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dimanche 4 septembre 2011

La prison militaire de Bagram, le "Guantanamo" afghan

Les proches de sept Pakistanais détenus sans inculpation à la prison militaire de la base américaine de Bagram, en Afghanistan, se battent devant les tribunaux pour les faire libérer.

mercredi 24 juin 2009

Pourquoi Obama refuse la publication des photos

par Yvonne RIDLEY. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : Why Obama refuses to put us in the picture

Il existe un groupe d’hommes et de femmes pleins de suffisance au sein des services de renseignement US qui savaient très bien que le président Barack Obama n’autoriserait jamais la publication des photos et vidéos de tortures de prisonniers.
Ils savaient très bien que ces images étaient trop choquantes pour être révélées aux yeux du monde extérieur et la triste vérité est qu’elles resteront choquantes pendant les 50 années à venir.
Je le savais aussi bien mais je ne l’ai pleinement réalisé qu’il y a quelques semaines au cours d’une rencontre destinée à éveiller la conscience publique sur le legs de la Guerre contre terrorisme de George W Bush.

Jusque-là j’avais cru naïvement que l’administration Obama remplirait sa promesse d’être l’administration la plus ouverte dans l’histoire de l’Usamérique.
Chaque fois que j’avais des doutes sur les promesses courageuses d’Obama la réponse à la question : « Pouvez-vous vraiment ? » était un sonore : « Oui, nous le pouvons ».

Comme je l’ai dit, les doutes m’ont assailli lors d’une rencontre à Bradford, dans le Nord de l’Angleterre, durant un discours à réveiller les morts, tenu par Anas Al Tikriti, de la Fondation Cordoba, sur les injustices de la Guerre contre le terrorisme auxquelles nous continuons à être confrontés.

Pour illustrer son discours, des images parlantes de la prison d’Abou Ghraïb étaient projetées sur des écrans géants tout autour de la salle…J’ai constaté avec surprise que j’avais de fait oublié à quel point elles étaient horribles. Nous nous souvenons tous de l’image, devenue icône, de Satar Jabar encagoulé, debout sur une caisse et tenant deux fils électriques dans ses mains, avec un autre fil attaché à son pénis, persuadé qu’il est sur le point d ‘être électrocuté.

Mais les autres photos, quand elles ont été projetées, ont coupé le souffle et le sifflet au public, qui s’est mis à s’agiter sur ses chaises, mal à l’aise. Il semble que le temps avait émoussé nos souvenirs et que certains d’entre nous avaient oublié les hommes nus, empilés en pyramides humaines, les chiens montrant les dents et haletant au-dessus de prisonniers terrorisés, lorgnés par des militaires US ricaneurs.
Je me suis penchée vers mon voisin de gauche et lui ai confié : « Je ne peux pas croire que j’avais oublié l’horreur qu’était Abou Ghraïb. »

Il m’a chuchoté en retour : « Ce n’est rien. Rappelle-toi que les photos sont sorties longtemps après l’ouverture de Guantanamo et plus de trois ans après que des gens avaient déjà été torturés et assassinés à Bagram. Si tu penses que ces photos sont horribles, attends que les autres soient publiées. »
Et à ce moment-là, j’ai réalisé que justement, ça ne va pas avoir lieu.

Mon voisin n’était autre que Moazzam Begg, sans doute le plus connu ex-pensionnaire de Guantanamo Bay, un homme qui a témoigné des brutalités et des atrocités, y compris le meurtre et la torture, commises de façon routinière par les interrogateurs et les soldats US à Bagram, en Afghanistan.


Avant son kidnapping

Nous étions venus tous deux à Bradford pour parler de l’odyssée du Dr. Aafiya Siddiqui, une mère de trois enfants qui a été kidnappée, torture et détenue plusieurs années à Bagram avant d’être blessée par balle par des soldats US et d’être soumise à un transfert extraordinaire vers New York.

À cette époque, les USA démentaient que le Dr. Siddiqui eût jamais été détenue à Bagram – bien que j’en eusse des preuves irréfutables, dont une identification positive par d’anciens détenus.

Et il m’est apparu que dans ces immondes archives cachées de photos et de vidéos révélant toute l’étendue des tortures US, il devait certainement y avoir des photos du Dr. Aafiya Siddiqui.

Comme les USA continuent à démentir avoir jamais détenu le Dr Siddiqui, il est hors de question qu’ils publient l’intégralité des archives de photos et de vidéos car celles-ci sont trop accusatrices et ouvriraient les vannes à un flot de toutes sortes d’actions en justice, d’annulations de procès et sans doute de compensations.

Bien sûr, l’autre raison pour laquelle le président Obama ne veut pas que ces images soient rendues publiques, c’est que cela enflammerait à la fois les amis et les ennemis et à long terme, sans doute, cela mettrait en danger la vie de tout citoyen US voyageant dans le monde musulman, pour ne pas parler des militaires.

Obama a lui-même dit qu’il avait décidé d’empêcher la publication des images de détenus torturés par les interrogateurs US pour la raison que “la conséquence la plus directe d’une publication, je crois, serait d’enflammer encore plus l’opinion anti-US et de mettre nos troupes encore plus en danger ». L’animateur de télé Jon Stewart a noté avec une ironie désabusée dans son show Comedy Central que la déclaration d’Obama « résume le dilemme dans lequel nous nous trouvons dans cette affaire de torture et d’abus. Torturer des détenus est censé être l’unique moyen d’obtenir certaines informations qui nous donneront une plus grande sécurité. Mais publier des photos de nous le faisant, ça, ça nous mettrait en danger. »

Bien sûr, si les interrogateurs n’avaient rien fait de fâcheux, il n’y aurait rien eu à cacher. Mais il est clair qu’il ya quelque chose à cacher, non ? Et si ce que Moazzam dit est vrai, ce dont nous parlons, c’est le viol, les abus sadiques et les brutalités pas seulement d ‘hommes et de femmes, mais aussi d’enfants.

Si certains culs-terreux républicains se contenteraient sans doute de rigoler au spectacle d’hommes au teint basané que l’on brutalise, je ne suis pas sûre qu’ils se contenteraient de hausser les épaules devant les photos de tortures de femmes et de jeunes enfants.


Le Dr. Aafia Siddiqui, photographiée en détention en Afghanistan en juillet 2008

Deux des enfants du Dr. Aafiya Siddiqui sont encore portés disparus – l’un d’eux n’était qu’un bébé de quelques mois lorsqu’il a été arraché des bras de sa mère par un agent féminin US qui avait pris part à l’arrestation. L’autre enfant, une petite fille, avait juste commencé à marcher.

Cette information, soit dit en passant, m’a été donnée gratuitement par un des policiers de Karachi qui avait participé à l’opération conjointe [pakistano-US, NdT] d’arrestation du Dr. Siddiqui en mars 2003. Et pourtant les autorités US continuent à mentir, malgré l’accumulation de preuves.

Alors, croyez-vous que les Usaméricains ont torture le bébé ou la petite fille ? Est-ce de cela que les interrogateurs de la CIA et du FBI, et leurs sous-traitants free lance, sont capables ? Est-ce pour cela qu’Obama ne peut pas, ne veut pas que les photos et vidéos soient rendues publiques ?

Croyez-vous que les interrogateurs de la CIA ont procédé à des simulacres de noyade avec les enfants du Dr. Siddiqui ? Peut-être les ont-ils même soumis à des abus sexuels comme ils l’ont fait avec des hommes et des femmes détenus à Abou Ghraïb.

Aha, j’entends déjà certains d’entre vous hurler au ciel, objectant bruyamment à mes commentaires et folles spéculations. Vous pourriez m’accuser d’être irresponsable et de nourrir les flammes de la haine du monde musulman envers chaque soldat US et chaque détenteur d’un passeport US. Et vous pourriez avoir raison, mais ne vous en prenez pas à moi, prenez-vous en à votre président.
Car c’est lui qui AVAIT promis de rendre publiques ces affreuses archives et c’est lui qui A dit une fois que “la lumière du jour est le meilleur désinfectant”.

Mais après avoir visionné ce matériel obscène, il a choisi d’adopter la position de l’autruche, dans la croyance idiote que ça ca va passer et être bientôt oublié

Mais ça ne sera pas le cas, et jusqu’à ce que ces archives soient rendues publiques, les folles spéculations continueront à grossir, nourries par la haine et la colère devant le fait qu’à nouveau un président US a été élu sur des fausse promesses et des mensonges.

Albert Einstein a dit un jour: « Le monde est un endroit dangereux où vivre, non pas à cause des gens qui sont mauvais, mais à cause de ceux qui ne font rien par rapport à ça. » Obama peut-il faire quelque chose pour que ces photos et vidéos soient rendues publiques. OUI, IL LE PEUT !

lundi 1 juin 2009

Kaboul veut rapatrier Mohammad Jawad, emprisonné à Guantanamo depuis l'âge de 12 ans

L'Afghanistan a demandé aux Etats-Unis le rapatriement d'un Afghan de 19 ans, envoyé à l'âge de 12 ans à la prison de Guantanamo (Cuba), selon un procureur de l'Etat afghan, tandis que des avocats ont affirmé qu'il avait été torturé dans la prison américaine.
Alors âgé de 12 ans, Mohammad Jawad avait été arrêté par la police afghane en décembre 2002 pour avoir lancé une grenade qui avait blessé deux soldats américains. Il avait ensuite été livré à l'armée américaine et transféré début 2003 à Guantanamo où il est toujours.
«Il n'y a aucun doute que Jawad a été torturé pendant qu'il était aux mains du gouvernement américain pendant les sept dernières années», a lancé son avocat, Eric Montalvo, un commandant du corps des Marines américains désigné par le département américain de la Défense.
«Nous avons envoyé une lettre officielle à l'ambassade américaine (à Kaboul, ndlr) demandant le rapatriement le plus rapide possible de Mohammad Jawad», a déclaré le procureur de l'Etat afghan Sayed Sharif Sharif, au cours de la même conférence de presse.
«Nous attendons du gouvernement américain qu'il laisse rentrer Jawad sans délai», a ajouté M. Sharif, pour qui la détention du jeune homme est «totalement illégale».
Une fois rentré, Mohammad Jawad sera interrogé par les autorités afghanes, selon la même source. «Il est probablement innocent et il sera libéré», a dit M. Sharif.
Par ailleurs, l'Association du barreau d'Afghanistan, qui a appelé lundi les présidents afghan Hamid Karzaï et américain Barack Obama à libérer le jeune homme, a elle aussi accusé l'armée américaine de tortures.
Source : AFP, 1/6/2009
Emprisonné à 12 ans
Mohammad Jawad, un Afghan envoyé début 2003 à la prison de Guantanamo à l'âge de 12 ans sous l'accusation d'avoir lancé une grenade qui a blessé des soldats américains à Kaboul, s'y trouve toujours, a annoncé mardi à l'AFP son avocat américain, qui demande son retour au pays.
"Nous allons faire tout ce que nous pouvons pour le libérer de sa cage (...) et le faire revenir en Afghanistan, ce qui aurait dû être fait depuis longtemps", a expliqué à Kaboul le commandant du corps des Marines américains Eric Montalvo, désigné comme son avocat par le département américain de la Défense.
Aujourd'hui âgé de 19 ans, le jeune homme "est dans un mauvais état mental", souligne l'officier, qui le rencontre chaque mois.
"Cela fait presque sept années qu'il est incarcéré. Il a tenté de se suicider en 2003. C'est une situation très difficile, mais il garde espoir et c'est ce qui le fait tenir", ajoute l'avocat.
L'avocat dénonce notamment "les mauvais traitements et la torture infligés à un jeune homme qui a passé son adolescence en prison".
Les deux défenseurs américains de Mohamed Jawad, M. Montalvo et le capitaine Christopher Kannady, ont présenté lundi une requête devant la Cour suprême afghane lui demandant de reconnaître l'illégalité de l'extradition vers Guantanamo "d'un enfant afghan accusé à tort", indique un communiqué qu'ils ont publié avec la Commission afghane indépendante des droits de l'Homme.
"Nous le pensons innocent. Nous allons démontrer cela avec le procureur général afghan" au cours de la procédure, a précisé M. Montalvo, qui dit avoir "le soutien total" du ministre afghan de la Défense, le général Abdul Rahim Wardak.
Selon le communiqué, Mohammad Jawad a été arrêté en décembre 2002, accusé d'avoir lancé une grenade sur une patrouille américaine qui a blessé deux soldats et leur interprète afghan.
Après un séjour dans les prisons afghanes fait de "mauvais traitements et torture" alors qu'il était âgé d'"environ 12 ans à l'époque", il avait été remis à l'armée américaine qui "l'avait transféré unilatéralement en février 2003 de la base de Bagram (la plus grande base américaine en Afghanistan, ndlr) à Guantanamo, où il se trouve depuis", poursuit le document.
"M. Jawad a été continuellement privé des conditions de détention appropriées à son âge ou de toute opportunité de réhabilitation", comme l'exige la Convention des droits de l'Enfant "dont les Etats-Unis et l'Afghanistan sont signataires", dénonce le communiqué.
"La Commission afghane indépendante des droits de l'Homme mène elle-même une enquête" et a réclamé le soutien du gouvernement afghan, ajoute le document.
L'armée américaine a longtemps détenu à Guantanamo des prisonniers sans jugement pour une durée illimitée au nom de la "guerre contre le terrorisme".
Une fois sortis, des prisonniers ont raconté avoir subi de multiples mauvais traitements, voire de la torture mentale ou physique.
Depuis juin 2008, les détenus de Guantanamo peuvent contester leur emprisonnement devant la justice de droit commun, et le président américain Barack Obama, élu en novembre dernier, s'est engagé à libérer les prisonniers que la justice aurait déclaré illégalement détenus.
En juillet 2002, un Canadien de 15 ans, Omar Khadr, avait été arrêté en Afghanistan, soupçonné d'avoir lancé une grenade qui a tué un soldat américain, puis transféré en octobre 2002 à Guantanamo, où il se trouve depuis.
La justice canadienne a ordonné son rapatriement en avril mais le gouvernement canadien a fait appel de cette décision.
Source : AFP, 26/5/2009

samedi 11 août 2007

La famille d’ Omar Deghayes dénonce la torture et les sévices subis à Guantánamo

La famille d'un résident britannique détenu sur la base américaine de Guantánamo à Cuba dénonce les tortures et sévices réguliers qu'il a subis depuis son arrestation au Pakistan, rapporte samedi le Guardian.
Omar Deghayes, un Libyen de 37 ans, est l'un des cinq prisonniers au camp de Guantánamo, tous résidents au Royaume-Uni avant leur incarcération, dont Londres a demandé officiellement la libération à Washington mardi. Deghayes, arrivé en 1980 à Brighton en Angleterre, a été arrêté au Pakistan fin 2001- début 2002 avant d'être transféré à Bagram en Afghanistan puis à la prison de Guantánamo, résume le journal.
Sa famille a rendu public un dossier détaillant les sévices sexuels et violences répétés dont il a été victime et qu'il a détaillés à un avocat qui lui avait rendu visite à Guantánamo, écrit le Guardian. Selon le quotidien britannique, Omar Deghayes dit avoir reçu des décharges électriques dans la prison de Kaboul, été privé de nourriture pendant 45 jours lors de son transfert de Bagram vers Guantánamo où il aurait été battu à plusieurs reprises depuis. Près de 800 prisonniers, capturés dans le cadre de la guerre américaine contre le terrorisme, la plupart en Afghanistan et au Pakistan sont passés par le camp de Guantánamo depuis son ouverture dans les mois ayant suivi les attentats du 11-Septembre.

Source : AFP, 11 août 2007

vendredi 10 août 2007

Lotfi Lagha a été amputé de 8 doigts à Bagram avant d’être envoyé à Guantánamo

Un Tunisien récemment rapatrié de la base de Guantánamo, Lotfi Lagha, a accusé les militaires américains de lui avoir sectionné les doigts après l'avoir drogué, a déclaré vendredi son avocat, Me Samir Ben Amor.
Les autorités américaines n'ont fait aucun commentaire dans l'immédiat. Me Ben Amor a accordé un entretien à l'Associated Press après avoir rencontré jeudi son client pour la première fois la veille à la prison de Mornaguia, à 30km de Tunis, où il est incarcéré depuis son retour en Tunisie fin juin dernier.
Selon le récit fait par Me Ben Amor, Lotfi Lagha avait immigré clandestinement en 1998 en Italie où il est devenu musulman pratiquant. C'est au début de 2001 qu'il est parti pour l'Afghanistan, a indiqué l'avocat sans en préciser les motivations.
Au plus fort de l'offensive américaine, il s'était réfugié à Tora-Bora, en Afghanistan, pendant un mois, avant de fuir le pays. Il a été arrêté début 2002 à la frontière pakistanao-afghane dans un état très précaire. "J'avais les mains et les pieds gelés par le froid glacial", a-t-il relaté à son avocat.
Après une hospitalisation pendant trois mois et demi, les services de sécurité pakistanais l'ont remis à l'armée américaine qui l'a transféré à la base de Bagram, en Afghanistan.
Pendant le mois qu'il y resté, les militaires américains lui avaient dit que son état nécessitait qu'on lui coupe les doigts des deux mains affectés. Il a déclaré s'y être farouchement opposé, d'autant que les médecins pakistanais lui avaient assuré qu'il pouvait être soigné par un traitement ordinaire.
C'est alors que médecins américains de la base de Bagram l'ont drogué le soir pour qu'il se trouve le lendemain avec quatre doigts de chaque main sectionnés, excepté les pouces, affirme-t-il.
"A mon réveil et malgré mon état, les militaires n'ont pas arrêté de m'asséner des coups partout sur le corps avec des matraques et leurs brodequins", ajoute-t-il. Il a également dénoncé les mauvais traitements qu'il dit avoir subi dans la base militaire de Kandahar.
Pendant les cinq ans qu'il devait passer ensuite dans la base de Guantánamo, Lotfi Lagha a dit avoir été victime, avec d'autres détenus, de "tortures et autres pratiques humiliantes".
Lotfi Lagha qui affirme avoir été rapatrié malgré lui, fait l'objet de poursuites pénales sous l'accusation d'appartenance à association de malfaiteurs. Il encourt une peine de six ans de prison, selon le code pénal tunisien. Il a été interrogé pendant trois jours au ministère de l'intérieur sans faire l'objet de maltraitements, selon son avocat qui prévoit que son procès aura lieu vers novembre prochain.
Source : AP, 10 août 2007

mardi 7 août 2007

Tunisie: Abdallah Ben Amor sera rejugé 12 ans après sa condamnation par contumace

Rapatrié en Tunisie fin juin après cinq ans de détention sur la base militaire américaine de Guantánamo, Abdallah ben Amor est toujours emprisonné et regrette d'avoir accepté de retrouver son pays. Il y sera rejugé pour une affaire qui lui a valu une condamnation par contumace, selon son épouse Khadija Bousaïdi.
Cette entrevue à l'Associated Press, la première qu'elle accorde à la presse, s'est déroulée samedi dans les bureaux de l'avocat de son époux, Me Samir ben Amor, Mme Bousaïdi ayant tenu à éviter de rencontrer le correspondant de l'AP à son domicile.
Agé de 51 ans, Abdallah ben Amor avait été condamné par contumace en 1995 à dix ans de prison dans l'affaire dite du «Front islamique de Tunisie», auquel il nie avoir appartenu. Il doit être rejugé par le tribunal militaire de Tunis le 26 septembre.
Son parcours commence au Pakistan, où il s'était installé en 1988 avec son épouse, ses enfants ainsi que son beau-fils Hédi Hammami, époux de sa fille aînée. Pendant 14 ans, il y a fait commerce de textiles et a travaillé dans le cadre d'organisations de secours islamiques, selon son épouse.
Mais en 2002, Abdallah ben Amor a été arrêté par les services de sécurité pakistanais, en compagnie de son beau-fils. Ils ont été transférés vers la base militaire de Bagram, en Afghanistan, puis vers Guantánamo.
Le jour de sa remise aux autorités tunisiennes, l'ex-pensionnaire de Guantánamo a été conduit au ministère de l'Intérieur où il a été interrogé par les services de sécurité. «Ils voulaient savoir à quelles organisations il appartenait et lui faire signer un document contenant des aveux dans ce sens, qu'il a du reste refusé de signer», rapporte Mme Bousaïdi.
Les autorités tunisiennes nient que le détenu ait subi des mauvais traitements ou fait l'objet de menaces.
Source : AP, 7 août 2007

dimanche 9 mai 2004

Guantanamo, un défi mondial, un enjeu planétaire

par Fausto Giudice*, Genève, 8 mai 2004
Intervention à la conférence : « Guantanamo : Prisonniers sans droit, le droit prisonnier?», organisée par le groupe des juristes de le section suisse d’Amnesty International.

Chers amis,
Je tiens tout d’abord à remercier Amnesty International de m’avoir invité, non pas tant parce que cela signifie une reconnaissance du travail de fourmi que mène le Collectif guantanamo, créé en février 2003 en France, mais par l’occasion que cela donne d’engager un dialogue avec vous, avec des personnes physiques, ce qui nous change un peu du dialogue par écrans interposés, dans le “monde virtuel”. Répondant à la demande des organisateurs, j’avais préparé une intervention calibrée pour ne pas dépasser 20 minutes. Mais les événements des derniers jours - le “scandale” des photos d’Abou Ghraïb en Iraq - me conduit à faire quelques remarques préliminaires non-prévues.
Je commencerai par une blague : Savez-vous quelle est la différence entre guantanamo et Abou Ghraïb ? Eh bien, à guantanamo, le personnel militaire n’a pas le droit d’introduire des appareils photo numériques. Le général Geoffrey Miller s’est bien chargé de mettre en place des dispositifs de surveillance interne pour éviter toute fuite. C’est ce même Geoffrey Miller qui a été chargé des prisons US en Iraq. Son mot d’ordre est un néologisme : il faut, dit-il, “gitmo-ize” - “guantanamoïser” les prisons en Iraq.
Qui est Miller ? C’est un général de 54 ans, ancien parachutiste, Texan. Il a été responsable du camp de guantanamo d’octobre 2002 à mars 2004. En 18 mois, il a mis au point un système carcéral performant, qu’il considère comme un “modèle” et un “laboratoire”. Il est désormais charger d’appliquer ce modèle en Iraq. Un modèle qui se résume à “surveiller, punir et...interroger”.
Miller a été nommé à guantanamo après des cafouillages sévères dans la direction du camp. Le premier commandant du camp n’a été en poste que de janvier à octobre 2002. C’est que ce général de réserve, spécialiste du renseignement militaire, avait un petit défaut : il était aussi docteur en droit et avocat dans le civil. Un juriste donc. Et ce général Michael Dunlavey, au bout de quelques mois, au vu des résultats des interrogatoires des prisonniers, a pris un coup de sang. Il a donc pris l’avion pour Bagram, en Afghanistan, la base militaire US près de Kaboul d’où étaient envoyés les prisonniers à guantanamo, et il est allé passer un savon aux gens de la CIA en leur disant : «Mais arrêtez donc de nous envoyer des Mickey Mouse ! Il n’y a pas un seul terroriste là-dedans !»
Exit donc Dunlavey. Avec son successeur, Rick Baccus, ce sera encore pire : ce général de la Garde nationale de Rhode Island s’est fait tout de suite mal voir en montrant du respect aux détenus, qu’il saluait par “Salam Aleikum”. Il a aggravé son cas en demandant à la Croix-Rouge d’afficher dans le camp des affiches indiquant aux prisonniers quelles étaient leurs obligations en tant que prisonniers de guerre : ils n’étaient obligés de déclarer que le leur nom, lieu et date de naissance et numéro matricule, rien de plus. Baccus croyait que les “combattants ennemis illégaux” étaient des prisonniers de guerre. Il avait tout faux !
Exit donc Baccus et arrive Miller. Miller installe un système de sécurité et de contrôle des prisonniers, fondé sur un système de punitions e(t de récompenses, qui vont d’un Twinkie ou un Happy meal jusqu’au transfert dans des dortoirs d’une dizaine de prisonniers. Il met au point le modèle de guantanamo, effcacement secondé par son bras droit, qui s’appelle - cela ne s’invente pas - Adolf...McQueen ! Maintenant qu’il est attelé à appliquer le modèle guantanamo en Iraq, c’est le général Jay Hood qui a pris la relève, continuant sur la lancée de Miller à guantanamo même.
Ces remarques faites, j’en viens à mon intervention.
Comme je crois qu’il y a suffisamment d’intervenants hautement qualifiés à cette tribune pour parler de guantanamo du point de vue du droit, je vais donc essayer de faire une série de remarques à partir d’une triple approche : politique, stratégique et historique.
Je crois qu'il est nécessaire de situer guantanamo dans l’espace et dans le temps pour bien comprendre à quoi exactement nous avons affaire.
Tout d’abord une définition de guantanamo; c’est celle donnée par le Collectif guantanamo dans son appel fondateur de février 2003. guantanamo, c’est le premier camp de concentration off shore de l’Empire.
Les quatre termes sont également importants :
- camp de concentration d’abord : guantanamo s’inscrit dans une lignée qui va des camps de prisonniers sudistes des Confédérés durant la Guerre de sécession aux camps d’internement des citoyens US d’origine japonaise pendant la deuxième guerre mondiale, en passant par les camps de concentration britanniques pour les Boers en Afrique du Sud au début du XXème siècle ou pour les Malais en Malaisie pendant les années 40, sans oublier bien sûr les camps nazis et l’archipel du goulag soviétique. guantanamo est donc une sorte de condensé historique de toute l’expérience de l’enfermement concentrationnaire en même temps qu’il est un laboratoire d’expérimentation de nouvelles méthodes, adaptées à la situation du XXIème siècle.
- Premier camp de concentration off shore ensuite. Off shore, c’est le terme qu’on utilise pour les plateformes pétrolières en mer et ça signifie : extraterritorial. Tous les autres camps de concentration se trouvaient toujours sur un territoire juridiquement défini, en général un territoire national ou un territoire annexé comme la Pologne occupée par les nazis. Et tous les camps avaient en général, du moins formellement, des structures et des instances juridiques internes et même dépendaient d’instances juridiques formelles, même si cela ne changeait pas grand chose au sort des prisonniers. Avec guantanamo, on assiste à l’invention d’un système carcéral échappant à toute juridiction. En somme, on est sur la lune...
- Premier camp de concentration off shore de l’Empire enfin. Oui, c’est l’aspect le plus frappant de guantanamo. Voilà des citoyens originaires de 42 pays de toute la planète capturés en Afghanistan, au Pakistan, en Gambie ou ailleurs par des soldats et des policiers venus des USA et déportés à 24 heures d’avion de là, dans les Caraïbes. La dimension planétaire du phénomène est évidente. Planétaire et impériale. À guantanamo, un pays membre de l’ONU sur cinq est représenté. guantanamo est la première prison mondialiste d’un Empire qui a une ambition de domination mondiale.
Dans les années 70, à l’époque de la bande à Baader et des Brigades rouges, certains fonctionnaires allemands avaient conçu un projet qui avait été repoussé avec une certain répulsion par leurs collègues européens : construire une prison centrale européenne de haute sécurité pour les terroristes de tous les pays du Marché commun, comme on disait alors. Le projet avait été rapidement abandonné. Aujourd’hui, guantanamo incarne le pire cauchemar paranoïaque que l’on puisse imaginer.
Mais guantanamo n’est que la pièce centrale d’un dispositif planétaire que nous avons baptisé la galaxie guantanamo. Comme l’archipel du Goulag, la galaxie guantanamo a de nombreuses filiales et succursales. Les unes sont gérées directement par l’Empire yankee, les autres sont gérées par les alliés et les marquis - c’est-à-dire les administrateurs des marches de l’Empire.
Dans la première catégorie, il faut citer la base aérienne de bagram, près de Kaboul, où sont détenus un nombre inconnu de “combattants ennemis étrangers illégaux”. Et puis, il y a Diego Garcia, une île de l’Océan Indien louée par les Anglais à l’US Army, qui en chassée les 2 000 habitants. À Diego Garcia sont sans doute détenus des “gros poissons” capturés en Afghanistan et au Pakistan. Et on est en droit de supposer que d’autres centres de détention clandestins sont disséminés dans les bases militaires US de par le monde.
Dans la deuxième catégorie, on peut citer la prison anglaise de haute sécurité de Belmarsh, où sont détenus depuis plus de 2 ans 12 étrangers musulmans sans être inculpés et privés de tout droit. 2 autres détenus, un Libyen et un Algérien ont pu enfin sortir récemment de ce guantanamo anglais. On peut encore citer la prison du Cygne blanc, dans la région russe de Stavropol, où sont détenus 7 des 8 détenus russes de guantanamo livrés à la Russie, ou encore les prisons de Malaysia, où sont détenus sans inculpation depuis 2 ans plus de 80 suspects de terrorisme.
guantanamo est le centre d’une toile d’araignée qui s’étend sur toute la planète.
Ses fonctions sont multiples :
La première fonction est la propagande de la terreur. guantanamo comme menace pour tous les enfants turbulents du Sud de la planète : “si tu n’es pas sage, je t’envoie à guantanamo”.
La deuxième fonction est le dressage. Le système carcéral adopté à guantanamo a pour objet de transformer des hommes musulmans, maigres, barbus, jugés fanatiques, solidaires entre eux, forcément ignorants et mal élevés puisqu’ils ne parlent même pas l’anglais, bref sauvages en bonshommes obèses, individualistes, amateurs de hamburgers, de coca-cola, de musique rock et de pin-ups pour calendriers de camionneur et bien sûr disposés à dénoncer leurs frères, en un mot en consommateurs modèles de l’american way of life. Les prétendus talibans doivent devenir des Mister Smith, des hommes nouveaux de l’Empire. On n’a pas cherché à les convertir en presbytériens, baptistes, méthodistes ou épiscopaliens mais cela ne saurait tarder.
La troisième fonction est l’expérimentation de nouvelles méthodes d’enfermement, de disciplinage, d’interrogatoire et, il faut le dire, de torture. C’est la dimension laboratoire. À chaque nouvel ennemi, le système impérial US a cherché à trouver des nouvelles tactiques de combat militaire, politique, idéologique et policier, donc aussi de nouvelles méthodes pour “surveiller, punir et interroger”.
C’est que guantanamo n’a pas été improvisé, mais pensé et préparé, avant même le 11 septembre 2001 et la guerre contre l’Afghanistan. Utilisée pour concentrer des boat people haïtiens dans les années 90, la base de guantanamo devait accueillir des “réfugiés” ou des prisonniers de la guerre du Kosovo, mais on y a renoncé au dernier moment. Elle devait accueillir des prisonniers faits en Iraq, mais là aussi, on y a renoncé lorsqu’on s’est rendu compte que Saddam Hussein avait préparé sur place un dispositif carcéral amplement suffisant.
Mais la quatrième et principale fonction de guantanamo est celle-ci : c’est un outil stratégique de commandement au service de la diplomatie guerrière de l’Empire. De guantanamo émanent des messages multiples, des directives même aux pays dont des ressortissants sont enfermés.
Citons quelques-uns de ces messages directifs :
1°- Les interrogatoires de tel ou tel de vos ressortissants ont permis d’établir l’existence de tel ou tel réseau terroriste dans votre pays. Nous vous demandons donc avec insistance de sévir contre telle ou telle organisation, telle ou telle personne. Sur la base d’interrogatoires surréalistes, le FBI et la CIA agissent même directement dans une série de pays, supervisant les arrestations. L’exemple le plus massif est le Pakistan, le plus meurtrier est le Yémen.
2° - Deuxième message aux pays dont des ressortissants sont détenus à guantanamo : si vous collaborez avec nos projets impériaux, on pourra éventuellement vous rendre vos détenus. C’est ce qui s’est passé avec une série de pays, qui ont pu récupérer certains de leurs ressortissants (Pakistan, Afghanistan, Arabie saoudite, Soudan, Danemark, Grande-Bretagne, Tadjikistan, Algérie entre autres). Colin Powell a envoyé un tel message à la France, la semaine dernière depuis Copenhague. Il a dit à mots couverts ceci : si la France accepte d’envoyer des troupes en Iraq, ne serait-ce que pour protéger la mission de l’ONU, les sept détenus français pourraient être libérés.Ainsi donc, les détenus de guantanamo jouent à leur corps défendant le rôle d’ambassadeurs si l’on se souvient que les ambassadeurs, historiquement, étaient des otages.
Désormais, guantanamo, auparavant connu à cause d’une célèbre chanson cubaine, est devenu un gros mot. Je citais le cas de Belmarsh, baptisé le guantanamo anglais. Je pourrais citer le local 1391, cette prison clandestine israélienne où sont détenus des Palestiniens et des Libanais, qui a été immédiatement baptisée le guantanamo israélien par les médias israéliens lorsqu’ils ont découvert son existence l’année dernière.
Rappel historique
Je passe maintenant au rappel historique qui me semble très pertinent pour replacer guantanamo.
Il touche à l’origine même de guantanamo, qui est un souvenir vivant du Premier Empire yankee.
En février 1903, le président Theodore Roosevelt signe avec le premier président cubain, Thomas Estrada Palma - qui était également citoyen des USA - un accord pour la « cession de terrains pour l’établissement de dépôts de charbon et de bases navales » à Bahia Honda et à guantanamo. Bahia Honda ne vit jamais le jour mais guantanamo devint une base navale permanente. L’accord, confirmé en juillet 1903, stipulait effectivement qu’il ne pouvait être rompu que par décision conjointe des deux signataires : la République dépendante de Cuba autorisait par là les forces navales des USA à stationner sur une portion de son territoire autant de temps que l’Empire l’estimait nécessaire. Et la nécessité devint d’autant plus durable que la « diplomatie de la canonnière » de Roosevelt Ier créa, quelques mois plus tard, l’État du Panama, jusque-là province des États-Unis de Colombie. Le gouvernement fédéral colombien ayant eu l’insolence de refuser une concession territoriale aux USA, pour la reprise de la construction du canal de Panama, la présidence US se fit l’instigatrice d’une sécession panaméenne. Aussitôt dit, aussitôt fait, la République de Panama était proclamée le 3 novembre 1903. Le 18 novembre, le Panama concédait aux USA, à perpétuité, l'« usage, l'occupation et le contrôle d'une zone de terrains […] pour la construction, l'entretien, l'exploitation, l'assainissement et la protection du dit canal. » La mer des Caraïbes devenait un point de passage direct entre l’Atlantique et le Pacifique : l’intérêt stratégique de la base navale de Guantanamo prenait une ampleur qui ne souffrait plus aucune contestation.
Mais il est fort utile de rappeler les circonstances historiques qui ont permis aux USA d’établir leur contrôle sur Cuba. Pour cela, il faut revenir quelques années en arrière.
En 1895, le Parti révolutionnaire cubain relance la guérilla contre l’Espagne, puissance coloniale. Ne parvenant pas à venir à bout de l’insurrection, la Couronne espagnole passe la main aux USA. On assiste alors à une mise en scène magique : le 15 février 1898, le navire cuirassé USS Maine de la flotte yankee explose en rade de La Havane, tuant les 268 hommes d’équipage, à l’exception notable de l’ensemble des officiers, tous invités, précisément ce soir-là, à un dîner en ville. L’explosion fut présentée par le gouvernement et les médias yankees comme une attaque espagnole. En 1975, une enquête de l’armée US conclut pourtant que la cause la plus probable était une explosion provenant de l’intérieur même du Maine. La thèse officielle privilégia alors l’hypothèse d’une explosion accidentelle de poussière de charbon dans une soute localisée près de la salle des munitions. Quelques 105 années plus tard, l’autre hypothèse - plausible bien que non retenue par la commission d’enquête militaire - est celle d’un « attentat » délibérément préparé, ou délibérément laissé préparer (il y a peu de différence), afin de justifier le déclenchement du conflit. Que conclura la commission d’enquête de l’an 2079 sur le 11 septembre 2001 ?
Le 25 avril 1898, répondant aux vœux des grands groupes de presse, des premiers grands trusts industriels et des firmes d’armement, le président McKinley déclare donc la guerre à l’Espagne. Sous le slogan « N’oubliez pas le Maine », l'escadre du commodore Dewey détruit, le 1er mai, la flotte espagnole des Philippines sans perdre un seul homme. Une guerre chirurgicale en somme. Le 3 juillet, c’est au tour de la flotte de l’amiral Cervera – dont le Cristobal Colon ! – d’être coulée, toujours en souvenir du Maine, dans la baie de Santiago de Cuba. Ce fut une véritable « guerre-éclair » : sans avions et sans blindés, 20 000 yankees opposés à plus de 300 000 soldats espagnols obtiennent, en moins de trois mois, la reddition des armées de la régente Elisabeth d’Espagne.
Le Traité de Paris de décembre 1898 organise une simple passation de souveraineté, contre paiement d’une indemnité, entre la Couronne espagnole et le gouvernement des USA sur les îles de Cuba, de Porto-Rico, de Guam et sur l’archipel des Philippines.
Contrairement à l’île de Porto-Rico qui fut annexée pour demeurer sous la tutelle directe du président des États-Unis d’Amérique jusqu’en 1952 et aux Philippines qui ne deviendront indépendantes qu’en 1946, Cuba est placée sous l’administration d’un gouvernement militaire d’occupation. L’armée yankee remplace l’armée espagnole, avec la même mission à remplir : mettre un terme à la Révolution cubaine. Le gouvernement militaire US se consacre au remplacement de l’Armée de libération par une garde rurale qu’il pouvait aisément contrôler et à l’élimination de l’« Assemblée représentative du peuple cubain armé », qui administrait les territoires libérés de l’occupation espagnole. Ce n’est qu’une fois cette politique contre-révolutionnaire appliquée par son armée d’occupation que le gouvernement yankee consentira à envisager la possibilité d’une république cubaine.
Une assemblée constituante est élue en novembre 1900, et la constitution de la République de Cuba votée en février 1901. Le peuple cubain s’étant doté d’une constitution lui permettant d’exercer sa souveraineté, les troupes yankees pouvaient évacuer l’île avec le sentiment du devoir accompli : la puissance coloniale européenne avait cédé la place à une nouvelle république américaine. Mais tel n’était pas le souhait de l’Empire.Le 27 février 1901, l'amendement proposé par le sénateur Orlando Platt est adopté par le Sénat US : son article 3 édicte que le gouvernement cubain autorise les USA à « intervenir en faveur de la sauvegarde de l’indépendance cubaine et du maintien d’un gouvernement attaché à la protection de la vie, de la propriété et de la liberté individuelle ».
Afin de permettre l’exercice de ce « droit d’intervention », l’article 7 prévoit que les USA pourront acquérir ou louer auprès du gouvernement cubain des terrains servant à « l’établissement de dépôts de charbon et de bases navales en certains points qui seront déterminés avec le Président des USA. »Surtout, et c’était là la mesure la plus destructrice de la souveraineté cubaine, l’amendement Platt proclamait que le président US ne laisserait « le gouvernement et le contrôle de l’île » au peuple cubain qu’à condition que l’amendement lui-même, voté par une institution yankee, soit « partie intégrante » de la constitution de la République de Cuba.
C’est Theodore Roosevelt qui mettra en application ce que prévoyait l’amendement Platt. Theodore Roosevelt avait préparé la guerre contre l’Espagne en tant que secrétaire adjoint à la Marine. Il était devenu vice-Président par l’utilisation médiatique de son engagement à Cuba où il incorpora des reporters au sein de son corps de volontaires, les Rough Riders (les « Rudes Cavaliers ») . L’assassinat de Mc Kinley lui permettra d’accéder à la présidence.
Roosevelt II (Franklin Delano) confirmera par le traité de 1934, qu’il n’y aurait pas de « nouvelle donne » (new deal en anglais) concernant Cuba : les limites territoriales de la base de Guantanamo demeureraient « aussi longtemps que les USA n’abandonneront pas la dite base navale ». La Deuxième Révolution cubaine de 1959 et la contestation par le gouvernement castriste de l’atteinte à la souveraineté du peuple de Cuba n’entama pas l’existence de la plus ancienne base outre-mer de l’Empire. Tout au plus, la base fut aménagée pour devenir autosuffisante en eau grâce à une usine de désalinisation, devenant plus totalement encore une enclave US sur le sol cubain.
Et c’est cette enclave qui a servi de laboratoire d’essai au Premier Empire yankee (1898-1941) avant que les bases militaires se multiplient et soient disséminées aux différents points stratégiques du Deuxième Empire (1941-2001) et du Troisième Empire (2001-…). Là est le lien entre Guantanamo et l’histoire de l’Empire yankee : c’est à guantanamo que le modèle impérial a été testé.
Quel est le modèle de domination impériale yankee ? Il peut être résumé en un schéma simple : « attentat » -> guerre -> occupation -> bases militaires. Ce schéma peut être développé ainsi :
• Un « attentat » vise une cible US, la plus symbolique possible (selon le contexte historique) afin de marquer l’opinion publique des citoyens US, et pourquoi pas l’opinion mondiale ;
• Le gouvernement US, au nom du droit de la victime à se défendre contre une agression (et sans attendre les résultats d’une quelconque enquête), déclare la guerre à un État qui fait obstacle aux Droits de l’Homme ainsi qu’aux intérêts de l’Empire (cette confusion entre les droits de l’humanité et les impérieux intérêts de l’Empire n’est-elle pas la preuve qu’il s’agit là de l’Empire du Bien ?) ;
• Les armées de l’Empire remportent une victoire par capitulation qui leur permet d’occuper le pays vaincu et d’y installer un gouvernement sensible aux intérêts yankees ;
• Ce gouvernement mis en place par l’armée d’occupation s’empresse de céder aux USA, afin que ceux-ci protègent l’indépendance du peuple fraîchement libéré (car les USA, comme Napoléon Ier, n’entreprennent que des guerres de libération), des bases militaires pour une durée proche de la permanence.
Par une répétition qui doit nous interroger, c'est ce schéma grossier de domination qui a été suivi lors des trois vagues d’expansion impériale yankee :
• L’explosion du Maine a justifié l’invasion de Cuba et des Philippines et l’élimination de leurs mouvements révolutionnaires, l’imposition de l’amendement Platt à Cuba, l’ouverture de l’économie cubaine aux capitaux yankees et l’établissement de la base de guantanamo ;
• L’attaque du 7 décembre 1941 sur Pearl Harbor a permis une vaste offensive dans le Pacifique, l’élimination de la concurrence de l’Empire nippon, son remplacement par une « démocratie industrieuse » et l’utilisation du Japon comme base de contrôle et de surveillance face à la Chine communiste. Remarque en passant sur Pearl Harbor : L’attaque a, encore récemment, suite aux attentats du 11 septembre 2001, été présentée comme un « attentat » dans le sens où il se serait agi d’une attaque surprise puisque l’Empire nippon n’avait pas déclaré la guerre à l’Empire yankee.
L’argument doit être sérieusement réexaminé lorsque l’on sait que le gouvernement US avait mis en place, à l’été 1941, un embargo total sur l’approvisionnement japonais en fer et en pétrole ; des mesures que Radhabinod Pal, un des juges au procès pour crimes de guerre des responsables japonais, en désaccord avec le verdict final, estima être « une menace claire et réelle pour l’existence même du Japon ». En réalité, le gouvernement US avait prévu, et voulu, cette guerre : l’attaque aérienne contre la base hawaiienne lui permit de faire basculer l’opinion publique jusque-là opposée au déclenchement de toute hostilité. Pearl Harbor offrit également l’occasion de créer un gigantesque complexe militaro-industriel qui permit aux forces US d’intervenir simultanément dans le Pacifique, en Afrique du Nord et en Europe au cours de la seconde guerre mondiale et de s’imposer comme le seul empire capitaliste – le 2e Empire yankee – face à l’Empire soviétique.
Enfin, il faut se rappeler que l’attaque sur Pearl Harbor eut lieu sous la présidence de Franklin D. Roosevelt, cousin de Théodore Roosevelt et, comme lui, ancien Secrétaire adjoint à la Marine. Elle servit également de justification à l’internement de plusieurs dizaines de milliers de citoyens US d’origine japonaise dans des camps de concentration.
• On observe un mécanisme similaire dans le déclenchement de l’intervention militaire US au Vietnam. Entre le 2 août et le 4 août 1964, deux destroyers US, le Maddox et le Turner Joy, qui se sont aventurés dans les eaux territoriales du Nord-Vietnam, essuient des tirs de la part des Nord-Vietnamiens. C'est du moins ce qu'affirment les services secrets de Washington (les équipages des navires concernés nieront plus tard la réalité de cette agression). Cet incident du golfe du Tonkin fournit au président Johnson le prétexte à une intervention militaire. Il lance dès le 4 août les premiers raids sur les positions communistes au Sud-Vietnam et, le 7 août, il obtient du Congrès les pleins pouvoirs militaires pour un engagement contre le Nord-Vietnam. Le 7 février 1965, l’aviation US commence à bombarder le Nord-Vietnam. On connaît la suite : 10 ans de guerre et le plus grand échec de toute l’histoire impériale des USA.
• Enfin, les attentats du 11 septembre 2001, ont justifié – pour l’heure - l’invasion de l’Afghanistan et de l’Iraq, l’élimination de deux régimes qui refusaient de céder à l’Empire sur la question d’un oléoduc pour les Talibans et des deuxièmes réserves mondiales de pétrole pour Saddam Hussein, la mise en place de gouvernements aux ordres à Kaboul et à Bagdad (lorsqu’aura cessé une période d’administration militaire US qui pourrait durer de quelques mois à plusieurs années) et l’établissement ou le renforcement de multiples bases militaires en Asie centrale et au Proche-Orient.
Voilà ce que je tenais à dire pour tracer un cadre général dans lequel replacer le défi mondial constitué par guantanamo. J’ai voulu ainsi vous donner une idée de la philosophie générale qui motive le Collectif guantanamo. Et je conclurai en rappelant que seules des multitudes humaines colorées, éclairées et organisées peuvent faire échec à l’Empire et à son goulag tropical. Je pense que nous aurons à débattre de cet aspect de la problématique qui nous réunit.

* Président du Collectif guantanamo, France.