mercredi 10 janvier 2007

Kingston, le « Guantanamo du Nord » : 2 millions de $ par an pour surveiller trois détenus

La détention de trois présumés terroristes au centre de surveillance de l'immigration à Kingston, en Ontario, coûte plus de 2 millions de dollars par année. C'est ce que révèlent des documents du ministère fédéral de la Sécurité publique obtenus par La Presse à la suite d'une demande d'accès à l'information. En vertu d'un certificat de sécurité, deux Égyptiens et un Syrien sont détenus dans ce nouveau centre, situé sur les terrains de la prison Millhaven. Sur les frais d'exploitation annuels, 1,6 M$ sont consacrés aux salaires des employés. Cette prison «spéciale» de 3,2 M$ a coûté trois fois plus cher que prévu. Ouvert en avril dernier, le centre contient seulement six cellules. Les trois détenus, insatisfaits de leurs conditions de détention, ont cessé de se nourrir depuis au moins un mois. L'Agence des services frontaliers refuse néanmoins de parler de grève de la faim. Hassan Almrei, Mohammad Mahjoub et Mahmoud Jaballah sont soupçonnés d'appartenir à des organisations terroristes différentes. Le réfugié algérien Mohammed Harkat a été emprisonné avec eux jusqu'en mai dernier. Après avoir passé trois ans en prison, il a été libéré à plusieurs conditions, dont celle de porter en tout temps un bracelet de surveillance électronique.

Note : 1 $ canadien = 0,65 Euro

Source : http://lcn.canoe.com/lcn/infos/national/archives/2007/01/20070105-101058.html

Mourad Benchellali, ancien prisonnier de guantanamo et les militants d'Amnesty International lors de la manifestation pour la fermeture du goulag de guantanamo, à Paris, le samedi 6 janvier 2007.

Lire le reportage et voir les photos sur

mardi 9 janvier 2007

La condamnation à 15 ans de prison de Mounir Al Motassadeq confirmée

Le feuilleton de l’affaire Mounir Al Motassadeq continue. Ce Marocain de Hambourg est accusé de participation à une organisation terroriste et de complicité de meurtre dans les attentats du 11 septembre. Son crime : avoir connu Mohammed Atta, un des auteurs présumés des attentats. Le tribunal du Land de Hambourg a confirmé lundi sa condamnation à 15 ans de prison. Condamné une première fois à cette peine en 2003, Motassadeq avait été remis en liberté en février 2006 après que sa condamnation eut été cassée. En novembre dernier, le Tribunal fédéral suprême avait, après avoir réduit sa peine à 7 ans, décidé qu’il devait être à nouveau jugé à Hambourg. Après cette nouvelle condamnation, l’accusé a une nouvelle possibilité de se pourvoir en cassation, ce qu’il va faire.

Enquête sur de rôle de soldats allemands à guantanamo

Le parquet allemand de Tübingen a annoncé l’ouverture d’une enquête sur deux soldats de la Bundeswehr, l’armée fédérale. Les deux membres des forces spéciales KSK, l’unité d’élite de l’armée allemande, ont été reconnus par Murat Kurnaz comme les auteurs de mauvais traitements sur sa personne alors qu’il était retenu dans une prison afghane. Cet Allemand de Brême d’origine turque avait été arrêté en 2001 en Afghanistan et remis aux autorités usaméricaines avant d’être transféré à Guantanamo. Celui qu’on a surnommé le « Taliban de Brême » affirme qu'un soldat allemand lui avait frappé la tête contre le sol pendant sa détention en janvier 2002. Un deuxième militaire aurait assisté à ces mauvais traitements. Rappelons que durant sa détention, le ministre des Affaires étrangères vert Joschka Fischer avait longtemps nié avoir de quelconques informations sur la détention de Kurnaz à Guantanamo et avait ensuite refusé d’intervenir en sa faveur, arguant du fait qu’il n’était, au moment de sa capture, pas en possession d’un passeport allemand.

lundi 8 janvier 2007

Fermez Guantanamo maintenant

Par humanadijon, 8 janvier 2007
humanadijon est un blog qui se présente comme
Journal d'une militante pour les droits humains voulant partager son expérience, vécue, coup de coeur, coup de gueule

Hier, j'ai participé à la manifestation d'Amnesty International pour demander la fermeture de Guantanamo, cette prison ignoble et indigne d'un pays disant porté le modèle de la démocratie dans le monde. Pourtant, c'est par cette prison que les Etats-Unis fragilisent la démocratie dans le monde. Comment dans les dictatures, les militants des défenseurs des droits humains peuvent convaincre leur concitoyens des bienfaits de la démocratie si ceux qui sont censé présenter le modèle bafoue les droits.
Aujourd'hui, la prison de Guantanamo comme hier d'Abou Ghraïb est utilisé par les extrémistes pour pousser la haine contre l'occident. Ces prisons sont censées lutter contre le terrorisme. Mais elles nourrissent le terrorrisme. Elles affaiblissent les démocrates et les défenseurs des droits humains. Enfin, tolérer la régression des drois humains au nom de la lutte contre le terrorisme, c'est donner victoire aux intégristes. C'est par le respect des droits humains et par la démocratie que l'on vaincra le terrorisme.
Après le 11 septembre, j'osais espérer enfin que la communauté internationale allait enfin se préoccuper des démocraties dans le monde . Mais pas du tout. Au contraire, il suffisait qu'on traite ses ennemis de terroristes pour avoir la paix: les oppposants démocrates, les journalistes trop indépendants, les tchétchènes, les palestiniens, les ouïghours...
Et l'Union Européenne qui tente d'oublier la Convention de Genève garantissant les droits de demandeurs d'asile. Selon deux anciens détenus français rencontrés lors de la manifestation, sur 420 prisonniers, il n'y aurait que 30 qui seraient réellement de El Qaïda.
Parmi les autres prisonniers, on compte un cameraman soudanais de la chaîne de télévision qatarie Al-Jazira Sami Al-Haj, arrêté par les forces de sécurité pakistanaises à la frontière afghane en décembre 2001 et livré à l’armée américaine en janvier 2002. Le journaliste est soupçonné d’être un “ennemi combattant” au prétexte qu’il serait entré illégalement sur le territoire afghan en octobre 2001 au moment des frappes américaines, qu’il aurait dirigé un site Internet soutenant le terrorisme, qu’il se serait livré à du trafic d’armes et qu’il aurait interviewé Oussama Ben Laden.
Aucune enquête ni aucun témoignage ne sont venus corroborer ces accusations.
Souffrant d’un cancer de la gorge, privé de soins et de contacts avec sa famille, Sami Al-Haj a déclaré à son avocat britannique Clive A. Stafford Smith avoir subi 130 interrogatoires depuis le début de son incarcération. Ces interrogatoires, destinés à lui faire avouer des liens entre Al-Jazira et Al-Qaïda, ont été ponctués de sévices et de menaces à l’encontre de sa famille.
Il y a aussi 4 mineurs: Mohammed al-Gharani, ressortissant tchadien arrêté au Pakistan alors qu’il avait 15 ans, Omar Khadr, Canadien, capturé en Afghanistan à l’âge de 15 ans, Hassan bin Attash, Yéménite, arrêté au Pakistan à l’âge de 17 ans ,Yousef al Sheri arrêté à l’âge de 16 ans en Afghanistan le 30 novembre 2001, a été transporté sur la base navale de Guantánamo le 16 janvier 2002.
Comme les autres détenus mineurs (à l’exception de 3), il n’a jamais bénéficié des protections particulières pourtant prévues par le droit et les normes internationaux interdisant les pratiques suivantes : détention avec les adultes, aucune assistance juridique ou toute autre assistance appropriée, mauvais traitements, détention en isolement… Qu'ils soient coupables ou non, les détenus ont des droits inaliénables: avoir un avocat, avoir des contacts avec leur famille, le respect de leur intégrité physique.
Alors, fermez Guantanamo Maintenant.

Théâtre : Sham remixe l'Étranger de Camus

Meursault est un jeune de banlieue, vêtu aux couleurs des prisonniers de Guantanamo. Condamné à mort pour avoir tué, en attente de l'exécution de la sentence, il vit et rejoue sa vie dans la cellule grillagée qui l'emprisonne au centre du public. Sur fond de musique hip hop et par l'énergie de l'interprétation, le texte de Camus se révèle d'une jeunesse percutante.
Metteur en Scène :
Alan Boone. Auteur : Albert Camus. Comédiens : Cave À Théâtre , Sham
C'est durant sa résidence au Boulon, à Vieux-Condé (Nord) que Serge HAMON alias Sham, a mis au point son projet d’adaptation de « L’étranger », l’œuvre d’Albert CAMUS qui reçut le Prix Nobel de Littérature en 1957.

Le personnage principal attend confiné dans un espace de quelques m². Il survit au temps qui le conduit lentement mais sûrement à la guillotine. Installés tout autour de la cage de fer comme pour former une audience ultime, vous deviendrez les témoins de cette existence déchirée. Avec le DJ Edouard Perdriel, pour la bande son originale, univers sonore carcéral mixé de rythmes rap et hip-hop, Sham propose une vision percutante de la difficulté d’être, du détachement au monde et aux choses et nous interroge sur l’actualité et les déviances de notre société.

Au Le Colombier de Bagnolet, 20, Rue Marie-Anne Colombier , 93170 Bagnolet Plan d'accès.
Tel : 01 43 60 72 81 . Fax : 01 43 60 03 69
Dates et heures :
Du 09/01/2007 au 14/01/2007 à 17:00 : Dimanche
Du 09/01/2007 au 14/01/2007 à 20:30 : Lundi, Mardi, Mercredi, Vendredi, Samedi
Plein tarif : 13.00 € - Tarif réduit : 9.00 €

5 ans déjà ! Manifestations à Cuba et à Paris


La Havane, 7 janvier - La pacifiste américaine Cindy Sheehan est arrivée à La Havane, bravant ainsi l'interdiction des USA, pour participer à un rassemblement réclamant la fermeture de la prison de Guantanamo où sont incarcérées des personnes soupçonnées d'activités terroristes.
Sheehan, dont le fils a été tué pendant la guerre en Irak, a atterri à La Havane avec quatre autre pacifistes américains. Tous rejoindront dix autres militants pour une marche vers la base navale américaine située dans l'est de l'île, où 395 activistes présumés d'Al Qaïda et taliban sont encore emprisonnés.
Cette marche est une des opérations programmées jeudi prochain dans différents pays pour marquer le cinquième anniversaire de l'ouverture de cette base destinée à accueillir les premiers détenus transférés d'Afghanistan où les USA avaient déclenché une offensive dans le sillage des attentats du 11 septembre 2001.
Les Usaméricains qui se rendent à Cuba sans autorisation spéciale du gouvernement des USA s'exposent à des amendes pouvant aller jusqu'à plusieurs milliers de dollars.
Le gouvernement cubain, qui décrit depuis longtemps la base de son ennemi politique usaméricain comme un camp de concentration, a autorisé les manifestants à défiler jusqu'au périmètre de sécurité cubain qui entoure l'enclave américaine.
Paris, 6 janvier - - Quelque 300 militants d'Amnesty International se sont réunis devant la réplique de la statue de la liberté à Paris, à l'approche du cinquième anniversaire du camp usaméricain de Guantanamo. Ils ont réclamé la fermeture de cette "zone de non-droit".Vêtus d'une tunique orange et d'un masque blanc à l'instar des prisonniers de la base usaméricaine de Guantanamo Bay (Cuba), les manifestants ont formé plusieurs tableaux dont un représentant le chiffre "420", en hommage au nombre de détenus encore présents dans le camp."Fermez Guantanamo, maintenant !", ont-ils scandé à plusieurs reprises, à cinq jours de la date anniversaire de l'ouverture de Guantanamo, le 11 janvier 2002.
Mourad Benchellali, un Français de 25 ans, arrêté au Pakistan et détenu pendant 30 mois à Guantanamo était également venu témoigner. "Cela me replonge dedans. Mais des actions comme celles-là remettent les choses dans le bon sens. Il y a des droits de l'Homme à respecter", a-t-il expliqué.
Au total, sept Français ont été enfermés à Guantanamo. Six d'entre eux, rentrés en 2004 et 2005 en France, ont comparu en juillet dernier devant la justice française pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste". Le juge a ordonné un supplément d'information et renvoyé le procès à mai 2007, demandant notamment la comparution des agents des services secrets français qui ont secrètement interrogés les détenus à Guantanamo.
Amnesty International a déclaré avoir remis à l'ambassade des USA des pétitions signées par, 93 749 personnes réclamant la fermeture du camp de Guantanamo.
Sources : Reuters, ats, 6-7 janvier 2007

dimanche 7 janvier 2007

Deux Égyptiens libérés de Guantanamo

Deux détenus égyptiens de la prison militaire américaine de Guantanamo Bay ont été remis en liberté, et l'un d'entre eux a demandé à ne pas être rapatrié, a annoncé vendredi le ministère de l'Intérieur égyptien.
Les deux ex-prisonniers n'ont pas été identifiés.
Selon l'agence de presse publique MENA, l'un d'entre eux est arrivé en Égypte alors que l'autre a obtenu le droit d'asile en Albanie.
Les autorités égyptiennes, qui se sont félicitées de la libération de "deux des cinq détenus égyptiens de Guantanamo", n'ont pas précisé la date ou la raison de leur placement en détentionUn responsable du ministère de l'Intérieur n'a pas souhaité révéler si les deux hommes font l'objet d'une enquête sur des liens éventuels avec des organisations islamistes, mais a déclaré que celui qui est de retour en Égypte se trouvait "toujours en détention".
La libération de prisonniers de Guantanamo est généralement considérée comme un abandon des suspicions des autorités américaines sur leurs liens présumés avec des organisations terroristes.
Source : AP, 6 janvier 2007

samedi 6 janvier 2007

L’interminable attente d’un procès dans une guerre aux frontières floues : l’affaire Ali Al Marri aux USA

Par Adam Liptak, The New York Times, 5 janvier 2006
Ali Al Marri, que le gouvernement qualifie d'agent dormant d'Al Qaïda et est la seule personne à être détenue en tant que combattant ennemi sur le territoire usaméricain, passe ses journées en confinement solitaire dans une petite cellule du navire de détention de la Marine à Charleston en Caroline du Sud. Selon ses avocats, quand il est d'humeur à faire de l'ironie il appelle la cellule sa villa.
C'est là que Marri attend des nouvelles de sa femme et de ses cinq enfants qu'il a vus pour la dernière fois en 2004, juste avant son arrestation à Peoria, Illinois, où il étudiait l'informatique à la Bradley University.
Des mots d'une lettre de l'épouse d'Ali Al Marri sont raturés

Les lettres arrivent mais avec beaucoup de retard et après avoir été caviardées par la censure militaire. Un courrier que lui avait envoyé sa femme il y a 10 mois vient juste de lui parvenir. Il commençait par une invocation musulmane courante, mais un mot avait été biffé. Marri est pratiquement certain que c'était « Allah. »Mais surtout, Marri attend ce que dira une cour fédérale d'appel, qui doit bientôt statuer sur une des questions les plus pressantes pour le droit usaméricain, question que son affaire pose de manière très claire : Le gouvernement peut-il détenir indéfiniment un étranger vivant légalement aux USA, sans inculpation et sans présentation devant les tribunaux?
Marri, 41 ans et citoyen du Qatar, demande le droit de contester l'assertion du Président Bush selon laquelle il est un terroriste et « un grave danger pour la sécurité nationale des USA. »L'administration Bush affirme que les tribunaux ne peuvent remettre en question le président quand il décide que quelqu'un est un combattant ennemi, au moins quand cette décision concerne des ressortissants étrangers. La détention de combattants est plus l'affaire des militaires que celle des civils, explique l'administration qui ajoute que son objectif n'est pas de punir le prisonnier mais de l'empêcher de retourner sur le champ de bataille.
Les implications de cette position sont ahurissantes selon une note ajoutée le mois dernier au dossier judiciaire de M. Marri par quelques 30 professeurs de droit constitutionnel. On lit dans cette note que « l'interprétation gouvernementale serait une grave menace pour les libertés de plus de 20 millions d'étrangers qui résident aux USA, les exposant aux risques d'être détenus indéfiniment et sans aucun recours sur la base de rumeurs sans fondement, d'erreurs d'identité, du désespoir d'autres détenus soumis à des interrogatoires coercitifs et des mensonges délibérés de la part de vrais terroristes »
Pour Catherine M. Blomquist, porte-parole du Département de la Justice, cette affirmation est discutable. « De tous les terroristes actuellement détenus par l'armée des USA, Al Marri est le seul à avoir été capturé aux USA," a dit Mme Blomquist, ajoutant que l'idée que des millions de gens courent un risque est "sans fondement et absurde. »
Elle explique que le placement par M. Bush de M. Marri dans la catégorie des combattants ennemis était basé sur des preuves substantielles dont « son association avec Khalid Sheikh Mohammed, le cerveau des attentats du 11 septembre ainsi que des fichiers trouvés dans son ordinateur et relatifs à des armes chimiques de destruction massive. »
M. Marri maintient être innocent, indiquent ses avocats. Mais ces derniers, au lieu d'apporter une réfutation point par point des assertions détaillées du gouvernement, appellent l'accusation à présenter devant un tribunal les preuves qui les étayent.
« Dans une société civilisée et conformément au droit et aux traditions usaméricains, » déclarent conjointement Jonathan Hafetz, un des avocats de M. Marri, et le Brennan Center for Justice de la faculté de droit de l'Université de New York, « le gouvernement a l'obligation d'apporter des preuves à son dossier d'accusation. »
Interviewé par téléphone depuis Qatar, Mohammed Marri, un des frères de M. Marri, rejette l'accusation selon laquelle son frère serait un terroriste. « C'est complètement faux, » a-t-il affirmé.
Un troisième frère, Jarallah, est à Guantanamo Bay, détenu comme ennemi combattant sur la base de l'accusation d'avoir visité un camp d'Al Qaïda. « Ce n'est pas une manière convenable de traiter des ressortissants de pays étrangers, » a expliqué Mohammed Marri à propos de ses frères et d'autres détenus. « S'ils sont coupables, alors il faut le prouver en justice. »

Un Club très fermé
Le navire de détention de Charleston peut accueillir 288 prisonniers militaires et 6 combattants ennemis, mais il n'y a jamais eu plus de 3 personnes dans le club très fermé des combattants ennemis. Deux d'entre elles en sont maintenant parties;
L'un, Yaser Hamdi, a été libéré et envoyé en Arabie Saoudite après que la Cour Suprême des USA l'eut autorisé, en 2004, à contester sa détention; Jose Padilla a été remis aux juridictions criminelles de droit commun l'an dernier, juste au moment où la Cour Suprême allait examiner son dossier. Il ne reste plus que M. Marri.
Hamdi et Padilla sont citoyens usaméricains mais pas M. Marri. Ils ont été capturés à l'étranger ou sur le chemin du retour vers les USA tandis que M. Marri menait ce qui ressemblait à une vie ordinaire avec sa famille et son minivan à Peoria, une ville souvent caricaturée comme la plus ordinaire du pays.
Le gouvernement soutient, par la déclaration partiellement déclassifié de Jeffrey N. Rapp, un haut responsable du renseignement et dans un livre récent de John Ashcroft, ancien ministre de la Justice, que Marri était un agent dormant d'Al Qaïda envoyé aux USA pour commettre des tueries massives et perturber le fonctionnement du système bancaire.
Ces affirmations n'ont pas été testées devant un tribunal et les organisations des droits humains disent qu'elles se fondent sur des preuves sans valeur. Dans une note rédigée en novembre, les avocats de deux des trois membres du groupe écrivent que « les allégations de la déclaration de Rapp ont leur source dans la torture de deux hommes interrogés à Guantanamo Bay et dans d'autres lieux de détention : Khalid Sheikh Mohammed et Mustafa Ahmed Al Haoussaoui.”
Le gouvernement présente M. Haoussaoui comme un des financiers des attentats du 11 septembre.
La déclaration de M. Rapp cite l'opinion personnelle de M. Mohammed, souvent évoqué par ses initiales K.S.M. « K.S.M. Considérait Al Marri comme l'agent dormant idéal, » écrivait M. Rapp.

Maintenu à l'isolement
Selon les pièces de procédure, M. Marri a été maintenu à l'isolement à bord du navire de détention de la marine et soumis à de durs interrogatoires. Les interrogateurs menaçaient de l'envoyer en Égypte ou en Arabie Saoudite selon une requête en défense déposée en son nom en 2005, endroits où, lui avait-on, dit, il serait torturé et sodomisé et sa femme violée sous ses yeux. »
Andrew J. Savage, qui représente aussi M. Marri, a déclaré dans un récent entretien : « Au cours de l'hiver 2005, j'ai sincèrement pensé qu'il était en train de perdre la tête. Il m'avait fait comprendre de manière indirecte que peut-être il ne pourrait pas tenir le coup, que son esprit lui jouait des tours. »
Les défenseurs de Padilla avaient affirmé que le temps passé par leur client au cachot avait été si éprouvant qu'il en était devenu inapte à être jugé. Mais alors que Padilla était passif, Marri s'est montré rétif. Il posait du papier toilette humide sur la caméra de surveillance par exemple. On le sanctionnait en lui retirant son matelas, son Coran et ses produits d'hygiène, papier toilette compris.
« Pratiquement rien ne peut le distraire de son supplice," ont écrit ses avocats dans la requête en défense, "et il s'inquiète en conséquence de sa souffrance et des dégradations qu'il endure."
Grâce peut-être à cette requête en défense, ses conditions de détention se sont améliorées.
La première fois que les avocats de M. Marri ont été autorisés à le voir en octobre 2004, après la décision prise dans l'affaire Hamdi, M. Marri se trouvait derrière une barrière transparente, pieds et mains liés par des menottes liées à une chaîne ventrale fixée au sol. Des responsables des renseignements militaires et du quartier de détention étaient présents, et la conversation avait été vidéo-enregistrée.
Au cours d'une visite récente, M. Savage dit avoir rencontré son client dans un parloir. M. Marri, qui n'était pas entravé portait des lunettes élégantes et non des lunettes fournies par l'administration carcérale. Il portait également une montre, ce qui lui permettait plus facilement de connaître le moment de la prière.
M. Savage lui avait apporté du hoummous et du pain pita. « Nous nous sommes assis, il a rompu le pain et nous avons eu trois heures et demie de conversation non épiée. »
M. Marri a désormais le droit de regarder la télévision le soir, sauf les informations. Il lit des journaux et des magazines, mais ils sont caviardés. « Le personnel du navire de détention en retire tous les articles ayant trait à la guerre contre le terrorisme, » explique dans une pièce de procédure de juillet la Commodore Stephanie L. Wright, l'officier qui dirige la détention.
Parfois cela fait un journal bien mince. "Tout que j'ai c'est les sports et des nécrologies," s'est plaint M. Marri, rapporte M. Savage. Il critique le dernier numéro reçu , disant qu'il ne parle pas assez de football.
Le département de la Défense a autorisé des journalistes et d'autres personnes à visiter les installations de Guantanamo, où est détenu, avec 400 autres hommes, Jarallah, le frère de M. Marri. Tous les prisonniers de Guantanamo sont des étrangers qui ont été capturés à l'étranger. Le gouvernement n'a pas affirmé que les deux frères travaillaient ensemble;
Le Département de la Défense a refusé une récente demande pour inspecter le navire de détention de Charleston. Le Commodore J.D. Gordon, un porte parole, a invoqué des « préoccupations sécuritaires concernant la détention d'un agent lié à Al Qaïda en territoire usaméricain, » une allusion à M. Marri. « Notre politique a toujours été de traiter tous les détenus humainement. »

Retour aux USA
Alors jeune homme, M. Marri avait passé huit ans aux USA, obtenant un diplôme de premier cycle en administration d'entreprise à Bradley. Pour son retour aux USA, 10 ans plus tard, il ramena sa famille.
Dans sa déclaration, M. Rapp notait que le profil de M. Marri « différait significativement de celui des autres terroristes du 11 septembre 2001. » Rapp affirmait que ces différences faisaient que M. Marri était des plus intéressants pour Al Qaïda.
Les années écoulées entre les deux passages de M. Marri à Bradley sont un mystère. Le gouvernement dit qu'il s'est entraîné dans un camp d'Al Qaïda en Afghanistan pendant environ un an entre 1996 et 1998, se spécialisant dans les poisons. Le gouvernement dit également que M. Marri a visité brièvement les USA en 2000, ce qu'a nié M. Marri.
Rapp écrit qu'en 2001, M. (Khalid Sheikh) Mohammed a présenté Marri à Oussama Ben Laden. M. Marri « s'offrit pour être un martyr d'Al Qaïda. »
« Les instructions d'Al Qaïda pour Al Marri étaient qu'il devait impérativement arriver aux USA avant le 11 septembre 2001, et qu'en cas d'impossibilité il devrait annuler tous ses plans et aller au Pakistan, » écrit M. Rapp.
La famille Marri est arrivée à Peoria le 10 septembre 2001.
M. Marri a vite retenu l'attention du F.B.I. Qui l'interrogea pour la première fois à peine un mois plus tard. En décembre, des agents fouillèrent son ordinateur portable, y trouvant « des éléments compatibles avec les procédés et les méthodes associés à Al Qaïda, » écrit M. Rapp. M. Marri fut arrêté le 12 décembre 2001 et retenu comme témoin matériel à la demande de procureurs de New York. Il fut inculpé deux mois plus tard de fraude à la carte bancaire. En janvier 2003, le gouvernement ajouta les accusations de mensonge à des agents fédéraux et à des institutions financières et d'usurpation d'identité. M. Marri plaida non coupable. Sa famille est, depuis, retournée au Moyen-Orient.
Pendant un an et demi, le gouvernement traita le dossier comme une affaire criminelle conventionnelle. Dans son livre « Plus jamais ça, » publié en octobre, M. Ashcroft écrit que M. Marri « a repoussé de nombreuses offres pour améliorer son sort » en coopérant avec les enquêteurs. « Il tenait, » écrit Ashcroft « à devenir un 'cas difficile'. »
En juin 2003, alors que le moment du procès approchait, le gouvernement changea brusquement de cap, retirant M. Marri à la justice criminelle pour le placer pour une durée indéfinie en détention militaire. Ce qui signifie, écrira plus tard M. Ashcroft, que M. Marri peut être détenu « au moins jusqu'à la fin de la guerre avec Al Qaïda. »
Dans son empressement à transférer M. Marri, le gouvernement court-circuita le dossier criminel. Informé qu'un juge fédéral de Peoria autoriserait les avocats de M. Marri à présenter une requête visant à s'opposer au transfert tant que les poursuites criminelles n'étaient pas éteintes, le gouvernement accepta d'abandonner les charges criminelles avec préjudice, ce qui veut dire que les accusations ne peuvent plus être réintroduites.
Toutefois, la décision n'empêcherait pas le gouvernement d'accuser M. Marri des autres crimes présentés dans la déclaration de M. Rapp.
La déclaration a atteint l'objectif pour lequel elle avait été conçue. En août, elle a convaincu Henry F. Floyd, un juge fédéral de Spartanburg en Caroline du Sud, de refuser une demande d'habeas corpus contre la détention de M. Marri. Énonçant que M. Marri n'avait "offert rien de plus qu'une dénégation générale" des affirmations figurant dans la déclaration, le Juge Floyd rejeta la demande.
Aucune partie n'était satisfaite de cette décision. M. Marri fit appel auprès de la Cour d'appel de Richmond au motif que le président n'avait pas le pouvoir de le détenir en tant que combattant ennemi.
Ses avocats affirment que le cas d'un étranger résidant légalement aux USA diffère de celui d'un soldat capturé sur un champ de bataille. Et même si le président dispose de ce pouvoir, il devrait lui être exigé d'étayer ses assertions par des preuves.
Le gouvernement soutient que le juge Floyd a consacré trop de temps à entendre M. Marri et cite la récente loi sur les Commissions militaires qui dispose que les tribunaux n'ont pas compétence pour entendre les recours de tout étranger « que les USA ont déterminé comme ayant à juste titre été détenus en tant que combattant ennemi. »
L'affaire sera entendue le 1er février.
Le gouvernement a offert à M. Marri un lot de consolation au cas où la Cour d'appel rejetterait sa requête : il pourrait essayer de convaincre un tribunal de révision du statut de combattant convoqué par le Département de la Défense qu'il n'était pas un combattant ennemi. Ce serait, semble-t-il une première sur le territoire national, toutes les situations similaires connues s'étant produites à Guantanamo Bay.

Une autre façon de voir
Dans une note présentée en novembre, huit anciens membres du Département de la Justice, dont Janet Reno, responsable de ce Département sous Clinton, affirment que retirer M. Marri du système pénal alors que le jugement de son affaire était proche « a donné l'impression d'une manipulation de la procédure judiciaire. » La note énumère plusieurs qualifications criminelles existantes pour poursuivre des personnes accusées de terrorisme et qui ont permis de mener des poursuites avec succès.
« Le système judiciaire a prouvé qu'il pouvait traiter ces affaires, » a déclaré Mme Reno dans une interview. « La capacité du président à désigner quelqu'un comme un combattant ennemi, sans procédure ni régulation, n'a tout simplement aucun sens et elle n'est pas nécessaire; »
Mme Blomquist, porte parole du Département de la Justice a déclaré : « Si nous respectons les opinions des anciens responsables du département de la Justice, les USA ne peuvent se permettre de régresser vers une tournure d'esprit d'avant le 11 septembre qui traite le terrorisme simplement comme un problème d'application de la loi dans notre pays. »
Récemment, M. Marri a raconté un fantasme à un de ses avocats. « J'adorerais être emmené en Arabie Saoudite : ils m’en feraient voir de toutes les couleurs pendant six mois » a-t-il dit selon M. Savage. « Ce serait brutal, mais au moins ça aurait une fin. »

Original : The New York Times
Traduit de l’anglais par BB et révisé par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
URL de cet article :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1857&lg=fr

vendredi 5 janvier 2007

5 ans déjà ... Fermez Guantánamo Bay !


Action d’Amnesty au Luxembourg

Le 11 janvier, le centre de détention américain de Guantánamo « fêtera » ses cinq années d’existence. Afin de marquer cette date, des militants des droits humains vont se mobiliser dans le monde entier pour manifester leur solidarité avec les détenus et leurs familles, et exiger une nouvelle fois, avec toujours plus de force, que le gouvernement des USA ferme Guantánamo.
En France, Amnesty International organise une manifestation le samedi 6 janvier à 14 heures au pont de Grenelle à Paris, devant la réplique de la Statue de la Liberté et une autre manifestation à Toulouse le 13 janvier. L’organisation propose aussi d’envoyer un message à George Bush lui demandant de fermer le bagne de Guantánamo oud e faire juger équitablement les détenus.
Voici le message proposé, à envoyer à
The Honourable George W. Bush, The President of the United States, 1600 Pennsylvania Avenue NW, Washington DC 20500, United States of America ou par courriel à president@whitehouse.gov
Dear Mr. President,
I would like to state our concern over the situation of all Guantánamo detainees.
Due to their situation, it is a matter of the most importance that they are given immediate access to fair trials, or in case they are not tried, they should be immediately released.Besides their imprisonment, it is a matter of major concerns the allegations of torture and ill-treatment of several prisoners.
Since these facts occurred while they are in US custody, we call on the US authorities to immediately conduct a full and impartial investigation, and to make sure that all those found responsible for such acts are brought to justice.Thus, we would like to appeal to the US government to set up a commission of inquiry into all aspects of the detention policies and practices taken on the "war on terror" led by the USA.I also call for immediate closing of the Guantánamo detention facilities.
Yours sincerely,
Signature

Parmi les actions ailleurs dans le monde, la plus originale que nous ayons retenue aura lieu à Birmingham, en Grande-Bretagne :
'
Brisez les chaînes, fermez Guantánamo!'
À l’occasion des cinq ans d'existence de Guantánamo, Clive Stafford-Smith, un avocat spécialiste des droits humains, Mark Thomas, humoriste et militant, ainsi que des membres de Reprieve et d'AI UK, entre autres, apporteront un "gâteau d’anniversaire" à la société Hiatts (à Birmingham).
Le groupe Seize the Day jouera une chanson satirique intitulée Do the Shackle Shuffle at Club X-Ray, et le traditionnel Happy Birthday. Pour écouter la chanson, cliquez ici Seize the Day.
Les manifestants porteront la tenue orange des détenus de Guantánamo, ainsi que diverses entraves et des fers aux pieds. Ils danseront (autant que faire se peut) au rythme de la musique.Il se dit que la société Hiatts, qui a fourni des fers pour le commerce aux esclaves en 1807, fabrique actuellement les entraves utilisées par les militaires américains à Guantánamo.
La manifestation sera suivie d’un meeting à la University of Central England (Perry Barr Campus), Attwood building Room 040, vers 15 heures.
Pour plus de détails sur l’organisation de la journée, visitez http://www.guantanamo.org.uk/.

'Break the chains, close down Guantánamo'
Human rights lawyer, Clive Stafford-Smith, comedian and activist, Mark Thomas and members of the Birmingham Guantánamo campaign, Reprieve and Amnesty International UK will deliver a ‘birthday cake’ to Hiatts of Birmingham on the 5th anniversary of Guantánamo.
Folk band Seize the Day will perform their satirical song Do the Shackle Shuffle at Club X-Ray and Happy Birthday. To listen to the song click here Seize the Day website.
Protesters will be dressed in orange Guantánamo jump suits, ready-shackled, and will dance - or shuffle - as the band performs. It is said that Hiatts, shackle supplier to the Slave Trade in 1807, manufactures the shackles used by the US military at Guantánamo.
The protest will be followed by a meeting at the University of Central England (Perry Barr Campus), Attwood building Room 040 starting after the protest around 3.00 pm.
Please check www.guantanamo.org.uk for final plans for the day.


'Rompen las cadenas, cerremos Guantánamo'
El abogado de derechos humanos Clive Stafford-Smith, el comediante y activista Mark Thomas y miembros de la Birmingham Guantánamo campaign, Reprieve y Amnesty International UK entregarán una 'tarta de cumpleaños' a la empresa Hiatts de Birmingham en el quinto aniversario de Guantánamo. El grupo de música folk Seize the Day interpretará su canción satírica Do the Shackle Shuffle at Club X-Ray y Cumpleaños feliz. Para escuchar la canción, pinchen aqui Seize the Day .
Los participantes en la protesta irán esposados y vestidos de naranja, y bailarán - o arrastrarán los pies - al ritmo de la música.Se dice que Hiatts, suministrador de esposas para al comercio de esclavos en 1807, fabrica las esposas que se utilizan en Guantánamo.
Después de la manifestación se celebrará un mitin a las 15 en la University of Central England (Perry Barr Campus), Attwood building Room 040.
Visita la página www.guantanamo.org.uk (Inglés) para conocer la última hora sobre los planes para el 11 de enero.

Dans l’affaire José Padilla, les écoutes téléphoniques donnent une vision plutôt opaque du « jihad »

Par Deborah Sontag, The New York Times, 4 janvier 2007


Jose Padilla Adham Hassoun

En 1997, alors que leurs téléphones étaient sur table d'écoute, Adham Hassoun, informaticien à Boward County en Floride, avait proposé une balade en voiture à José Padilla, un salarié à faibles revenus. L'excursion à Tampa serait son cadeau, lui disait M. Hassoun et une chance de rencontrer "quelques frères sympas."

Padilla, 36 ans, d'origine portoricaine et né à Brooklyn, s'était convertià l'Islam quelques années plus tôt et avait fait la connaissance dans la mosquée qu'il fréquentait de M. Hassoun, un Palestinien volubile.
"On embarque toute la famille pour s'éclater" disait Hassoun. "On va aux Busch Gardens, tu sais... Tu ne le regretteras pas. Ça vaut le coup."Tout en riant, Padilla suggéra de ne pas parler de ça au téléphone."Pourquoi" lui demanda Hassoun. "Nous allons au Busch Gardens. La belle a ffaire!"
Cette conversation avait eu lieu cinq ans avant que Padilla, un citoyen US accusé de préparer un attentat à la "bombe sale" contre son propre pays soit déclaré "combattant ennemi." Étant donné que Hassoun et Padilla sont aujourd'hui accusés dans une affaire de conspiration terroriste à Miami, elle peut sembler suspecte comme si Hassoun proposait quelque chose de bien moins anodin qu'un week-end dans un parc d'attractions. C'était peut-ëtre le cas - mais peut-être était-il en fait sincère ou plaisantait-il à propos d'une retraite pieuse.
Décrypter de tels dialogues en vue de bâtir un scénario convaincant de complot relève de la gageure. Pourtant l'accusation a annoncé que le gouvernement s'appuiera largement sur les conversations enregistrées pour le procès où il met en cause Padilla, Hassoun et un troisième accusé, Kifah Jayyousi, pour appartenance à la "cellule nord-américaine de soutien" qui envoyait de l'argent, du matériel et des recrues à l'étranger pour épauler le "djihad global".
"Des dizaines de milliers de conversations ont été enregistrées. Quelques 230 communications téléphoniques constituent le coeur du dossier de l'accusation, dont 21 qui font référence à M. Padilla, affirment les procureurs. Mais on n'entend la voix de Padilla que dans seulement sept d'entre elles. Et dans ces sept conversations dont le Times a obtenu une copie, M. Padilla ne discute jamais de projets d'attentats.
Mais c'est un autre Padilla - membre d'Al Qaïda et poseur de bombes potentiel - que John Ashcroft, alors attorney général (ministre de la Justice), avait présenté en 2002, interrompant un voyage à Moscou pour claironner sa capture. Pendant les quatre années et demie qui se sont écoulées depuis, alors que le gouvernement est allé jusqu'aux limites de son pouvoir à traiter le terrorisme en dehors du droit commun, Padilla est le seul inculpé pour terrorisme à être passé du statut d'ennemi combattant à celui d'accusé dans une affaire criminelle.

Son procès en assises qui doit débuter fin janvier, n'abordera aucune desa ccusations initiales de conspiration violente avec Al Qaïda que le gouvernement avait citées pour justifier la détention de Padilla sans inculpation pendant trois ans et demi. Les assertions du gouvernement reposaient sur des interrogatoires menés à l'étranger sur des suspects de terrorisme comme Abou Zoubaydah et corroborés partiellement, selon le gouvernement, par Padilla pendant son propre interrogatoire dans un cachot de l'armée en Caroline du Sud.
Mais la rigueur des règles fédérales d'administration de la preuve qui auraient interdit ou restreint le recours à des informations obtenues par de tels interrogatoires a contraint le gouvernement à présenter un dossier bien plus limité contre Padilla au tribunal, le faisant rétrograder du statut de poseur de bombes sales pour Al Qaïda à celui d'homme de troupe d'une conspiration plutôt nébuleuse.
L'accusation initiale de poseur de bombes sales n'a pas disparu. Elle a refait doucement surface à Guantanamo Bay pour être mise sur le dos par le gouvernement d'un supposé complice de Padilla, un détenu d'origine éthiopienne au moment même où l'acte d'accusation de Padilla en cour d'assises était sensiblement allégé.
Un changement de stratégie
Le changement de statut de Padilla, passé d'ennemi combattant à accusé dans une affaire criminelle, a été soudain. Il s'est produit fin 2005 lorsque la Cour Suprême, saisie pour évaluer la légalité de la détention militaire de Padilla, s'était faite prendre de vitesse par l'administration Bush qui avait décidé de présenter un dossier de type criminel. Dans un sens, ces poursuites [criminelles] étaient une manoeuvre juridique pour retirer à la Cour Suprême l'étude du problème de la détention sans inculpation.
Après l'avoir arrêté en mai 2002 à l'aéroport international O'Hare de Chicago, l'administration Bush avait fait un choix : placer Padilla en détention militaire pour faire échouer un attentat en préparation plutôt que de le faire filer en vue de rassembler des preuves qui auraient pu être utilisées pour des poursuites criminelles. Maintenant qu'en fin de compte Padilla se retrouve accusé dans une affairecriminelle, le dossier de l'accusation n'est plus le reflet fidèle de la manière dont l'administration Bush conçoit le personnage et ce qu'il a fait.
Des hauts fonctionnaires du gouvernement ont affirmé publiquement que M.Padilla avait donné lui-même pendant les interrogatoires, des informationsle mettant en cause, reconnaissant, disent-ils, avoir subi une formation terroriste de base, avoir accepté la mission de faire sauter des immeubles d'habitation aux USA et avoir assisté, avant de s'envoler pour Chicago en 2002, à un dîner d'adieu avec Khaled Sheikh Mohammed, le présumé maître d'oeuvre des attentats du 11 septembre.
Mais aucun des aveux de M. Padilla au cours de sa détention sans inculpation et sans accès à un avocat - qu'il ait ou non subi des mauvais traitements comme l'affirment ses défenseurs - ne saurait être accepté par un tribunal. Et il est peu probable que des informations obtenues au cours des interrogatoires brutaux des détenus d'Al Qaïda puissent non plus êtrea dmises - sans compter que le gouvernement n'est guère enclin à exposer des renseignements sensibles ni à attirer une attention soutenue sur ses prisons secrètes à l'étranger.
La conséquence probable en est que le dossier criminel en cours se concentre sur ce que le gouvernement considère comme la phase préliminaire de l'engagement terroriste de M. Padilla. Le dossier est d'abord centré sur le soutien apporté par les autres accusés à des causes islamiques à l'étranger dans les années 1990, particulièrement en Bosnie, au Kosovo et en Tchétchénie. Padilla, qui a été ajouté dans ces affaires préexistantes, dans lesquelles il n'était qu'un co-conspirateur jamais nommé, est décrit comme leur recrue.
Même si l'accusation refuse de parler de la stratégie du gouvernement, ses requêtes et ses déclarations devant la cour donnent la physionomie du dossier qu'on s'attend à voir présenté au procès. L'accusation la plus tangible contre Padilla est qu'en 2000 il a complété, sous un pseudonyme, un formulaire en langue arabe pour participer à un camp d'entraînement terroriste. On s'attend à ce que ce formulaire soit présenté comme pièce à conviction à côté des conversations enregistrées, mais les avocats de Padilla indiquent qu'ils contesteront sa validité et l'affirmation du gouvernement selon laquelle le "formulaire de candidature auprès des moudjahidine" appartient à leur client.
Robert Chesney, spécialiste du droit de la sécurité nationale à la Wake Forest University, décrit l'acte d'accusation comme pragmatique, analogue aux "poursuites contre Al Capone pour fraude fiscale."
Mais Deborah Pearlstein, juriste de l'organisation Human Rights First qui s'est concertée avec la défense de Padilla, explique qu'on ne pourra jamais parler de poursuites classiques et pragmatiques. "Peut-être si Jose Padilla avait été inculpé dès le premier jour puis jugé" a-t-elle expliqué. "Mais ici l'inculpation ne survient qu'après trois années et demie de la plus grave privation des droits de l'Homme observée dans ce pays depuis longtemps.
"En outre, constate Mme Pearlstein, le gouvernement s'est réservé l'option, en cas d'échec de l'accusation au procès, de renvoyer M. Padilla au cachot militaire. Ce qui, selon elle, "jette une ombre" sur les poursuites en cours.
La procédure militaire de l'administration Bush à l'encontre de Binyam Mohamed, le détenu éthiopien de Guantanamo, apportent un autre éclairage aux événements en cours. En décembre 2005, M. Mohamed avait été déféré devant la commission militaire de Guantanamo sur l'accusation d'avoir conspiré avec M. Padilla dans le plan de bombe sale. Ceci était passé presque inaperçu à l'époque. Mais les charges contre Padilla introuvables dans l'acte d'accusation dressé contre lui remplissent des pages du dossier d'accusation de M.Mohamed, où M. Padilla est cité nommément à plusieurs reprises.
Le dossier se réfère à la rencontre des deux hommes au Pakistan après le 11 septembre 2001, au cours de laquelle ils auraient étudié la fabrication d'une bombe sale artisanale, discuté avec des responsables d'Al Qaïda la faisabilité d'un attentat à la bombe sale et accepté la mission de faire sauter des immeubles.
Clive Stafford Smith, l'avocat de M. Mohamed, affirme que ces charges reposent sur des aveux extorqués à M. Mohamed qui a été torturé à l'étranger jusqu'à ce qu'il reconnaisse une histoire qu'on lui a mise dansl e crâne. "On a répété tout le temps à Binyam que son rôle était d'être unt émoin contre Padilla, Abou Zubaydah et Khaled Sheikh Mohammed" explique M.Stafford Smith qui ajoute que son client "n'a aucun souvenir d'avoir jamais rencontré" M. Padilla.
Les charges retenues contre M. Mohamed et d'autres prisonniers de Guantanamo qui allaient faire l'objet de poursuites là-bas ont été suspendues provisoirement suite à l'adoption en octobre par le Congrès de la loi sur les Commissions militaires. Ces charges vont probablement être rétablies, a déclaré hier un fonctionnaire du Pentagone. Le fait que M. Mohamed soit accusé d'un projet d'attentat à la bombe sale et pas M. Padilla résume la différence essentielle entre le fait d'être un terroriste suspect à Guantanamo et celui d'être accusé sur des charges criminelles en lien avec le terrorisme aux USA.
À Guantanamo, on considère que le système des Commissions militaires, qui a à connaître des suspects de terrorisme nés à l'étranger, autorisera, à quelques exceptions près, l'utilisation d'informations obtenues par la coercition."Les règles de fonctionnement des cours fédérales sont restrictives", explique le professeur Chesney de la faculté de droit de la Wake Forest University. "Ce qui les a fondamentalement motivés pour avoir ce système militaire distinct était de créer des règles d'utilisation del'information considérées comme fiables par les services de renseignements mais qui seraient sans valeur selon les règles fédérales d'administration de la preuve."
David Cole, professeur de droit à l'université de Georgetown et auteur de livres sur le terrorisme et les libertés civiques, voit la différence entre les deux systèmes d'une façon plus critique : "Ce que cela dit clairement est que, dans le système des commissions militaires, ils estiment pouvoir s'en tirer avec des preuves viciées qu'ils ne peuvent pas utiliser dans les juridictions criminelles".
L'affaire des écoutes téléphoniques
Le dossier criminel contre Padilla trouve son origine dans les poursuites contre Sheikh Omer Abdel Rahman, le religieux égyptien aveugle, qui avait été condamné en 1995 pour avoir fomenté des attentats contre l'ONU et d'autres sites à New-York. Au début des années 90, le téléphone de Sheikh Rahman avait été mis sur écoute et c'est ainsi que M. Hassoun et le Dr Jayyousi, un docteur en génie civil de nationalité US né en Jordanie, avaient attiré l'attention des autorités par des appels téléphoniques vers ou de cette ligne.
Le gouvernement a alors, en application du Foreign Intelligence SurveillanceAct (Loi sur la surveillance du renseignement étranger), commencé à les surveiller, ce qui a finalement amené aussi Padilla dans ses filets.Le gouvernement présente les trois accusés comme "bras dessus-brasdessous" selon l'expression d'un procureur lors d'une audition l'été dernier. Mais la juge Marcia G. Cooke du tribunal fédéral de district,constatant l'ajout de M. Padilla à une affaire déjà bien avancée, avait demandé à l'accusation : "S'ils sont bras dessus-bras dessous, pourquoi M.Padilla entre-t-il si tardivement dans la danse?"
Selon son avocat, William Swor, le Dr Jayyousi, ancien responsabled'établissements scolaires à Detroit et à Washington D.C., n'a jamaisrencontré M. Padilla. C'est M. Hassoun, avait déclaré le gouvernement, qui avait enrôlé M.Padilla. Mais M. Hassoun comme les avocats de M. Padilla démentent que M.Padilla ait été enrôlé.
Sept enregistrements d'appels téléphoniques
Le avocats de Padilla et ses proches disent qu'il a quitté le sud de laFloride pour l'Égypte en septembre 1998 dans un but spirituel. Ancien jeune délinquant, sa conversion à l'islam participait de ses efforts pour rentrer dans le droit chemin, expliquent-ils. Sa mosquée de Fort Lauderdale avait financé son voyage, avait-il dit à des amis, des proches et à des agents du FBI qui l'avaient interrogé en 2002.
M. Hassoun était membre de cette mosquée et les transcriptions d'appels téléphoniques semblent indiquer que M. Hassoun avait aidé M. Padilla au moins pour l'organisationde son voyage. Les sept enregistrements d'appels téléphoniques qui comportent la voix de M. Padilla concernent des conversations avec M, Hassoun entre 1997 et2000. Dans ces appels, M. Padilla, à la différence des autres accusés, n'emploiep as ce que le gouvernement appelle un langage codé.
Selon le gouvernement, les autres accusés évoquent leurs projets liés au djihad en parlant "de prendre un peu l'air," "de travailler dans le tourisme," "d'ouvrir unmarché," "de jouer au football," etc. Ce qui donne des échanges en apparence bénins où "les frères" discutent de "pique-niques" pour "aller respirer de l'air frais et manger du fromage" ou de dépenser 3500$ pour acheter des "courgettes."
Par contraste, les sept conversations de Padilla avec Hassoun vont du style direct - M. Hassoun dit à M. Padilla que sa grand-mère est morte; Padilla dit à Hassoun qu'il s'est trouvé une fiancée égyptienne de 18 ans qui accepte de porter le voile - au disours vague et suggestif ou simplement décousu. Au cours d'une conversation téléphonique, les deux hommes ont parlé d'un rêve. Selon ses proches, il s'agissait d'un rêve que M. Padilla cite comme ayant joué un rôle crucial dans sa décision de se convertir à l'Islam : lavision d'un homme coiffé d'un turban, cerné par la poussièretourbillonnante d'un désert.
Hassoun s'arrêta sur ce sujet et dit à Padilla que lui-même avait éprouvé la même vision. "Vous voulez dire que vous avez eu le même rêve?" demanda Padilla. "J'ai eu le rêve de euh... la personne avec le turban", lui dit Hassoun. Hassoun expliqua comment, dans son rêve, le turban était mal fixé, ce quil'avait amené à penser que l'homme pouvait être un espion auquel cas il était prêt "à le couper en deux." Mais alors, disait-il, il se rendit compte que "le frère... était du bon côté.""Ah oui?" dit Padilla.
Dans trois des sept conversations, M. Padilla a tenu des propos que le gouvernement a identifié comme étant "ouvertement des actes" préparatoires de la conspiration dont il est accusé. Dans la première, Hassoun demandait : "Tu es prêt, n'est-ce-pas?" et M.Padilla répondait, "Si Dieu veut, frère, ça va bientôt arriver." C'était en été 1997, un an avant que Padilla quitte la Floride du sud pourl'Égypte. Dans la deuxième, Padilla disait à Hassoun qu'il appelait d'Égypte, qu'il avait demandé à son ex-femme qui vit aux USA de faire en sorte qu'il reçoive une veste de l'armée, un sac à dos et un sac de couchage, matériel qu'il voulait parce que "le bruit courait ici que la porte était ouverte quelque part."
Dans la troisième, Padilla disait à Hassoun en avril 2000 qu'il aurait besoin d'une recommandation pour "me mettre en relation avecles bons frères, animés de la vraie foi" s'il devait se rendre au Yémen. L'accusation affirme que M. Padilla est mentionné, bien que sous son nom musulman Ibrahim ou sous un autre alias, sur 21 autres enregistrements. L'un d'entre eux parle d'Ibrahim comme étant dans "le secteur d'Oussama,"ce que le gouvernement comprend comme : « il était proche d'Oussama Ben Laden ».
Mais les avocats de Padilla contestent cette interprétation."Ça n'a tout simplement aucun sens, Votre Honneur, que ces hommes qui pendant des années, selon le gouvernement, ont communiqué en code, se mettent tout à coup à dire ouvertement le nom d'Oussama Ben Laden," a déclaré au tribunal l'avocat Michael Caruso.
M. Padilla a plaidé non coupable. Mais avant que son affaire soit présentée devant un jury, son aptitude à être jugé sera expertisée. Surles bases des affirmations des avocats de m. Padilla selon lesquelles la santé mentale de ce dernier est altérée en raison de son isolement prolongé et de ses interrogatoires au cachot, le juge Coke a ordonné uneexpertise psychiatrique que le service de médecine pénitentiaire doit terminer cette semaine.
Source : The New York Times
Traduit de l’anglais par BB et révisé par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
URL de cet article :
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Guantanamo s'inspire des prisons américaines de l'immigration

Par Mathieu Perreault, La Presse, Montréal, 4 janvier 2006

Mark Dow, American Gulag
Batavia, État de New York - Les prisons du ministère américain de l'Immigration sont les précurseurs de celle de Guantanamo. Des milliers d'étrangers y languissent souvent sans procès, parfois sans pouvoir voir un avocat, pour des périodes allant jusqu'à plusieurs années.Telle est la thèse soutenue par un journaliste américain dans un livre récent, American Gulag. Mark Dow y affirme que le statut légal des présumés terroristes capturés par les États-Unis depuis le 11 septembre 2001 s'inspire de celui des prisonniers de l'immigration.
« Le système d'immigration américain traite tous les contrevenants étrangers comme des menaces à la sécurité nationale, affirme M. Dow, joint à New York. Le durcissement a été graduel depuis une vingtaine d'années. Pour moi, il est clair que l'inspiration pour le système juridique de la prison de Guantanamo, où croupissent sans procès et sans avocat des centaines de terroristes présumés, provient des prisons de l'immigration. »
Mark Dow, poète et essayiste originaire du Texas, s'est intéressé à la question après avoir donné des cours d'anglais dans une prison de l'immigration en Floride, et avoir travaillé pour un groupe d'aide aux réfugiés politiques haïtiens. « Le comportement des gardes en Floride m'a scandalisé. Il y avait notamment de la sédation forcée, de l'intimidation et des pratiques cruelles comme enchaîner les prisonniers sur des lits de béton. J'avais déjà donné des cours dans une prison ordinaire de Boston, et j'ai trouvé que les gardes de l'immigration étaient moins bien formés. »
Chose certaine, l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) n'aime guère ce genre de critiques. Dans un document réfutant les allégations d'American Gulag, l'ICE affirme que " la prémisse centrale du livre est qu'aucun étranger ne devrait être détenu, quel que soit son dossier criminel "; M. Dow a " extrêmement déformé " la réalité; " les cas cités ne représentent pas la norme. "
L'ICE estime que 300 000 étrangers se trouvent illégalement aux États-Unis après avoir été considérés indésirables par un juge.
L'ICE rappelle aussi que les lois de détention des étrangers indésirables ont été renforcées après la condamnation de Ramzi Yousef pour l'attentat à la bombe au World Trade Center en 1993; M. Yousef était entré aux États-Unis en 1992 en tant que réfugié. Une récente série du Washington Post a d'ailleurs confirmé que les lois de l'immigration sont de plus en plus utilisées à des fins de contre-terrorisme, et que des immigrants illégaux qui n'ont commis aucun crime sont parfois traités comme des terroristes.

Cubains et Somaliens

La thèse centrale du livre concerne les étrangers que les États-Unis ne peuvent pas renvoyer chez eux. M. Dow cite notamment le cas des Somaliens, dont le pays est déchiré par une guerre civile depuis 15 ans, et une vague d'immigration cubaine au début des années 80, où s'étaient glissés de nombreux prisonniers de droit commun (Fidel Castro avait été accusé de vouloir vider ses prisons).
« Dans ces deux cas, il n'est pas possible de renvoyer ces gens chez eux, parce que Cuba ne veut pas les reprendre, et que la Somalie n'a pas vraiment de gouvernement qui pourrait recevoir les immigrants expulsés, dit M. Dow. Alors, ils demeurent emprisonnés ici, même s'ils ne sont pas vraiment dangereux. Une récente décision de la Cour suprême a imposé une limite de six mois de détention en vue d'une déportation. Mais l'ICE contourne cette limite en affirmant que certains détenus sont dangereux. Ce sont des bureaucrates de bas niveau qui décident si un prisonnier est dangereux, et ce sont les mêmes qui révisent cette décision tous les ans. »
Pour mieux comprendre le statut des prisonniers de l'immigration américaine, La Presse a visité la prison de Batavia, à une heure à l'est de Buffalo. C'est M. Dow qui a suggéré la visite de cette prison, parce qu'elle est l'une des plus grandes du nord-est du pays.
Le directeur régional de l'ICE, William Cleary, était fier de sa prison toute neuve, construite à la fin des années 90. Mais il s'est raidi quand La Presse lui a demandé s'il était vrai que certains prisonniers sont détenus trop longtemps. « Des fois, leurs avocats vont aller jusqu'au bout de leurs recours. Ils ne peuvent pas se plaindre dans ces circonstances qu'ils restent emprisonnés trop longtemps », a-t-il dit.
La Presse a demandé à l'ICE les statistiques sur le séjour moyen et maximal des détenus, sans obtenir de réponse. Quant au nombre d'étrangers détenus par l'ICE, le chiffre de 20 000 est souvent cité dans les médias.
Robert Elardo, avocat de Buffalo dont le bureau défend souvent, gratuitement, des prisonniers de Batavia, a expliqué à La Presse que M. Cleary est particulièrement respectueux des droits de ses détenus. « Mais ce ne sont pas toutes les prisons de l'ICE qui sont aussi bonnes, dit Me Elardo. En théorie, les détenus ont tous droit à un avocat, et ont un recours raisonnable à une libération sous caution. Mais souvent ils n'ont personne à qui emprunter de l'argent, et les agences de cautionnement n'aiment pas faire affaire avec les prisonniers de l'immigration. »
Source : http://www.cyberpresse.ca/article/20070104/CPMONDE/701040608/1014/CPMONDE

mercredi 3 janvier 2007

Un rapport du FBI détaille des cas de mauvais traitements sur des détenus de Guantanamo

Le FBI a rendu public mardi un rapport détaillant près d'une trentaine de cas de possibles mauvais traitements infligés à des détenus lors d'interrogatoires à la prison spéciale américaine de Guantanamo (Cuba).
Selon ce rapport, un prisonnier a ainsi vu sa tête recouverte de ruban adhésif pour avoir déclamé des versets du Coran, un autre s'est littéralement arraché les cheveux après plusieurs heures passées dans une pièce à la chaleur étouffante.
D'autres détenus affirment encore qu'une garde a saisi leurs parties génitales et leur a projeté du sang provenant de ses règles au visage.
Ces archives relatent également les propos d'un interrogateur qui s'est vanté auprès d'un agent du FBI de s'être déguisé en prêtre catholique et d'avoir "baptisé" un détenu.
Le rapport contient également les témoignages de responsables militaires et d'employés sous contrat avec l'armée affirmant que les méthodes d'interrogatoires décrites ont été approuvées au plus haut niveau du Pentagone, y compris par l'ancien secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld.
Il a été rendu public suite à une requête de l'American Civil Liberties Union (ACLU), qui a porté plainte contre Donald Rumsfeld et d'autres responsables américains au nom d'anciens prisonniers qui affirment avoir été victimes de mauvais traitements.
Plusieurs des incidents relatés ont déjà été révélés et sont détaillés dans la plainte de l'ACLU.
Le commandant Joe Carpenter, porte-parole du Pentagone, a souligné mardi que ces éléments étaient déjà connus du public. Plus d'une dizaine d'enquêtes commandées sur les conditions d'interrogatoires à Guantanamo ont révélé que ces pratiques n'avaient jamais été approuvées en haut lieu, a-t-il ajouté."La ligne du département à la Défense est claire", a affirmé Joe Carpenter. "Nous traitons les détenus de manière humaine. Les Etats-Unis conduisent des opérations de détention sûres, humaines et professionnelles sur des combattants ennemis qui fournissent des renseignements précieux dans la guerre contre la terreur".
Les incidents relatés ont été archivés dans le cadre d'une étude interne du FBI en 2004. Les agents du Bureau fédéral d'investigation ont demandé à 493 employés s'ils avaient été témoins de traitements agressifs qui ne respectaient pas les méthodes du FBI.
Ils ont reçu 26 réponses positives."J'ai effectivement observé des traitements qui n'étaient pas seulement agressifs, mais également très dérangeants", déclare l'une des personnes interrogées, affirmant avoir vu un homme laissé toute une nuit dans une pièce sans ventilation où la chaleur était d'environ 100 degrés Celsius. "Le détenu était pratiquement inconscient sur le sol avec une pile de cheveux à côté de lui.
Il s'était apparemment littéralement arraché les cheveux pendant la nuit".
Le rapport du FBI ne laisse pas entendre qu'une enquête criminelle ait été ouverte. Le porte-parole du FBI Richard Kolko a indiqué que tous les éléments qu'il contient ont été transmis à l'inspecteur général du Pentagone.
Source : AP, 2 janvier 2007

lundi 1 janvier 2007

Enquête. Les Marocains de Guantanamo

Par Abdellatif El Azizi
Le 19 janvier 2007, la Cour d'Appel de Rabat jugera cinq ex-détenus marocains de Guantanamo, qui ont également fait un détour par le centre de détention de Témara. État des lieux, en attendant le verdict.“Passages à tabac, interrogatoires interminables, privations de nourriture, humiliations quotidiennes, Coran piétiné et souillé…”. Les témoignages des rescapés marocains de Guantanamo se suivent et se ressemblent. Dans le lot, certains ont recouvré leur liberté, d'autres ont troqué la combinaison orange du fameux camp contre un uniforme au coloris moins criard à la prison Zaki de Salé, alors qu'une dernière poignée se morfond dans l'attente d'un hypothétique retour au pays.
Au pays, justement, les familles des anciens et actuels détenus du camp américain se sont regroupées pour tenter de mobiliser “tous les moyens possibles pour obtenir leur libération”, selon les termes employés par la mère de Mohamed Soulaïmani, l'un des rescapés de Guantanamo, aujourd'hui incarcéré au pénitentier de Salé. Le tout via un comité, constitué par ceux qu'on appelle désormais les Marocains de Guantanamo.
Fondé par Brahim Benchekroun et Mohamed Mazouz, deux ex-prisonniers extradés en 2004 vers le Maroc, ledit comité compte mener des actions, au Maroc mais aussi à l'étranger, pour demander la libération des derniers “pensionnaires” des camps Delta et X-Ray… et leur offrir la possibilité de choisir un autre pays, au cas où ils ne voudraient pas rentrer au Maroc. Au programme : des manifestations devant les prisons, des sit-in et autres lettres de protestation.
“Nous sommes déterminés à nous battre pour libérer nos proches. Nous irons même jusqu'à entamer des poursuites judiciaires à l'encontre des autorités américaines”, s'enflamme Fatima Boujaâdiya, la soeur de Saïd Boujaâdiya, toujours détenu sur l'île cubaine.
Ce que les familles des détenus reprochent au gouvernement marocain ? Principalement d'avoir opté pour une position particulièrement passive vis-à-vis du sort des Marocains emprisonnés à Guantanamo Bay.
“Il est scandaleux qu'une vingtaine de Marocains aient transité par Guantanamo depuis 2001, sans que le gouvernement n'ait levé le petit doigt pour réclamer leur libération ou, à défaut, leur droit à être équitablement jugés”, s'indigne Abderrahim Mouhtade, le président de l'association “Annassir” et membre très actif du Comité pour la libération des Marocains de Guantanamo. D'autant plus qu'aucune charge ni preuve n'a été retenue contre l'intégralité des ex-détenus rapatriés au Maroc.
Quant à ceux qui sont encore “là-bas”, c'est toujours le silence radio. “Cela fait plus d'une année que nous n'avons plus de nouvelles de notre frère. La dernière lettre que nous lui avons envoyée, il y a trois mois, par l'intermédiaire du CICR, est restée sans réponse”, ajoute la sœur de Boujaâdiya.
Saïd Boujaâdiya avait quitté sa famille en 2001, trois mois avant les raids américains en Afghanistan. Ce jeune commerçant devait se rendre en Syrie pour tenter d'y installer un petit commerce. Sa mère, comme sa sœur, ne savent toujours pas comment ni pourquoi ce jeune homme, qui n'avait rien du fanatique admirateur de Ben Laden, s'était rendu en Afghanistan en compagnie de sa femme (Bouchra Benmoujane, la sœur d'un autre détenu à Guantanamo) et de ses trois enfants. “Il a été arrêté en Afghanistan avec son gendre Mohamed Benmoujane. Mais on ne l'a su que trois mois plus tard, quand sa femme et ses enfants ont pu rentrer au Maroc”, rapporte sa soeur.
Malgré son âge avancé, la mère de Saïd avait fait le déplacement jusqu'au centre de la DST, en août 2003, pour savoir si son fils faisait partie des ex-détenus livrés par les Américains aux services de renseignements marocains. Et si Saïd Boujaâdia n'a pas encore transité par Témara, ses compagnons d'infortune, qui ont été remis aux autorités marocaines, ont pratiquement tous fait le détour par le centre de détention.
“Nous avons quitté un enfer pour un autre”, diront certains d'entre eux.
Des enquêteurs marocains à Guantanamo ?
Le cas de Abdellah Tabarak et de Mohamed Mazouz est particulièrement édifiant. Les deux hommes avaient été remis aux autorités marocaines par le FBI en 2004. Après leur arrestation en 2001, ils ont séjourné, d'après leurs déclarations, dans plusieurs lieux de détention en Afghanistan, avant leur transfert à Guantanamo Bay. Les deux ex-détenus ont également affirmé que lors de leur séjour dans la base américaine, ils auraient été interrogés par des agents qui maîtrisaient parfaitement la darija.
À l'époque, les Américains eux-mêmes s'étaient félicités, par la voie de Donald Rumsfeld, de l'excellente coopération entre les services marocains et leurs homologues américains. L'un des avocats des détenus, Mohamed Hilal, avait confié alors à la presse que “ses clients lui avaient confirmé avoir refusé des propositions américaines de travailler pour la CIA sous couvert de statuts de réfugiés politiques aux Pays-Bas ou en Autriche. Et c'est après leur refus qu'ils ont été livrés aux autorités marocaines”.
Abdallah Tabarak était notamment soupçonné d'avoir été l'un des gardes du corps d'Oussama Ben Laden. C'est le Washington Post qui avait avancé que “Tabarak aurait trompé les forces américaines en utilisant le téléphone cellulaire de Ben Laden, qui s'était enfui dans une direction opposée lors du siège de Tora Bora en 2001”.
“Les liens personnels de Tabarak avec Ben Laden semblent plausibles. Il a lui-même reconnu lors de sa détention à Guantanamo Bay qu'il connaissait le chef d'Al Qaïda. Mais il est difficile de croire que cet homme chétif, père de huit enfants, ait été le garde du corps de Ben Laden”, nous a confié une source sécuritaire marocaine.
Pour sa part, l'ancien receveur des transports publics à Casablanca affirme qu'il avait simplement voyagé en Arabie Saoudite, au Soudan, au Pakistan, avant de s'établir en Afghanistan où il a donné des cours de théologie islamique.Une fois au Maroc, Tabarak avait été remis en liberté provisoire, le 20 décembre 2004, avant d'être arrêté une nouvelle fois, fin 2005, pour ses relations avec la cellule terroriste de Mohamed Rha, un Belge d'origine marocaine accusé de recruter des jihadistes pour l'Irak.
Depuis, le procès de ces Marocains, ex-détenus à Guantanamo, a connu plusieurs reports, pour être finalement ajourné, le 8 décembre dernier, au 19 janvier 2007 par la Cour d'Appel de Rabat. Les deux accusés sont poursuivis pour “appartenance à une bande criminelle, non-dénonciation de crimes d'atteinte à la sûreté de l'Etat, soutien à un groupe criminel à travers le transfert de fonds remis à des Marocains formant une bande criminelle pour porter atteinte aux intérêts marocains et participation à la falsification de passeports”.
Une question sensible
Cela dit, ce n'est que tout récemment que les identités et les nationalités des détenus, arrêtés par centaines en Afghanistan en 2001, ont été rendues publiques par le Pentagone. Parmi eux, se trouvent quelques Marocains toujours emprisonnés à Guantanamo. Il s'agit de Younès Chekkouri, originaire de Safi, de Abdellatif Nasser et Ahmed Rachdi, de Béni Mellal et du Casablancais Tarik Dergoul. Ceci sans compter un certain nombre d'inconnus dont les familles n'ont pas osé réclamer le dossier… de peur de subir la suspicion et la répression policières.
En outre, la nouvelle liste publiée par les services du Pentagone n'inclut pas les noms de prisonniers dits “fantômes”, ceux qui n'ont pas de droits légaux ni d'accès à un avocat, et qui, surtout, ne sont même pas enregistrés ou connus par le Comité International de la Croix-Rouge.
Selon l'ONG américaine Human Rights Watch, des prisonniers qui pourraient bien être des ressortissants marocains, comme Khalid Eljaziri, font partie de cette liste confidentielle.
Aujourd'hui, et si on se fie à une récente édition du quotidien New York Times, les autorités américaines voudraient bien réduire le nombre de prisonniers détenus dans la base sise sur le territoire cubain. Mais le transfert de ces prisonniers vers leurs pays d'origine constitue un véritable casse-tête chinois. La peur qu'ont les islamistes d'être remis à la police de leur pays pousse certains à mentir sur leur nationalité, voire à simuler la folie.
Derniers à rentrer au pays, Mohamed Slimani Alami, Mohamed Ouali et Najib Houssani avaient été remis en février 2006 aux autorités marocaines, à l'occasion de la visite au royaume du directeur du FBI, Robert Muller. Le mois d'octobre 2006 a également été marqué par le retour à Rabat de Mohamed Ben Moujane et de Lahcen Aksirine, deux autres “guantanaméens”, libérés en compagnie de quinze ressortissants afghans.
En attendant, la coalition gouvernementale formée par l'USFP, l'Istiqlal et autres RNI préfère oublier jusqu'à l'existence des Marocains de Guantanamo, histoire de ne pas trop s'aventurer sur les plates-bandes des sécuritaires.
Seul le PJD semble se préoccuper, par le biais de ses députés et très probablement dans une optique électorale, du sort des ressortissants marocains, toujours embastillés dans le camp américain.
L'émoi provoqué par les questions de Abdelilah Benkirane au sein de la coupole parlementaire, la semaine dernière, montre néanmoins à quel point la question reste d'une extrême sensibilité. À suivre...
Guantanamo Bay. Le camp de la honte
Les rescapés de Guantanamo n'oublieront jamais ces enceintes métalliques grillagées recouvertes de nylon vert et surmontées de barbelés électrifiés. “Dès que vous mettez les pieds dans ce camp, c'est la descente aux enfers”, se rappelle Lahcen Aksirine, l'un des anciens détenus. D'après les témoignages de plusieurs rescapés de Guantanamo, les conditions de détention sont effroyables. “Nous étions dans des cellules individuelles d'à peine deux mètres sur deux et demi. Certaines cellules restaient éclairées toute la nuit et il suffisait de lever les yeux vers le ciel pour croiser le regard de gardiens, postés sur des miradors. Même pour prendre la douche de cinq minutes, autorisée trois fois par semaine, nous devions garder les menottes et les chaînes aux pieds. J'ai vu de nombreuses personnes que l'on croyait solides s'effondrer et tenter de se suicider”, raconte Brahim Benchekroun, un autre Marocain revenu de l'enfer. Selon le capitaine John Edmondson, le chirurgien qui dirige l'hôpital du camp et qui s'est confié à la presse américaine, “un détenu sur six est suivi pour des troubles psychologiques, essentiellement des dépressions. Vingt-cinq d'entre eux sont sous traitements psychiatriques. D'autres sont régulièrement en grève de la faim de façon intermittente. Les conditions sont telles que le camp a enregistré 32 tentatives de suicide, effectuées par 21 détenus”.
Côté Maroc. Témara, le passage obligé
Aussi bien Abdallah Tabarak que Yacine Chekkouri, Brahim Benchekroun ou encore Mohamed Mazouz, pour ne citer que ceux-là, tous le crient haut et fort : remis aux autorités marocaines en août 2004, ils ont fait un passage obligé par le tristement célèbre centre de détention de Témara. Ce fut aussi le cas du Britannique d'origine éthiopienne, Binyam Mohamed Al Habashi, soupçonné d'être un lieutenant de Ben Laden, arrêté en avril 2002 à Karachi, avant d'être transféré en juillet 2002 à Rabat. Les horreurs qu'il dit avoir subies au centre de la DST ont donné matière à de nombreux articles dans la presse européenne. Par la suite, de nombreuses enquêtes menées par des ONG internationales, dont Amnesty International, allaient déboucher sur des rapports détaillant la mise en place de structures grillagées identiques à celles de Guantanamo, construites à Témara sous le regard bienveillant des experts américains de la CIA. Étroits, obscurs et insonorisés, les cachots individuels ont régulièrement accueilli les détenus en provenance de Guantanamo. “Même la nourriture semble provenir de Guantanamo. C'était ce même pâté, insipide et inodore, fourni dans des boîtes en plastique bien particulières”, se rappelle l'un des ex-pensionnaires de Témara.

Vers une déclassification de documents secrets français sur Guantanamo

Des documents secrets concernant d'anciens détenus français de Guantanamo devraient être prochainement déclassifiés, susceptibles d'apporter une lumière nouvelle sur le cas de six hommes dont le traitement par les autorités françaises a suscité une polémique.
La Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSND) a proposé la déclassification totale ou partielle d'une série de documents «confidentiel défense», selon des avis publiés vendredi au Journal officiel.
Mais elle a aussi émis un avis défavorable à la déclassification de certains autres documents concernant les anciens détenus français de Guantanamo.
À une exception près, les avis de la Commission ont toujours été suivis.
La Commission a été saisie courant novembre par les ministres de la Défense, de l'Intérieur et des Affaires étrangères. Cette saisine faisait suite à la demande de deux juges d'instruction parisiennes, Sophie Clément et Nathalie Frydman, de déclassifier des documents concernant trois visites d'une délégation française à Guantanamo à Cuba (deux en 2002 et une en 2004).
Ces missions étaient composées de diplomates, d'agents des services de renseignement français (DGSE) et de policiers du contre-espionnage (DST). Les magistrates enquêtent pour «arrestation illégale, détention arbitraire et abstention de mettre fin à une détention arbitraire», après une plainte de Nizar Sassi et Mourad Benchellali, deux des Français qui ont été détenus à Guantanamo.
Les juges s'intéressent aux informations concernant les agents, à leurs rapports et à la correspondance éventuellement adressée aux autres ministères français et aux autorités américaines après ces missions.Sept Français ont été détenus à Guantanamo.
Six d'entre eux, rentrés en 2004 et 2005 en France, dont Mourad Benchellali, 25 ans, et Nizar Sassi, 26 ans, ont comparu en juillet 2006 devant la justice française pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste».
L'accusation a refusé de reconnaître les interrogatoires faits à Guantanamo.Le juge a ordonné un supplément d'information et renvoyé le procès à mai 2007, invoquant la nécessité d'une demande de levée du secret-défense.
Source : AFP, 29 décembre 2006