lundi 16 juin 2008

La grande évasion

600 à 1.100 prisonniers ont pu s'échapper après une attaque revendiquée par les talibans. Au moins 15 policiers ont trouvé la mort.


Plus de 1.000 détenus (1.100 selon un général de la Force internationale d'assistance à la sécurité) se sont échappés d'une prison à Kandahar (sud de l'Afghanistan), après l'attaque des bâtiments par des talibans, a annoncé samedi 14 juin un responsable de la police. Au moins quinze policiers ont été tués et quelques autres blessés.Mohammad Jamal Khan a précisé que huit prisonniers avaient également été tués.Voiture piégée, kamikazes et roquettesLes assaillants ont d'abord fait exploser vendredi soir une voiture piégée aux portes de la prison, avant que des kamikazes se fassent exploser, causant l'effondrement de deux murs de l'enceinte. Des roquettes ont également été tirées sur la prison.L'assaut a débuté vers 21h30 locales et duré une trentaine de minutes, selon des témoins."Tous les prisonniers se sont échappés. Il ne reste plus personne", a déclaré Wali Karzaï, frère du président Hamid Karzaï et président du conseil de la province de Kandahar.La prison visée contenait plusieurs centaines de détenus, dont au moins 350 talibans qui ont observé une grève de la faim en mai.
Source : AP, 14 juin 2008

jeudi 5 juin 2008

« 17 Guantánamo flottants »

Par Fausto Della Porta, il manifesto , 3 juin 2008. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Pas un, mais 17 Guantánamo. Avec des prisonniers enfermés non pas sur une île mais sur 17 bateaux de guerre. La dénonciation provient de l’ONG Reprieve, d’après laquelle des bateaux de guerre usaméricains seraient utilisés comme prisons pour détenir, interroger – avec des méthodes proches de la torture- et déplacer à travers la planète une partie des prisonniers capturés pendant la « guerre contre le terrorisme ». Washington a immédiatement démenti le rapport.

L’utilisation de bateaux-prisons aurait commencé fin 2001 (au début donc de la campagne contre l’Afghanistan des talibans). Le rapport de Reprieve sera publié dans les prochains jours mais il a été anticipé le 2 juin par le quotidien britannique Guardian.

Il avait déjà été question ces dernières semaines de la possibilité que les USA utilisent des bateaux de guerre en déplacement pour cacher des personnes détenues illégalement. Selon les éléments recueillis par l’ONG, au moins 200 cas de rendition – « transferts extraordinaires » illégaux dans des prisons secrètes délocalisées dans des pays où il est possible de pratiquer la torture - auraient eu lieu de manière avérée depuis 2006. Et pourtant, il y a deux ans, le président Georges Bush avait assuré qu’on avait mis fin à de telles pratiques. Clive Stafford Smith, le responsable juridique de Reprieve, a déclaré au Guardian que les USA « ont choisi les bateaux afin de tenir leurs méfaits loin des yeux des médias et des avocats des associations humanitaires ; mais nous arriverons bien finalement à réunir tous ces détenus fantômes et à faire valoir leurs droits ». « Les USA – poursuit Smith - détiennent en ce moment, de leur propre aveu, 26 000 personnes dans leurs prisons secrètes, mais nos estimations sont qu’au moins 80 000 pesonnes, à partir de 2001, sont passées par cet engrenage. Il est temps que l’administration US montre un engagement concret à respecter les droits humains ». Parmi les nombreux témoignages recueillis dans les documents de l’ONG britannique, on peut lire celui d’un prisonnier de Guantanamo (où environ 300 musulmans restent prisonniers en régime de détention administrative, sans accusation formelle à leur charge) qui rapporte l’expérience d’un de ses voisins de cage : « Il m’a raconté qu’ils étaient une cinquantaine sur ce bateau, enfermés à fond de cale, et qu’ils étaient plus tabassés qu’à Guantanamo ».

Le rapport suspecte en outre que certains prisonniers fantômes ont transité par des structures de la base militaire de Diego Garcia, dans l’Océan Indien. Ce qui coïnciderait avec la reconnaissance partielle du ministre des Affaires Étrangères de Londres, David Miliband, qui avait dit en février dernier que deux avions US en mission de « rendition » avaient fait escale sur cette base. « Pas à pas – a commenté Andrew Tyrie, président de la Commission parlementaire sur les missions de torture - la vérité sur les « renditions » vient au jour : ce n’est qu’une question de temps. Le gouvernement ferait mieux d’éclaircir ça immédiatement ».

Un porte-parole de la marine militaire US a cependant démenti les conclusions de Reprieve. « Il n’y a pas de prisons sur les bateaux usaméricains » a dit le commandant Jeffrey Gordon au Guardian. Mais c’est désormais un fait établi que les missions de torture usaméricaines ont été consolidées et sont de pratique commune : des bases secrètes de la CIA – dit le Guardian- opéraient en Roumanie, en Pologne, en Thaïlande et en Afghanistan. « Toutes ces bases secrètes font partie d’un réseau mondial dans lequel les gens sont détenus indéfiniment, sans que des chefs d’accusation soient formalisés, et sont soumis à la torture – en violation totale des Conventions de Genève et de la Charte des droits de l’homme de l’ONU », avait déclaré Ben Griffin, ex-membre des forces spéciales britanniques. Griffin a ensuite ensuite été réduit au silence par le ministre de la Défense qui a obtenu, une mise en demeure de tribunal à son encontre.



La base de Diego Garcia, dans l'Océan Indien

The Big Gitmo Circus

Guantanamo: le cerveau présumé du 11-Septembre veut mourir en martyr
Par Fanny CARRIER, AFP , 5 juin 2008

BASE NAVALE DE GUANTANAMO (AFP) - Plusieurs des cinq accusés du 11-Septembre, présentés pour la première fois à un juge militaire jeudi à Guantanamo, ont annoncé qu'ils voulaient être condamnés à mort pour devenir martyrs.

Les cinq hommes, qui apparaissaient pour la première fois en public après avoir passé des années dans les prisons secrètes de la CIA, étaient tous présents, à cette audience destinée à leur signifier leurs chefs d'inculpations, pour lesquels ils risquent la peine de mort.

Le principal accusé, Khaled Cheikh Mohammed, considéré comme le "cerveau" des attentats de 2001, a été le premier à prendre la parole. Debout, il a commencé à psalmodier des versets du Coran, interrompant par moment son chant pour le traduire en anglais: "Dieu est tout suffisant pour moi, il n'y a pas d'autre dieu que Lui, en Lui je mets ma confiance".

Invité par le juge militaire Ralph Kohlmann à dire s'il acceptait l'aide des avocats civils et militaires commis d'office, Khaled Cheikh Mohammed, qui arborait un turban blanc et une énorme barbe poivre et sel lui donnant l'air nettement plus vieux que ses 43 ans, a refusé: "je vais assurer ma défense".

Et quand le juge lui a rappelé qu'il risquait la peine capitale, il a répondu: "C'est ce que je veux, cela fait longtemps que je veux être un martyr".

Peu après, Wallid ben Attash a pris la parole à son tour, avec la même résolution: "Je ne veux personne pour me représenter. Je vais assurer seul ma défense (...). Vous avez tué mon frère, qui était plus jeune que moi, pendant la guerre, et c'est mon désir d'être entre vos mains".

Khaled Cheikh Mohammed, Ramzi ben al-Shaiba, Ali Abd al-Aziz Ali, Wallid ben Attash et Mustapha al-Hawsawi, arrêtés entre 2002 et 2003 et transférés à Guantanamo en 2006, sont poursuivis pour complot, meurtre, attentat, dommages corporels graves, destruction de propriété, terrorisme et soutien matériel à des actes terroristes.

Tous vêtus de blanc, les accusés semblaient détendus, et plusieurs ont passé une partie de l'audience à s'échanger des plaisanteries et des messages. Seul Ramzi ben al-Shaiba, qui souffre de troubles mentaux, avait les chevilles attachées au sol par une chaîne dans la salle d'audience dernier cri construite cette année sur la base navale.

Plusieurs avocats de la défense ont fait valoir que les cinq détenus n'avaient eu que très récemment accès à un avocat et n'étaient pas encore en mesure de dire s'ils leur faisaient confiance. "Je ne pense pas qu'il puisse faire un choix intelligent", a déclaré Thomas Durkin, avocat de M. ben al-Sahiba, pendant que son client plaisantait avec un autre accusé.

"Je sais qu'ils sont très qualifiés, ils sont la meilleure équipe à ce qu'ils m'ont dit, mais le problème est leur président George W. Bush", a souligné Khaled Cheikh Mohammed, qui s'exprimait d'une voix ferme, dans un anglais correct mais avec un fort accent.

Alors que le juge insistait pour dire que le refus des avocats n'était "pas une bonne idée", il a cependant haussé le ton: "Nous avons été (emprisonnés) 5 ans, et ils nous ont torturé (...) et ils nous ont transférés à +InquisitionLand+ à Guantanamo", a-t-il dénoncé, pour expliquer pourquoi il n'avait pas confiance dans la procédure.

Une soixantaine de journalistes pouvaient suivre l'audience, dans la salle ou sur un écran vidéo, mais avec un délai d'au moins 20 secondes, une mesure destinée à permettre au juge de couper le son si les détenus évoquent des informations confidentielles.

L'Italie bafoue l'autorité de la Cour européenne des Droits de l'Homme


Avec l'expulsion le 3 juin 2008 de Sami Essid en Tunisie, l'Italie :
1) bafoue l'autorité de la plus haute instance judiciaire européenne : la Cour européenne des Droits de l'Homme;
2) viole la Convention européenne des Droits de l'Homme;
3) porte atteinte à l'état de droit en Europe;
4) porte atteinte aux droits de l'homme des Européens;
5) met en péril les institutions de l'Union européenne.
Le 28 février 2008, la Cour européenne prenait une décision historique quand elle condamna l'Italie dans l'affaire Nassim Saadi, menacé d'expulsion malgré les condamnations prononcées contre lui en Tunisie et les menaces de torture en cas de retour en son pays.
Ce défi de la Cour européenne au pouvoir d'un des Etats membres de l'Union européenne a fait long feu : un peu plus de trois mois après, l'Italie, en expulsant Sami ben Khemaies Essid le 3 juin 2008, malgré le commandement de la Cour européenne, vient de rétablir son autorité au-dessus des instances judiciaires européennes, en violant ouvertement une décision judiciaire européenne, et par là, en ruinant l'autorité même de la Cour européenne, et du coup, celle de la Convention européenne des droits de l'homme.
On peut considérer que le 3 juin 2008 constitue une date charnière après des années de flottement de la part des pouvoirs politiques européens : c'est la raison d'état qui doit désormais primer non seulement l'état de droit, mais surtout les valeurs universelles humaines réaffirmées et promues par la communauté internationale depuis l'effondrement du fascisme à la fin de la deuxième guerre mondiale.
Nous entrons aujourd'hui dans une nouvelle ère où l'opinion publique occidentale est appelée à se taire et à subir sans protester ce revirement qui nous replonge dans l'ère du fascisme sans le nom.
La société civile et les milieux des droits de l'homme en Europe et dans le monde vont-ils pouvoir prendre conscience de la gravité du bras de fer qui vient de se dérouler entre la Cour européenne et le régime italien, et du coup de force de celui-ci contre la légalité européenne et la juridiction internationale ?
Paris, le 5 juin 2008
Le Bureau

Chronologie de l'Affaire Sami ben Khémaies Essid
10 février 1968 : naissance de Sami ben Khémaies Essid près de Bizerte;
Avril 2001 : Arrestation de Sami Essid près de Milan;
Février 2002 : Sami Essid est condamné en Italie à 6 ans et demi de prison pour appartenance à association terroriste;
(2005? ou 2006?) Condamnations en Tunisie pour les mêmes faits à au moins dix ans de prison en application d'une loi d'exception dite antiterroriste;
7 juillet 2007 : Nouvelles charges en Italie contre Sami Essid alors en prison;
2007 : La Cour européenne ordonne à l'Italie de suspendre l'expulsion de Sami Essid;
28 février 2008 : la Grande Chambre de la Cour européenne condamne l'Italie pour avoir décidé d'expulser Nassim Saadi et affirme le principe absolu de non expulsion de personnes menacées d'être torturées dans leur pays;
Dimanche 31 mai 2008 : Decret d'expulsion pris par de Roberto Maroni, ministre de l'Intérieur à l'encontre de Sami Essid à l'approche de la fin de sa peine de six ans et demi;
Lundi 2 juin 2008 : Lettre de la Cour Européenne à l'Italie lui rappelant son obligation de suspendre l'expulsion;
Mardi 3 juin 2008 : Sami Essid est prévu pour être entendu par le Juge pour répondre aux nouvelles accusations de faits de terrorisme;
Mardi 3 juin : Contre toute attente, Sami Essid est transféré à l'aéroport de Fiumicino Rome;
Mardi 3 juin au soir : Sami Essid est envoyé en Tunisie;
Mercredi 4 juin 2008 : comparution de Sami Essid devant le Tribunal Militaire de Tunis en l'absence d'avocats; l'audience est renvoyée au 2 juillet 2008.

Source : CCTE - Tél. 0033 1 43 29 68 98

mercredi 4 juin 2008

17 prisons secrètes ont déjà remplacé Guantanamo

Alors que les États-Unis s’emploient à vider la prison de Guantanamo en vue de sa fermeture prochaine, le Pentagone et la CIA ont mis en place un vaste système de centres de tortures et de prisons secrètes, bien plus sévères.
C’est ce que s’apprête à révéler l’association de juristes britanniques Reprieve à qui l’on doit déjà les révélations détaillées sur les vols secrets de la CIA. Selon ce document, dont le Guardian a déjà donné un compte-rendu, Washington aurait choisi, pour échapper à toute poursuite judiciaire d’installer ses prisons secrètes dans les cales de bâtiments de guerre croisant dans les eaux internationales. 17 de ces prisons flottantes ont été identifiées, incluant l’USS Ashland, l’USS Bataan et l’USS Peleliu. Il s’agit principalement de navires de débarquement ou d’assaut qui ont la particularité d’avoir des cales facilement aménageables. Les prisonniers y sont retenus dans des cages alignées. Ils seraient actuellement 26 000 répartis dans ces « établissements ».
Au total, plus de 80 000 personnes auraient transité dans les prisons secrètes des États-Unis depuis 2001. En outre, Reprieve a identifié plus de 200 nouveaux cas de « restitution extraordinaire », c’est-à-dire d’enlèvement, depuis la publication par le Conseil de l’Europe du rapport de Dick Marty et les promesses de George Bush que son pays renonçait à ces pratiques.
Source : http://www.voltairenet.org/article157301.html

11 septembre: première audience publique jeudi à Guantanamo

Par Caroline Stevan, Le Temps, 4 juin 2008

JUSTICE. Cinq accusés des attentats à New York et Washington, dont Khaled Cheikh Mohammed, seront entendus jeudi par un tribunal militaire. Une pirouette, déplorent certains observateurs.

Washington les présente comme de gros poissons, tous largement impliqués dans les attentats du 11 septembre 2001. Pour la première fois, ils seront entendus jeudi dans le cadre d'une audience publique à Guantanamo, sur l'île de Cuba: Khaled Cheikh Mohammed, accusé d'être le cerveau des attaques; Ali Abd al-Aziz, son neveu et assistant; Mustafa Ahmed al-Hawsawi, potentiel comptable de l'opération; Ramzi ben al-Shaiba, ancien colocataire du pilote Mohammed Atta; ainsi que Wallid ben Attash, organisateur présumé de l'attentat contre le destroyer USS Cole en 2000 à Aden (Yémen) et qui aurait fait des repérages pour 2001.
Les cinq hommes sont censés être jugés par une commission militaire, dont la légalité est contestée même aux Etats-Unis. «Les magistrats sont nommés par le président américain, cela pose un gros problème d'indépendance, souligne Manon Schick, porte-parole de la section suisse d'Amnesty International. La présomption d'innocence n'est pas non plus respectée puisque les accusés sont considérés comme des «ennemis combattants» depuis leur arrestation.» La Cour suprême américaine a invalidé le dispositif en 2006, mais le Congrès l'a rétabli quelques mois plus tard. «Ce n'est pas un réflexe tout à fait sain pour une démocratie», déplore Andrea Bianchi, professeur de droit international à Genève. La plus haute instance judiciaire doit à nouveau se prononcer dans les semaines qui viennent. Au-delà du statut contesté des commissions militaires, le parcours des prévenus ajoute encore un peu au discrédit du verdict à venir. Arrêtés entre 2002 et 2003, les cinq musulmans ont aussitôt disparu dans les fameuses prisons secrètes de la CIA. «Où étaient-ils pendant ces trois ans, dans quelles conditions de détention?, s'interroge Manon Schick. Il est probable qu'ils aient été torturés et que des aveux arrachés de cette façon soient retenus contre eux au cours de la prochaine audience.» La CIA, déjà, a reconnu avoir utilisé la technique de la simulation de noyade à l'encontre de Khaled Cheikh Mohammed. La Convention internationale contre la torture interdit de considérer des informations obtenues en suppliciant les prisonniers. «Mais puisque Washington estime que la simulation de noyade et autres traitements de ce genre ne sont pas de la torture...», relève Andrew Clapham, directeur de l'Académie de droit humanitaire et droits humains à Genève. Dans un rapport publié lundi, l'ONG britannique Reprieve affirme que les Etats-Unis auraient usé d'«un certain nombre de navires comme prisons flottantes (probablement jusqu'à 17), dans lesquels les captifs ont été interrogés sous la torture avant d'être transférés vers d'autres endroits, souvent tenus secrets». Pour l'heure, un seul détenu de la base américaine (l'Australien David Hicks renvoyé dans son pays) a été condamné par un tribunal d'exception - près de 800 hommes y ont séjourné et 270 s'y trouvent encore. Une quinzaine d'autres ont été inculpés de crimes de guerre, sans qu'aucun véritable procès ne soit organisé. L'audience publique de jeudi promet-elle, dès lors, une amélioration dans le trou noir juridique que représente Guantanamo? «Tout le monde souhaite fermer ce centre de détention, mais cela ne peut se faire sans quelques procès. Le gouvernement américain veut sauver la face, c'est tout. On ne doit pas se laisser distraire par une audience, qui, de surcroît, viole la législation internationale», argue Andrea Bianchi. Manon Schick, elle, refuse de croire à une clôture prochaine de la base. «On n'en est plus aux cages ouvertes à tous les vents, les cellules sont désormais ultramodernes. Tout a été agrandi, rénové, beaucoup d'argent a été investi, cela n'indique pas une volonté d'en finir.» La salle qui doit accueillir l'audience publique jeudi est également toute neuve. Elle a été conçue pour permettre au juge d'empêcher les soixante journalistes et autres observateurs de la société civile présents d'entendre les éléments du débat estimés confidentiels.

mardi 3 juin 2008

Omar Khadr: un "gentil garçon" pour ses gardes, selon un rapport canadien

Les soldats américains gardant le Canadien Omar Khadr détenu à Guantanamo le considèrent comme "un gentil garçon", tout à fait "récupérable" mais qui risque de se radicaliser s'il demeure en détention, indiquent des documents officiels canadiens publiés mardi.
Deux rapports de responsables du ministère des Affaires étrangères ayant rencontré Omar Khadr à Guantanamo en mars et avril le présentent comme un "jeune homme aimable, amusant et intelligent", écrit le quotidien The Globe and Mail, qui en a obtenu copie.
Ce n'est pas seulement l'avis des officiels canadiens qui l'ont rencontré, mais aussi celui des soldats chargés de le garder, ajoute le journal.
Aujourd'hui âgé de 21 ans, Omar Khadr est accusé d'avoir tué un soldat américain lors de son arrestation par l'armée américaine en Afghanistan en 2002. Il avait alors 15 ans.
Omar est "récupérable". C'est un "gentil garçon", qui est apprécié par le personnel du camp, note un responsable canadien en mars, selon ce document, également cité par le National Post.
Un mois plus tard, un autre responsable canadien cite un "contact militaire américain estimant qu'une détention prolongée à Guantanamo risquerait de faire (d'Omar Khadr) un extrémiste".
La publication des documents qui tracent un portrait sympathique du seul détenu canadien à Guantanamo pourrait accroître la pression sur le gouvernement canadien pour le rapatrier, comme le réclament depuis des mois l'opposition et de nombreux juristes.
Il n'avait pas été possible d'obtenir immédiatement confirmation du contenu de ces documents auprès du ministère des Affaires étrangères.
Un des rapports indique aussi que le jeune homme semble prendre ses distances avec sa famille. Son père Ahmed Saïd Khadr, ingénieur d'origine égyptienne, tué en octobre 2003 durant un combat avec des soldats pakistanais, était considéré comme très lié à Al-Qaïda et à Oussama ben Laden.
Omar "espère que le Canada va faire quelque chose pour le sortir de Guantanamo", indique encore un des rapports en donnant aussi des indications sur l'état de santé du jeune homme.
Il a perdu la vision dans son oeil gauche et son oeil droit se détériore à cause d'un éclat de projectile. Il a également dans l'épaule gauche des éclats qui déclenchent les détecteurs de métal de la prison.
Source : AFP, 3 juin 2008

lundi 2 juin 2008

La CIA et le Maroc

Par Larbi Bouhamida, Libération (Maroc), 2 juin 2008

L'information est d'une acuité certaine. Non contente de se livrer à ses basses besognes en violation des principes les plus élémentaires des droits de l'Homme, la CIA a voulu que celles-ci éclaboussent des pays autrement plus respectueux des valeurs, des principes qui fondent la liberté et la démocratie. Selon le quotidien madrilène El Pais daté du mercredi 28 mai, les Etats- Unis continueraient à utiliser l'Espagne comme base de transit des vols secrets vers Guantánamo.
Le Portugal n'a pas échappé non plus à cette « contagion » induite par la « guerre contre le terrorisme » que l'Oncle Sam a déclarée au reste du monde après les attentats du 11 septembre 2001.Idem pour le Maroc. D'après El Pais, le Royaume aurait accueilli lui aussi plusieurs escales des avions en provenance ou se dirigeant vers le tristement célèbre camp de Guantanamo, et ce depuis 2003.
Deux avions de la CIA, un 737 et un GLF5 auraient décollé de l'aéroport de Rabat- Salé vers Guantanamo respectivement le 9 septembre 2003 et le 11 mars 2004. Pour ce qui est du nombre des vols en provenance de Guantanamo vers le Maroc, il s'élève également à deux. Il s'agit des arrivées des avions GLF 4 et B743 qui ont eu lieu respectivement le 28 mars 2004 et le 19 février 2007.
De fait, les Etats-Unis qui se sont habitués depuis les années 1950 à opérer impunément des « dirty tricks » rocambolesques persévèrent dans la même voie et avec la même impunité. La différence aujourd'hui, c'est qu'ils en font sous- traiter quelques- uns des dommages collatéraux par des pays tiers. Y compris en Europe et au Maghreb. Saura-t- on un jour la part qui en est revenue au Maroc ?

Ottawa aurait refusé d'accueillir des Ouïgours détenus à Guantanamo

La Presse Canadienne, Toronto, 2 juin 2008

Le gouvernement canadien aurait refusé d'accueillir des Chinois d'origine ouïgoure détenus à la base militaire de Guantanamo, par crainte de voir Pékin se venger sur un Canadien emprisonné en Chine.
Le quotidien torontois Globe and Mail rapporte dans son édition de lundi qu'en 2002, une vingtaine de Chinois appartenant à la minorité ouïgoure ont été interpellés au Pakistan et transférés à Guantanamo.Les responsables américains ont rapidement réalisé que les hommes - tous membres d'une minorité qui réclame son indépendance de la Chine - étaient innocents et ont sollicité plusieurs pays, dont le Canada, pour les accueillir.Les pourparlers avec le Canada se seraient déroulés en mai 2006, au même moment où le Canadien Huseyin Celil, lui aussi d'origine ouïgoure, a été arrêté en Ouzbékistan et remis aux autorités chinoises.Selon des sources gouvernementales citées par le Globe and Mail, Ottawa a failli accepter d'accueillir ces individus mais a finalement changé d'idée par crainte de voir les conditions de détention de M. Celil se détériorer en Chine. En avril 2007, M. Celil a été condamné à la prison à vie pour terrorisme.Les prisonniers - qui n'ont pas été rendus à la Chine, par crainte qu'ils ne soient torturés - ont finalement été accueillis par l'Albanie. Les autres pays sollicités avaient refusé pour ne pas être associés à Guantanamo ou pour ne pas provoquer la colère de la Chine.

dimanche 1 juin 2008

Affaire Khadr: le juge Brownback démis de ses fonctions

par Paul Journet, La Presse, 1er juin 2008

Nouvelle controverse au procès d'Omar Khadr, ce jeune ressortissant canadien de 21 ans détenu à Guantánamo Bay. Peter Brownback, juge du procès, a été démis de ses fonctions jeudi dernier par le colonel Ralph H. Kohlmann, juge en chef de Guantánamo.
«Le départ résulte d'une décision mutuelle», a toutefois assuré Andre Kok, porte-parole du tribunal de Guantánamo, au Los Angeles Times. Les avocats ont appris la nouvelle par un courriel laconique d'une seule ligne. «Nous avons été pris par surprise. On ne nous a donné aucune autre explication», indiquait hier à La Presse Nathan Whitling, un des avocats canadiens d'Omar Khadr. Soupçons Le départ du juge Brownback ne manque pas d'éveiller les soupçons. Le 8 mai, le magistrat menaçait d'interrompre les procédures si la poursuite ne remettait pas à la défense des documents sur la santé mentale et les interrogatoires d'Omar Khadr.
La défense les a finalement reçus. «Le juge qui frustrait les efforts du gouvernement (américain) quitte soudainement. C'est bizarre», indiquait hier au New York Times William Kuebler, avocat militaire principal d'Omar Khadr.
L'organisme Human Rights Watch a aussi critiqué le départ inexpliqué du juge, parlant «d'apparence d'ingérence politique». Pas un juge «idéal» «Malgré sa récente décision en notre faveur, il n'était pas du tout un juge idéal pour nous, rappelle toutefois Nathan Whitling. Il a rejeté rapidement certains de nos arguments, sans même les considérer.»C'est le juge Patrick Parrish qui prend la relève du dossier.
Omar Khadr est le dernier ressortissant d'une démocratie occidentale à être détenu à Guantánamo. Il a été arrêté en Afghanistan en 2002, alors qu'il avait 15 ans. On l'accuse d'avoir tué un sergent américain.

vendredi 30 mai 2008

Washington veut précipiter le procès des terroristes du 11 septembre pour influer sur l'élection présidentielle, dénoncent des avocats

Des avocats accusent le gouvernement américain de vouloir précipiter le procès à Guantanamo de terroristes présumés liés aux attentats du 11 septembre 2001 pour influencer l'élection présidentielle, selon des actes juridiques obtenus par l'Associated Press.
Ces actes incluent des documents montrant que l'ancien procureur en chef de Guantanamo, qui a démissionné en octobre, a été sanctionné par l'armée le 23 mai dernier après avoir témoigné pour la défense lors d'une audience à Guantanamo.
Le brigadier général Thomas Hartmann, conseiller juridique des tribunaux de Guantanamo, a affirmé à l'Associated Press que M. Davis n'avait pas été sanctionné à cause de son témoignage, mais à cause de ses mauvais résultats en tant que procureur en chef.
Les avocats militaires du cerveau présumé des attentats du 11 septembre, Khalid Sheikh Mohammed, et de quatre autres co-accusés ont révélé que les procureurs plaident pour que le procès ait lieu le 15 septembre, soit "quelques semaines avant l'élection présidentielle" de novembre.
"On peut dire sans équivoque que des hauts responsables de la commission militaire pensent qu'il serait politiquement stratégique que ces cinq hommes soient dans la chambre d'exécution le 4 novembre 2008", a déclaré le lieutenant commandant Brian Mizer, l'un des avocats, en référence à la date du scrutin présidentiel.
Dans un témoignage récent, M. Davis avait affirmé que lorsqu'il était procureur en chef, "il y avait cette logique qui voulait que si nous n'arrivions pas à organiser ces procès avant l'élection, alors cette histoire se dégonflerait alors que si nous réussissions à condamner les types du 11 septembre d'ici là, ce serait difficile, quel que soit le vainqueur de l'élection, d'arrêter le processus."
Source : AP, 30 mai 2008

jeudi 29 mai 2008

Omar Khadr : Et s’il s’appelait Tremblay ou Smith ?

par Frédéric Towner-Sarault, alternatives, 29 mai 2008

Les neuf juges de la Cour suprême sont unanimes : le gouvernement canadien a été complice de violations au droit international en collaborant avec les Américains dans la détention d’Omar Khadr. Dans un jugement rendu le 23 mai, la Cour mentionne que la procédure contre ce Canadien détenu à Guantanamo est « contraire au droit interne états-unien et à des conventions internationales sur les droits de la personne dont le Canada est signataire ».

La Cour suprême ordonne la publication de comptes-rendus d’interrogatoires menés par des agents de renseignements canadiens à la base américaine en 2003 qui ont été remis aux autorités des États-Unis. Ces documents sont réclamés par les avocats de Khadr qui tentent d’établir que la preuve retenue contre leur client ne tient pas la route. Ottawa refusait de les divulguer.
Omar Khadr est accusé de crimes de guerre aux États-Unis et est emprisonné à Guantanamo depuis 2002. Ce citoyen canadien n’avait que 15 ans lorsqu’il a été incarcéré pour des gestes qu’il aurait commis en Afghanistan, où il vivait avec son père, un dirigeant d’Al-Quaïda tué par les Américains.
Ce jugement met le Canada dans l’embarras et accroît la pression sur le gouvernement conservateur pour qu’il exige la libération d’Omar Khadr. Déjà à la mi-mai, le débat avait été relancé dans l’opinion publique par le sénateur Roméo Dallaire. La déclaration du sénateur Dallaire avait créé une commotion à Ottawa quand il a comparé le gouvernement canadien à des organisations terroristes comme Al-Quaïda. « Les accusations contre Khadr sont illégales autant que la cour devant laquelle elles sont entendues », affirmait l’ancien général à la retraite. Il reproche au gouvernement conservateur de ne faire aucun effort pour assumer ses responsabilités envers un de ses citoyens.
Les barreaux du Québec et du Canada ainsi que l’Association des avocats criminalistes ajoutent que le cadre juridique à Guantanamo est inconstitutionnel et contre les conventions internationales. Ils réclament maintenant que le fédéral intervienne pour mettre Omar Khadr à l’abri des irrégularités de la cour martiale mise sur pied par les Américains à Guantanamo.
Un comité des Communes pour les droits de la personne prépare aussi un rapport sur la question de la légitimité de son emprisonnement. Malgré tout, le gouvernement fédéral demeure bien silencieux dans cette affaire.
Six ans d’emprisonnement
Omar Khadr croupit depuis six ans en prison sans avoir été jugé.
Vivian Barbot, porte-parole adjointe du Bloc québécois en matière d’affaires étrangères, rappelle que tous les pays occidentaux ayant des ressortissants emprisonnés sur la base américaine à Cuba ont obtenu leur rapatriement. Le Canada, lui, semble ne faire aucun effort pour obtenir la libération de Khadr qui a passé près du tiers de sa vie à Guantanamo. « Ce n’est pas normal qu’un Canadien soit abandonné par son pays, surtout s’il s’agit d’un mineur », dit-elle.
« Quel que soit ce qu’on lui reproche, nous demandons qu’il soit rapatrié ici pour y être jugé. Pour qu’on puisse valider le bien-fondé des accusations portées contre lui », ajoute Mme Barbot. Elle critique l’attitude d’Ottawa qui affirme que le processus juridique suit son cours.
Amnistie internationale a été parmi les premiers à dénoncer le gouvernement canadien dans cette affaire. Dès 2002, la section canadienne de l’organisme a spécifiquement réclamé que des démarches soient entreprises afin de faire libérer Omar Khadr.
Anne Ste-Marie, d’Amnistie internationale, soutient que ses droits les plus fondamentaux n’ont jamais été pris en compte. En février, l’avocat américain désigné pour le défendre a fait état de séances de mise à tabac, de menaces de viol et des nombreuses fois où son client a été attaché pendant des heures dans des positions inconfortables. L’enquête qui devait faire la lumière sur ces allégations a été interrompue au début du mois de mai par le gouvernement américain.
Mme Ste-Marie indique que dans le cas d’Omar Khadr, l’opinion publique ne s’est pas mobilisée comme elle l’a été pour Brenda Martin, cette Canadienne de retour au pays après avoir été emprisonnée au Mexique. « Évidemment, personne n’ose le dire à haute voix, mais il nous apparaît évident que si Omar Khadr se nommait Tremblay ou Smith ça aurait aidé sa cause », affirme-t-elle.
Un enfant soldat
Eric Hoskins, le président de War Child Canada, un organisme international qui documente les cas d’abus d’enfants soldats à travers le monde, indique que les allégations de mauvais traitements et de sévices laissent présager le pire. Monsieur Hoskins croit qu’après tout ce temps dans ces conditions extrêmes, Omar Khadr doit être sévèrement affecté psychologiquement : « Il passe le plus clair de son temps en isolation et il subit des séances d’interrogations punitives. Les dommages psychologiques doivent être effrayants. »
Il croit qu’il est grand temps qu’Omar Khadr soit reconnu comme un enfant soldat et qu’il reçoive des traitements en conséquence. Les lois internationales concernant le sort des enfants soldats stipulent que ces derniers doivent être assistés dans un processus de guérison. La torture psychologique et physique n’a rien à voir avec la réinsertion et la guérison des traumatismes de la guerre, indique le docteur Hoskins.
Le cas d’Omar Khadr est unique au monde. Aucun autre enfant soldat n’est accusé devant un tribunal de guerre. Les Américains enfreignent les traités internationaux en le gardant à Guantanamo. Le Canada est complice de la situation en refusant d’entreprendre des démarches pour obtenir son transfert.
Jack Layton, le chef du Nouveau Parti Démocratique, croit que les manquements aux engagements internationaux affectent la crédibilité et la réputation du Canada. « Le Canada était un des premiers pays à signer le protocole sur le sort réservé aux enfants soldats, maintenant le gouvernement conservateur se moque de ce protocole. » Le leader néodémocrate estime que l’évolution du débat sur la place publique semble signaler qu’il est temps que le Canada prenne ses responsabilités envers le citoyen Khadr.

mercredi 28 mai 2008

Bush, Cheney et Cie accusés de crimes de guerre dans un dossier du FBI

Par Bill Van Auken, wsws.org, 28 mai 2008

La révélation la plus étonnante d’un rapport de 370 pages de l’inspecteur général du département de la Justice américain est que des agents du FBI avaient officiellement ouvert un dossier de « Crimes de guerre », documentant la torture dont ils avaient été témoins à la prison de Guantanamo Bay, avant de recevoir l’ordre de l’administration de cesser d’écrire leurs rapports.
Le World Socialist Web Site, ainsi que des groupes de défense des droits humains et d’autres opposants de la répression et du militarisme américains, ont longtemps insisté que les actes de l’administration Bush (le déclenchement de guerres d’agression, les assassinats, l’enlèvement et la séquestration sans procès de civils et, le plus répugnant de tous, la torture) constituaient des crimes de guerre selon toute interprétation légitime des décrets et traités internationaux de longue date.
De voir cependant cette évaluation confirmée par l’inspecteur général du département de la Justice, le seul responsable majeur n’étant pas directement subordonné à la Maison-Blanche, et par des agents du FBI, une agence qui n’est pas particulièrement reconnue pour être intéressée aux questions de droits démocratiques, est un signe du caractère endémique de ces crimes et de la crise qu’ils ont engendrée au sein du gouvernement des Etats-Unis et de l’élite dirigeante américaine en son ensemble.
Le rapport établit clairement que la torture fut ordonnée et planifiée en détail aux plus hauts niveaux du gouvernement, y compris la Maison-Blanche, le conseil national de sécurité, le Pentagone et le département de la Justice. Les tentatives de faire cesser ces pratiques, sur une base légale ou pragmatique, par des individus à l’intérieur du gouvernement furent systématiquement contrées et les preuves de ces activités criminelles dissimulées.
Il n’y a pas eu de réaction immédiate de la Maison-Blanche face à ces nouvelles révélations. Les réactions d’autres agences directement impliquées dans les crimes commis à Guantanamo ont donné une idée du sentiment général d’impunité dans lequel la torture décrite dans le rapport de l’inspecteur général se poursuit à ce jour.
« Il n’y a rien de nouveau là-dedans », a affirmé le porte-parole du Pentagone Bryan Whitman. Un porte-parole du département d’Etat à quant à lui décrit les accusations contenues dans le rapport comme étant « assez vagues ».
Assez vagues ? On peut se demander qu’est-ce que ce porte-parole qualifierait d’explicite. Le rapport contient des pages et des pages de témoignages d’agents du FBI sur les pratiques sadiques et répugnantes à Guantanamo.
À un endroit le rapport affirme : « [Un agent du FBI] se rappelait que, à un certain moment durant l’interrogatoire, l’officier militaire “versa de l’eau” dans la gorge d’un détenu qui était assis. Il affirma qu’il pensait que le but de cette pratique était de faire croire au détenu qu’il se noyait, et ainsi le forcer à fournir l’information souhaitée par l’interrogateur. [L’agent] a affirmé que le détenu avait des haut-le-coeur et crachait de l’eau. Il a dit que le détenu semblait incommodé, et il pensait qu’il avait de la difficulté à respirer. »
Et selon une description de l’interrogation de Mohamedou Ould Slahi, un Mauritanien arrêté par son propre gouvernement, remis aux forces américaines et déporté à Guantanamo en 2002 :
« Il fut laissé seul dans une chambre froide connue sous le nom du "congélateur", où des gardes l’empêchaient de dormir en appliquant de la glace ou de l’eau froide sur lui… »
« Il fut privé de sommeil pour une période de 70 jours à l’aide d’interrogatoires prolongés, de lumières stroboscopiques, de musiques menaçantes, de consommation forcée d’eau et d’obligation de demeurer en position debout. »
« Une interrogatrice féminine l’empêcha de mettre des vêtements;
« Deux interrogatrices féminines lui ont fait des attouchements sexuels et ont fait des commentaires à caractère sexuel sur lui ;
« Avant et pendant l’incident du bateau, il fut sévèrement battu. »
De plus, écrit le document, il fut « amené à penser qu’il serait exécuté et il s’est uriné dessus » et il s’est fait dire que sa mère et d’autres membres de sa famille seraient détenus et qu’il leur serait fait du mal.
Des centaines d’agents du FBI ont été témoins de torture
Des épisodes similaires ont été décrits, selon le rapport de l’inspecteur général, par littéralement des centaines d’agents du FBI, qui ont vu des interrogateurs de la CIA, de l’armée et de sous-traitants privés réaliser des actes illégaux de torture et d’abus contre des détenus.
De plus, le rapport cite : plusieurs agents du FBI qui ont rapporté des cas de raclées ; 30 agents qui ont rapporté avoir vu des détenus enchaînés dans des positions de stress sur de longues périodes ; 70 agents qui ont rapporté des cas de détenus privés de sommeil ; 29 agents qui avaient de l’information sur l’utilisation de températures extrêmes dans le but de « briser la détermination des détenus de résister à la coopération » ; et 50 agents qui ont rapporté l’utilisation d’un isolement prolongé pour « saper la résistance d’un détenu ».
De plus, quatre agents ont rapporté le cas de deux détenus en Afghanistan battus à mort après avoir été enchaînés debout pour une longue période.
Les histoires de tortures détaillées dans ce rapport ne sont que la pointe de l’iceberg.
Elles n’incluent pas le traitement de Murat Kurnaz, un citoyen turc né en Allemagne, qui fut arrêté pendant un voyage au Pakistan à l’automne 2001 et qui fut remis aux responsables américains pour une récompense de 3000 dollars. Tout d’abord amené à la base américaine à Kandahar en Afghanistan, il fut ensuite transféré à Guantanamo. Même si en 2002, les autorités américaines avaient conclu que Kurnaz n’avait rien à voir avec le terrorisme, il fut emprisonné jusqu’au milieu de 2006 et relâché seulement à cause de la pression du gouvernement allemand.
Empêché d’entrer aux Etats-Unis, il a témoigné par un lien vidéo devant une audience peu nombreuse du comité des Affaires étrangères du Sénat cette semaine.
« Je n’ai rien fait de mal et j’ai été traité comme un monstre », a-t-il dit. Il a dit comment il avait été assujetti à des chocs électriques, suspendu par les poignets pendant des heures et soumis à un « traitement par l’eau », dans lequel sa tête était enfoncée dans un sceau d’eau alors qu’on le frappait à l’abdomen pour le forcer à inhaler le liquide. (Il vaut la peine de mentionner que le rapport de l’Inspecteur général du département de la Justice a affirmé que cette dernière forme de torture ne constitue pas une « simulation de noyade », mais représente « une tentative d’intimider les détenus et d’augmenter leurs sentiments d’impuissance ».
« Je sais que d’autres sont morts de ce genre de traitement, a dit Kurnaz. J’ai souffert de privation de sommeil, du confinement, d’humiliations sexuelles et religieuses. J’ai été battu à de multiples reprises. »
« Il n’y avait pas de lois à Guantanamo, a conclu Kurnaz. Je ne pensais pas que ça pouvait arriver au 21e siècle… Je n’aurais jamais pu imaginer que cet endroit avait été créé par les Etats-Unis. »
Les détenus de Guantanamo ne représentent qu’un pour cent de ceux détenus dans des camps de détention américains et des prisons secrètes opérées par les militaires et la CIA en Irak, Afghanistan et d’autres points du globe. Il est estimé que près de 27.000 personnes sont détenues sans accusation, sans parler de procès, plusieurs d’entre eux ayant simplement disparu dans le goulag global de Washington. Certains sont détenus dans des navires de détention, d’autres dans des donjons secrets opérés conjointement par la CIA et des régimes vers lesquels elle « transfère » les détenus, comme l’Égypte, la Jordanie et le Maroc, où d’autres formes plus cruelles de torture (être enterré vivant, l’électrocution ou la lacération avec un scalpel) sont employées.
Le rapport confirme également que les scènes révoltantes saisies dans les photographies prises à la prison d’Abou Ghraib en Irak et rendues publiques il y a quatre ans montrant des hommes nus cagoulés, soumis à la torture et à l’humiliation sexuelle par des gardes américains, n’étaient pas des aberrations. Les méthodes décrites dans le rapport — la nudité forcée, l’utilisation des chiens d’attaque lors d’interrogatoires, l’enchaînement des détenus dans des positions de « stress », les promenades en laisse — étaient identiques à celles officiellement mises sur le compte de quelques « pommes pourries » à Abou Ghraib.
La torture sadique « orchestrée » à partir de la Maison-Blanche.
L’uniformité des abus dans ces endroits si éloignés l’un de l’autre démontre que ce sadisme psychopathique et criminel infligé à ces détenus par les forces américaines était planifié et orchestré à partir du sommet.
En fait, comme le révélait ABC News le mois dernier, les représentants officiels du soi-disant comité de principe (le vice-président Dick Cheney, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, le secrétaire d'État Colin Powell, le directeur de la CIA George Tenet, le procureur général John Ashcroft et la conseillère à la sécurité nationale Condoleezza Rice) ont eu des discussions détaillées sur les « techniques renforcées d’interrogatoire » qui, selon ABC, « étaient quasiment chorégraphiées – allant jusqu’à préciser le nombre de fois où les agents de la CIA pouvaient utiliser une tactique particulière. »
Bush a affirmé par la suite sur ABC qu’il « savait que notre équipe sur la sécurité nationale avait des rencontres sur cette question. Et je les ai approuvées ».
Le rapport établit que les représentants du FBI et du département de la justice ont avisé le conseil national sur la sécurité de la Maison-Blanche de leurs préoccupations que les pratiques observées par les agents « minaient sérieusement… l’autorité de la loi » à Guantanamo.
À la fin, cependant, on leur a dit de reculer, et ils se sont soumis, devenant ainsi complices de ces crimes et de leur camouflage.
Les révélations du rapport du FBI n’ont pas suscité de réactions importantes ou de demandes d’agir sur cette question par les démocrates élus au Congrès ou encore par les prétendants à la candidature présidentielle du Parti démocrate, le sénateur Barack Obama et la sénatrice Hillary Clinton, qui n’ont pas fait de la torture une question essentielle de leur campagne.
Le New York Times a publié un éditorial mardi intitulé « Ce que les agents du FBI ont vu » qui détaillait le rapport et déclarait qu’il « montrait ce qui arrive lorsque qu’un président américain, son secrétaire à la Défense, son département de la Justice et d’autres hauts responsables corrompent la loi américaine pour justifier et autoriser l’abus, l’humiliation et la torture de prisonniers ».
Le quotidien concluait son éditorial en écrivant : « Les démocrates doivent faire toute la lumière » sur cette affaire au moyen d’audiences portant sur « l’ampleur du manquement à la loi et aux conventions de Genève par le président Bush ». Cela, écrivait le New York Times, « est l’unique façon d’amener le pays du côté des défenseurs, et non des violateurs, des droits de l’Homme ».
On voit bien là l’impuissance de ce qui fut l’élite du libéralisme américain. L’ampleur de la criminalité de l’administration Bush a été largement mise à nu au cours des dernières années.
La violation délibérée et en bloc des conventions de Genève et des traités contre la torture sont, en vertu du droit international, des crimes de guerre, exactement comme le FBI l’a reconnu. Ce qu’il faut, ce n’est pas une autre audience sans conséquence d’un comité du Congrès, mais plutôt la constitution d’un tribunal pour crimes de guerre. Ceux qui ont commis ces crimes doivent en être reconnus coupables.
Bush, Cheney, Rice, Rumsfeld, Powell, Tenet et Ashcroft doivent subir un procès. Les individus tels que l’ancien conseiller de la Maison-Blanche et procureur général, Alberto Gonzales, le chef du bureau de Cheney, David Addington, et le conseiller au département de Justice, John Yoo (qui ont élaboré les arguments pseudo-légaux pour légitimer la torture), doivent aussi être poursuivis ainsi que les responsables de l’armée et des services d’espionnage qui ont présidé aux pratiques criminelles ayant eu cours à Guantanamo, Abou Ghraib, Bagram et les autres camps et prisons de la CIA et de l’armée.
Les dirigeants du Parti démocrate n’ont ni le désir ni l’intention de lutter pour un tel règlement de comptes. La speaker de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi et d’autres dirigeants du parti ont insisté à plusieurs reprises que la destitution du président et du vice-président « n’était pas sur la table ». Ils n’ont aucun intérêt à poursuivre l’administration sur la question de la torture parce qu’ils en sont eux-mêmes les complices. Pelosi et d’autres démocrates en vue au Congrès ont été informés en détail sur les méthodes criminelles utilisées à Guantanamo, ils les ont approuvées et les ont cachées au peuple américain.
A un niveau plus essentiel, les démocrates ont été complices de la politique du militarisme et de l’agression partout dans le monde, politique menée au nom de la soi-disant guerre globale contre le terrorisme et impliquant la pleine utilisation de la force armée pour défendre les intérêts de l’oligarchie qui dirige les Etats-Unis. C’est cette stratégie criminelle (qui est responsable de la mort de plus d’un million d’Irakiens) qui a créé les conditions pour le crime même de la torture.
Néanmoins, l’approfondissement de la crise du capitalisme américain crée les conditions pour de profonds chocs et changements dans les rapports politiques et sociaux qui pourraient bien résulter en la comparution devant un tribunal de Bush, Cheney et compagnie et leur jugement pour crimes de guerre.

(Article original anglais paru le 23 mai 2008)

Droits de l'Homme: Amnesty International critique les USA et la Chine

LONDRES — Les Etats-Unis ne montrent pas l'exemple comme ils devraient le faire en matière des droits de l'Homme et la Chine fait peu de cas de la situation dans ce domaine en Birmanie et au Soudan, où elle privilégie ses intérêts économiques, a dénoncé mercredi Amnesty International dans son "rapport annuel 2008" sur les droits humains dans le monde.
L'ONG basée à Londres accuse les Etats-Unis de ne pas jouer leur rôle de "boussole morale" par rapport au reste du monde, une critique formulée depuis longtemps par Amnesty à l'adresse de Washington. Cette année, l'organisation déplore le soutien apporté l'an dernier par les Etats-Unis au président pakistanais Pervez Musharraf quand il a décrété l'état d'urgence dans son pays.
"En tant qu'Etat le plus puissant du monde, les Etats-Unis fixent la norme pour le comportement des gouvernements au niveau international", souligne le rapport, en regrettant que les Etats-Unis "se soient distingués ces dernières années par leur mépris de la législation internationale".
Le centre de détention américain de Guantanamo, à Cuba, est à nouveau condamné avec force par Amnesty. Irene Khan, sa secrétaire générale, exhorte le prochain président américain -qui doit être élu en novembre-à annoncer la fermeture de Guantanamo le 10 décembre 2008, à l'occasion du 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'Homme.
Le département d'Etat américain n'a pas fait de commentaire dans l'immédiat sur ce rapport, mais il s'était plaint dans le passé du fait qu'Amnesty se servait des Etats-Unis comme d'"un commode punching-ball idéologique".
La Chine, puissance émergente, reçoit également son lot de "coups de poing". Selon le rapport, Pékin continue d'envoyer des armes au Soudan, au mépris de l'embargo sur les armes de l'ONU, et fait du commerce avec plusieurs pays accusés de violer les droits de l'Homme, comme la Birmanie et le Zimbabwe. Il note que le gouvernement chinois maintient une censure sur les médias et persécute toujours les militants des droits humains.
Le rapport accuse également la Chine d'étendre son programme de "rééducation par le travail", qui permet au gouvernement d'arrêter des gens et de les condamner à effectuer de pénibles travaux de main d'oeuvre sans qu'ils soient jugés.
Mais Amnesty dit avoir détecté un changement dans la position de Pékin: en 2007, le pays a persuadé le gouvernement soudanais d'autoriser la présence d'une force de maintien de la paix des Nations unies au Darfour et a fait pression sur la Birmanie pour qu'elle accepte la visite d'un émissaire spécial de l'ONU.
Irene Khan a confié à l'Associated Press qu'il était plus facile de sortir de certaines impasses en matière de droits de l'homme quand les pays occidentaux et la Chine travaillaient de concert.
"La Chine a une influence pour travailler avec certains gouvernements", a-t-elle déclaré avant que le rapport ne soit rendu public. Mais elle a ajouté que la Chine devait utiliser cette influence de manière responsable.
"La Chine est clairement une puissance mondiale (...) ce qui lui donne une responsabilité internationale en matière de droits de l'homme", a-t-elle affirmé. "Elle doit reconnaître que la croissance économique, ce n'est pas suffisant."
Les autoités chinoises n'ont pas réagi dans l'immédiat. Mais dans le passé, elles avaient rejeté en bloc les critiques contenues dans de précédents rapports d'Amnesty.
La liste annuelle établie par l'ONG sur les abus en matière de droits de l'Homme montre que des personnes sont toujours torturées ou maltraitées dans au moins 81 pays. Selon le rapport, des hommes et des femmes sont aussi jugés de manière inéquitable dans au moins 54 pays, et ne jouissent pas de la liberté de parole dans au moins 77 pays.
Le rapport fait aussi apparaître une multiplication, partout dans le monde, des manifestations de masse en faveur d'actions énergiques contre la pauvreté.
Source : Xinhua, 28 mai 2008

mardi 27 mai 2008

Des journalistes vont couvrir le procès de cinq terroristes présumés à Guantanamo

WASHINGTON, 27 mai (Xinhua) -- Le département de la défense américain a déclaré mardi qu'il inviterait des journalistes à couvrir le procès de cinq terroristes présumés à la base navale américaine à Guantanamo.
Entre 40 et 50 journalistes des Etats-Unis et d'organisations internationales de la presse seront autorisés à suivre le projet prévu le 5 juin, a affirmé le porte-parole du Pentagone Bryan Whitman.
"La responsabilité du département de la défense est d'assurer que nous ayons suffisamment de médias américains et internationaux couvrant le procès et le rendant le plus transparent possible", a- t-il dit.
Le Pentagone a toutefois souligné que seulement une petite partie des journalistes seraient autorisés à entrer dans la salle d'audience tandis que les autres suivraient le procès par video.
Par ailleurs, l'enregistrement et la prise de photos seront interdits aux journalistes, a indiqué le Pentagone.
Parmi les cinq personnes, qui sont accuéses d'être impliquées dans les attentats du 11 septembre 2001, figurent Khalid Sheikh Mohammed, arrêté en mars 2003 au Pakistan et considéré comme l'un des cerveaux de ces attentats

USA: ouverture d'un procès contre 35 manifestants anti-Guantanamo

WASHINGTON - Un juge de Washington a entamé mardi 27 mai le procès de 35 personnes qui avaient été arrêtées en janvier à l'issue d'une manifestation dans la capitale fédérale contre la prison américaine de Guantanamo.
A l'occasion du 6e anniversaire de l'arrivée des premiers détenus sur la base navale américaine à Cuba le 11 janvier, et comme l'année précédente, plusieurs dizaines de personnes avaient été arrêtées après avoir manifesté sans autorisation à l'intérieur et à l'extérieur de la Cour suprême américaine.
A l'appel de "Witness against Torture" (Témoins contre la torture), ils avaient pris soin de ne pas avoir de papiers d'identité sur eux et d'emprunter le nom d'un détenu. Le parquet a proposé d'abandonner les poursuites contre une promesse de se tenir tranquille, mais 35 des manifestants ont préféré aller au procès, pour porter le nom de "leur" détenu devant un juge.
Mardi matin, les prévenus ont annoncé leur intention de se défendre seuls, sans avocat, et une douzaine d'entre eux, vêtus de la combinaison orange symbole des détenus, ont annoncé qu'ils n'ouvriraient même pas la bouche.
"Nous n'exercerons pas nos droits tant que notre pays continuera à nier les droits des autres", a expliqué l'un d'eux, Matthew Daloisio -- qui avait pris le nom de Yasser al-Zahrani, un détenu saoudien qui s'est suicidé en 2006 -- dans une déclaration écrite au juge chargé de l'affaire, Wendell Gardner.
"Nous espérons et nous prions pour que notre silence soit entendu. Nous espérons et nous prions pour la justice, non pas pour nous qui nous tenons face à vous, mais pour ceux dont nous sommes tous responsables", a-t-il poursuivi.
Dans la petite salle d'audience où la couleur orange dominait parmi les prévenus comme parmi le public, les débats ont débuté avec plusieurs heures de retard et dans une certaine confusion, le juge Gardner se montrant particulièrement pointilleux sur la procédure, tout en laissant pointer quelques touches d'ironie dans ses remarques.
Poursuivis pour "harangue" et "discours illégal", les prévenus, parmi lesquels se trouvent un prêtre, des pasteurs, des jeunes et des personnes âgées, risquent un maximum de 3 mois de prison. Le procès pourrait durer jusqu'à la fin de la semaine.
Seule une minorité des quelque 270 détenus de Guantanamo, ceux considérés comme les plus dangereux, portent encore une combinaison orange. La plupart des détenus portent un uniforme beige, et les plus coopératifs sont vêtus de blanc.
Source : AFP, 27 mai 2008

lundi 26 mai 2008

Les avocats d'Omar Khadr remportent une manche en Cour suprême du Canada

par Isabelle Rodrigue, La Presse Canadienne, Ottawa, 23 mai 2008

Le Canada a contrevenu à ses obligations internationales en matière de droit de la personne lorsqu'il a remis aux autorités américaines des documents découlant d'interrogatoires menés par les services secrets canadiens (SCRS) avec Omar Khadr, ce Canadien accusé de terrorisme et détenu dans la prison de Guantanamo, a conclu la Cour suprême du Canada vendredi.

Dans un jugement unanime, le plus haut tribunal s'est rendu aux arguments des avocats du jeune homme et leur accorde un accès partiel aux interrogatoires menés par des représentants canadiens et à tout renseignement découlant de ces entretiens remis aux autorités américaines.Les procureurs du jeune homme disaient avoir besoin de ces documents pour assurer sa défense devant une commission militaire américaine qui doit avoir lieu cet été.Bien que la victoire soit significative pour Khadr, elle n'est pas totale puisque ses avocats n'auront pas, vraisemblablement, accès à tous les documents qu'ils souhaitaient consulter.La Cour ordonne en effet que les interrogatoires et tous les documents en découlant soient remis à un juge désigné de la Cour fédérale qui prendra en considération les questions de sécurité nationale et d'intérêt public avant de déterminer quelles informations seront transmises aux avocats de Khadr.Cette restriction déçoit les avocats du jeune détenu. «Nous n'allons pas obtenir la plupart des documents que nous voulions», a indiqué Nathan Whitling, l'un des avocats de Khadr.«On va en obtenir certains mais pas les plus importants», a-t-il poursuivi.Le plus haut tribunal ne porte pas non plus de jugement sur la légalité de la détention à Guantanamo et sur le processus des commissions militaires.Omar Khadr est accusé d'avoir tué un militaire américain au cours d'une fusillade en Afghanistan en 2001. Il avait alors 15 ans. Il est considéré par les États-Unis comme un ennemi combattant.
Le gouvernement fédéral refusait de se plier à la requête des avocats de Khadr pour des raisons de «sécurité nationale».
La Cour suprême estime que les représentants canadiens doivent respecter les règles des pays où ils se trouvent, mais cette courtoisie ne peut tout de même pas faire fi des droits fondamentaux de la personne reconnus en droit international.
«En mettant à la disposition des autorités américaines le fruit de ses entretiens avec M. Khadr, le Canada a participé à une procédure contraire à ses obligations internationales en matière de droits de la personne», écrit la Cour.
Le tribunal s'appuie sur des décisions rendues par la Cour suprême des États-Unis qui s'est penchée sur les conditions de détention et de mise en accusation «qui avaient cours à Guantanamo lorsque les responsables canadiens ont interrogé M. Khadr puis relayé l'information aux autorités américaines, entre 2002 et 2004».
Cette cour avait conclu à l'illégalité de la détention et à la contravention des Conventions de Genève, qui encadrent les droits des individus en cas de conflit armé.Par conséquent, la Cour suprême du Canada affirme qu'elle peut «conclure que les règles relatives à la détention et à la tenue d'un procès qui s'appliquaient à M. Khadr lorsque le SCRS l'a interrogé constituaient une atteinte manifeste aux droits fondamentaux de la personne reconnus en droit international».
Les associations de lutte pour les droits de la personne ont applaudi la décision de la Cour suprême.«Il s'agit d'une importante victoire pour les droits de la personne», a indiqué Paul Champ, l'un des avocats de l'Association pour les libertés civiles de la Colombie-Britannique.
«Cela réaffirme que le Canada est un état fondé sur les droits de la personne et que les représentants canadiens, peu importe où ils se trouvent sur la planète, doivent respecter les droits humains fondamentaux», a-t-il poursuivi.
Ces associations accusent Ottawa d'être complice du malheur d'Omar Khadr, seul citoyen d'un pays occidental toujours détenu dans la prison américaine de Guantanamo, à Cuba. Elles font valoir que le gouvernement a des obligations envers le jeune homme non seulement parce qu'il est citoyen canadien, mais aussi parce qu'il était mineur au moment des faits qui lui sont reprochés.
Le jugement vient donner un peu plus de munitions aux organismes de défense des droits de la personne, aux partis d'opposition et aux associations d'avocats qui réclament que le jeune homme soit ramené au Canada pour y être jugé.
Le gouvernement canadien refuse d'intercéder auprès du gouvernement des États-Unis pour demander le rapatriement de Khadr, affirmant que le citoyen canadien est accusé d'un crime grave.
Vendredi, le gouvernement a préféré réserver ses commentaires sur le jugement.

dimanche 25 mai 2008

6ème anniversaire du "transfert extraordinaire" d'Abouelkassim Britel

Le 25 mai 2002, à 1 h 30 du matin, le vol Gulfstream V N379P affrété par la CIA, décollait de l'aéroport d'Islamabad avec à son bord le citoyen marocco-italien Abouelkassim Britel, arrêté à Lahore le 10 mars précédent. L'avion continuera vers Porto au Portugal après avoir livré Britel à la DST marocaine. Six ans plus tard, Britel est toujours détenu au Maroc, à la prison d'Oukasha, où il est en grève de la faim depuis le 31 mars.
Pour en savoir plus Justice pour Kassim

samedi 24 mai 2008

Un juge de Guantanamo reconnaît à un détenu le droit de téléphoner à sa famille après plus de six ans d'isolement

Un juge a ordonné jeudi à l'armée américaine d'autoriser un militant présumé d'Al-Qaïda à s'entretenir par téléphone avec sa famille basée au Soudan pour préparer son procès pour crimes de guerre à Guantanamo.
Le détenu, Ibrahim al-Qosi, se plaignait de n'avoir eu aucun contact avec l'extérieur depuis son arrivée sur la base militaire américaine enclavée dans le sud-est de Cuba il y a six ans et demi. Il a dit au juge qu'il avait besoin d'appeler son frère au Soudan pour que celui-ci pour que celui-ci puisse embaucher un avocat civil pour le défendre.
Al-Qosi a été autorisé à téléphoner jeudi soir et s'est entretenu environ une heure avec sa famille, a indiqué le commandant Pauline Storum, porte-parole du centre de détention de Guantanamo.
Âgé de 47 ans, al-Qosi est accusé d'avoir exercé les fonctions de comptable et de trésorier pour Al-Qaïda pendant les années 1990 lorsque le réseau terroriste était basé au Soudan et en Afghanistan. Il aurait par la suite été l'un des gardes du corps d'Oussama ben Laden.
Il risque la prison à vie s'il est reconnu coupable des chefs d'accusation de conspiration et de soutien matériel au terrorisme.
Source : AP, 23 mai 2008

Reporters sans frontières interviewe l’avocat Clive Stafford-Smith après la libération de son client Sami Al-Haj, ex-détenu à Guantanamo

L’avocat Clive Stafford-Smith a accordé un entretien, le 19 mai 2008, à Lucie Morillon, la représentante de Reporters sans frontières aux États-Unis, concernant son client Sami Al-Haj, cameraman soudanais d’Al-Jazira, détenu pendant six ans sur la base militaire américaine de Guantanamo, à Cuba. Clive Stafford-Smith, qui s’est rendu aux États-Unis pour témoigner devant le Congrès, à Washington, a profité de l’occasion pour parler de la santé et de l’avenir professionnel de son client.
Voir la video (1ère partie)

Sami Al-Haj a été soupçonné d’animer un site Internet lié à l’islamisme radical, et d’être à la solde d’Al-Qaïda pour avoir essayé d’interviewer Oussama Ben Laden. Malgré ces accusations, aucune inculpation formelle n’a jamais été prononcée contre le journaliste.
“[L’armée américaine] accusait Sami Al-Haj d’être un présumé terroriste pour avoir reçu une formation d’Al-Jazira. Les termes exacts étaient : ‘Le détenu a avoué avoir été formé à l’utilisation d’une caméra par Al-Jazira’, ce que les militaires considéraient comme du terrorisme”, a affirmé Clive Stafford-Smith. “Il n’existe pas de fondement légal. Ils inventaient de nouvelles accusations et nous prouvions chaque fois que c’étaient des conneries.”
Voir la video (2ème partie)

Clive Stafford-Smith assure qu’aucune explication n’a été donnée à la libération tardive de Sami Al-Haj. En fait, les autorités américaines le considèrent toujours comme un terroriste. Tout au long de son séjour à Guantanamo, les interrogateurs ont voulu obliger le cameraman soudanais à témoigner contre sa chaîne, Al-Jazira, accusée d’être financée par Al-Qaïda.
“Je crois qu’il s’agit d’une agression contre Al-Jazira. En tant que citoyen américain, je trouve ça très triste, parce que nous sommes censés soutenir la liberté d’expression. C’est précisément Al-Jazira qui mène le combat pour la liberté d’expression au Moyen-Orient”, a expliqué Clive Stafford-Smith.
L’avocat a également commenté l’état de santé de Sami Al-Haj, qui a dû être hospitalisé à Karthoum en raison de son état d’extrême faiblesse, après un voyage difficile en avion. L’usage des toilettes lui a été interdit pendant vingt heures et Sami Al-Haj a continué sa grève de la faim au cours du trajet. Par ailleurs, il était menotté et cagoulé.
“Les médecins au Soudan étaient inquiets pour sa vie, a affirmé Clive Stafford-Smith. “Néanmoins, il s’est assez bien remis dans les deux ou trois jours suivants”.
En plus des séquelles des tortures subies durant sa captivité à Guantanamo, des médecins avaient informé Sami Al-Haj qu’il était atteint d’un cancer, mais qu’il ne pouvait pas consulter un spécialiste. Les médecins soudanais qui l’ont examiné n’ont pourtant trouvé aucune trace de cancer.
Au plan professionnel, l’avocat a confié que son client n’avait pour l’instant pas l’intention de se déplacer dans des zones de guerre ou de conflit. Il a également signalé que le gouvernement des États-Unis avait fait pression sur le gouvernement soudanais pour que celui-ci interdise à Sami Al-Haj de voyager ou de reprendre son travail à Al-Jazira.
“Il préférait rester encore dix ans à Guantanamo plutôt que de signer un document de ce genre, a fait savoir Clive Stafford-Smith. Au moment de la libération, un amiral est venu le voir et a essayé de lui faire signer un document, mais il a répondu que son avocat lui avait conseillé de ne rien signer.”
Quant aux accusations de torture, réfutées par le gouvernement américain, Clive Stafford-Smith a affirmé que son client avait été interrogé cent trente fois. A cent vingt reprises, les geôliers avaient essayé d’obliger Sami Al-Haj à reconnaître qu’Al-Jazira était une organisation terroriste. L’avocat a également décrit les méthodes d’alimentation forcée utilisées contre les détenus en grève de la faim - les gardes introduisaient un tube étroit dans le nez des prisonniers. “Ca me semble inhumain”, a souligné Clive Stafford-Smith. Sami Al-Haj a passé un total de 478 jours en grève de la faim. “Rappelez-vous les grèves de la faim des militants de l’IRA dans les années 80 - elles dépassaient rarement les soixante-dix jours”.
Clive Stafford-Smith a lui-même été accusé par le gouvernement américain d’avoir incité trois détenus au suicide. “Je crois qu’il est assez répugnant de suggérer que j’ai incité mes propres clients à se suicider.”
Questionné sur le sort des autres prisonniers à Guantanamo, l’avocat a affirmé qu’actuellement, les risques planétaires sont plus importants qu’avant le 11 septembre 2001. “Personne de sensé ne peut te regarder dans les yeux et te dire que la prison de Guantanamo a contribué à faire du monde un endroit plus sûr.”
D’après Clive Stafford-Smith, “la prison de Guantanamo sera bientôt fermée”. Mais pour lui, le vrai problème est que les États-Unis détiennent encore 27 000 prisonniers dans des prisons secrètes et dans des conditions encore pires qu’à Guantanamo.
Clive Stafford-Smith a tenu à remercier Al-Jazira, les gouvernements du Qatar et du Soudan, ainsi que des organisations comme Reporters sans frontières pour avoir plaidé inlassablement en faveur de la remise en liberté de Sami Al-Haj.