tunisien Mounir Silini, a été arrêté à Paris il y a quelques semaines alors qu’il tentait de rejoindre la Grande-Bretagne. Menacé d’expulsion vers la Tunisie, il a finalement pu être relâché et déposer une demande d’asile en France. Deux Algériens, Noureddine Gaci et Omar Frendi, ont été arrêtés par la police italienne à Parme le 18 janvier, en possession de faux papiers. Leur arrestation s’inscrit dans une opération lancée par la police italienne à l’échelle nationale sous le nom de code « Retour 2 », destinée à identifier et arrêter les ex-combattants musulmans fuyant la Bosnie et tentant leur chance sur le territoire italien.
Ce n’est pas la première fois que les Bosniaques trahissent leurs frères d’armes. Ils ont déjà livré à la CIA six Bosniaques d’origine algérienne qui sont toujours détenus à Guantanamo, après avoir été acquittés par la justice bosniaque de l’accusation d’avoir préparé un attentat (imaginaire) contre l’ambassade US à Sarajevo.
Un procès récent à Sarajevo a contribué à entretenir la paranoïa antiterroriste. Mirsad Bektasevic, une jeune Suédois né en Serbie, âgé de 19 ans, Abdulkadir Cesur, un jeune Turc né au Danemark de 21 ans et Bajro Ikanovic, un Bosniaque de 29 ans, ont été condamnés respectivement à 15 ans et 4 mois , 13 ans et 4 mois et 8 ans de prison pour avoir préparé des attentats à l’explosif contre des cibles non-préciséees.
Les ex-combattants musulmans, dont un certain nombre de Maghrébins, qui sont presque tous âgés de 40 ans et plus, n’ont évidemment rien à voir avec ce genre d’affaires. Ils s’étaient tous refait une vie civile et familiale pacifique. Ce n’est pas l’avis de Bruxelles, Berlin, Londres, Rome et Paris ni bien sûr de Washington.
Il serait temps que les défenseurs des droits de l’homme et du citoyen et les parlementaires européens s’alarment de ce scandale. Sinon, des centaines d’hommes se retrouveront à terme dans des prisons tunisiennes, algériennes, marocaines, saoudiennes, égyptiennes, syriennes, pakistanaises ou russes, qui ne sont que des îles de l’archipel du nouveau goulag de l’Empire dont le centre est à Guantanamo.