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samedi 3 mars 2007

Pierre-Richard Prosper : le gouvernemen allemand n’a jamais demandé la libération de Murat Kurnaz

Berlin n'a jamais demandé aux Etats-Unis de libérer Murat Kurnaz, un Turc vivant en Allemagne et détenu quatre ans à Guantanamo, a indiqué jeudi un ancien responsable américain à la télévision allemande, réfutant les affirmations du gouvernement allemand. "Pendant toute la période de mon mandat, il n'y a eu aucun action du gouvernement allemand indiquant sa disposition à se voir remettre Kurnaz, et j'étais la personne responsable (de cette affaire) au sein du gouvernement américain", a affirmé à l'émission Monitor Pierre-Richard Prosper, représentant du Département d'Etat chargé notamment des crimes de guerre entre 2002 et 2005.
"Si les Allemands avaient dit dès 2002 qu'ils étaient prêts à reprendre Kurnaz, j'aurais pris l'avion, avec l'appui total du secrétariat d'Etat et de la présidence, pour négocier avec les Allemands des conditions et des modalités d'une libération", a-t-il ajouté dans le magazine qui devait être diffusé jeudi soir.
Le porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères, Martin Jäger, a qualifié d'"imcompréhensibles" les déclarations de l'ancien responsable américain, affirmant que "le gouvernement allemand s'est préoccupé à plusieurs reprises depuis 2002 et à des niveaux différents de M. Kurnaz".
Murat Kurnaz, surnommé le "Taliban de Brême" car il vivait dans cette ville, a été arrêté en décembre 2001 au Pakistan, livré aux forces américaines en Afghanistan et transféré début 2002 à Guantanamo. Il a été libéré en 2006 sur pression du gouvernement d'Angela Merkel.
Frank-Walter Steinmeier, actuel ministre des Affaires étrangères et ancien bras droit du chancelier social-démocrate Gerhard Schröder (1998-2005), a toujours démenti avoir reçu une offre en bonne et due forme des Etats-Unis pour la libération de Kurnaz. Le ministre doit être entendu, probablement le 22 mars, par la commission d'enquête parlementaire chargée d'éclaircir l'affaire Kurnaz.
Interrogé par Monitor, l'ancien vice-président des services de protection de la constitution (renseignements intérieurs) de l'Etat régional de Brême (nord), Lothar Jachmann, a indiqué qu'il n'existait dès 2002 aucun indice permettant de lier Kurnaz à un risque terroriste. "Nous n'avions rien, ni les Américains, ni le BND (services d'espionnage allemands), ni les services de protection de la constitution", a-t-il affirmé.
Source : AFP, 1er mars 2007

vendredi 9 février 2007

Murat Kurnaz – une victime de l’État

par Nicolas Richter, Süddeutsche Zeitung , 23 janvier 2007
Alors que Murat Kurnaz était abandonné à l’arbitraire américain pendant de nombreuses années, on s’empressa en Allemagne, avec une ardeur toute bureaucratique, de s’assurer qu’il ne puisse pas revenir dans notre pays. Cela a été décidé par un petit groupe de fonctionnaires allemands haut placés et de politiciens qui ont perdu tout sentiment de droit et de décence dans la lutte contre le terrorisme.
Le gouvernement rouge-vert a traité Murat Kurnaz pendant des années comme un proscrit, comme quelqu’un que la société avait rejeté. Pourtant, l’on savait qu’à Guantánamo, il était dépouillé de ses droits, maltraité et humilié alors que, très tôt, tout indiquait son innocence.
Kurnaz n’a pas de passeport allemand, mais il est né et a grandi à Brême, et donc il est chez lui en Allemagne. L’ancien gouvernement de Berlin – qui a toujours publiquement manifesté ses soucis quant au camp américain de Guantánamo – a abandonné Kurnaz à l’arbitraire américain pendant de nombreuses années et oeuvré avec une ardeur toute bureautique pour qu’il ne puisse pas revenir en Allemagne.
Cela a été décidé par un petit groupe de fonctionnaires haut-placés et de politiciens qui ont apparemment perdu tout sentiment de droit et de décence dans la lutte contre le terrorisme.
Le groupe était formé du chef du service fédéral de renseignements August Hanning, du coordinateur des services secrets Ernst Uhrlau, et de plusieurs secrétaires d’État. Les ministres Frank-Walter Steinmeier (Chancellerie) et Otto Schily (Intérieur) en étaient les responsables politiques.
On peut seulement essayer de deviner les motifs des experts de la sécurité. Qui sait s’ils
trouvaient Kurnaz dangereux, repoussant ou seulement gênant; en tout cas, en automne 2002, ils entreprirent un combat défensif minutieusement planifié. Déjà à l’époque ils savaient par leurs propres services secrets que Kurnaz était innocent, adolescent naïf qui avait voulu étudier le Coran au Pakistan, et qui fut happé dans le tourbillon de la guerre contre la terreur.
L’idée que Kurnaz puisse revenir à Brême doit avoir paru aux intéressés si insupportable qu’ils ont même brusqué les Américains, lesquels voulaient à l’époque renvoyer Kurnaz. Les Allemands voulaient éloigner un potentiel trouble-fête et pour cela tous les moyens étaient bons. Le fait que Kurnaz était juridiquement un étranger simplifiait infiniment l’argumentation: permis de séjour périmé, l’Allemagne n’est pas compétente. A partir de là, Kurnaz était considéré comme le problème des Américains – et de la Turquie où Kurnaz n’a jamais résidé.

Une ligne de défense douteuse
Dans les milieux gouvernementaux, il est dit pour la défense de Steinmeier qu’il n’y a pas eu d’offre de la part des Américains de libérer Kurnaz. Et même si cela était le cas, cela aurait été lié à des conditions irréalisables.
Cette ligne de défense semble peu crédible: Si les Américains ne voulaient absolument pas renvoyer Kurnaz, alors pourquoi les cercles de la Chancellerie auraient-ils décidé d’interdire à Kurnaz l’entrée au pays ? Pourquoi le Ministère de l’Intérieur aurait-il esquissé un plan pour ôter de son passeport la permission de séjour?
Les démarches effectuées en 2005 sont encore aggravantes. Entre-temps, Guantánamo indignant le monde entier, même la justice américaine et la police criminelle fédérale avaient rejeté tous les chefs d’accusation contre Kurnaz. Mais le gouvernement fédéral allemand suppliait carrément les Américains de livrer de nouveaux indices de suspicion à son égard afin de pouvoir lui refuser le visa.
La Chancellerie sous les ordres de Steinmeier était, d’après les actes de l’époque, également contre le retour de Kurnaz. Steinmeier craignait qu’avec son retour au pays des révélations
embarrassantes puissent s’ensuivre. L’idée que Kurnaz devait rester à l’extérieur du pays avait en même temps progressé. Chaque émigrant en Allemagne doit souhaiter n’être jamais tributaire de l’aide du gouvernement fédéral. Ce que chaque otage allemand à l’étranger est en droit d’attendre et de recevoir n’a même pas été pris en considération par les milieux du cabinet rouge-vert de sécurité.[…]
Steinmeier et ses collaborateurs croyaient apparemment qu’ils n’auraient jamais à justifier leur mépris pour Kurnaz. De telles idées ne peuvent venir qu’à des gens qui siègent trop souvent dans des réunions secrètes. Ce sont les mêmes gens qui jusqu’à aujourd’hui remettent en question l’intégrité des victimes d’enlèvement de la CIA, comme Khaled El Masri par exemple, ceci sur la base de médisances et de fausses affirmations.
Ils savent qu’ils attisent ainsi des ressentiments répandus dans la population contre des Musulmans suspects d’une manière ou d’une autre. Un jugement politique sur Frank- Walter Steinmeier n’est possible que s’il fait une déposition devant la commission d’enquête.
Il ne peut cependant pas nier sa responsabilité politique dans le cas scandaleux de Kurnaz. Cela pèse lourd pour un ministre qui doit rappeler les Droits de l’Homme lors de ses voyages à l’étranger. Si Steinmeier n’informe pas les critiques, il doit démissionner.
Cela peut être inopportun pendant les six mois de la présidence allemande de l’UE. Mais la conclusion serait encore plus abstruse si le cas Kurnaz devait rester sans suite parce que l’intérêt de l’État l’exige. A cause de prétendus intérêts supérieurs de l’État, un innocent a souffert presque cinq années durant!
Source: Süddeutsche Zeitung
Traduit de l’allemand par Horizons et débats N° 5, 8 février 2007 et révisé par Fausto Giudice, membre de
Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2030&lg=fr

jeudi 1 février 2007

Steinmeier rattrapé par les scandales

Allemagne . L’actuel ministre des affaires étrangères est accusé de complicité avec la CIA dans l’affaire d’une détention illégale à Guantanamo.
Par Charlotte Noblet, L’Humanité, 31 janvier 2007

Dès sa libération, le 24 août 2006, Muraz Kurnaz a témoigné des conditions inhumaines de sa détention à Guantanamo et évoqué les interrogatoires et violences exercés par des soldats allemands. Mais c’est seulement maintenant que l’affaire rebondit, des documents cités par le quotidien Süddeutsche Zeitung mettant en cause l’actuel ministre des Affaires étrangères allemand.
Alors chef de la Chancellerie du gouvernement Schröder et coordinateur des services secrets, Frank-Walter Steinmeier (SPD) aurait refusé, en octobre 2002, la proposition des États-Unis de libérer Kurnaz. « Sous prétexte qu’il était de nationalité turque, l’État allemand n’a pas voulu se montrer garant de ce résident allemand », s’indigne Rolf Gössner, président de la Ligue internationale des droits de l’homme en Allemagne.
Ce jeune de vingt-quatre ans, né à Brême de parents turcs, avait été arrêté par les autorités pakistanaises fin 2001, remis aux forces américaines basées en Afghanistan puis transféré début 2002 à Guantanamo. C’est faute de preuves, son dossier s’avérant vide, qu’il sera libéré. Après quasi cinq ans de détention sans inculpation ni jugement. Le « cas Kurnaz » n’est pas seulement une illustration de la violation du droit international par Washington. En révélant l’ampleur de la coopération cachée du gouvernement SPD-Verts de l’ex-chancelier Schröder - alors pourtant officiellement opposé à la guerre en Irak - avec la CIA, il fait beaucoup de bruit outre-Rhin.
Et lorsque Thomas Oppermann, représentant des services secrets (BND) au sein de la commission d’enquête parlementaire ouverte à ce sujet, affirme qu’il s’agissait « seulement » d’une idée du BND et de la CIA que de libérer Kurnaz pour en faire un espion au sein des milieux islamistes en Allemagne, il déclenche au mieux l’hilarité, au pire l’indignation générale. Au point de soulever même la colère de Wolfgang Bosbach, vice-président de la CDU au Bundestag, qui a demandé une enquête sur les services secrets : « aider les Américains, a-t-il déclaré, à l’interrogatoire d’un dangereux combattant ennemi au nom de la lutte contre le terrorisme puis, l’individu s’avérant non dangereux, penser à l’enrôler comme indicateur pour enfin renoncer à sa libération, ça en devient grotesque ! »
Les liens des ex-autorités allemandes avec les pratiques illégales des États-Unis paraissent ainsi de plus en plus établis. Déjà en juin 2004, le « présumé terroriste » allemand Khalid al Masri affirmait avoir été « enlevé » par la CIA grâce à l’aide du BND. En janvier 2006, on a appris que deux agents du BND avaient transmis en mars 2003 des plans de défense de Bagdad aux forces américaines (voir l’Humanité du 28 février 2006).
Et en novembre dernier, une commission d’enquête parlementaire reconnaissait que des soldats allemands de l’Unité spéciale de combat avaient mené des interrogatoires dans les camps de prisonniers clandestins des États-Unis en Afghanistan dans des conditions « ne correspondant pas exactement aux critères du droit international et des droits de l’homme ».
Source : http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-30/2007-01-30-844928

mercredi 31 janvier 2007

La Turquie assure s’être occupée du sort de Murat Kurnaz à Guantánamo


Ankara a assuré vendredi s’être activement occupé du sort du Turc Murat Kurnaz, né en Allemagne, rejetant les reproches apparues dans la presse allemande selon lesquelles la Turquie n’aurait pas tout fait pour récupérer ce citoyen détenu à Guantánamo.
"Le gouvernement turc s’est occupé de cette affaire depuis le début de manière intensive", a déclaré l’ambassade de Turquie à Berlin. Ankara s’est activé "sur les plans aussi bien politique que technique" pour que des Turcs détenus sur la base américaine, quand ils étaient mis en accusation, soient traduits en justice ou libérés, a-t-elle fait valoir.
Le gouvernement turc, selon la même source, a suivi l’affaire Kurnaz en prenant contact avec les autorités américaines mais aussi en informant les avocats et la famille du détenu, surnommé le "taliban de Brême", des efforts en cours. Ankara s’est "efforcé également de communiquer avec les autorités allemandes et de mener avec elles une coopération harmonieuse et orientée vers un résultat", a ajouté la représentation diplomatique dans la capitale allemande.
Au cours d’un voyage au Pakistan, fin 2001, ce Turc vivant à Brême (nord de l’Allemagne) avait été arrêté. Il a ensuite été transféré sur la base américaine à Cuba, où il a passé quatre ans, avant d’être libéré à l’été 2006 à la suite de pressions du gouvernement d’Angela Merkel.
Une polémique fait rage en Allemagne sur l’apparent manque d’empressement de Berlin à faire libérer Kurnaz. L’actuel ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, qui coordonnait sous le gouvernement précédent de Gerhard Schröder les services secrets, a affirmé que Berlin "n’avait jamais fait traîner la libération" de Kurnaz de Guantanamo et nié avoir rejeté en 2002 une quelconque offre des Américains de le libérer, démentant son existence.
M. Steinmeier, s’est aussi demandé dans une interview "ce qui s’opposait alors à la libération" de Kurnaz pour qu’il rejoigne la Turquie, "où sa femme et d’autres membres de sa famille vivent".
Source : http://www.armenews.com/article.php3?id_article=28854

dimanche 28 janvier 2007

Affaire Murat Kurnaz : les eurodéputés mettent en cause l'attitude de Berlin – Steinmeier nie tout


La commission d'enquête du Parlement européen sur l'utilisation de pays européens par la CIA pour le transport et la détention de terroristes présumés a soutenu mardi la cause du Turc Murat Kurnaz, détenu quatre ans à Guantánamo , qui met en difficulté politique le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier. "Selon des informations institutionnelles confidentielles, le gouvernement allemand n'a pas accepté l'offre américaine, faite en 2002, de libérer Murat Kurnaz de Guantánamo ", juge la commission d'enquête dans son rapport final adopté mardi.Murat Kurnaz a été arrêté en décembre 2001 au Pakistan, livré aux forces américaines en Afghanistan et transféré début 2002 à Guantánamo . Il y a passé plus de quatre ans, avant d'être libéré l'été dernier à la suite de pressions du gouvernement d'Angela Merkel.
L'ancien gouvernement "rouge-vert" de Gerhard Schröder, dont M. Steinmeier était le bras droit, est soupçonné par la presse allemande d'avoir tenté d'empêcher Kurnaz de revenir en Allemagne, alors que le gouvernement américain aurait offert dès 2002 de le libérer.
M. Steinmeier est dans la ligne de mire en tant qu'ancien ministre auprès de la chancellerie où il coordonnait les activités des services secrets."Toutes les enquêtes ont abouti dès la fin octobre 2002 à la conclusion que Murat Kurnaz ne représentait aucune menace terroriste", souligne le rapport du Parlement.La commission d'enquête a adopté mardi son rapport final par 28 voix contre 17. Il sera soumis au vote des députés en séance plénière à Strasbourg le 14 février.Le rapport recense une vingtaine de cas dits de "restitutions extraordinaires", comme celui de l'Allemand Khaled el-Masri, enlevé en 2003 en Macédoine et détenu plusieurs mois en Afghanistan, ou celui de l'ex-imam égyptien Abou Omar par des agents de la CIA à Milan en 2003.
Il dénombre quelque 1.245 escales européennes d'avions opérés par la CIA, pour la plupart logistiques mais dont certaines ont probablement servi à des transfèrements de prisonniers."Il est clair qu'il y a eu des activités illicites de la CIA en Europe, mais beaucoup de questions subsistent encore", a indiqué le président de cette commission parlementaire, le conservateur portugais Carlos Coelho.
Le rapport dénonce aussi le manque généralisé de coopération des États membres à l'enquête des eurodéputés, et en particulier l'accueil réservé aux membres de la commission lors de leur déplacement en Pologne où aucun député ou ministre polonais n'a daigné les rencontrer.Cependant, les députés polonais ont réussi à faire passer un amendement à une voix près considérant "qu'à la lumière des preuves indirectes susmentionnées, il s'avère impossible de conclure à l'existence de centres de détention secrète basés en Pologne". La Pologne est avec la Roumanie l'un des deux pays de l'UE soupçonnés d'avoir pu abriter une prison secrète de la CIA.
Les eurodéputés demandent aussi aux États membres d'ouvrir à leur tour une "enquête indépendante" pour mettre au jour la vérité, et de prendre des sanctions contre les pays qui auraient toléré ou autorisé ces opérations.
Face à ces accusations, le diplomate en chef de l'UE Javier Solana a réitéré mardi qu'aussi bien lui que les Etats membres avaient fait "tout ce qu'ils ont pu faire" pour collaborer avec l'enquête parlementaire et n'avaient rien caché.Franz-Walter Steinmeier a relevé vendredi que Murat Kurnaz aurait pu être renvoyé en Turquie, et assuré que Berlin "n'avait jamais fait traîner sa libération" de Guantánamo , où il est resté quatre ans. En pleine polémique sur un prétendu refus par l'Allemagne d'une soi-disante offre américaine en 2002 de faire libérer le "Tabilan de Brême", M. Steinmeier a déclaré au quotidien Bild Zeitung: "l'alternative n'était pas entre l'Allemagne et Guantánamo . Qu'est-ce qui s'opposait alors à la libération (de Kurnaz) en Turquie, où sa femme et d'autres membres de sa famille vivent?"
Son porte-parole, Jens Plötner, a expliqué que M. Steinmeier s'était efforcé de faire disparaître une "fausse perception courante dans l'opinion publique": "c'est, a-t-il dit, un jugement erroné que de penser que quelqu'un doit rester à Guantánamo si l'on n'autorise pas son entrée en Allemagne, quand cette personne dispose de la nationalité d'un pays tiers", la Turquie, a-t-il dit. M. Steinmeier, a-t-il confirmé, a participé à une réunion à huis clos en octobre 2002 avec les responsables des services secrets, au cours de laquelle l'affaire Kurnaz avait été examinée.Selon la presse, c'est lors de cette réunion que ces responsables auraient refusé un retour de Kurnaz en Allemagne.
M. Steinmeier, alors le bras droit du chancelier Gerhard Schröder, coordonnait les services secrets. Il a répété à plusieurs reprises qu'il n'avait pas reçu d'offre américaine de libérer Kurnaz et qu'il s'expliquerait devant une commission d'enquête parlementaire. Il a aussi dit qu'il n'était aucunement question pour lui de démissionner.
Le ministre a rappelé qu'à l'époque (2002), "la plus haute priorité était de garantir la sécurité de 82 millions de personnes en Allemagne".
"Des meneurs des attentats de New York et Washington (du 11 septembre 2001) venaient de Hambourg, et il y avait d'autres groupes et réseaux d'islamistes prêts à la violence dans d'autres villes", a-t-il dit. "Mon principe a toujours été: la plus grande sécurité pour les personnes, sans mettre en péril nos principes de droit. Je m'y suis toujours tenu, également dans l'affaire Kurnaz. Notre attitude était claire: chacun, même s'il est soupçonné de terrorisme, a droit à une procédure conforme à l'état de droit", a-t-il ajouté, faisant référence à Guantánamo .M. Steinmeier a souligné que son gouvernement "s'était préoccupé de Murat Kurnaz, même s'il possédait un passeport turc et non un passeport allemand". "Nous avons toujours parlé avec le gouvernement américain. Les Américains avait jusqu'à la fin des préoccupations de sécurité et considéraient en outre la Turquie responsable pour le suivi consulaire", a-t-il dit, en indiquant que Berlin s'était adressé au gouvernement turc dans cette affaire. Kurnaz a été libéré de Guantánamo à l'été 2006.
Sources : AFP, 23 et 26 janvier 2007