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vendredi 12 octobre 2007

Tunis n'est pas content

Les autorités tunisiennes ont critiqué jeudi la décision d'une juge fédérale américaine qui a interdit le rapatriement de Mohammed Rahman, un détenu tunisien de Guantanamo qui redoute d'être maltraité ou torturé dans son pays.
"Les instances judicaires étrangères devraient faire preuve de davantage de prudence, et éviter de relayer des allégations dénuées de tout fondement", a-t-on indiqué de source officielle à Tunis, en allusion à la décision, sans précédent, de la juge Gladys Kessler sur le sort d'un prisonnier de Guantanamo.
Jusqu'à présent, la justice américaine avait refusé d'intervenir pour empêcher les transferts de prisonniers, dont une cinquantaine originaires de Chine, Algérie, Libye, Tunisie et Ouzbékistan ne veulent pas retourner dans leur pays, selon l'association Human Rights Watch.
Les autorités tunisiennes affirment que "la torture et les mauvais traitements sont des pratiques répréhensibles en Tunisie" et sont "passibles de peines criminelles".
"La Tunisie respecte la dignité humaine, dans les textes comme dans la pratique", a assuré la même source, ajoutant que "les personnes privées de leur liberté bénéficient de tous les droits qui leur sont reconnus par la loi".
Notant que le Comité international du croissant rouge visite "régulièrement" les prisons tunisiennes, les autorités affirment que les deux anciens détenus de Guantanamo déjà rapatriés "jouissent de toutes les garanties d'un procès équitable et de conditions normales de détention".
Détenu sur la base navale américaine à Cuba depuis plusieurs années, Mohamed Rahman a appris en mai que le gouvernement américain ne le suspectait plus de terrorisme et prévoyait de le renvoyer en Tunisie, rappelle la juge Gladys Kessler dans sa décision publiée mardi.
Mais en 2005, la Tunisie a jugé et condamné par contumace M. Rahman à 20 ans de prison, essentiellement grâce aux éléments transmis par les Etats-Unis, ces mêmes éléments qui ont conduit le gouvernement américain à envisager sa libération.
Les avocats de M. Rahman ont fait valoir qu'un rapatriement équivaudrait à une condamnation à mort en raison de sa santé fragile et des risques de torture qu'il encourt.
Le gouvernement a répondu que les Etats-Unis ne rapatriaient aucun détenu avant d'avoir obtenu des assurances qu'il serait bien traité, estimant que la juge n'avait pas autorité sur un détenu de Guantanamo.

mercredi 10 octobre 2007

Une juge US bloque le transfert d’un détenu de Guantánamo vers la Tunisie

Vaut-il mieux être torturé à Guantánamo ou à la prison du 9-Avril de Tunis ? À cette épineuse question, Gusave Flaubert aurait sans doute répondu dans son Dictionnaire des idées reçues par cette définition :
Torture : plus noble à Guantánamo qu'à Tunis...
Une juge fédérale américaine a bloqué le transfert d'un détenu tunisien de Guantanamo Bay vers son pays d'origine, décidé par le département de la Défense, arguant qu'il risquait d'y être soumis à la torture, a-t-on constaté dans un jugement qui constitue une première dans le traitement des prisonniers soupçonnés d'actes terroristes détenus par les Etats-Unis.
La décision de la juge Gladys Kessler ne connaît aucun précédent en tant qu'intervention directe dans le sort d'un prisonnier de Guantanamo Bay, où 330 personnes accusées d'être liées à Al-Qaïda ou aux talibans sont toujours détenues sans possibilité de recours devant les tribunaux civils américains, selon le groupe Human Rights Watch et l'avocat du prisonnier tunisien.
"C'est la première fois depuis que le Congrès a essayé de supprimer la juridiction des tribunaux sur les détenus qu'un tribunal est intervenu et a dit à l'administration: 'attendez. Vous ne pouvez pas faire ce que vous dites que vous voulez faire'", a déclaré Jennifer Daskal, conseillère de l'ONG Human Rights Watch en charge des affaires antiterroristes.
Selon la juge Kessler, Mohammed Abdul Rahman a été condamné par contumace en Tunisie à 20 ans de prison et pourrait faire face à des actes de torture s'il était rapatrié. Sa décision a été rendue le 2 octobre, mais était placée sous scellé jusqu'à mardi.
Le département de la Défense avait décidé du transfert en 2005. Une porte-parole du Pentagone a déclaré mardi que l'administration américaine tente de s'assurer que les rapatriés ne courent aucun risque d'abus.
"Les détenus ne sont pas rapatriés vers des pays où il est probable (...) qu'ils soient torturés", a déclaré Cynthia Smith à l'Associated Press dans un courrier électronique.
Human Rights Watch a cependant fait état le mois dernier de mauvais traitements contre deux prisonniers transférés en Tunisie il y a près de quatre mois, malgré les assurances des autorités envers Washington. Des accusations niées par Tunis.
Source : AP, 10 octobre 2007