vendredi 5 janvier 2007

5 ans déjà ... Fermez Guantánamo Bay !


Action d’Amnesty au Luxembourg

Le 11 janvier, le centre de détention américain de Guantánamo « fêtera » ses cinq années d’existence. Afin de marquer cette date, des militants des droits humains vont se mobiliser dans le monde entier pour manifester leur solidarité avec les détenus et leurs familles, et exiger une nouvelle fois, avec toujours plus de force, que le gouvernement des USA ferme Guantánamo.
En France, Amnesty International organise une manifestation le samedi 6 janvier à 14 heures au pont de Grenelle à Paris, devant la réplique de la Statue de la Liberté et une autre manifestation à Toulouse le 13 janvier. L’organisation propose aussi d’envoyer un message à George Bush lui demandant de fermer le bagne de Guantánamo oud e faire juger équitablement les détenus.
Voici le message proposé, à envoyer à
The Honourable George W. Bush, The President of the United States, 1600 Pennsylvania Avenue NW, Washington DC 20500, United States of America ou par courriel à president@whitehouse.gov
Dear Mr. President,
I would like to state our concern over the situation of all Guantánamo detainees.
Due to their situation, it is a matter of the most importance that they are given immediate access to fair trials, or in case they are not tried, they should be immediately released.Besides their imprisonment, it is a matter of major concerns the allegations of torture and ill-treatment of several prisoners.
Since these facts occurred while they are in US custody, we call on the US authorities to immediately conduct a full and impartial investigation, and to make sure that all those found responsible for such acts are brought to justice.Thus, we would like to appeal to the US government to set up a commission of inquiry into all aspects of the detention policies and practices taken on the "war on terror" led by the USA.I also call for immediate closing of the Guantánamo detention facilities.
Yours sincerely,
Signature

Parmi les actions ailleurs dans le monde, la plus originale que nous ayons retenue aura lieu à Birmingham, en Grande-Bretagne :
'
Brisez les chaînes, fermez Guantánamo!'
À l’occasion des cinq ans d'existence de Guantánamo, Clive Stafford-Smith, un avocat spécialiste des droits humains, Mark Thomas, humoriste et militant, ainsi que des membres de Reprieve et d'AI UK, entre autres, apporteront un "gâteau d’anniversaire" à la société Hiatts (à Birmingham).
Le groupe Seize the Day jouera une chanson satirique intitulée Do the Shackle Shuffle at Club X-Ray, et le traditionnel Happy Birthday. Pour écouter la chanson, cliquez ici Seize the Day.
Les manifestants porteront la tenue orange des détenus de Guantánamo, ainsi que diverses entraves et des fers aux pieds. Ils danseront (autant que faire se peut) au rythme de la musique.Il se dit que la société Hiatts, qui a fourni des fers pour le commerce aux esclaves en 1807, fabrique actuellement les entraves utilisées par les militaires américains à Guantánamo.
La manifestation sera suivie d’un meeting à la University of Central England (Perry Barr Campus), Attwood building Room 040, vers 15 heures.
Pour plus de détails sur l’organisation de la journée, visitez http://www.guantanamo.org.uk/.

'Break the chains, close down Guantánamo'
Human rights lawyer, Clive Stafford-Smith, comedian and activist, Mark Thomas and members of the Birmingham Guantánamo campaign, Reprieve and Amnesty International UK will deliver a ‘birthday cake’ to Hiatts of Birmingham on the 5th anniversary of Guantánamo.
Folk band Seize the Day will perform their satirical song Do the Shackle Shuffle at Club X-Ray and Happy Birthday. To listen to the song click here Seize the Day website.
Protesters will be dressed in orange Guantánamo jump suits, ready-shackled, and will dance - or shuffle - as the band performs. It is said that Hiatts, shackle supplier to the Slave Trade in 1807, manufactures the shackles used by the US military at Guantánamo.
The protest will be followed by a meeting at the University of Central England (Perry Barr Campus), Attwood building Room 040 starting after the protest around 3.00 pm.
Please check www.guantanamo.org.uk for final plans for the day.


'Rompen las cadenas, cerremos Guantánamo'
El abogado de derechos humanos Clive Stafford-Smith, el comediante y activista Mark Thomas y miembros de la Birmingham Guantánamo campaign, Reprieve y Amnesty International UK entregarán una 'tarta de cumpleaños' a la empresa Hiatts de Birmingham en el quinto aniversario de Guantánamo. El grupo de música folk Seize the Day interpretará su canción satírica Do the Shackle Shuffle at Club X-Ray y Cumpleaños feliz. Para escuchar la canción, pinchen aqui Seize the Day .
Los participantes en la protesta irán esposados y vestidos de naranja, y bailarán - o arrastrarán los pies - al ritmo de la música.Se dice que Hiatts, suministrador de esposas para al comercio de esclavos en 1807, fabrica las esposas que se utilizan en Guantánamo.
Después de la manifestación se celebrará un mitin a las 15 en la University of Central England (Perry Barr Campus), Attwood building Room 040.
Visita la página www.guantanamo.org.uk (Inglés) para conocer la última hora sobre los planes para el 11 de enero.

Dans l’affaire José Padilla, les écoutes téléphoniques donnent une vision plutôt opaque du « jihad »

Par Deborah Sontag, The New York Times, 4 janvier 2007


Jose Padilla Adham Hassoun

En 1997, alors que leurs téléphones étaient sur table d'écoute, Adham Hassoun, informaticien à Boward County en Floride, avait proposé une balade en voiture à José Padilla, un salarié à faibles revenus. L'excursion à Tampa serait son cadeau, lui disait M. Hassoun et une chance de rencontrer "quelques frères sympas."

Padilla, 36 ans, d'origine portoricaine et né à Brooklyn, s'était convertià l'Islam quelques années plus tôt et avait fait la connaissance dans la mosquée qu'il fréquentait de M. Hassoun, un Palestinien volubile.
"On embarque toute la famille pour s'éclater" disait Hassoun. "On va aux Busch Gardens, tu sais... Tu ne le regretteras pas. Ça vaut le coup."Tout en riant, Padilla suggéra de ne pas parler de ça au téléphone."Pourquoi" lui demanda Hassoun. "Nous allons au Busch Gardens. La belle a ffaire!"
Cette conversation avait eu lieu cinq ans avant que Padilla, un citoyen US accusé de préparer un attentat à la "bombe sale" contre son propre pays soit déclaré "combattant ennemi." Étant donné que Hassoun et Padilla sont aujourd'hui accusés dans une affaire de conspiration terroriste à Miami, elle peut sembler suspecte comme si Hassoun proposait quelque chose de bien moins anodin qu'un week-end dans un parc d'attractions. C'était peut-ëtre le cas - mais peut-être était-il en fait sincère ou plaisantait-il à propos d'une retraite pieuse.
Décrypter de tels dialogues en vue de bâtir un scénario convaincant de complot relève de la gageure. Pourtant l'accusation a annoncé que le gouvernement s'appuiera largement sur les conversations enregistrées pour le procès où il met en cause Padilla, Hassoun et un troisième accusé, Kifah Jayyousi, pour appartenance à la "cellule nord-américaine de soutien" qui envoyait de l'argent, du matériel et des recrues à l'étranger pour épauler le "djihad global".
"Des dizaines de milliers de conversations ont été enregistrées. Quelques 230 communications téléphoniques constituent le coeur du dossier de l'accusation, dont 21 qui font référence à M. Padilla, affirment les procureurs. Mais on n'entend la voix de Padilla que dans seulement sept d'entre elles. Et dans ces sept conversations dont le Times a obtenu une copie, M. Padilla ne discute jamais de projets d'attentats.
Mais c'est un autre Padilla - membre d'Al Qaïda et poseur de bombes potentiel - que John Ashcroft, alors attorney général (ministre de la Justice), avait présenté en 2002, interrompant un voyage à Moscou pour claironner sa capture. Pendant les quatre années et demie qui se sont écoulées depuis, alors que le gouvernement est allé jusqu'aux limites de son pouvoir à traiter le terrorisme en dehors du droit commun, Padilla est le seul inculpé pour terrorisme à être passé du statut d'ennemi combattant à celui d'accusé dans une affaire criminelle.

Son procès en assises qui doit débuter fin janvier, n'abordera aucune desa ccusations initiales de conspiration violente avec Al Qaïda que le gouvernement avait citées pour justifier la détention de Padilla sans inculpation pendant trois ans et demi. Les assertions du gouvernement reposaient sur des interrogatoires menés à l'étranger sur des suspects de terrorisme comme Abou Zoubaydah et corroborés partiellement, selon le gouvernement, par Padilla pendant son propre interrogatoire dans un cachot de l'armée en Caroline du Sud.
Mais la rigueur des règles fédérales d'administration de la preuve qui auraient interdit ou restreint le recours à des informations obtenues par de tels interrogatoires a contraint le gouvernement à présenter un dossier bien plus limité contre Padilla au tribunal, le faisant rétrograder du statut de poseur de bombes sales pour Al Qaïda à celui d'homme de troupe d'une conspiration plutôt nébuleuse.
L'accusation initiale de poseur de bombes sales n'a pas disparu. Elle a refait doucement surface à Guantanamo Bay pour être mise sur le dos par le gouvernement d'un supposé complice de Padilla, un détenu d'origine éthiopienne au moment même où l'acte d'accusation de Padilla en cour d'assises était sensiblement allégé.
Un changement de stratégie
Le changement de statut de Padilla, passé d'ennemi combattant à accusé dans une affaire criminelle, a été soudain. Il s'est produit fin 2005 lorsque la Cour Suprême, saisie pour évaluer la légalité de la détention militaire de Padilla, s'était faite prendre de vitesse par l'administration Bush qui avait décidé de présenter un dossier de type criminel. Dans un sens, ces poursuites [criminelles] étaient une manoeuvre juridique pour retirer à la Cour Suprême l'étude du problème de la détention sans inculpation.
Après l'avoir arrêté en mai 2002 à l'aéroport international O'Hare de Chicago, l'administration Bush avait fait un choix : placer Padilla en détention militaire pour faire échouer un attentat en préparation plutôt que de le faire filer en vue de rassembler des preuves qui auraient pu être utilisées pour des poursuites criminelles. Maintenant qu'en fin de compte Padilla se retrouve accusé dans une affairecriminelle, le dossier de l'accusation n'est plus le reflet fidèle de la manière dont l'administration Bush conçoit le personnage et ce qu'il a fait.
Des hauts fonctionnaires du gouvernement ont affirmé publiquement que M.Padilla avait donné lui-même pendant les interrogatoires, des informationsle mettant en cause, reconnaissant, disent-ils, avoir subi une formation terroriste de base, avoir accepté la mission de faire sauter des immeubles d'habitation aux USA et avoir assisté, avant de s'envoler pour Chicago en 2002, à un dîner d'adieu avec Khaled Sheikh Mohammed, le présumé maître d'oeuvre des attentats du 11 septembre.
Mais aucun des aveux de M. Padilla au cours de sa détention sans inculpation et sans accès à un avocat - qu'il ait ou non subi des mauvais traitements comme l'affirment ses défenseurs - ne saurait être accepté par un tribunal. Et il est peu probable que des informations obtenues au cours des interrogatoires brutaux des détenus d'Al Qaïda puissent non plus êtrea dmises - sans compter que le gouvernement n'est guère enclin à exposer des renseignements sensibles ni à attirer une attention soutenue sur ses prisons secrètes à l'étranger.
La conséquence probable en est que le dossier criminel en cours se concentre sur ce que le gouvernement considère comme la phase préliminaire de l'engagement terroriste de M. Padilla. Le dossier est d'abord centré sur le soutien apporté par les autres accusés à des causes islamiques à l'étranger dans les années 1990, particulièrement en Bosnie, au Kosovo et en Tchétchénie. Padilla, qui a été ajouté dans ces affaires préexistantes, dans lesquelles il n'était qu'un co-conspirateur jamais nommé, est décrit comme leur recrue.
Même si l'accusation refuse de parler de la stratégie du gouvernement, ses requêtes et ses déclarations devant la cour donnent la physionomie du dossier qu'on s'attend à voir présenté au procès. L'accusation la plus tangible contre Padilla est qu'en 2000 il a complété, sous un pseudonyme, un formulaire en langue arabe pour participer à un camp d'entraînement terroriste. On s'attend à ce que ce formulaire soit présenté comme pièce à conviction à côté des conversations enregistrées, mais les avocats de Padilla indiquent qu'ils contesteront sa validité et l'affirmation du gouvernement selon laquelle le "formulaire de candidature auprès des moudjahidine" appartient à leur client.
Robert Chesney, spécialiste du droit de la sécurité nationale à la Wake Forest University, décrit l'acte d'accusation comme pragmatique, analogue aux "poursuites contre Al Capone pour fraude fiscale."
Mais Deborah Pearlstein, juriste de l'organisation Human Rights First qui s'est concertée avec la défense de Padilla, explique qu'on ne pourra jamais parler de poursuites classiques et pragmatiques. "Peut-être si Jose Padilla avait été inculpé dès le premier jour puis jugé" a-t-elle expliqué. "Mais ici l'inculpation ne survient qu'après trois années et demie de la plus grave privation des droits de l'Homme observée dans ce pays depuis longtemps.
"En outre, constate Mme Pearlstein, le gouvernement s'est réservé l'option, en cas d'échec de l'accusation au procès, de renvoyer M. Padilla au cachot militaire. Ce qui, selon elle, "jette une ombre" sur les poursuites en cours.
La procédure militaire de l'administration Bush à l'encontre de Binyam Mohamed, le détenu éthiopien de Guantanamo, apportent un autre éclairage aux événements en cours. En décembre 2005, M. Mohamed avait été déféré devant la commission militaire de Guantanamo sur l'accusation d'avoir conspiré avec M. Padilla dans le plan de bombe sale. Ceci était passé presque inaperçu à l'époque. Mais les charges contre Padilla introuvables dans l'acte d'accusation dressé contre lui remplissent des pages du dossier d'accusation de M.Mohamed, où M. Padilla est cité nommément à plusieurs reprises.
Le dossier se réfère à la rencontre des deux hommes au Pakistan après le 11 septembre 2001, au cours de laquelle ils auraient étudié la fabrication d'une bombe sale artisanale, discuté avec des responsables d'Al Qaïda la faisabilité d'un attentat à la bombe sale et accepté la mission de faire sauter des immeubles.
Clive Stafford Smith, l'avocat de M. Mohamed, affirme que ces charges reposent sur des aveux extorqués à M. Mohamed qui a été torturé à l'étranger jusqu'à ce qu'il reconnaisse une histoire qu'on lui a mise dansl e crâne. "On a répété tout le temps à Binyam que son rôle était d'être unt émoin contre Padilla, Abou Zubaydah et Khaled Sheikh Mohammed" explique M.Stafford Smith qui ajoute que son client "n'a aucun souvenir d'avoir jamais rencontré" M. Padilla.
Les charges retenues contre M. Mohamed et d'autres prisonniers de Guantanamo qui allaient faire l'objet de poursuites là-bas ont été suspendues provisoirement suite à l'adoption en octobre par le Congrès de la loi sur les Commissions militaires. Ces charges vont probablement être rétablies, a déclaré hier un fonctionnaire du Pentagone. Le fait que M. Mohamed soit accusé d'un projet d'attentat à la bombe sale et pas M. Padilla résume la différence essentielle entre le fait d'être un terroriste suspect à Guantanamo et celui d'être accusé sur des charges criminelles en lien avec le terrorisme aux USA.
À Guantanamo, on considère que le système des Commissions militaires, qui a à connaître des suspects de terrorisme nés à l'étranger, autorisera, à quelques exceptions près, l'utilisation d'informations obtenues par la coercition."Les règles de fonctionnement des cours fédérales sont restrictives", explique le professeur Chesney de la faculté de droit de la Wake Forest University. "Ce qui les a fondamentalement motivés pour avoir ce système militaire distinct était de créer des règles d'utilisation del'information considérées comme fiables par les services de renseignements mais qui seraient sans valeur selon les règles fédérales d'administration de la preuve."
David Cole, professeur de droit à l'université de Georgetown et auteur de livres sur le terrorisme et les libertés civiques, voit la différence entre les deux systèmes d'une façon plus critique : "Ce que cela dit clairement est que, dans le système des commissions militaires, ils estiment pouvoir s'en tirer avec des preuves viciées qu'ils ne peuvent pas utiliser dans les juridictions criminelles".
L'affaire des écoutes téléphoniques
Le dossier criminel contre Padilla trouve son origine dans les poursuites contre Sheikh Omer Abdel Rahman, le religieux égyptien aveugle, qui avait été condamné en 1995 pour avoir fomenté des attentats contre l'ONU et d'autres sites à New-York. Au début des années 90, le téléphone de Sheikh Rahman avait été mis sur écoute et c'est ainsi que M. Hassoun et le Dr Jayyousi, un docteur en génie civil de nationalité US né en Jordanie, avaient attiré l'attention des autorités par des appels téléphoniques vers ou de cette ligne.
Le gouvernement a alors, en application du Foreign Intelligence SurveillanceAct (Loi sur la surveillance du renseignement étranger), commencé à les surveiller, ce qui a finalement amené aussi Padilla dans ses filets.Le gouvernement présente les trois accusés comme "bras dessus-brasdessous" selon l'expression d'un procureur lors d'une audition l'été dernier. Mais la juge Marcia G. Cooke du tribunal fédéral de district,constatant l'ajout de M. Padilla à une affaire déjà bien avancée, avait demandé à l'accusation : "S'ils sont bras dessus-bras dessous, pourquoi M.Padilla entre-t-il si tardivement dans la danse?"
Selon son avocat, William Swor, le Dr Jayyousi, ancien responsabled'établissements scolaires à Detroit et à Washington D.C., n'a jamaisrencontré M. Padilla. C'est M. Hassoun, avait déclaré le gouvernement, qui avait enrôlé M.Padilla. Mais M. Hassoun comme les avocats de M. Padilla démentent que M.Padilla ait été enrôlé.
Sept enregistrements d'appels téléphoniques
Le avocats de Padilla et ses proches disent qu'il a quitté le sud de laFloride pour l'Égypte en septembre 1998 dans un but spirituel. Ancien jeune délinquant, sa conversion à l'islam participait de ses efforts pour rentrer dans le droit chemin, expliquent-ils. Sa mosquée de Fort Lauderdale avait financé son voyage, avait-il dit à des amis, des proches et à des agents du FBI qui l'avaient interrogé en 2002.
M. Hassoun était membre de cette mosquée et les transcriptions d'appels téléphoniques semblent indiquer que M. Hassoun avait aidé M. Padilla au moins pour l'organisationde son voyage. Les sept enregistrements d'appels téléphoniques qui comportent la voix de M. Padilla concernent des conversations avec M, Hassoun entre 1997 et2000. Dans ces appels, M. Padilla, à la différence des autres accusés, n'emploiep as ce que le gouvernement appelle un langage codé.
Selon le gouvernement, les autres accusés évoquent leurs projets liés au djihad en parlant "de prendre un peu l'air," "de travailler dans le tourisme," "d'ouvrir unmarché," "de jouer au football," etc. Ce qui donne des échanges en apparence bénins où "les frères" discutent de "pique-niques" pour "aller respirer de l'air frais et manger du fromage" ou de dépenser 3500$ pour acheter des "courgettes."
Par contraste, les sept conversations de Padilla avec Hassoun vont du style direct - M. Hassoun dit à M. Padilla que sa grand-mère est morte; Padilla dit à Hassoun qu'il s'est trouvé une fiancée égyptienne de 18 ans qui accepte de porter le voile - au disours vague et suggestif ou simplement décousu. Au cours d'une conversation téléphonique, les deux hommes ont parlé d'un rêve. Selon ses proches, il s'agissait d'un rêve que M. Padilla cite comme ayant joué un rôle crucial dans sa décision de se convertir à l'Islam : lavision d'un homme coiffé d'un turban, cerné par la poussièretourbillonnante d'un désert.
Hassoun s'arrêta sur ce sujet et dit à Padilla que lui-même avait éprouvé la même vision. "Vous voulez dire que vous avez eu le même rêve?" demanda Padilla. "J'ai eu le rêve de euh... la personne avec le turban", lui dit Hassoun. Hassoun expliqua comment, dans son rêve, le turban était mal fixé, ce quil'avait amené à penser que l'homme pouvait être un espion auquel cas il était prêt "à le couper en deux." Mais alors, disait-il, il se rendit compte que "le frère... était du bon côté.""Ah oui?" dit Padilla.
Dans trois des sept conversations, M. Padilla a tenu des propos que le gouvernement a identifié comme étant "ouvertement des actes" préparatoires de la conspiration dont il est accusé. Dans la première, Hassoun demandait : "Tu es prêt, n'est-ce-pas?" et M.Padilla répondait, "Si Dieu veut, frère, ça va bientôt arriver." C'était en été 1997, un an avant que Padilla quitte la Floride du sud pourl'Égypte. Dans la deuxième, Padilla disait à Hassoun qu'il appelait d'Égypte, qu'il avait demandé à son ex-femme qui vit aux USA de faire en sorte qu'il reçoive une veste de l'armée, un sac à dos et un sac de couchage, matériel qu'il voulait parce que "le bruit courait ici que la porte était ouverte quelque part."
Dans la troisième, Padilla disait à Hassoun en avril 2000 qu'il aurait besoin d'une recommandation pour "me mettre en relation avecles bons frères, animés de la vraie foi" s'il devait se rendre au Yémen. L'accusation affirme que M. Padilla est mentionné, bien que sous son nom musulman Ibrahim ou sous un autre alias, sur 21 autres enregistrements. L'un d'entre eux parle d'Ibrahim comme étant dans "le secteur d'Oussama,"ce que le gouvernement comprend comme : « il était proche d'Oussama Ben Laden ».
Mais les avocats de Padilla contestent cette interprétation."Ça n'a tout simplement aucun sens, Votre Honneur, que ces hommes qui pendant des années, selon le gouvernement, ont communiqué en code, se mettent tout à coup à dire ouvertement le nom d'Oussama Ben Laden," a déclaré au tribunal l'avocat Michael Caruso.
M. Padilla a plaidé non coupable. Mais avant que son affaire soit présentée devant un jury, son aptitude à être jugé sera expertisée. Surles bases des affirmations des avocats de m. Padilla selon lesquelles la santé mentale de ce dernier est altérée en raison de son isolement prolongé et de ses interrogatoires au cachot, le juge Coke a ordonné uneexpertise psychiatrique que le service de médecine pénitentiaire doit terminer cette semaine.
Source : The New York Times
Traduit de l’anglais par BB et révisé par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
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Guantanamo s'inspire des prisons américaines de l'immigration

Par Mathieu Perreault, La Presse, Montréal, 4 janvier 2006

Mark Dow, American Gulag
Batavia, État de New York - Les prisons du ministère américain de l'Immigration sont les précurseurs de celle de Guantanamo. Des milliers d'étrangers y languissent souvent sans procès, parfois sans pouvoir voir un avocat, pour des périodes allant jusqu'à plusieurs années.Telle est la thèse soutenue par un journaliste américain dans un livre récent, American Gulag. Mark Dow y affirme que le statut légal des présumés terroristes capturés par les États-Unis depuis le 11 septembre 2001 s'inspire de celui des prisonniers de l'immigration.
« Le système d'immigration américain traite tous les contrevenants étrangers comme des menaces à la sécurité nationale, affirme M. Dow, joint à New York. Le durcissement a été graduel depuis une vingtaine d'années. Pour moi, il est clair que l'inspiration pour le système juridique de la prison de Guantanamo, où croupissent sans procès et sans avocat des centaines de terroristes présumés, provient des prisons de l'immigration. »
Mark Dow, poète et essayiste originaire du Texas, s'est intéressé à la question après avoir donné des cours d'anglais dans une prison de l'immigration en Floride, et avoir travaillé pour un groupe d'aide aux réfugiés politiques haïtiens. « Le comportement des gardes en Floride m'a scandalisé. Il y avait notamment de la sédation forcée, de l'intimidation et des pratiques cruelles comme enchaîner les prisonniers sur des lits de béton. J'avais déjà donné des cours dans une prison ordinaire de Boston, et j'ai trouvé que les gardes de l'immigration étaient moins bien formés. »
Chose certaine, l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) n'aime guère ce genre de critiques. Dans un document réfutant les allégations d'American Gulag, l'ICE affirme que " la prémisse centrale du livre est qu'aucun étranger ne devrait être détenu, quel que soit son dossier criminel "; M. Dow a " extrêmement déformé " la réalité; " les cas cités ne représentent pas la norme. "
L'ICE estime que 300 000 étrangers se trouvent illégalement aux États-Unis après avoir été considérés indésirables par un juge.
L'ICE rappelle aussi que les lois de détention des étrangers indésirables ont été renforcées après la condamnation de Ramzi Yousef pour l'attentat à la bombe au World Trade Center en 1993; M. Yousef était entré aux États-Unis en 1992 en tant que réfugié. Une récente série du Washington Post a d'ailleurs confirmé que les lois de l'immigration sont de plus en plus utilisées à des fins de contre-terrorisme, et que des immigrants illégaux qui n'ont commis aucun crime sont parfois traités comme des terroristes.

Cubains et Somaliens

La thèse centrale du livre concerne les étrangers que les États-Unis ne peuvent pas renvoyer chez eux. M. Dow cite notamment le cas des Somaliens, dont le pays est déchiré par une guerre civile depuis 15 ans, et une vague d'immigration cubaine au début des années 80, où s'étaient glissés de nombreux prisonniers de droit commun (Fidel Castro avait été accusé de vouloir vider ses prisons).
« Dans ces deux cas, il n'est pas possible de renvoyer ces gens chez eux, parce que Cuba ne veut pas les reprendre, et que la Somalie n'a pas vraiment de gouvernement qui pourrait recevoir les immigrants expulsés, dit M. Dow. Alors, ils demeurent emprisonnés ici, même s'ils ne sont pas vraiment dangereux. Une récente décision de la Cour suprême a imposé une limite de six mois de détention en vue d'une déportation. Mais l'ICE contourne cette limite en affirmant que certains détenus sont dangereux. Ce sont des bureaucrates de bas niveau qui décident si un prisonnier est dangereux, et ce sont les mêmes qui révisent cette décision tous les ans. »
Pour mieux comprendre le statut des prisonniers de l'immigration américaine, La Presse a visité la prison de Batavia, à une heure à l'est de Buffalo. C'est M. Dow qui a suggéré la visite de cette prison, parce qu'elle est l'une des plus grandes du nord-est du pays.
Le directeur régional de l'ICE, William Cleary, était fier de sa prison toute neuve, construite à la fin des années 90. Mais il s'est raidi quand La Presse lui a demandé s'il était vrai que certains prisonniers sont détenus trop longtemps. « Des fois, leurs avocats vont aller jusqu'au bout de leurs recours. Ils ne peuvent pas se plaindre dans ces circonstances qu'ils restent emprisonnés trop longtemps », a-t-il dit.
La Presse a demandé à l'ICE les statistiques sur le séjour moyen et maximal des détenus, sans obtenir de réponse. Quant au nombre d'étrangers détenus par l'ICE, le chiffre de 20 000 est souvent cité dans les médias.
Robert Elardo, avocat de Buffalo dont le bureau défend souvent, gratuitement, des prisonniers de Batavia, a expliqué à La Presse que M. Cleary est particulièrement respectueux des droits de ses détenus. « Mais ce ne sont pas toutes les prisons de l'ICE qui sont aussi bonnes, dit Me Elardo. En théorie, les détenus ont tous droit à un avocat, et ont un recours raisonnable à une libération sous caution. Mais souvent ils n'ont personne à qui emprunter de l'argent, et les agences de cautionnement n'aiment pas faire affaire avec les prisonniers de l'immigration. »
Source : http://www.cyberpresse.ca/article/20070104/CPMONDE/701040608/1014/CPMONDE

mercredi 3 janvier 2007

Un rapport du FBI détaille des cas de mauvais traitements sur des détenus de Guantanamo

Le FBI a rendu public mardi un rapport détaillant près d'une trentaine de cas de possibles mauvais traitements infligés à des détenus lors d'interrogatoires à la prison spéciale américaine de Guantanamo (Cuba).
Selon ce rapport, un prisonnier a ainsi vu sa tête recouverte de ruban adhésif pour avoir déclamé des versets du Coran, un autre s'est littéralement arraché les cheveux après plusieurs heures passées dans une pièce à la chaleur étouffante.
D'autres détenus affirment encore qu'une garde a saisi leurs parties génitales et leur a projeté du sang provenant de ses règles au visage.
Ces archives relatent également les propos d'un interrogateur qui s'est vanté auprès d'un agent du FBI de s'être déguisé en prêtre catholique et d'avoir "baptisé" un détenu.
Le rapport contient également les témoignages de responsables militaires et d'employés sous contrat avec l'armée affirmant que les méthodes d'interrogatoires décrites ont été approuvées au plus haut niveau du Pentagone, y compris par l'ancien secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld.
Il a été rendu public suite à une requête de l'American Civil Liberties Union (ACLU), qui a porté plainte contre Donald Rumsfeld et d'autres responsables américains au nom d'anciens prisonniers qui affirment avoir été victimes de mauvais traitements.
Plusieurs des incidents relatés ont déjà été révélés et sont détaillés dans la plainte de l'ACLU.
Le commandant Joe Carpenter, porte-parole du Pentagone, a souligné mardi que ces éléments étaient déjà connus du public. Plus d'une dizaine d'enquêtes commandées sur les conditions d'interrogatoires à Guantanamo ont révélé que ces pratiques n'avaient jamais été approuvées en haut lieu, a-t-il ajouté."La ligne du département à la Défense est claire", a affirmé Joe Carpenter. "Nous traitons les détenus de manière humaine. Les Etats-Unis conduisent des opérations de détention sûres, humaines et professionnelles sur des combattants ennemis qui fournissent des renseignements précieux dans la guerre contre la terreur".
Les incidents relatés ont été archivés dans le cadre d'une étude interne du FBI en 2004. Les agents du Bureau fédéral d'investigation ont demandé à 493 employés s'ils avaient été témoins de traitements agressifs qui ne respectaient pas les méthodes du FBI.
Ils ont reçu 26 réponses positives."J'ai effectivement observé des traitements qui n'étaient pas seulement agressifs, mais également très dérangeants", déclare l'une des personnes interrogées, affirmant avoir vu un homme laissé toute une nuit dans une pièce sans ventilation où la chaleur était d'environ 100 degrés Celsius. "Le détenu était pratiquement inconscient sur le sol avec une pile de cheveux à côté de lui.
Il s'était apparemment littéralement arraché les cheveux pendant la nuit".
Le rapport du FBI ne laisse pas entendre qu'une enquête criminelle ait été ouverte. Le porte-parole du FBI Richard Kolko a indiqué que tous les éléments qu'il contient ont été transmis à l'inspecteur général du Pentagone.
Source : AP, 2 janvier 2007

lundi 1 janvier 2007

Enquête. Les Marocains de Guantanamo

Par Abdellatif El Azizi
Le 19 janvier 2007, la Cour d'Appel de Rabat jugera cinq ex-détenus marocains de Guantanamo, qui ont également fait un détour par le centre de détention de Témara. État des lieux, en attendant le verdict.“Passages à tabac, interrogatoires interminables, privations de nourriture, humiliations quotidiennes, Coran piétiné et souillé…”. Les témoignages des rescapés marocains de Guantanamo se suivent et se ressemblent. Dans le lot, certains ont recouvré leur liberté, d'autres ont troqué la combinaison orange du fameux camp contre un uniforme au coloris moins criard à la prison Zaki de Salé, alors qu'une dernière poignée se morfond dans l'attente d'un hypothétique retour au pays.
Au pays, justement, les familles des anciens et actuels détenus du camp américain se sont regroupées pour tenter de mobiliser “tous les moyens possibles pour obtenir leur libération”, selon les termes employés par la mère de Mohamed Soulaïmani, l'un des rescapés de Guantanamo, aujourd'hui incarcéré au pénitentier de Salé. Le tout via un comité, constitué par ceux qu'on appelle désormais les Marocains de Guantanamo.
Fondé par Brahim Benchekroun et Mohamed Mazouz, deux ex-prisonniers extradés en 2004 vers le Maroc, ledit comité compte mener des actions, au Maroc mais aussi à l'étranger, pour demander la libération des derniers “pensionnaires” des camps Delta et X-Ray… et leur offrir la possibilité de choisir un autre pays, au cas où ils ne voudraient pas rentrer au Maroc. Au programme : des manifestations devant les prisons, des sit-in et autres lettres de protestation.
“Nous sommes déterminés à nous battre pour libérer nos proches. Nous irons même jusqu'à entamer des poursuites judiciaires à l'encontre des autorités américaines”, s'enflamme Fatima Boujaâdiya, la soeur de Saïd Boujaâdiya, toujours détenu sur l'île cubaine.
Ce que les familles des détenus reprochent au gouvernement marocain ? Principalement d'avoir opté pour une position particulièrement passive vis-à-vis du sort des Marocains emprisonnés à Guantanamo Bay.
“Il est scandaleux qu'une vingtaine de Marocains aient transité par Guantanamo depuis 2001, sans que le gouvernement n'ait levé le petit doigt pour réclamer leur libération ou, à défaut, leur droit à être équitablement jugés”, s'indigne Abderrahim Mouhtade, le président de l'association “Annassir” et membre très actif du Comité pour la libération des Marocains de Guantanamo. D'autant plus qu'aucune charge ni preuve n'a été retenue contre l'intégralité des ex-détenus rapatriés au Maroc.
Quant à ceux qui sont encore “là-bas”, c'est toujours le silence radio. “Cela fait plus d'une année que nous n'avons plus de nouvelles de notre frère. La dernière lettre que nous lui avons envoyée, il y a trois mois, par l'intermédiaire du CICR, est restée sans réponse”, ajoute la sœur de Boujaâdiya.
Saïd Boujaâdiya avait quitté sa famille en 2001, trois mois avant les raids américains en Afghanistan. Ce jeune commerçant devait se rendre en Syrie pour tenter d'y installer un petit commerce. Sa mère, comme sa sœur, ne savent toujours pas comment ni pourquoi ce jeune homme, qui n'avait rien du fanatique admirateur de Ben Laden, s'était rendu en Afghanistan en compagnie de sa femme (Bouchra Benmoujane, la sœur d'un autre détenu à Guantanamo) et de ses trois enfants. “Il a été arrêté en Afghanistan avec son gendre Mohamed Benmoujane. Mais on ne l'a su que trois mois plus tard, quand sa femme et ses enfants ont pu rentrer au Maroc”, rapporte sa soeur.
Malgré son âge avancé, la mère de Saïd avait fait le déplacement jusqu'au centre de la DST, en août 2003, pour savoir si son fils faisait partie des ex-détenus livrés par les Américains aux services de renseignements marocains. Et si Saïd Boujaâdia n'a pas encore transité par Témara, ses compagnons d'infortune, qui ont été remis aux autorités marocaines, ont pratiquement tous fait le détour par le centre de détention.
“Nous avons quitté un enfer pour un autre”, diront certains d'entre eux.
Des enquêteurs marocains à Guantanamo ?
Le cas de Abdellah Tabarak et de Mohamed Mazouz est particulièrement édifiant. Les deux hommes avaient été remis aux autorités marocaines par le FBI en 2004. Après leur arrestation en 2001, ils ont séjourné, d'après leurs déclarations, dans plusieurs lieux de détention en Afghanistan, avant leur transfert à Guantanamo Bay. Les deux ex-détenus ont également affirmé que lors de leur séjour dans la base américaine, ils auraient été interrogés par des agents qui maîtrisaient parfaitement la darija.
À l'époque, les Américains eux-mêmes s'étaient félicités, par la voie de Donald Rumsfeld, de l'excellente coopération entre les services marocains et leurs homologues américains. L'un des avocats des détenus, Mohamed Hilal, avait confié alors à la presse que “ses clients lui avaient confirmé avoir refusé des propositions américaines de travailler pour la CIA sous couvert de statuts de réfugiés politiques aux Pays-Bas ou en Autriche. Et c'est après leur refus qu'ils ont été livrés aux autorités marocaines”.
Abdallah Tabarak était notamment soupçonné d'avoir été l'un des gardes du corps d'Oussama Ben Laden. C'est le Washington Post qui avait avancé que “Tabarak aurait trompé les forces américaines en utilisant le téléphone cellulaire de Ben Laden, qui s'était enfui dans une direction opposée lors du siège de Tora Bora en 2001”.
“Les liens personnels de Tabarak avec Ben Laden semblent plausibles. Il a lui-même reconnu lors de sa détention à Guantanamo Bay qu'il connaissait le chef d'Al Qaïda. Mais il est difficile de croire que cet homme chétif, père de huit enfants, ait été le garde du corps de Ben Laden”, nous a confié une source sécuritaire marocaine.
Pour sa part, l'ancien receveur des transports publics à Casablanca affirme qu'il avait simplement voyagé en Arabie Saoudite, au Soudan, au Pakistan, avant de s'établir en Afghanistan où il a donné des cours de théologie islamique.Une fois au Maroc, Tabarak avait été remis en liberté provisoire, le 20 décembre 2004, avant d'être arrêté une nouvelle fois, fin 2005, pour ses relations avec la cellule terroriste de Mohamed Rha, un Belge d'origine marocaine accusé de recruter des jihadistes pour l'Irak.
Depuis, le procès de ces Marocains, ex-détenus à Guantanamo, a connu plusieurs reports, pour être finalement ajourné, le 8 décembre dernier, au 19 janvier 2007 par la Cour d'Appel de Rabat. Les deux accusés sont poursuivis pour “appartenance à une bande criminelle, non-dénonciation de crimes d'atteinte à la sûreté de l'Etat, soutien à un groupe criminel à travers le transfert de fonds remis à des Marocains formant une bande criminelle pour porter atteinte aux intérêts marocains et participation à la falsification de passeports”.
Une question sensible
Cela dit, ce n'est que tout récemment que les identités et les nationalités des détenus, arrêtés par centaines en Afghanistan en 2001, ont été rendues publiques par le Pentagone. Parmi eux, se trouvent quelques Marocains toujours emprisonnés à Guantanamo. Il s'agit de Younès Chekkouri, originaire de Safi, de Abdellatif Nasser et Ahmed Rachdi, de Béni Mellal et du Casablancais Tarik Dergoul. Ceci sans compter un certain nombre d'inconnus dont les familles n'ont pas osé réclamer le dossier… de peur de subir la suspicion et la répression policières.
En outre, la nouvelle liste publiée par les services du Pentagone n'inclut pas les noms de prisonniers dits “fantômes”, ceux qui n'ont pas de droits légaux ni d'accès à un avocat, et qui, surtout, ne sont même pas enregistrés ou connus par le Comité International de la Croix-Rouge.
Selon l'ONG américaine Human Rights Watch, des prisonniers qui pourraient bien être des ressortissants marocains, comme Khalid Eljaziri, font partie de cette liste confidentielle.
Aujourd'hui, et si on se fie à une récente édition du quotidien New York Times, les autorités américaines voudraient bien réduire le nombre de prisonniers détenus dans la base sise sur le territoire cubain. Mais le transfert de ces prisonniers vers leurs pays d'origine constitue un véritable casse-tête chinois. La peur qu'ont les islamistes d'être remis à la police de leur pays pousse certains à mentir sur leur nationalité, voire à simuler la folie.
Derniers à rentrer au pays, Mohamed Slimani Alami, Mohamed Ouali et Najib Houssani avaient été remis en février 2006 aux autorités marocaines, à l'occasion de la visite au royaume du directeur du FBI, Robert Muller. Le mois d'octobre 2006 a également été marqué par le retour à Rabat de Mohamed Ben Moujane et de Lahcen Aksirine, deux autres “guantanaméens”, libérés en compagnie de quinze ressortissants afghans.
En attendant, la coalition gouvernementale formée par l'USFP, l'Istiqlal et autres RNI préfère oublier jusqu'à l'existence des Marocains de Guantanamo, histoire de ne pas trop s'aventurer sur les plates-bandes des sécuritaires.
Seul le PJD semble se préoccuper, par le biais de ses députés et très probablement dans une optique électorale, du sort des ressortissants marocains, toujours embastillés dans le camp américain.
L'émoi provoqué par les questions de Abdelilah Benkirane au sein de la coupole parlementaire, la semaine dernière, montre néanmoins à quel point la question reste d'une extrême sensibilité. À suivre...
Guantanamo Bay. Le camp de la honte
Les rescapés de Guantanamo n'oublieront jamais ces enceintes métalliques grillagées recouvertes de nylon vert et surmontées de barbelés électrifiés. “Dès que vous mettez les pieds dans ce camp, c'est la descente aux enfers”, se rappelle Lahcen Aksirine, l'un des anciens détenus. D'après les témoignages de plusieurs rescapés de Guantanamo, les conditions de détention sont effroyables. “Nous étions dans des cellules individuelles d'à peine deux mètres sur deux et demi. Certaines cellules restaient éclairées toute la nuit et il suffisait de lever les yeux vers le ciel pour croiser le regard de gardiens, postés sur des miradors. Même pour prendre la douche de cinq minutes, autorisée trois fois par semaine, nous devions garder les menottes et les chaînes aux pieds. J'ai vu de nombreuses personnes que l'on croyait solides s'effondrer et tenter de se suicider”, raconte Brahim Benchekroun, un autre Marocain revenu de l'enfer. Selon le capitaine John Edmondson, le chirurgien qui dirige l'hôpital du camp et qui s'est confié à la presse américaine, “un détenu sur six est suivi pour des troubles psychologiques, essentiellement des dépressions. Vingt-cinq d'entre eux sont sous traitements psychiatriques. D'autres sont régulièrement en grève de la faim de façon intermittente. Les conditions sont telles que le camp a enregistré 32 tentatives de suicide, effectuées par 21 détenus”.
Côté Maroc. Témara, le passage obligé
Aussi bien Abdallah Tabarak que Yacine Chekkouri, Brahim Benchekroun ou encore Mohamed Mazouz, pour ne citer que ceux-là, tous le crient haut et fort : remis aux autorités marocaines en août 2004, ils ont fait un passage obligé par le tristement célèbre centre de détention de Témara. Ce fut aussi le cas du Britannique d'origine éthiopienne, Binyam Mohamed Al Habashi, soupçonné d'être un lieutenant de Ben Laden, arrêté en avril 2002 à Karachi, avant d'être transféré en juillet 2002 à Rabat. Les horreurs qu'il dit avoir subies au centre de la DST ont donné matière à de nombreux articles dans la presse européenne. Par la suite, de nombreuses enquêtes menées par des ONG internationales, dont Amnesty International, allaient déboucher sur des rapports détaillant la mise en place de structures grillagées identiques à celles de Guantanamo, construites à Témara sous le regard bienveillant des experts américains de la CIA. Étroits, obscurs et insonorisés, les cachots individuels ont régulièrement accueilli les détenus en provenance de Guantanamo. “Même la nourriture semble provenir de Guantanamo. C'était ce même pâté, insipide et inodore, fourni dans des boîtes en plastique bien particulières”, se rappelle l'un des ex-pensionnaires de Témara.

Vers une déclassification de documents secrets français sur Guantanamo

Des documents secrets concernant d'anciens détenus français de Guantanamo devraient être prochainement déclassifiés, susceptibles d'apporter une lumière nouvelle sur le cas de six hommes dont le traitement par les autorités françaises a suscité une polémique.
La Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSND) a proposé la déclassification totale ou partielle d'une série de documents «confidentiel défense», selon des avis publiés vendredi au Journal officiel.
Mais elle a aussi émis un avis défavorable à la déclassification de certains autres documents concernant les anciens détenus français de Guantanamo.
À une exception près, les avis de la Commission ont toujours été suivis.
La Commission a été saisie courant novembre par les ministres de la Défense, de l'Intérieur et des Affaires étrangères. Cette saisine faisait suite à la demande de deux juges d'instruction parisiennes, Sophie Clément et Nathalie Frydman, de déclassifier des documents concernant trois visites d'une délégation française à Guantanamo à Cuba (deux en 2002 et une en 2004).
Ces missions étaient composées de diplomates, d'agents des services de renseignement français (DGSE) et de policiers du contre-espionnage (DST). Les magistrates enquêtent pour «arrestation illégale, détention arbitraire et abstention de mettre fin à une détention arbitraire», après une plainte de Nizar Sassi et Mourad Benchellali, deux des Français qui ont été détenus à Guantanamo.
Les juges s'intéressent aux informations concernant les agents, à leurs rapports et à la correspondance éventuellement adressée aux autres ministères français et aux autorités américaines après ces missions.Sept Français ont été détenus à Guantanamo.
Six d'entre eux, rentrés en 2004 et 2005 en France, dont Mourad Benchellali, 25 ans, et Nizar Sassi, 26 ans, ont comparu en juillet 2006 devant la justice française pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste».
L'accusation a refusé de reconnaître les interrogatoires faits à Guantanamo.Le juge a ordonné un supplément d'information et renvoyé le procès à mai 2007, invoquant la nécessité d'une demande de levée du secret-défense.
Source : AFP, 29 décembre 2006

samedi 30 décembre 2006

Si j’étais journaliste

par Maxime VIVAS , 20 décembre 2006


Sami Muhydine Al Hajj,
journaliste soudanais d'Al Jazeera,
détenu à guantanamo

Si j’étais journaliste, j’irais chercher l’information cachée.
Je foncerais vers un bagne international opaque : Guantanamo. Car mon sang corporatiste n’aurait fait qu’un tour en apprenant qu’un journaliste y est incarcéré.
J’aurais l’idée de lancer une grande campagne médiatique comme pour Christian Brunot, Georges Malbrunot et Florence Aubenas.
Pour ce faire, je me ferais aider par les syndicats de journalistes, je mettrais dans le coup toutes les associations qui défendent les droits de l’Homme. Emporté par mon élan, j’en appellerais même à Reporters sans frontières.

Avec tout ce battage, nous serions des dizaines, bardés de caméras, appareils photos dotés de puissants téléobjectifs, téléphones cellulaires, micro portables, gilets multi-poches, à atterrir à Santiago de Cuba.
Notre cohorte de voitures de location irait se garer sur le parking donnant sur la petite route interdite qui se termine par la grille du goulag. Les militaires états-uniens nous interdiraient d’entrer.
En l’absence d’hôtels, nous camperions. La température est douce sous les tropiques.
Nous créerions un gigantesque « camp de toile de la liberté ». Très vite, nous dresserions un grand chapiteau abritant une salle de presse reliée au monde entier.
Nous déploierions une immense banderole, assez consensuelle, du genre : « Laissez les journalistes faire leur travail » ou : « Le monde veut savoir » ou « Libre accès à l’information » ou « Respectez la presse ».
Oui, je ferais ça, si j’étais journaliste.
Nous créerions du même coup un événement médiatique mondial.
Nous redonnerions du lustre à la profession en montrant que les journalistes sont courageux, objectifs, et capables de travailler dans un confort spartiate.
Les gardiens en uniforme nous regarderaient à travers les barbelés, mais ils ne pourraient pas nous chasser car, entre nous, s’interposerait, outre cette frontière aux piquants d’acier, des centaines de millions de témoins à travers le monde.
Ils ne pourraient même pas nous pulvériser accidentellement en prétextant nous avoir pris pour des terroristes.
Nous serions invulnérables. Et pourtant, aucun de nous ne serait « embedded ».
D’autres journalistes, des envoyés spéciaux du monde entier, accourraient (ils logeraient dans les hôtels des villes les plus proches ou chez l’habitant dans des « habitacións particulares).
Des îliens curieux viendraient nous rejoindre. S’y mêleraient quelques jineteras, qui téléphoneraient à leurs copines de La Havane pour qu’elles rappliquent. Elles se réjouiraient sans complexe d’empocher nos pesos convertibles tout en participant à une action humanitaire. On éviterait de les photographier pour ne pas donner l’impression que, comme les amateurs de mondial du foot ou autres mâles ordinaires, nous succombons aux charmes tarifés.
Malignes, les autorités de l’île s’abstiendraient d’organiser des manifestations de soutien qui galvauderaient le mouvement purement journalistique. Pas de récupération.
Dans une conférence, notre porte-parole dirait d’ailleurs que dénoncer Guantanamo, ce n’est pas approuver tout le reste. Resté à Paris, le secrétaire général de RSF, Robert Ménard, se demanderait alors s’il ne pourrait pas venir faire un tour. Il n’obtiendrait pas de visa et publierait un communiqué contre le gouvernement cubain « prédateur de la presse ».
Des amoureux de la liberté et les anti-yankees du monde entier convergeraient vers le « goulag tropical » états-unien. Ils dresseraient leurs tentes aux alentours.
A Paris, Libé et le Monde publieraient des éditoriaux contre Guantanamo, rééquilibrés par des considérations critiques à l’égard du « lider maximo », du « régime castriste », du « vieux dictateur », de « l’île à l’économie dévastée ».
Du coup Robert Ménard envisagerait d’envoyer à Cuba tous ses correspondants en poste en Amérique latine, avec mission de se partager entre Guantanamo et les centres de détention cubains. Un communiqué sur Guantanamo, et un par « prison castriste » : l’objectivité tartinée au pâté d’alouette.
Nous serions désormais plus de mille : journalistes organisateurs de l’événement, reporters venus le couvrir, badauds, militants, jineteras (très politisées), etc.
Nous camperions là depuis dix jours maintenant et, autour de nous, la foule nous délivrerait des signes de sympathie. Nous serions aimés, sensation dont nous étions sevrés depuis quelques lustres.
Si j’étais journaliste, je vivrais là des jours heureux.
Des jeunes filles (que nous prendrions parfois pour des professionnelles, et cela les ferait rire de toutes leurs dents si blanches), nous apporteraient des jus de mangue et des bananes séchées. Certaines s’offusqueraient cependant quand nous sortirions notre argent. Nous recevrions ainsi une petite leçon de fierté.
Des hommes nous offriraient du rhum et de gros cigares. Quelques-uns d’entre eux, des jineteros, repartiraient écoeurés par la rareté des journalistes femmes, par notre avarice ou la trop grande orthodoxie de nos moeurs.
Nous enverrions chaque jour une petite délégation discuter avec les geôliers, à l’entrée du bagne. Elle reviendrait en nous faisant part des raisons du refus de nous laisser entrer : « Secret défense ».
Dans nos pays d’origine, les tirages de nos journaux repartiraient à la hausse.
CNN et son concurrent latino-américain, Telesur, nous intervieweraient à qui mieux mieux.
Nous serions ravis de cette vie champêtre et répondrions mollement aux sollicitations de nos rédactions qui, de très loin, nous inciteraient à mêler dans nos articles quelques détails sordides sur la vie dans la province de Guantanamo. Fraîchement respectés par le lectorat, nous n’allions pas recommencer nos conneries alors que nous baignions dans le rhum, les cigares, les sourires et plus si affinités.
Les autorités cubaines auraient fait venir des toilettes mobiles et des camions d’eau. Les autochtones seraient de plus en plus nombreux dans le village de toile, surtout le soir après le boulot. Guitares, chants et danses jusqu’à plus d’heures. Crevant, mais exaltant.
Si j’étais journaliste, je rajeunirais de vingt ans.
Les chaînes hôtelières de Varadero, flairant la bonne pub possible, nous feraient parvenir de vivres et nous offriraient un séjour de deux jours gratuits ainsi que l’acheminement en bus climatisés.
Nous nous serions procurés des porte-voix et nous haranguerions les responsables du centre de détention. Un journaliste d’Al-Jazira voudrait même s’adresser ainsi aux détenus, mais nous jugerions prudent de l’en dissuader.
Si j’étais journaliste, je serai là-bas, je vivrais ça, fier de mon travail. Je saurais qu’un jour, je le raconterais à mes enfants.
Au bout de deux semaines, l’affaire occuperait tout le début des journaux télévisés de 20 heures avec un audimat d’enfer.
L’Administration US demanderait alors aux autorités cubaines de mettre fin à cette gabegie. En réponse, celles-ci feraient l’historique de l’irrégularité de « Radio Marti » qui, depuis des avions US tournant à la limite de l’espace aérien cubain, viole les lois internationales sur les fréquences en inondant l’île d’émission hostiles et guerrières. Elles citeraient sans en omettre un seul, avec nom, prénom, âge, et média employeur, tous les journalistes tués par l’Armée US, de l’ex Yougoslavie jusqu’à l’Irak, en passant par l’Afghanistan et sans oublier les dizaines qui furent liquidés sous des dictatures latino-américaines soutenues ou mises en place par « los Yankis. Elles demanderaient la restitution de la base « à la nation ».
A Paris, Libé titrerait ainsi un édito : « Coup bas à Cuba. L’île des Caraïbes s’offre le luxe d’administrer une leçon de liberté de la presse aux USA ». Dans le corps de l’article, il serait question de « cynisme castriste ».
Sous le grand chapiteau, nous serions réunis en assemblée générale pour voter à main levée une lettre de protestation à l’intention de l’Administration américaine. Pris simultanément d’un besoin pressant, tous les correspondants de RSF sortiraient et ne pourraient prendre part au scrutin. Mais ils seraient ajoutés à la liste des votants par un confrère farceur qui ne peut « pas les piffrer » (sic).
Aux USA, le Center for a free Cuba (CFC) et The National Endowment for Democracy (NED) décideraient de suspendre leurs subventions à RSF.
Si j’étais journaliste, je me réjouirais qu’une ONG censée nous défendre ne soit plus financée par des officines écrans de la CIA. Je l’écrirais en buvant du rhum. Mon papier serait refusé. Je le lirais sur Telesur. Je serais viré. Mes collègues écoeurés signeraient une pétition en ma faveur et dénonceraient la censure. Ils seraient tous virés. Nous protesterions par une pétition. Nos gouvernements rappelleraient leur attachement à la liberté de la presse (qu’il ne faut pas galvauder) et nous conseilleraient de faire preuve de retenue.
Les autorités du bagne nous feraient savoir qu’elles ont toléré cette chienlit parce que nous étions soutenus par nos employeurs et nos Capitales. Maintenant que nous ne l’étions plus, « un tir ami » était possible. Alors, nous nous tournerions tous vers l’Incomparable Bouclier (RSF) mais, mystérieusement informés la veille, ses correspondants seraient déjà à l’aéroport.
Nous plierions nos tentes, embrasserions les jeunes filles, tapoterions les rotondités postérieures des jineteras, ferions provision de rhum et de cigares, distribuerions des stylos aux enfants et nous embarquerions vers les bus climatisés en partance pour Varadero.
Les journalistes ne peuvent pas résister à l’armée, faire fi des menaces, offrir leur poitrail à la mitraille, lutter pour (et avec) le peuple : c’est le rôle des révolutionnaires.
Si j’étais journaliste, je me contenterais donc de dire la vérité et de ne pas baver sur ceux qui tiennent tête aux canons depuis près d’un demi-siècle.
C’est peu et c’est beaucoup : ça suffirait pour que les lecteurs nous aiment enfin.
Source : Cuba Solidarity Project,
http://vdedaj.club.fr/spip/article.php3?id_article=636

Lire les lettres de guantanamo de Sami Al Hajj http://quibla.net/guantanamo2006/guantanamo1.htm

jeudi 28 décembre 2006

L'Arabie Saoudite libère des ex-détenus de Guantanamo

L'Arabie saoudite a annoncé mardi la libération de 29 ex-détenus de la base américaine de Guantanamo, à Cuba, qui avaient été remis au préalable par les autorités américaines.La justice saoudienne a jugé 29 ex-détenus de Guantanamo --28 Saoudiens et un ressortissant étranger né en Arabie saoudite-- et ordonné leur libération, a indiqué le porte-parole du ministère saoudien de l'Intérieur, le général Mansour Al-Turki. Leur libération s'est déroulée en deux temps, la semaine dernière, a-t-il ajouté: un premier groupe de 11 prisonniers a été relâché en début de semaine puis les 18 autres samedi.
Ces ex-prisonniers ont été avertis, en présence de leurs parents, que "leur respect des règles et des directives sera un facteur déterminant pour obtenir le rapatriement des autres Saoudiens toujours détenus à l'étranger", a déclaré le porte-parole, cité par l'agence officielle Spa. Ryad a obtenu le rapatriement, en plusieurs vagues, de 53 de ses ressortissants détenus sur la base de Guantanamo.
Les corps de deux détenus, dont les autorités américaines ont affirmé qu'ils s'étaient suicidés en juin, ont également été rapatriés. Au moins 74 Saoudiens sont toujours prisonniers à Guantanamo. Le 17 décembre, le Pentagone avait indiqué qu'"environ 395" personnes restaient détenues à Guantanamo. Quelque 85 d'entre elles pourraient être transférées ou relâchées après examen de leur cas, selon la même source.
Source : Belga, 26 décembre 2006

mardi 26 décembre 2006

Reportage vidéo

Reportage tourné début décembre par AFP TV sur la base de Guantanamo. Les premiers procès concernant les prisonniers retenus à Guantanamo sont programmés pour mi-2007. A l'approche de cette échéance, l'armée usaméricaine tente régulièrement de redorer le blason de ce centre de détention sans statut juridique et très critiqué dans le monde entier. Durée: 1mn55
Cliquer sur http://fr.news.yahoo.com/22122006/202/dans-la-prison-de-guantanamo.html

L'Arabie saoudite libère 18 anciens détenus de Guantanamo

L'Arabie saoudite a libéré 18 anciens détenus du centre de détention américain de la baie de Guantanamo, à Cuba, a annoncé le ministère de l'Intérieur. Ils ont purgé leur peine de prison. Ces hommes figuraient parmi un groupe de 28 hommes de nationalité saoudienne et d'un résident de ce pays remis aux autorités saoudiennes, cette année, par les USA, précise le ministère. Le royaume wahhabite avait déjà libéré 11 de ces hommes ce mois-ci. L'Arabie saoudite a fait savoir qu'elle continuerait à rechercher le rapatriement d'autres nationaux encore détenus à Guantánamo. Elle n'a pas précisé combien d'entre eux s'y trouvaient.
De nombreux prisonniers de Guantánamo ont été capturés en Afghanistan lors de l'intervention militaire américaine qui a abouti au renversement des taliban, après les attentats du 11 septembre 2001. Beaucoup d'entre eux y sont depuis des années, et presque tous sans qu'aucune charge ne leur ait été notifiée.
Source : ats , 26 décembre 2006

lundi 25 décembre 2006

Guantánamo : cinq ans d’existence

Londres - Le 11 janvier 2007, le centre de détention de Guantánamo aura cinq ans d’existence. Révoltés par ce symbole des injustices et des sévices commis par les États-Unis, des militants des droits humains se mobilisent dans le monde entier pour manifester leur solidarité avec les détenus et leurs familles, et pour exiger une fois de plus que le gouvernement américain ferme Guantánamo. À la veille du cinquième anniversaire des premiers transferts vers le centre de détention des États-Unis à Guantánamo (Cuba) – le 11 janvier 2007 – Amnesty International rend public un dossier qui contient des informations importantes et des analyses sur la situation des droits humains dans ce centre de détention.
Le dossier contient :
• Une liste de juristes et de spécialistes d'Amnesty International pouvant répondre à des demandes de renseignements ou donner des interviews.
• La fiche Guantánamo en chiffres.
• La fiche Guantánamo au fil du temps, qui relate les événements depuis janvier 2001.
• La fiche Les détenus de Guantánamo - Présentation succincte de personnes actuellement détenues au camp.
• La fiche Le sort des anciens détenus - Présentation succincte de personnes libérées de Guantánamo.
• La fiche Torture et autres mauvais traitements, qui décrit les préoccupations d'Amnesty International dans ce domaine à Guantánamo.
• La fiche Les commissions militaires de Guantánamo : une parodie de justice, qui montre l'illégalité de ce dispositif par rapport aux normes internationales d'équité des procès.
• Le plan d'action d'Amnesty International en faveur de la fermeture de Guantánamo.
• La fiche La pointe émergée de l'iceberg - Guantánamo comme exemple de violations des droits humains commises par le gouvernement des États-Unis dans le cadre de la «guerre contre le terrorisme».
• Photos et vidéos d'entretiens avec des proches de personnes actuellement détenues à Guantánamo et d'anciens détenus.
• Photos et vidéos d'actions publiques menées par Amnesty International dans le monde pour obtenir de la fermeture de Guantánamo.
• Une liste des rapports et synthèses ayant un lien avec Guantánamo publiés par Amnesty International depuis 2001.
Le dossier d'Amnesty International sur Guantánamo destiné aux médias se trouve sur le site de l'organisation, à l'adresse suivante :
http://web.amnesty.org/pages/usa-151206-media-eng
Si vous souhaitez recevoir un exemplaire du dossier de presse par courrier électronique ou postal, ou si vous voulez prendre rendez-vous pour un entretien avec l'un des spécialistes d'Amnesty International sur ce sujet, veuillez prendre contact avec : Josefina Salomon, attachée de presse pour les Amériques ; tél. : +44 207 413 5562 ; mobile : +44 7778 472 116 ; courriel : jsalomon@amnesty.org Jane Rose, responsable de la planification Médias ; tél. : +44 207 413 5808 ; courriel : jrose@amnesty.org Pour obtenir de plus amples informations, veuillez contacter le Service de presse d'Amnesty International à Londres, au +44 20 7413 5566 Amnesty International, 1 Easton St., Londres WC1X 0DW.
site :
http://www.amnesty.org
Source :
web.amnesty.org

mardi 19 décembre 2006

Seize détenus de Guantanamo ont été transférés en Arabie saoudite

Une centaine d'autres attendent d'être transférés ou relâchés dans les pays disposés à les recevoir.
Washington - Le ministère de la défense des États-Unis a annoncé, le 14 décembre, que 16 personnes qui avaient été détenues à la prison militaire de la base navale américaine de Guantanamo (Cuba) dans le cadre de la guerre mondiale contre le terrorisme avaient été envoyées en Arabie saoudite.
La décision de transfert a été prise par un conseil administratif qui, après examen de leur cas, a conclu que ces personnes ne constituaient plus un danger pour les États-Unis ou pour leurs alliés.
Les États-Unis procèdent à des consultations avec d'autres pays afin de savoir s'ils pourraient accepter de recevoir une centaine d'autres détenus déclarés aptes à être libérés dans un pays d'accueil ou à être transférés aux autorités d'un pays disposé à accepter cette responsabilité. M. John Bellinger, conseiller juridique du département d'État, avait déclaré, le 3 novembre, à la faculté de droit de l'université Harvard que les États-Unis « ne tenaient pas à les détenir pendant encore très longtemps ».La difficulté, avait-il dit, est que nombre de pays ne veulent pas accepter les détenus, certains allant même jusqu'à nier que ces personnes soient de leur nationalité.
Or le président Bush tient réellement à fermer la prison militaire de Guantanamo, avait poursuivi M. Bellinger. Il comprend fort bien, comme le fait la secrétaire d'État, Mme Condoleezza Rice, que cette question suscite des problèmes pour les États-Unis dans l'ensemble de la communauté internationale.Depuis 2002, 360 détenus ont quitté Guantanamo pour les pays suivants : l'Afghanistan, l'Albanie, l'Allemagne, l'Arabie saoudite, l'Australie, le Bahreïn, la Belgique, le Danemark, l'Égypte, l'Espagne, la France, l'Iran, l'Irak, la Jordanie, le Koweït, les Maldives, le Maroc, l'Ouganda, le Pakistan, le Royaume-Uni, la Russie, le Soudan, la Suède, le Tadjikistan, la Turquie et le Yémen. Durant la seule année 2006, on a compté 96 départs de Guantanamo.Les personnes qui ne sont pas aptes à être libérées ou transférées parce qu'elles continuent de représenter un danger dans le cadre de la guerre contre le terrorisme seront jugées selon les règles établies par la loi sur les commissions militaires votée par la 109e législature.
M. Bellinger a déclaré, le 15 novembre, à la faculté de droit de l'université Duke que cette loi établissait un cadre juridique satisfaisant pour ces procès « car elle apporte toutes les garanties fondamentales d'équité et de procédure » et répond à la plupart des préoccupations soulevées par le Congrès et par la communauté internationale.
Source : Jacquelyn S. Porth, http://usinfo.state.gov/francais/, 19 décembre 2006

lundi 18 décembre 2006

Libéré de Guantanamo, Mubarak Hussain est emprisonné à son retour au Bangladesh

Un Bangladais rapatrié il y a une semaine après avoir passé cinq ans dans la base américaine de Guantanamo, à Cuba, a été emprisonné à son retour chez lui, a indiqué une source policière. Il doit rester en détention pendant un mois.
Mubarak Hussain Bin Abul Hashem, 32 ans, est arrivé le week-end dernier dans la capitale bangladaise Dacca sur un vol spécial des Etats-Unis pour être remis à la police. Il a été placé vendredi en état d'arrestation pour un mois pour "activités contre l'Etat", a indiqué une source policière sous couvert de l'anonymat. Cette détention va permettre de nouveaux interrogatoires en vue de déterminer si l'homme "a des liens avec des organisations militantes locales ou internationales", a précisé la source. Mubarak Hussain Bin Abul Hashem avait été arrêté en Pakistan fin 2001 puis remis aux Etats-Unis. Son père, Abul Hashem, un important dignitaire à la mosquée de Dacca, a assuré de l'innocence de son fils, déclarant que sa vie avait été "détruite" par cinq ans de vie en prison. Un autre Bangladais reste détenu à Guantanamo.
Source : http://www.20min.ch/ro/monde/sdastory.tmpl?id=brf013&date=2006-12-23

Mubarak Hossain est arrivé dimanche à la mi-journée à Dacca à bord d'un avion de l'US Air Force, «après cinq années d'horreur dans la prison de Guantanamo», rapporte le Daily Star. «Personne n'a pu lui parler», ni sa famille qui a vainement attendu pendant plusieurs heures devant le bâtiment de l'immigration de l'aéroport international de la capitale bangladaise, ni les journalistes, écrit le Star. Parce qu'il «a aussitôt été arrêté par les services de sécurité». Les Américains l'ont libéré parce qu'ils n'avaient finalement aucune preuve de liens du jeune homme, âgé de 30 ans, avec la nébuleuse al-Qaïda. Mais il était question de le traduire en justice, dès ce lundi, selon le journal qui, comme son confrère New Age, reste très circonspect sur ces éventuelles poursuites au Bangladesh. Le New Age relève que Mubarak vient tout de même de passer de longues années dans les geôles de l'armée américaine à Cuba, Guantanamo Bay, «notoirement connue pour les tortures et les humiliations infligées aux prisonniers», insiste le quotidien. Le New Age rappelle aussi que le jeune Mubarak avait été arrêté fin 2001, à la frontière afghane par les Pakistanais, qui l'avaient rapidement livré aux Américains, comme beaucoup d'autres islamistes présumés. Sa famille n'avait eu aucune nouvelle, jusqu'en 2004, quand le Croissant Rouge bangladais l'a informé de sa détention. A l'époque, ses parents n'y ont pas cru, souligne le journal, parce que leur fils, assuraient-ils, n'avait aucun lien avec un quelconque groupe islamiste radical, même s'il avait étudié dans des madrassa, des écoles coraniques, au Pakistan, dans les années 90.
Source : http://www.rfi.fr/actufr/articles/084/article_48277.asp, 18 décembre 2006

dimanche 17 décembre 2006

Rapatriement de 18 détenus de Guantanamo

L'armée usaméricaine a renvoyé au cours du week-end 18 détenus de Guantanamo dans leurs pays respectifs, a annoncé dimanche 17 décembre le ministère usaméricain de la Défense. Les détenus ont été transférés en Afghanistan, au Yémen, au Kazakhstan, en Libye et au Bangladesh, a précisé un porte-parole du Pentagone. Ils ont été remis aux autorités de leur pays, à l'exception d'un détenu yéménite relâché sans condition. Ces prisonniers, qui étaient depuis plusieurs années sous les verrous sans inculpation sur la base navale américaine de Cuba, ont été transférés ou libéré à l'issue d'un processus militaire de révision, destiné à vérifier qu'ils ne représentent pas une menace pour les USA. Le Pentagone n'a pas fourni de précisions sur les cas individuels. Depuis l'ouverture de la prison en janvier 2002, environ 380 détenus ont quitté le camp de Guantanamo. Quelque 395 autres, soupçonnés de liens avec Al-Qaeda ou les talibans, sont toujours détenus, en majorité sans inculpation. Les États-Unis les considèrent comme des «combattants ennemis» et ne leur reconnaissent pas le statut de prisonnier de guerre.
Source : AP, 17 décembre 2006

vendredi 8 décembre 2006

Les juges françaises veulent la levée du secret défense

Les juges parisiennes Sophie Clément et Nathalie Frydman, chargées d'instruire la plainte pour "détention arbitraire, enlèvement et séquestration" des ex-détenus français de Guantánamo, ont demandé la levée du secret-défense. Cette demande adressée le 17 octobre aux ministères de la défense, de l'intérieur et des affaires étrangères a été transmise à la commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN), le 10 novembre, qui en a accusé réception le 29. Celle-ci devrait rendre son avis - généralement suivi par les ministres - dans le courant du premier trimestre 2007.
Interpellés au Pakistan en décembre 2001 après qu'ils eurent séjourné dans des camps d'entraînement d'Al-Qaida en Afghanistan, les ex-détenus avaient été transportés par les troupes américaines vers Guantánamo. Les deux magistrates sont intéressées par les interrogatoires qu'ils ont subis en 2002 sous le contrôle des soldats américains et hors de tout cadre légal.
Leurs dépositions avaient été recueillies par un agent de la DGSE, un policier de la DST et un représentant de l'ambassade de France à Washington envoyés à Guantánamo. Les juges souhaitent obtenir les enregistrements et les scripts de ces auditions.La plainte déposée dès 2002 à Lyon par Mes Jacques Debray et William Bourdon, les avocats de Nizar Sassi et de Mourad Benchellali - deux des six Français internés pendant plus de quatre ans à Guantánamo - avait été retenue à l'issue d'un marathon judiciaire arbitré le 4 janvier 2005 par la Cour de cassation qui avait confié le dossier à la cour d'appel de Paris.
Parallèlement au dossier instruit par Mmes Clément et Frydman, les juges de la section antiterroriste avaient été saisis en 2002 d'une information pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste".
Renvoyés devant le tribunal correctionnel, les six anciens détenus ont comparu du 3 au 12 juillet. Le tribunal qui devait rendre son jugement le 27 septembre a décidé de rouvrir le procès le 2 mai 2007, afin de procéder à "un supplément d'information". Il avait estimé être "insuffisamment éclairé sur le cadre légal dans lequel sont intervenus plusieurs fonctionnaires, lorsqu'ils se sont rendus à plusieurs reprises sur la base de Guantánamo pour y rencontrer les prévenus" (Le Monde du 29 septembre).
Le président du tribunal, Jean-Claude Kross, devrait convoquer dans son cabinet les trois fonctionnaires français avant la fin de l'année. Si ces derniers refusent de répondre à ses questions, en opposant le secret-défense, il pourrait à son tour en demander la levée.

lundi 4 décembre 2006

L’odyssée du citoyen italien Abou Elkassim Britel, victime d’un « transfert extraordinaire » par la CIA, détenu au Maroc

Par statewatch.org, novembre 2006
Depuis plusieurs mois, une commission du Parlement européen présidée par Claudio Fava enquête sur les « transferts extraordinaires » (« extraordinary renditions ») opérées par la CIA à travers toute l’Europe, en dehors de tout cadre légal, de suspects de terrorisme. Un des cas les plus incroyables est celui du citoyen italien d’origine marocaine Abou Elkassim Britel, condamné sans preuves à 9 ans de prison au Maroc. Son épouse et son avocate contnuent à se battre pour obtenir que l’Italie intervienne en faveur de sa libération. Voici l’histoire de Abou Elkassim Britel, telle qu’elle est rapportée par le site britannique statewatch.org, sur la base des documents de la commission d’enquête.
(TLAXCALA)

Francesca Maria Longhi, l’avocate de la défense représentant le Marocain Abou Elkassim Britel, qui a obtenu la citoyenneté italienne en 1999, a fait parvenir des documents à la commission d’octobre du Parlement européen qui enquête sur les « transferts extraordinaires » opérés par la CIA, pour ajouter de nouveaux éléments à ceux fournis lors de sa comparution devant la commission du 14 septembre 2006. Elle a raconté à l’audience l’enlèvement et les interrogatoires subis par Britel au Pakistan, sa déportation au Maroc où il a été torturé, relâché, de nouveau arrêté alors qu’il se rendait en Espagne et où il a été condamné à une peine de neuf ans de prison fondée sur des déclarations obtenues sous la torture et sur des rapports provenant d’Italie selon lesquels il serait impliqué dans des activités terroristes. Malgré une surveillance de deux ans et une longue enquête judiciaire sur ses activités, dont une perquisition et des interceptions téléphoniques, Britel n’avait pas été poursuivi en Italie. Longhi remarque qu’une fois que l’affaire avait été classée, l’accès aux pièces de l’enquête lui avait été accordé, confirmant « avec une clarté absolue les informations qu’[elle] avait données, fondé sur un prcessus déductif lors de [son] témoignage le 14 septembre ». Elle insiste sur le fait que les informations prouvent que « l’autorité judiciaire aussi bien que le ministère de l’Intérieur étaient en coopération constante avec les services secrets étrangers et étaient en permanence au courant de chaque mouvement entrepris par la personne que je représente et de toute action illégale menée à son encontre, plus précisément, depuis sa première arrestation au Pakistan. »

Les documents incluent :

-la requête de classement sans suite émanant du procureur (en du 28 juillet 2006) en raison :
« d’un manque absolu de preuves d’accusation, pouvant être utilisés pendant le procès qui rendraient possible l’affirmation selon laquelle les personnes faisant l’objet d’une enquête ont fait partie d’une organisation terroriste islamiste dont l’objectif était de mener des actions violentes à des fins terroristes ou de subversion de l’ordre démocratique. »
- l’ordre du juge d’ instruction préliminaire décrétant la fin des procédures judiciaires (doc. 9745/06, daté du 29 septembre 2006), parce que :
« les vérifications qui ont été entreprises, les interceptions téléphoniques et les vérifications effectuées sur les comptes bancaires n’ont apporté aucun appui aux allégations ».
Il a également été remarqué que l’enquête était justifiée par des preuves de contact établis avec des suspects trouvés dans des enregistrements téléphoniques, des preuves de fanatisme religieux dans des documents trouvés lorsque la maison de Britel et de sa femme italienne Anna Pighizzini (cette dernière a également fait l’objet d’une enquête) a été perquisitionnée et lorsque des conversations téléphoniques ont été interceptées, tout comme les preuves qui ne pourraient pas être utilisées devant un tribunal, à savoir une note réservée sur sa présence dans un camp d’entraînement paramilitaire en Afghanistan où il aurait souffert de malaria et un rapport selon lequel ses coordonnées ont été trouvées par un journaliste dans un appartement de Kaboul qui a été fréquenté par des membres d’ Al Qaïda. Ils sont décrits comme n’étant « absolument pas » suffisants « pour soutenir l’accusation de sa participation dans l’organisation terroriste Al Qaïda . »
- Un troisième document, datant du 22 mai 2003, une note réservée de l’unité d’opérations spéciales de la police DIGOS, envoyée par le bureau du magistrat du parquet de Bergame pour transmettre les informations « réservées » selon lesquelles Britel a été arrêté aux douanes en traversant la frontière de Melilla « parce qu’il a été identifié dans le passé comme un individu ayant participé au camp d’entraînement paramilitaire en Afghanistan dirigé alors par Al Qaïda. ». La note souligne également « qu’en dépit d’une absence d’éléments revendiquant la participation de Britel dans les fameuses attaques de Casablanca, il est actuellement interrogé. »
Le document est décrit par Longhi comme « éclairant » en référence aux informations qu’elle a envoyées à la commission du 12 juillet 2006 sur l’illégalité de l’arrestation de Britel à la frontière de Melilla et sur les fausses informations apparaissant dans la presse italienne sur cette affaire. En remarquant qu’il existe un grand nombre d’informations nécessitant des explications, elle « espère qu’en ayant clarifié davantage et de manière incontestable ces circonstances sérieuses , l’État italien adoptera enfin une position pour permettre la libération immédiate de l’un de ses citoyens, [qui avait été] reconnu coupable par l’État marocain en vertu des confessions qu’on lui a arrachées par la torture et fondées sur des actions supposées criminelles qui sont survenues de l’interaction entre les services secrets italiens et américains, et celles de pays arabes modérés pour mettre leurs forces de police en condition d’intervenir et certaines opérations préventives ont été remplies de succès. » [souligné dans l’original], selon une déclaration faite par Gianfranco Fini, le vice-Premier ministre du gouvernement Berlusconi, qui a été rapportée dans le journal Corriere della Sera du 21 novembre 2001.

Source

Doc. A 2006 11668 – Documents envoyés par Francesca Longhi à la commission enquêtant sur les transferts extraordinaires, Bergame, 28/10/2006 ; Corriere della Sera, 21/11/2006.


Arrière-fond : le transfert extraordinaire de Britel

Avant de fournir des preuves en septembre, Francesca Maria Longhi a envoyé un grand nombre de documents à la commission du Parlement européen en apportant des détails sur le transfert extraordinaire et ses circonstances.
Ils comprennent une chronologie des évènements apportés par la femme de Britel, fondée sur le propre compte-rendu que lui en a fait Britel lorsqu’elle l’a vu en mars 2003, et sur ses efforts déchirants pour obtenir les informations ci-dessous :

Britel a pris l’avion pour l’Iran de Rome le 17 juin 2001 et a rencontré des difficultés à la suite des attaques terroristes du 11 septembre 2001, de la militarisation de la région et de la guerre qui a suivi en Afghanistan. Il a été arrêté le 10 mars 2002 lors d’un contrôle d’identité à Lahore (Pakistan) et emmené au commissariat « Garden Town » où son passeport était considéré (à tort) comme faux, il a été ainsi torturé, attaché et enchaîné. Dix jours plus tard, il a été emmené au Département d’enquête criminelle (Crime Investigation Department) à Lahore pour cinq jours d’interrogatoires accompagnés de mauvais traitements, de violences et de privation de sommeil. Ramené à la police et ensuite au Service secret pakistanais, il a été de nouveau torturé lors de deux interrogatoires début avril, au cours d’un desquels, il a admis deux éléments qu’il était obligé de déclarer sous la pression.

Il a été transféré le 5 mai à Islamabad pour être interrogé par le FBI dans une villa à quatre reprises. Les Américains lui ont promis de l’argent en échange d’informations concernant Oussama Ben Laden et l’ont autorisé à rencontrer l’ambassadeur marocain, alors que l’accès aux autorités diplomatiques italiennes, ce qu’il demandait constamment, lui étaient refusées depuis son arrestation.

Le 24 mai, on lui a bandé les yeux, on l’a menotté et emmené dans un avion privé usaméricain vers Rabat (Maroc). Une fois là-bas, il a été conduit dans un centre de détention non-officiel à Temara, où la DST (Direction de la Surveillance du Territoire) garde des prisonniers dans des conditions illégales, où ceux-ci ne peuvent pas avoir de contacts avec des avocats, ni avec leur famille, et où des abus comme l’usage régulier de la torture et de l’isolement ont été rapportés par des organisations de défense des droits humains.

Le 11 février 2003, il a été emmené à Kénitra dans sa famille et a été relâché après une série de questions et d’interrogatoires approfondis sur ses activités, aucune charge n’a été retenue contre lui. Néanmoins, son passeport ne lui a pas été rendu. Le 26 février, Anna Pighizzini s’est rendue au Maroc pour enfin voir son mari et l’a trouvé en mauvaise condition physique. Un responsable de la DST le garde sous son contrôle par des coups de téléphone et des visites régulières, en lui mettant la pression pour qu’il collabore avec eux sur son retour en Italie et pour qu’il rentre en Italie illégalement, en utilisant de faux papiers. Après son retour en Italie a la mi-mars (il est resté plus longtemps au Maroc), Britel a expliqué par téléphone qu’il était sous pression pour obtenir de faux papiers mais qu’il ne voulait rien faire d’illégal. Le 4 avril, Britel lui a affirmé que l’ambassade italienne était d’accord pour lui remettre un passeport afin qu’il retourne en Italie. Sa femme est retournée au Maroc, et il lui a expliqué qu’il était peu probable qu’il soit autorisé à partir en Italie en avion puisqu’il n’avait pas de visa. L’ambassade italienne lui a expliqué qu’il était impossible de l’accompagner à l’aéroport et il envisageait de partir de la frontière marocco-espagnole Nador/Melilla. Il a reçu un passeport le 12 mai et dans l’après midi, il a emprunté un bus en partance pour Nador. Le 15 mai, il a appelé pour déclarer que la police espagnole et marocaine ne le laisseraient pas passer, et il a ensuite affirmé qu’il avait trouvé quelqu’un qui l’aiderait à traverser la frontière.

Ce fut leur dernier contact et le lendemain les attaques terroristes de Casablanca ont eu lieu. Le 17 mai, la télévision espagnole a rapporté qu’un italo-marocain traversant la frontière de Melilla avait été arrêté. Le 19 mai, un journal marocain a publié son nom et sa date de naissance en prétendant qu’il avait été arrêté avant les attaques comme une personne qui aurait pu être en contact avec Al Qaïda. La femme de Britel s’est rendue au consulat italien de Rabat qui n’avait reçu aucune information et elle a engagé un avocat qui l’a également informée qu’il était impossible pour l’instant d’obtenir plus d’information. Elle s’est ensuite rendue au ministère de la Justice marocain pour enquêter sur le lieu où se trouvait son mari et on lui a affirmé le 29 mai que « [son] mari n’était pas en état d’arrestation », une déclaration à laquelle elle a réagi en affirmant qu’il était illégalement arrêté sans que personne ne le sache. Elle a été encouragée à porter plainte, ce qu’elle a fait, et on lui a répondu qu’une enquête serait menée. Après son retour en Italie le 6 juin 2006, elle a adressé une lettre au ministère de la Justice marocain et par la suite à plusieurs autres ministères marocains. Son avocate, Melle Longhi, a adressé une lettre demandant des informations au procureur général marocain.
Une correspondance approfondie entre Longhi et les tribunaux italiens dans laquelle l’avocate demande que les enquêtes judiciaires sur les activités de son client cessent (1 er avril 2004), souligne que :
- Du 25 mai 2002 au 11 février 2003, et de nouveau du 16 mai 2003 au 10 septembre 2003, Britel a été emmené illégalement à Temara, un centre accusé par les ONG y compris par Amnesty International et la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) d’être un lieu où les interrogatoires, la détention secrète et la torture sont pratiqués.
- Le 3 octobre 2003, une peine de 15 ans de prison a été prononcée contre Britel à Rabat pour des crimes terroristes avant d’être réduite à neuf ans en appel le 7 janvier 2004.
- Considérant que le procès était sommaire et qu’il enfreignait à plusieurs reprises les normes positives et de procédure de la loi marocaine, y compris le rejet par le tribunal des textes qui appuyaient la cause du prévenu et l’utilisation de confessions obtenues sous la torture et les mauvais traitements.
- Considérant le fait que Britel faisait l’objet d’une enquête en Italie et que les rapports des journaux avaient été des éléments importants en faveur des charges retenues contre lui au Maroc, bien que l’enquête ait échoué à retenir des charges contre lui, et que les rapports des journaux étaient parfois inexacts.

Original : http://www.statewatch.org/news/2006/nov/01italy-abu-omar-britel.htm
Traduit de l’anglais par Florence Razimbaud et révisé par Fausto Giudice, membres de
Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
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