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vendredi 12 juin 2009

Dispatching

L'Empire dispatche ses bagnards. Ainsi, les 17 Ouïghours de Chine encore détenus à Guantánamo vont être expédiés, pour quatre d'entre eux, aux Bermudes, et pour les 17 autres, à Palau (Palaos), en plein Océan Pacifique (à 800 km à l'Est des Philippines), un territoire théoriquement indépendant des USA depuis 1994 mais toujours contrôlé par eux. Une manière comme une autre de diversifier les sources de revenus pour pays de 21 000 habitants qui vit de la pêche et du tourisme. Quant aux Bermudes, colonie britannique et paradis fiscal, elles inaugurent une nouvelle forme de pavillon de complaisance : le pavillon de complaisance pénitentiaire...Mais leur décision a fait grincer des dents à Londres, siège de la maison-mère:
Le gouvernement des Bermudes "aurait dû consulter" Londres avant de prendre la décision d'accueillir quatre Ouïghours détenus à Guantanamo, a indiqué un porte-parole du Foreign office jeudi à l'AFP.
"Nous avons indiqué au gouvernement des Bermudes qu'il aurait dû consulter le Royaume-Uni sur la question de savoir si cela entre dans leur domaine de compétence ou s'il s'agit d'une question sécuritaire pour laquelle le gouvernement des Bermudes n'a pas de délégation de responsabilité", a indiqué le ministère britannique des Affaires étrangères.
Les Bermudes sont un territoire britannique doté d'autonomie sur les affaires de politique intérieure, situé à l'est des côtes de Floride (sud-ouest des Etats-Unis).
Quatre des 17 Chinois ouïghours détenus à Guantanamo et blanchis de tout soupçon de terrorisme depuis des années ont rejoint jeudi les Bermudes, qui a accepté de les accueillir.
Les quatre Ouïghours pourront "être naturalisés" puis pourront quitter l'archipel, a affirmé le Premier ministre de ce territoire britannique, tout en précisant attendre encore le feu vert de Londres.
Source : AFP / 11 juin 2009
Ci-dessous un commentaire du site http://www.affaires-strategiques.info/
Pékin, Guantanamo et les Ouïgours
« La Chine exige que la partie américaine se conforme à ses obligations internationales sur l’antiterrorisme, bloque le transfert de ces suspects dans un quelconque pays tiers et les rapatrie en Chine », a déclaré aujourd’hui le ministère des Affaires étrangères chinois, en référence à la volonté de Washington d’envoyer dix-sept détenus chinois ouïgours, en prison à Guantanamo depuis 7 ans, dans les îles Palaos. Ce micro-Etat du Pacifique a en effet annoncé que les Ouïgours étaient les bienvenus, ce qui a quelque peu aidé les Etats-Unis. Ces derniers ne savent pas en effet où renvoyer ces Ouïgours, le Canada, l’Australie (entre autres) ayant refusé, et l’Allemagne ayant fait machine arrière.
Berlin ne veut pas contrarier Pékin qui considère les dix-sept Ouïgours comme des terroristes présumés pour leur appartenance au « Mouvement islamique du Turkestan oriental, classé comme groupe terroriste par le Conseil de sécurité des Nations unies ».La solution américaine a par ailleurs été qualifiée de « demi-mesure temporaire » par Amnesty International, de même que la communauté ouïgour de Washington s’est inquiétée du déracinement linguistique et culturel que représenterait cette solution pour des gens originaires du Xinjiang, une région du nord-ouest de la Chine désertique et montagneuse, peuplée de quelque huit millions d’Ouïgours. Reste à voir si les pressions de Pékin suffiront à résoudre ce casse-tête diplomatique qui rend difficile la tâche de l’Administration d’Obama sur Guantanamo.
Et voici la réaction d'Amnesty International
Guantánamo. La proposition des Palaos d’accueillir des détenus n’exonère pas les États-Unis de leur responsabilité
Les informations selon lesquelles le gouvernement des Palaos a proposé d’accueillir provisoirement jusqu’à 17 détenus de Guantánamo laissent bien des questions en suspens. Si l’offre est acceptée, cela n’exonérera pas les autorités américaines de leur responsabilité envers ces hommes, a déclaré Amnesty International ce mercredi 10 juin 2009.
Le président des Palaos, Johnson Toribiong, a affirmé ce 10 juin que cet État des îles du Pacifique avait accepté de faire « un geste humanitaire » et d’accueillir à titre provisoire 17 Ouïghours détenus sans inculpation ni jugement à Guantánamo depuis 2002. Leur situation ferait l’objet d’un examen périodique. Un représentant de l’État américain aurait indiqué peu après sous couvert d’anonymat : « Aucune décision définitive [n’a été prise], ni aucun détail discuté. Nous allons poursuivre les discussions avec les Palaos. »
« Bien qu’Amnesty International invite les autres pays du globe à accorder une protection humanitaire aux prisonniers de Guantánamo, cette annonce soulève plus de questions qu’elle n’en résout et n’exonère en aucun cas les autorités américaines de leur responsabilité envers ces hommes », a affirmé ce 10 juin 2009 Daniel Gorevan, responsable de la campagne d’Amnesty International Contre le terrorisme : la justice.
On ignore si l’offre des Palaos prévoit le placement en détention de ces hommes à leur arrivée sur l’île.
On ignore également si les souhaits des détenus ont été pris en compte dans cette décision, si les États-Unis ont adopté les mesures nécessaires pour faciliter le regroupement familial et si ces hommes seront soutenus dans leur adaptation à une nouvelle vie dans un pays très différent du leur, en prenant en compte leurs besoins particuliers après plusieurs années de détention illimitée.
« Le fait que cette proposition soit provisoire soulève aussi des questions graves. Après avoir passé plus de sept ans à Guantánamo dans une situation de non-droit, ces hommes ont besoin d’autre chose que de demi-mesures temporaires. Ils ont besoin d’une solution permanente et durable – et sont en droit de l’attendre », a fait valoir Daniel Gorevan.
Les États-Unis ont initié les détentions à Guantánamo et, de ce fait, portent la responsabilité première d’y mettre un terme, dans le respect de leurs obligations internationales. Néanmoins, Amnesty International demande depuis longtemps aux autres États du globe de leur prêter main forte en accueillant des prisonniers qui ne peuvent pas rentrer dans leur pays. Bien des États refusent, invoquant la propre réticence des États-Unis à admettre ces détenus sur le territoire américain.
Complément d’information Les 17 Ouïghours sont maintenus en détention sans inculpation ni jugement à Guantánamo depuis 2002 et demeurent en détention illimitée à la base, alors qu’il y a plus de huit mois un juge fédéral américain a conclu à l’illégalité de leur détention et ordonné leur libération immédiate aux États-Unis. Les autorités américaines ont fait appel et eu gain de cause – l’affaire repose désormais entre les mains de la Cour suprême. Elles maintiennent ces hommes en détention, faisant valoir qu’il appartient aux branches politiques du gouvernement de décider qui doit être relâché sur le sol américain.
Si l’annonce du président Toribiong laisse planer le doute quant à la pertinence du transfert provisoire des 17 Ouïghours aux Palaos, il est certain que leur libération de Guantánamo s’impose de longue date. Tous ont reçu le feu vert pour être libérés à divers moments entre 2003 et 2008, mais aucun pays n’était disposé à les accueillir. Bien que leur remise en liberté sur le sol américain ait été ordonnée par la justice en octobre 2008, les autorités américaines n’ont pas assumé leur responsabilité en leur permettant de reconstruire leur vie sur le continent et n’ont cessé de chercher d’autres pays prêts à l’endosser. En 2006, l’Albanie a accueilli cinq autres Ouïghours détenus à Guantánamo.
Les 17 hommes concernés viennent de la région autonome ouïghoure du Xinjiang, en Chine. Ils ne peuvent retourner en Chine, où ils risquent d’être torturés ou exécutés. Le gouvernement de George Bush avait fait savoir qu’il avait demandé à plus de 100 pays d’accueillir ces prisonniers, essuyant autant de refus.

mardi 10 juillet 2007

Wolfgang Schäuble veut « guantánamoïser » l’Allemagne : il propose l'«exécution ciblée» des terroristes


Au nom de la lutte antiterrorisme, Wolfgang Schäuble oublie les droits fondamentaux
Le ministre de l'Intérieur a provoqué hier un tollé en envisageant dans l'hebdomadaire «Der Spiegel» de créer un nouveau cadre juridique susceptible de renforcer la lutte contre le terrorisme et de rendre possible notamment «l'exécution ciblée» de suspects.
Le ministre conservateur envisage aussi l'introduction «d'un délit pour complot comme en Amérique», et «de traiter comme des combattants et d'interner les personnes qui mettent en danger» la sécurité nationale.
Certains ministres et la presse n'ont pas mâché leurs mots en réaction à ces propositions. «Schäuble veut tuer Ben Laden», ironise le «Tageszeitung» en présentant en couverture le ministre un sabre entre les dents. «La peine de mort est interdite en Allemagne. Mais avec la référence à la lutte contre le terrorisme cela ne paraît plus évident». Ces nouvelles réflexions du «ministre du droit de la guerre» constituent des «bases pour une sorte de droit martial et (...) de Guantánamo allemand», a commenté le «Berliner Zeitung»
Source
: Le Matin (Suisse), 9 juillet 2007

La lutte antiterroriste montre la vulnérabilité des démocraties
Les déclarations controversées du ministre allemand de l'Intérieur Wolfgang Schäuble sur le renforcement de la lutte antiterroriste n'ont rien à voir avec la politique intérieure allemande, écrit Brigitte Alfter. "Si l'on s'intéresse à ce qui se passe dans les autres pays, Wolfgang Schäuble n'est pas le seul à remettre en question les lois qui protègent la vie, la sécurité juridique et la sphère privée en temps de guerre comme de paix. Guantánamo prouve que le gouvernement américain actuel brouille les frontières entre les lois qui s'appliquent en temps de guerre et de paix. D'autres droits fondamentaux sont remis en question au nom de la lutte contre le terrorisme, comme l'interdiction de torture et de reconduite à la frontière lorsqu'il existe une menace de torture dans le pays d'origine. Peut-être que la déclaration du ministre n'était qu'un ballon d'essai pour tester les réactions. Mais quand un ministre influent du pays le plus puissant de l'UE se permet de lancer le débat sur le droit d'un Etat à assassiner des hommes et à les emprisonner sans jugement, cela nous montre clairement à quel point nos démocraties sont vulnérables."
Source :
Information (Danemark), 10 juillet 2007

Vers une 'guantánamoïsation' de l'Allemagne ?
Le ministre allemand de l'Intérieur Wolfgang Schäuble n'est plus un opposant avisé du terrorisme, mais de ceux qui le pratiquent, affirme Heribert Prantl à la lumière des nouvelles propositions du ministre pour lutter contre le terrorisme. Wolfgang Schäuble projette notamment d'interdire à ceux qui mettent en danger l'Etat de droit d'utiliser des téléphones portables et Internet, et de modifier la Constitution afin de rétablir la peine de mort pour les terroristes. "Wolfgang Schäuble fait peur. Le ministre parle comme si l'Allemagne ne pouvait trouver son salut qu'en se transformant en un Etat détenteur du permis de tuer - c'est-à-dire par la mutation de l'Etat de droit en un régime d'extralégalité légale. Il prône la réflexion et pratique le contraire ; il met en garde contre l'hystérie, mais contribue à la répandre ; il désapprouve Guantánamo, mais parle comme si une 'Guantánamoïsation' du système juridique allemand était urgente."
Source :
Süddeutsche Zeitung, 9 juillet 2007

jeudi 24 mai 2007

Khaled El Masri craque

Khaled El Masri, ce citoyen allemand d’origine libanaise qui avait été kidnappé en Macédoine en 2003 et enfermé par la CIA en Afghanistan, fait de nouveau parler de lui : le jeudi 18 mai, suite à un différend avec une vendeuse, il a mis le feu à un supermarché Metro à Ulm, en Allemagne, où il réside. Il a été interné en asile psychatrique. Son avocat a expliqué qu’El Masri n’avait reçu aucune aide psychologique après son retour en Allemagne, qui lui aurait permis de surmonter le traumatisme causé par son odyssée aux mains de la CIA et les tortures subies.

vendredi 30 mars 2007

L'affaire Kurnaz continue d'embarasser le chef de la diplomatie allemande

Frank Walter Steinmeier a une nouvelle fois défendu la décision de Berlin de ne pas accueillir Murat Kurnaz en Allemagne en cas de libération de Guantánamo. Le ministre des Affaires Etrangères s'expliquait ce jeudi 29 mars devant une commission parlementaire.
A l'époque Steinmeier était le coordinateur des services secrets à la chancellerie. On lui reproche d'avoir freiné voire empêché la libération de Kurnaz de Guantánamo. Selon lui il s'agissait de prévenir tout risque pour les citoyens allemands...Le ministre de l'Intérieur de l'époque Otto Schilly a indiqué qu'il avait basé sa décision sur l'analyse minutieuse des informations qu'il possédait : "La décision revenait au ministère de l'Intérieur et aux autorités subalternes. Et la responsabilité est d'autant plus facile à assumer que le ministère a agi correctement" a déclaré Schilly devant la commission parlementaire. Murat Kurnaz, né en Allemagne de parents turcs, avait été arrêté en décembre 2001 au Pakistan avant d'être livré aux forces américaines. Jugé innofensif, il a été libéré de Guantánamo en 2006 après quatre années de captivité.

dimanche 11 février 2007

Relations transatlantiques, la déroute européenne

Par Marianne Ranke-Cormier , newropeans-magazine, 8 février 2007
(Editorial) - Mais si, mais si, les États-Unis et le gouvernement Bush, avec la très active Mme Rice ont encore des choses à dire en Europe.
Guantánamo et les scandales qui entourent les retours des premiers prisonniers européens, ne sont que feux de paille, des tempêtes dans un verre d’eau. D’ailleurs qui dans la presse européenne vient vous raconter les déboires du ministre des affaires étrangères allemand Frank-Walter Steinmeier dans l’affaire Murat Kurnaz ? - Né en Allemagne mais d’origine turque, Murat Kurnaz est ressorti récemment de Guantánamo après plus de 4 ans d’enfermement, sans aucune charge retenue contre lui. Oh pardon, vous étiez au Pakistan en 2002, vous aviez un nom étranger et nous avons cru que vous étiez un terroriste… Nos services ne nous ont pas avertis que vous pouviez être libérable… On croit rêver quand la classe politique allemande et les médias, se permettent malgré les défaillances avérées du système allemand et de ses responsables politiques, à retourner la situation. Car après tout le tort de Murat Kurnaz est de ne pas avoir opté à 18 ans pour la nationalité allemande (vous n’êtes pas allemand, vous êtes turc…) et d’avoir été soupçonné par les services secrets américains d’avoir l’intention de perpétrer des actes terroristes… (à l’époque, en 2002, les seules informations qui avaient filtré étaient que cet homme est « dangereux »). Ou encore de l’affaire El Masri, cet allemand d’origine libanaise, enlevé en Serbie en janvier 2003 par les agents de la CIA. Il sera transporté en Afghanistan, interrogé, torturé, et relâché quelques 6 mois après de retour sur le continent européen, en Albanie: Erreur sur la personne… Une affaire qui a d’ailleurs déclenché récemment, et sans doute suite aux pressions publiques, de la part de la justice allemande (bavaroise) une demande d’extradition auprès des États-Unis de 13 agents de la CIA, ravisseurs présumés… Nous ne savions pas, a déclaré Steinmeier, qui était à l’époque déjà Secrétaire d’état aux affaires étrangères… Personne ne savait vraiment ce que représentait Guantánamo à l’époque. Personne ? A quoi servaient donc nos services secrets en Europe ?
Le très inquiétant rapport du Parlement européen rendu fin janvier, sur les quelques 1.200 vols secrets de la CIA, les enlèvements sur le territoire européen et les prisons secrètes américaines en Pologne et en Roumanie, n’a trouvé aucun écho dans la presse européenne(1).
Ce rapport, étayé par des investigations très poussées auxquelles a procédé le Parlement européen pendant plus de 12 mois, malgré l’opposition ouverte et le refus de coopérer de certains états-membres, du Conseil et des hauts responsables communautaires, comme Mr Solana, qui tient actuellement le rôle de Super Ministre aux Affaires Etrangères de l’UE, met directement en cause et à l’index plusieurs états membres dont l’Allemagne, la Grande Bretagne, la Pologne, l’Italie, pour violation des droits de l’homme, principes fondamentaux de l’Union européenne auxquels ils ont pourtant adhéré et dont ils sont les garants… Ayant pourtant rassemblé un consensus droite/gauche au sein des parlementaires européens, ce rapport semble voué à être enterré corps et biens, accusations et sanctions. Comment se fait-il que ce rapport soit passé autant inaperçu auprès du public européen ? Nos leaders politiques sont-ils à ce point là irresponsables et déresponsabilisés ? Nos députés européens sont-ils à ce point muselés par les enjeux politiques nationaux et la bureaucratie bruxelloise ? Nos médias, et nos agences de communication sont ils à ce point manipulés ?
Enfin, depuis ces derniers mois on peut assister à des tractations dans le plus grand secret de la diplomatie trans-atlantique, c'est-à-dire bilatérales, d’état à état, entre les Etats-Unis et leur partenaire privilégié en Europe, sous bien entendu la sainte bénédiction des instances exécutives de l’UE, Conseil et Commission, qui ne semblent pas s’offusquer outre mesure de ces petites tractations entre amis…Un coup c’est l’Italie, un autre ce sera la Pologne et la République tchèque, hier c’était l’Allemagne. Après les concluantes négociations avec Prodi et son gouvernement, pourtant bien mâtiné de gauche, pour le renforcement de la base américaine de Vicence, en Italie (promesse qui soit dit en passant avait été faite par son prédécesseur Berlusconi), celles pour l’implantation de nouvelles bases (boucliers) antimissiles en République tchèque et en Pologne, donc de nouvelles bases pour leurs services secrets, appelez-les CIA, FBI ou ce que vous voulez, ce sont les mêmes, Rice vient de conclure avec succès l’implantation de l’Africom, une nouvelle (encore !) base anti-terroriste dont le nouveau commandement régional spécifique pour l’Afrique a été implanté à Stuttgart, en Allemagne… Décidément l’Allemagne est de retour sur la grande scène atlantique, et Merkel n’économise pas ses efforts. Bientôt ce ne sera plus seulement une base dont elle autorise l’implantation, des avions Tornado qu’elle va engager, mais aussi des hommes qu’elle va envoyer en Afghanistan pour venir appuyer les forces américaines.
Bush et son gouvernement, après un semblant de pause dans la conquête de l’espace et de l’esprit européen, réimplantent à force de grandes manœuvres de diversion la stratégie de guerre américaine. A croire que le renversement de la majorité dans les chambres américaines, lui a donné un souffle nouveau. Pendant qu’elles se débattent avec des questions de politique intérieure, au moins a-t-il le champ libre en matière de politique internationale. La pression des Etats-Unis pour obtenir des partenaires européens qu’ils s’engagent dans les conflits dans lesquels ils ne peuvent pas s’en sortir seuls, est très forte, elle vient de tous les fonts, Irak, Liban, Moyen Orient, Afghanistan, dernièrement Somalie… aujourd’hui la région trans-saharienne… et il semble qu’elle paye…Ce que Bush a compris c’est que rien ne sert de prendre l’Europe de front. Il vaut mieux diviser pour mieux régner, et une UE divisée sur ses engagements envers son partenaire atlantique, est plus facilement malléable et gérable qu’une UE qui sait se positionner en tant que force politique stratégique. Et effectivement l’état de déroute dans lequel nous nous trouvons actuellement en Europe, laisse le champ libre sur le territoire européen. Sans aucune unité pour défendre nos valeurs et nos droits communs, qui font que les dossiers comme Guantánamo , les vols secrets, les enlèvements secrets, les prisons secrètes… ne sont pas tolérables, sans définition urgente d’une Europe politique capable de mettre en place et de défendre une politique étrangère et de la défense commune, qui font que la violation flagrante de l’intégrité territoriale européenne n’est pas acceptable, les états-membres iront toujours en braves soldats jouer au héros à l’ombre du géant. Malheureusement ce géant s’effondre et dans quelques années il nous aura inexorablement entraînés dans sa chute, tous, toute l’Europe, pas seulement ceux qui veulent bien le suivre. On le voit bien, ce n'est pas la stratégie de résurrection d'une constitution européenne qui va nous sortir de là. Aujourd'hui nous en sommes beaucoup plus loin qu'une simple redistribution des pouvoirs et réaffirmation des principes qui nous gouvernent déjà... Et à bien y regarder ce que font Merkel, la Commission européenne, le Conseil et Solana, ce n'est rien d'autre que de secouer un épouvantail pour détourner notre attention...Des pays comme la France qui ont su ou pu dire non, ne seront pas éternellement les porte-parole d’une Europe alternative (les prochaines présidentielles d’ailleurs risquent d’en marquer la fin) si les autres citoyens européens ne les rejoignent pas. Or il nous appartient à nous citoyens européens de redéfinir ce partenariat trans-atlantique qui pèse tant sur l’équilibre démocratique de l’Union européenne, des Etats-Unis et aussi du monde.
« Europe's denial of its autonomy vis-à-vis the United States is unnatural, prevents European political maturation, hurts its interests, and distorts its dealings with America in ways that do a disservice to both. » - Michael Brenner (3)
Notes:
1) En ce qui concerne ces deux affaires, vous trouverez tous les éléments dans la presse allemande ;
2) Rendons à EUobserver ce qui lui appartient, c’est l’un des seuls magazines à avoir publié les deux articles de référence sur le rapport du Parlement européen concernant les vols secrets de la CIA, adopté le 23 janvier 2007 : MEPs in political infighting ahead of final CIA report & MEPs roast EU states and Solana for 'lies' on CIA

jeudi 1 février 2007

La détention d'un Turc d'Allemagne à Guantanamo fragilise la coalition

par Cécile Calla, Le Monde, 31 janvier 2007
La pression ne se relâche pas outre-Rhin pour tirer au clair le rôle qu'a pu jouer l'actuel ministre des affaires étrangères, le social-démocrate Frank-Walter Steinmeier, dans le maintien d'un jeune islamiste turc vivant en Allemagne, Murat Kurnaz, au centre de détention américain de Guantanamo, à Cuba. Chef de la chancellerie sous Gerhard Schröder jusqu'en 2005, il était à ce titre chargé de superviser les services secrets. Arrêté en décembre 2001 au Pakistan, avant d'être transféré en janvier 2002 à Guantanamo, Murat Kurnaz, de nationalité turque mais qui a grandi à Brême, dans le nord de l'Allemagne, n'a été relâché qu'en août 2006, après l'intervention de la chancelière Angela Merkel. Selon plusieurs documents cités par la presse allemande, le précédent gouvernement aurait refusé de le reprendre, alors même que les Etats-Unis auraient implicitement proposé de le libérer dès 2002 et qu'à la même date un rapport des services allemands le considérait comme inoffensif. Trois ans plus tard, en 2005, Berlin aurait même cherché à constituer des preuves pour empêcher son retour en Allemagne.
Impliqué au premier plan dans ces décisions, M. Steinmeier dément avoir eu connaissance d'une offre officielle de libération des Etats-Unis et a assuré qu'il allait témoigner le plus rapidement possible sur cette affaire devant la commission d'enquête parlementaire. Sans pouvoir faire retomber la polémique. L'idée qu'un ministre allemand ait pu prolonger le séjour injustifié du jeune Turc à Guantanamo suscite une grande émotion outre-Rhin.
L'affaire a pris une telle ampleur qu'elle perturbe le climat de la grande coalition. Face aux accusations croissantes dont M. Steinmeier fait l'objet, l'Union chrétienne, qui gouverne avec le Parti social-démocrate (SPD), commence à prendre ses distances et demande une rapide élucidation des faits. "Nous voulons la vérité sur ce qui s'est passé", souligne Wolfgang Bosbach, vice-président du groupe parlementaire CDU-CSU (Union chrétienne-démocrate et Union chrétienne-sociale) au Bundestag.
De son côté, le SPD accuse les chrétiens-démocrates d'opportunisme. "Nous avons le sentiment que l'Union chrétienne cherche à porter un coup à l'image positive dont a bénéficié le SPD, en refusant, en 2003, de soutenir les Etats-Unis dans la guerre en Irak", souligne Angelica Schwall Dürren, vice-présidente du groupe parlementaire SPD. Le président du SPD, Kurt Beck, a fait part de son agacement à la chancelière lors d'une réunion entre les principaux représentants de la coalition.La chancelière, qui n'est pourtant pas toujours de l'avis de son ministre sur de nombreux points, notamment la politique russe, lui a fait part de son soutien total. Malgré l'actuelle polémique, M. Steinmeier reste très populaire outre-Rhin. Un récent sondage montre que 64 % d'Allemands s'opposent à une démission du ministre.
Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-861809@51-853474,0.html

Steinmeier rattrapé par les scandales

Allemagne . L’actuel ministre des affaires étrangères est accusé de complicité avec la CIA dans l’affaire d’une détention illégale à Guantanamo.
Par Charlotte Noblet, L’Humanité, 31 janvier 2007

Dès sa libération, le 24 août 2006, Muraz Kurnaz a témoigné des conditions inhumaines de sa détention à Guantanamo et évoqué les interrogatoires et violences exercés par des soldats allemands. Mais c’est seulement maintenant que l’affaire rebondit, des documents cités par le quotidien Süddeutsche Zeitung mettant en cause l’actuel ministre des Affaires étrangères allemand.
Alors chef de la Chancellerie du gouvernement Schröder et coordinateur des services secrets, Frank-Walter Steinmeier (SPD) aurait refusé, en octobre 2002, la proposition des États-Unis de libérer Kurnaz. « Sous prétexte qu’il était de nationalité turque, l’État allemand n’a pas voulu se montrer garant de ce résident allemand », s’indigne Rolf Gössner, président de la Ligue internationale des droits de l’homme en Allemagne.
Ce jeune de vingt-quatre ans, né à Brême de parents turcs, avait été arrêté par les autorités pakistanaises fin 2001, remis aux forces américaines basées en Afghanistan puis transféré début 2002 à Guantanamo. C’est faute de preuves, son dossier s’avérant vide, qu’il sera libéré. Après quasi cinq ans de détention sans inculpation ni jugement. Le « cas Kurnaz » n’est pas seulement une illustration de la violation du droit international par Washington. En révélant l’ampleur de la coopération cachée du gouvernement SPD-Verts de l’ex-chancelier Schröder - alors pourtant officiellement opposé à la guerre en Irak - avec la CIA, il fait beaucoup de bruit outre-Rhin.
Et lorsque Thomas Oppermann, représentant des services secrets (BND) au sein de la commission d’enquête parlementaire ouverte à ce sujet, affirme qu’il s’agissait « seulement » d’une idée du BND et de la CIA que de libérer Kurnaz pour en faire un espion au sein des milieux islamistes en Allemagne, il déclenche au mieux l’hilarité, au pire l’indignation générale. Au point de soulever même la colère de Wolfgang Bosbach, vice-président de la CDU au Bundestag, qui a demandé une enquête sur les services secrets : « aider les Américains, a-t-il déclaré, à l’interrogatoire d’un dangereux combattant ennemi au nom de la lutte contre le terrorisme puis, l’individu s’avérant non dangereux, penser à l’enrôler comme indicateur pour enfin renoncer à sa libération, ça en devient grotesque ! »
Les liens des ex-autorités allemandes avec les pratiques illégales des États-Unis paraissent ainsi de plus en plus établis. Déjà en juin 2004, le « présumé terroriste » allemand Khalid al Masri affirmait avoir été « enlevé » par la CIA grâce à l’aide du BND. En janvier 2006, on a appris que deux agents du BND avaient transmis en mars 2003 des plans de défense de Bagdad aux forces américaines (voir l’Humanité du 28 février 2006).
Et en novembre dernier, une commission d’enquête parlementaire reconnaissait que des soldats allemands de l’Unité spéciale de combat avaient mené des interrogatoires dans les camps de prisonniers clandestins des États-Unis en Afghanistan dans des conditions « ne correspondant pas exactement aux critères du droit international et des droits de l’homme ».
Source : http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-30/2007-01-30-844928

Affaire Khaled El Masri : la CIA poursuivie par la justice allemande

Après la justice italienne, qui a lancé l’année dernière un mandat d’arrêt contre 26 agents de la CIA pour le kidnapping à Milan de l’Égyptien Abou Omar, la justice allemande s’est enfin décidée, après des mois d’hésitations, à lancer un mandat d’arrêt contre les ravisseurs de Khaled El Masri.
La justice allemande réclame que lui soient livrés treize agents de la CIA suspectés d'avoir enlevé en 2003 un inoffensif père de famille confondu avec un dangereux terroriste d'Al-Qaeda. Allemand d'origine libanaise, Khaled El Masri est le cas le plus notoire de transfèrement secret attribué aux services secrets américains.
Ce vendeur de voitures de la ville d'Ulm a été kidnappé sur son lieu de vacances, en Macédoine, mené pieds et poings liés dans un avion et jeté dans une geôle immonde en Afghanistan, où il a été traité «comme un animal», dit-il, pendant cinq mois. Avant d'être relâché en Albanie. La CIA l'aurait, confondu avec un homonyme ­ Khaled El Masri ­ soupçonné d'être lié aux auteurs des attentats du 11 septembre 2001.
Le parquet de Munich a fait émettre, mercredi 31 janvier «un mandat d'arrêt contre treize ravisseurs présumés», soupçonnés «de séquestration et blessures corporelles graves». Ces suspects, 11 hommes et deux femmes très vraisemblablement des agents de la CIA, seraient pour la plupart domiciliés en Caroline du Nord. La justice allemande a remonté leur piste grâce à la police espagnole. Selon la Garde civile, c'est dans un Boeing enregistré sous le numéro N313P, parti de Majorque, le 23 janvier 2004, que Khaled El Masri a été expédié hors d'Europe. Cet avion, identifié dès novembre 2004, a pu continuer ses vols « spéciaux », décollant et atterrissant à plusieurs reprises de l’aéroport de Francfort-sur-le-Main. Les magistrats munichois se sont également appuyés sur l'enquête du Conseil de l'Europe qui a recensé plus d'un millier de vols secrets de la CIA en Europe entre 2001 et 2005. En septembre 2006, la station de radio-télévision allemande NDR avait rendu publique l’identité de trois des ravisseurs : Eric Fain, James Fairling et Kirk James Bird, pilotes de ce vol spécial, employés par l’entreprise Aero Contractor, qui a pris la succession de la fameuse société de la CIA, Air America, utilisée pendant la guerre d’Indochine, notamment pour le transport d’opium du Laos, produit par l’armée secrète hmong dirigée par le général Van Pao.
Comme le soulignaient mercredi les médias allemands, l'arrestation des suspects sera difficile à mener à bien, sans un mandat d'arrêt international. La justice usaméricaine, de son côté, a jusqu'ici refusé d'aider les enquêteurs allemands. En novembre, la Cour d'appel fédérale de Richmond (Virginie) avait commencé à examiner un recours d'El Masri. Mais Washington considère qu'il s'agit d'activités secrètes, que la CIA ne peut ni confirmer ni démentir.
Quant aux autorités allemandes, très gênées, elles répètent qu'elles n'ont pas favorisé l'enlèvement, qualifiant d' «infamants» tous les soupçons sur une contribution active ou un silence complice de Berlin. Il n’en reste pas moins que des forts soupçons pèsent sur les autorités policières allemandes, qui ont affirmé devant la commission d’enquête du Bundestag qu’elles n’ont pris connaissance de l’enlèvement de Khaled El Masri que le 10 juin 2004, c’est-à-dire après sa libération, et n’ont ouvert une enquête qu’en août 2004. Or, il est avéré que Khaled El Masri était, bien avant son kidnapping par la CIA, sous observation de la police allemande pour ses contacts « suspects » avec le centre multiculturel de Neu-Ulm. Il est donc difficile de croire que la CIA n’a pas informé ses homologues allemands de son enlèvement.
Déjà mis en difficulté par l’enquête sur la détention de Murat Kurnaz, les responsables allemands doivent répondre de leurs faits et geste dans cette autre affaire devant la commission du Bundestag chargée de surveiller les activités du BND, les services de renseignement. Le 1er mars prochain, la commmission entendra Joschka Fischer, ancien ministre des Affaires étrangères, Ernst Uhrlau, chef du BND et son prédécesseur August Hanning. Le 8 mars ce sera au tour de Frank-Walter Steinmeier, actuel ministre des Affaires étrangères, qui était à l’époque des faits membre du secrétaiat du Chanecelier Schröder, ainsi qu’ Otto Schily, alors ministre de l’Intérieur.
L’affaire El Masri ne fait donc que commencer : elle avait déjà été à l’origine de la création de deux commissions d’enquête, celle du Conseil de l’Europe, dirigée par le Suisse Dick Marty, et celle du Parlement européen, dirigée par le député sicilien Claudio Fava.

L’Amérique m'a kidnappé

La politique US de “transferts extraordinaires” a un visage humain, et c'est le mien Par Khaled El Masri, Los Angeles Times, 19 décembre 2005
KHALED EL-MASRI, citoyen allemand, né au Liban, était vendeur de voitures avant son enlèvement en décembre 2003.


Je ne suis pas encore remis d'une expérience complètement hors des limites du tolérable, hors des limites de n'importe quel cadre légal, inadmissible dans n'importe quelle société civilisée. J'ai foi dans le système de justice US, c'est pourquoi j'ai déposé une plainte la semaine dernière contre George Tenet, l'ex-directeur de la CIA. Ce qui m'est arrivé ne doit plus jamais se produire.

Je suis né au Koweit et j'ai grandi au Liban. En 1985, alors que le Liban était déchiré par la guerre civile, j'ai fui vers l'Allemagne en quête d'une vie meilleure. Je suis devenu un citoyen de ce pays où j'ai fondé ma famille. J'ai cinq enfants.Le 31 décembre 2003, j'ai voyagé par bus d'Allemagne pour la Macédoine. A notre arrivée, mon cauchemar a commencé. Des agents aacédoniens ont confiqué mon passeport et m'ont gardé en détention pendant 23 jours. Tout contact m'était interdit, même avec mon épouse.

Ensuite on m'a forcé à enregistrer une vidéo où je déclarais avoir été bien traité. Puis on m'a menotté, bandé les yeux et emmené dans un bâtiment où j'ai été durement frappé. Mes vêtements ont été découpés à l'aide d'une lame ou de ciseaux et mes sous-vêtements arrachés. On m'a jeté à terre, les mains maintenues en arrière et une botte faisant pression sur mon dos. J'étais humilié. Parfois ils ôtaient mon bandeau, et je pouvais voir des hommes habillés en noir et portant des lunettes de ski noires. J'ignorais leur nationalité. Ils m'ont placé sur un matelas, enchaîné les poignets et les chevilles, mis un cache-oreilles, un bandeau aux yeux et une cagoule. On m'a jeté dans un avion, mains et jambes écartées et solidement arrimées au sol. J'ai senti qu'on me faisait deux injections puis j'ai pratiquement perdu conscience. J'ai senti l'avion décoller, atterrir puis décoller à nouveau.

J'ai appris plus tard qu'on m'avait emmené en Afghanistan.

Dans ce pays on m'a encore frappé et placé dans une petite cellule froide en béton. J'avais très soif, mais il n'y avait qu'une bouteille d'eau croupie dans la cellule. L'eau fraîche m'était refusée.Cette première nuit on m'a emmené dans la salle d'interrogatoire où j'ai vu un homme portant les mêmes vêtements noirs et les mêmes lunettes de ski que précédemment. Ils m'ont déshabillé et photographié, prélevé des échantillons de sang et d'urine. On m'a replacé dans la cellule où je suis resté à l'isolement pendant plus de quatre mois.La nuit suivante, les interrogatoires ont commencé. Ils m'ont demandé si je savais pourquoi on m'avait arrêté. J'ai répondu que non. Ils m'ont dit que j'étais à présent dans un pays sans lois et demandé si je comprenais ce que cela signifiait. Ils m'ont souvent demandé si je connaissais les hommes qui étaient responsables des attentats du 11 septembre, si j'avais séjourné dans des camps d'entraînement en Afghanistan, quels étaient mes liens avec certaines personnes à Ulm, la ville où je vis en Allemagne. J'ai dit la vérité : que je n'avais aucune relation avec aucun terroriste, que je n'étais jamais venu en Afghanistan et que je n'avais jamais été impliqué dans aucune forme d'extrémisme.

J'ai demandé maintes fois à rencontrer un représentant des autorités allemandes, ou un avocat, ou encore d'être traduit en justice. À chaque fois mes demandes étaient ignorées.

Au désespoir, j'ai entamé une grève de la faim. Après 27 jours sans nourriture, on m'a emmené pour rencontrer deux Américains - le directeur de la prison et un autre homme qu'ils appelaient "le Boss". Je les ai suppliés de me relâcher ou de me traduire en justice, mais le directeur de la prison m'a répondu qu'il ne pouvait me libérer sans l'autorisation de Washington. Il a également dit qu'il pensait que je n'aurais pas dû me retrouver en prison.

Après 37 jours sans nourriture, on m'a traîné jusqu'à la salle d'interrogatoire où on m'a intubé de force pour me nourrir. J'ai été très très mal, endurant les pires souffrances de ma vie.

Trois mois plus tard, on m'a emmené voir un Américain qui disait revenir de Washington et m'a promis que je serais rapidement libéré. J'ai aussi reçu la visite de quelqu'un qui parlait allemand et m'a expliqué que je serai autorisé à rentrer chez moi mais m'a averti que je ne devrais jamais parler de ce qui s'était passé car les Américains tenaient à garder cette affaire secrète.

Le 28 mai 2004, près de cinq mois après mon enlèvement, on m'a bandé les yeux, menotté et enchaîné à un siège d'avion. On m'a dit que j'atterrirai dans un pays autre que l'Allemagne parce que les USA ne voulaient pas laisser de trace de leur implication, mais que je pourrais en fin de compte rentrer en Allemagne.

Après l'atterrissage on m'a emmené en voiture dans des montagnes, les yeux toujours bandés. Mes ravisseurs ont ôté mes menottes et mon bandeau puis ordonné d'avancer sur un sentier sombre et désert sans regarder derrière moi. J'avais peur qu'on me tire dans le dos.

A un tournant j'ai rencontré trois hommes qui m'ont demandé le pourquoi de ma présence illégale en Albanie. Ils m'ont conduit à l'aéroport où j'ai acheté un billet pour l'Allemagne (mon portefeuille m'avait été restitué). C'est seulement après le décollage que j'ai vraiment cru à mon retour à la maison. J 'avais les cheveux longs, ma barbe avait poussé et j'avais perdu 30 kilos. Ma femme et les enfants étaient partis au Liban, ils croyaient que je les avais abandonnés. Heureusement, nous sommes désormais tous ensemble en Allemagne. J'ignore toujours ce qui m'est arrivé. On m'a dit que la Secrétaire d'Etat US, Condoleezza Rice, avait confirmé lors d'une rencontre avec la Chancelière allemande que mon affaire était une "erreur" - mais aussi que des officiels US ont démenti plus tard qu'elle ait tenu ces propos. Je n'étais pas présent à cette rencontre. Aucun membre du gouvernement US ne m'a jamais contacté pour me donner une explication ou s'excuser des souffrances qu'ils m'ont infligées.Mme Rice a déclaré publiquement, au cours d'une discussion sur mon affaire, que "n'importe quelle politique peut déboucher parfois sur des erreurs." Mais c'est précisément pourquoi le “transfert extraordinaire” ("Extraordinary Rendition") est si dangereux.

Si ceux qui m'interrogeaient m'ont dit clairement qu'on m'avait emmené dans un pays sans lois, c'est que le but premier du transfert extraordinaire est de soustraire les personnes à la protection de la loi.

J'ai supplié maintes fois mes ravisseurs de me déférer devant un tribunal, où je pourrais expliquer à un juge qu'une erreur avait été commise. A chaque fois ils ont refusé. Ainsi, une "erreur" qui aurait pu être rapidement corrigée a conduit à plusieurs mois d'un traitement cruel et de souffrances dépourvues de sens, pour ma famille et moi-même.

Mes ravisseurs ne voulaient pas me traduire en justice, alors, la semaine dernière c'est moi qui les ai traduits en justice. Avec l'aide de l' American Civil Liberties Union, j'ai déposé une plainte contre le gouvernement US parce que j'ai la certitude que ce qui m'est arrivé était illégal et ne devrait pas arriver à d'autres. Et je suis certain que le peuple US, quand il connaîtra mon histoire, sera d'accord avec moi.
Traduit par MB pour quibla.net.
Source : http://quibla.net/guantanamo/guanta55.htm#d
Deutsche Fassung
Die amerikanische Politik der „ausserordentlichen Überstellungen“ hat eine menschliche Form und zwar meine

mercredi 31 janvier 2007

Parution des mémoires de Murat Kurnaz le 23 avril

Les éditions Rowohlt (Berlin) annoncent la prochaine parution, le 23 avril prochain, des mémoires de Murat Kurnaz, écrites en collaboration avec Helmut Kuhn. Titre annoncé : "5 ans de ma vie : rapport de Guantánamo".

La Turquie assure s’être occupée du sort de Murat Kurnaz à Guantánamo


Ankara a assuré vendredi s’être activement occupé du sort du Turc Murat Kurnaz, né en Allemagne, rejetant les reproches apparues dans la presse allemande selon lesquelles la Turquie n’aurait pas tout fait pour récupérer ce citoyen détenu à Guantánamo.
"Le gouvernement turc s’est occupé de cette affaire depuis le début de manière intensive", a déclaré l’ambassade de Turquie à Berlin. Ankara s’est activé "sur les plans aussi bien politique que technique" pour que des Turcs détenus sur la base américaine, quand ils étaient mis en accusation, soient traduits en justice ou libérés, a-t-elle fait valoir.
Le gouvernement turc, selon la même source, a suivi l’affaire Kurnaz en prenant contact avec les autorités américaines mais aussi en informant les avocats et la famille du détenu, surnommé le "taliban de Brême", des efforts en cours. Ankara s’est "efforcé également de communiquer avec les autorités allemandes et de mener avec elles une coopération harmonieuse et orientée vers un résultat", a ajouté la représentation diplomatique dans la capitale allemande.
Au cours d’un voyage au Pakistan, fin 2001, ce Turc vivant à Brême (nord de l’Allemagne) avait été arrêté. Il a ensuite été transféré sur la base américaine à Cuba, où il a passé quatre ans, avant d’être libéré à l’été 2006 à la suite de pressions du gouvernement d’Angela Merkel.
Une polémique fait rage en Allemagne sur l’apparent manque d’empressement de Berlin à faire libérer Kurnaz. L’actuel ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, qui coordonnait sous le gouvernement précédent de Gerhard Schröder les services secrets, a affirmé que Berlin "n’avait jamais fait traîner la libération" de Kurnaz de Guantanamo et nié avoir rejeté en 2002 une quelconque offre des Américains de le libérer, démentant son existence.
M. Steinmeier, s’est aussi demandé dans une interview "ce qui s’opposait alors à la libération" de Kurnaz pour qu’il rejoigne la Turquie, "où sa femme et d’autres membres de sa famille vivent".
Source : http://www.armenews.com/article.php3?id_article=28854

dimanche 28 janvier 2007

Affaire Murat Kurnaz : les eurodéputés mettent en cause l'attitude de Berlin – Steinmeier nie tout


La commission d'enquête du Parlement européen sur l'utilisation de pays européens par la CIA pour le transport et la détention de terroristes présumés a soutenu mardi la cause du Turc Murat Kurnaz, détenu quatre ans à Guantánamo , qui met en difficulté politique le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier. "Selon des informations institutionnelles confidentielles, le gouvernement allemand n'a pas accepté l'offre américaine, faite en 2002, de libérer Murat Kurnaz de Guantánamo ", juge la commission d'enquête dans son rapport final adopté mardi.Murat Kurnaz a été arrêté en décembre 2001 au Pakistan, livré aux forces américaines en Afghanistan et transféré début 2002 à Guantánamo . Il y a passé plus de quatre ans, avant d'être libéré l'été dernier à la suite de pressions du gouvernement d'Angela Merkel.
L'ancien gouvernement "rouge-vert" de Gerhard Schröder, dont M. Steinmeier était le bras droit, est soupçonné par la presse allemande d'avoir tenté d'empêcher Kurnaz de revenir en Allemagne, alors que le gouvernement américain aurait offert dès 2002 de le libérer.
M. Steinmeier est dans la ligne de mire en tant qu'ancien ministre auprès de la chancellerie où il coordonnait les activités des services secrets."Toutes les enquêtes ont abouti dès la fin octobre 2002 à la conclusion que Murat Kurnaz ne représentait aucune menace terroriste", souligne le rapport du Parlement.La commission d'enquête a adopté mardi son rapport final par 28 voix contre 17. Il sera soumis au vote des députés en séance plénière à Strasbourg le 14 février.Le rapport recense une vingtaine de cas dits de "restitutions extraordinaires", comme celui de l'Allemand Khaled el-Masri, enlevé en 2003 en Macédoine et détenu plusieurs mois en Afghanistan, ou celui de l'ex-imam égyptien Abou Omar par des agents de la CIA à Milan en 2003.
Il dénombre quelque 1.245 escales européennes d'avions opérés par la CIA, pour la plupart logistiques mais dont certaines ont probablement servi à des transfèrements de prisonniers."Il est clair qu'il y a eu des activités illicites de la CIA en Europe, mais beaucoup de questions subsistent encore", a indiqué le président de cette commission parlementaire, le conservateur portugais Carlos Coelho.
Le rapport dénonce aussi le manque généralisé de coopération des États membres à l'enquête des eurodéputés, et en particulier l'accueil réservé aux membres de la commission lors de leur déplacement en Pologne où aucun député ou ministre polonais n'a daigné les rencontrer.Cependant, les députés polonais ont réussi à faire passer un amendement à une voix près considérant "qu'à la lumière des preuves indirectes susmentionnées, il s'avère impossible de conclure à l'existence de centres de détention secrète basés en Pologne". La Pologne est avec la Roumanie l'un des deux pays de l'UE soupçonnés d'avoir pu abriter une prison secrète de la CIA.
Les eurodéputés demandent aussi aux États membres d'ouvrir à leur tour une "enquête indépendante" pour mettre au jour la vérité, et de prendre des sanctions contre les pays qui auraient toléré ou autorisé ces opérations.
Face à ces accusations, le diplomate en chef de l'UE Javier Solana a réitéré mardi qu'aussi bien lui que les Etats membres avaient fait "tout ce qu'ils ont pu faire" pour collaborer avec l'enquête parlementaire et n'avaient rien caché.Franz-Walter Steinmeier a relevé vendredi que Murat Kurnaz aurait pu être renvoyé en Turquie, et assuré que Berlin "n'avait jamais fait traîner sa libération" de Guantánamo , où il est resté quatre ans. En pleine polémique sur un prétendu refus par l'Allemagne d'une soi-disante offre américaine en 2002 de faire libérer le "Tabilan de Brême", M. Steinmeier a déclaré au quotidien Bild Zeitung: "l'alternative n'était pas entre l'Allemagne et Guantánamo . Qu'est-ce qui s'opposait alors à la libération (de Kurnaz) en Turquie, où sa femme et d'autres membres de sa famille vivent?"
Son porte-parole, Jens Plötner, a expliqué que M. Steinmeier s'était efforcé de faire disparaître une "fausse perception courante dans l'opinion publique": "c'est, a-t-il dit, un jugement erroné que de penser que quelqu'un doit rester à Guantánamo si l'on n'autorise pas son entrée en Allemagne, quand cette personne dispose de la nationalité d'un pays tiers", la Turquie, a-t-il dit. M. Steinmeier, a-t-il confirmé, a participé à une réunion à huis clos en octobre 2002 avec les responsables des services secrets, au cours de laquelle l'affaire Kurnaz avait été examinée.Selon la presse, c'est lors de cette réunion que ces responsables auraient refusé un retour de Kurnaz en Allemagne.
M. Steinmeier, alors le bras droit du chancelier Gerhard Schröder, coordonnait les services secrets. Il a répété à plusieurs reprises qu'il n'avait pas reçu d'offre américaine de libérer Kurnaz et qu'il s'expliquerait devant une commission d'enquête parlementaire. Il a aussi dit qu'il n'était aucunement question pour lui de démissionner.
Le ministre a rappelé qu'à l'époque (2002), "la plus haute priorité était de garantir la sécurité de 82 millions de personnes en Allemagne".
"Des meneurs des attentats de New York et Washington (du 11 septembre 2001) venaient de Hambourg, et il y avait d'autres groupes et réseaux d'islamistes prêts à la violence dans d'autres villes", a-t-il dit. "Mon principe a toujours été: la plus grande sécurité pour les personnes, sans mettre en péril nos principes de droit. Je m'y suis toujours tenu, également dans l'affaire Kurnaz. Notre attitude était claire: chacun, même s'il est soupçonné de terrorisme, a droit à une procédure conforme à l'état de droit", a-t-il ajouté, faisant référence à Guantánamo .M. Steinmeier a souligné que son gouvernement "s'était préoccupé de Murat Kurnaz, même s'il possédait un passeport turc et non un passeport allemand". "Nous avons toujours parlé avec le gouvernement américain. Les Américains avait jusqu'à la fin des préoccupations de sécurité et considéraient en outre la Turquie responsable pour le suivi consulaire", a-t-il dit, en indiquant que Berlin s'était adressé au gouvernement turc dans cette affaire. Kurnaz a été libéré de Guantánamo à l'été 2006.
Sources : AFP, 23 et 26 janvier 2007

mardi 9 janvier 2007

Enquête sur de rôle de soldats allemands à guantanamo

Le parquet allemand de Tübingen a annoncé l’ouverture d’une enquête sur deux soldats de la Bundeswehr, l’armée fédérale. Les deux membres des forces spéciales KSK, l’unité d’élite de l’armée allemande, ont été reconnus par Murat Kurnaz comme les auteurs de mauvais traitements sur sa personne alors qu’il était retenu dans une prison afghane. Cet Allemand de Brême d’origine turque avait été arrêté en 2001 en Afghanistan et remis aux autorités usaméricaines avant d’être transféré à Guantanamo. Celui qu’on a surnommé le « Taliban de Brême » affirme qu'un soldat allemand lui avait frappé la tête contre le sol pendant sa détention en janvier 2002. Un deuxième militaire aurait assisté à ces mauvais traitements. Rappelons que durant sa détention, le ministre des Affaires étrangères vert Joschka Fischer avait longtemps nié avoir de quelconques informations sur la détention de Kurnaz à Guantanamo et avait ensuite refusé d’intervenir en sa faveur, arguant du fait qu’il n’était, au moment de sa capture, pas en possession d’un passeport allemand.